Le cohabitat ou habitat groupé ou habitat autogéré ou habitat participatif (terme dorénavant le plus utilisé en France) est une forme de communauté intentionnelle qui réunit quelques familles, ménages, habitants ou groupes d'habitants ayant décidé de mettre en commun leurs ressources pour concevoir, réaliser et financer ensemble leur logement, au sein d’un bâtiment ou d'un ensemble de bâtiments géré collectivement par une société dont ils sont fondateurs ou sociétaires. Ils décident alors de vivre selon des principes communs dont ils ont ensemble décidé des modalités, souvent autour de valeurs éthiques, sociales et environnementales communes.

vignette|Grande maison collective, autoconstruite, dans le cadre de l'écoquartier néerlandais Eva-Lanxmeer vignette|L'un des bâtiments du quartier des seniors de l'écoquartier Eva-Lanxmeer, dessiné par les seniors eux-mêmes avec l'architecte, autour d'un jardin partagé richement fleuri, au sein d'un groupe d'environ 250 maisons de haute qualité environnementale (à vendre ou à louer en habitat social à loyer modéré), associées à quelques immeubles de bureaux et une ferme urbaine ; la gestion du quartier reposant sur la participation constante de représentants des habitants et de leur association (BEL)Energy Cities; Fiche EVA-Lanxmeer (Culemborg - NL)

Les logements et locaux ou infrastructures de services peuvent éventuellement être construits via une coopérative d'habitation. Certains projets incluent un volet autoconstruction ou sont entièrement « autoconstruits ».

En France, en 2014 la loi ALUR a modifié le Code de la construction et de l'habitation pour permettre, tout en l'encadrant, la création de sociétés d'habitat participatifTitre préliminaire : Les sociétés d'habitat participatif, de coopératives d'habitants et de sociétés d’autopromotion (promotion immobilière autogérée par les habitants). Selon l'étude d'impact de cette loi :

Origines du concept Les théories et pratiques du cohabitat remontent en particulier aux différentes « utopies » du , à l'instar de la phalanstère de Charles Fourier par exemple.

Définitions et pluralité de vocables Le terme « cohabitat » correspond au terme anglais de .

En France d'autres termes sont plus couramment employés : habitat participatif (ex : dans la loi ALUR en France) habitat groupé habitat coopératif habitat en autopromotion (ex : dans la loi ALUR en France) une combinaison de termes, par exemple « écohabitat groupé participatif »

Description du cohabitat

Architecture conçue par et pour ses habitants Le concept de « cohabitat » comporte en amont la définition d'un modèle d'aménagement immobilier qui facilite les échanges humains au sein du groupe ; chaque dimension de l'aménagement physique des lieux est étudiée collectivement et prospectivement.

Le groupe des futurs habitants est maître d'ouvrage pour les trois phases immobilières : la conception, la réalisation et l'aménagement d'une habitation commune ou d'un ensemble d'habitations (écoquartier ou écovillage dans certains cas).

Le cohabitat comprend des parties privatives et des parties communes. Très généralement, la partie privative comprend le lieu de vie « intime », privé de l'unité familiale, les parties communes étant destinées aux activités partagées entre plusieurs familles, et aux rencontres informelles. Ces dernières parties peuvent aussi offrir des lieux de service (buanderie, salle de loisirs, chambres pour les invités, atelier, garage, espace de coworking ou de télétravail, prêt ou location de vélos ou voitures partagées, etc.). Un smart grid et des équipements permettant une plus ou moins grande autonomie énergétique sont parfois associés au projet.

Traits communs Comme le montre notamment l'étude de Gréboval en 2012 il y a des caractéristiques communes et des variantes à tous les cohabitats. Parmi ces caractéristiques on trouve : La recherche d'un logement permettant une qualité de vie élevée pour un coût faible ou raisonnable ; Un processus participatif qui va de l'établissement des valeurs aux éléments les plus concrets de la réalisation ; La conception puis la réalisation d'un ensemble nommé de différentes manières - écoquartier, écohabitat, etc. Des lieux et des équipements communs ; Une gestion par les résidents ; Une structure non hiérarchique de prise de décisions ; Pas d'économie communautaire partagée (c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'exploitation d'un commerce commun).

Parmi les principes déclinés dans les cohabitats on trouve : Une maison commune qui ancre la communauté - par exemple avec une salle polyvalente et une salle calme ; Des sentiers piétonniers qui lient la maison commune aux unités privées. La circulation naturelle des habitants doit les amener à se croiser et à se rencontrer, de manière à favoriser les contacts informels, fortuits qui alimentent la vie sociale. Souvent des jardins partagés y sont associés (seuls ou en plus de jardins privés) ; La cuisine (fenêtre et/ou porte) de chaque unité privée qui donne sur le sentier piétonnier ou sur un espace commun ; Les automobiles (éventuellement partagées) demeurent en périphérie de l'ensemble, de manière à assurer le calme et la convivialité du lieu.

Les repas communs plus ou moins fréquents sont généralement vus comme partie intégrante de la vie du cohabitat, en gage de lien social, de moment de création de l'esprit de solidarité dans le groupe. Ils peuvent avoir lieu à des rythmes divers, généralement une fois par mois, dans certains lieux une fois par semaine.

La plupart des groupes vivants en cohabitat organisent également des journées de « chantier », d'entretien des communs, de l'ordre d'une fois par mois.

Valeurs du vivre ensemble La vie en communauté intentionnelle et les formes d'habitat participatif ont des valeurs de référence dont la palette varie selon les cas, mais qui est généralement définie dans une charte ou un règlement rédigée en commun par les fondateurs du projet.

Les processus, principes et critères de prise de décision - par consentement par exemple - et de gouvernance sont décrits dans les statuts de la structure juridique qui crée le projet et qui l'inscrit socialement.

Les modalités d'articulation juridique particulière des participants sont élaborées dans le Pacte d'associés et plus ou moins fortement cadrées par la législation (loi ALUR en France depuis 1994).

Les dimensions des pratiques sociales sont décrites dans un règlement intérieur.

Avantages sociaux, financiers et environnementaux Le groupement de ménages et le partage d'espaces réduisent la consommation d'électricité et l'empreinte écologique encouragent les échanges sociaux et renforce la solidarité Entreprendre la construction d'un habitat groupé évite les frais du promoteur immobilier réalise un habitat conçu selon les souhaits de ses habitants fondateurs

Inscription sociale parfois difficile, mais réalisable C'est en particulier le cas de l'inscription d'un projet de cohabitat dans les pratiques juridiques de tel ou tel pays.

Allemagne À Tübingen, des habitats participatifs ont vu le jour dans les années 1990 et 2000, dans une ancienne garnison des forces françaises en Allemagne, au sud de la ville. Elle est souvent citée comme la première ville en Europe où l’habitat participatif est devenu le modèle dominant de la construction de logements (environ ). Parmi les principaux écoquartiers on trouveTübingen 3 écoquartiers en moins de 10 ansEn Allemagne, à Tübingen, une politique aménagée, 19 janvier 2014, Libération : Loretto Areal Französisches Viertel Mühlenviertel

Belgique Il existe plus de 200 projets d'Habitats Groupés ou d'Habitats Groupés Solidaires au sein de la fédération Wallonie - Bruxelles (Belgique francophone)Habitat groupé - État des lieux et approche méthodologique, présentation de l'association belge ASBL, le 17 mai 2014 à la maison de l'habitat durable à Lille dans le cadre des journées européennes.. Les premiers projets belges datent des années '70, avec des exemples comme le Hameau de Rosières ou La Placette à Wezembeek-Oppem, en périphérie bruxelloise. Ces premiers habitats groupés "auto-gérés" se sont largement développés en Belgique, mais aussi en Europe. Ces projets avaient une ambition commune : permettre à un groupe de personnes de cohabiter tout en développant un projet commun, principalement dédié à cette communauté d'habitants : projet social, écologique, culturel, d'agriculture, etc. La forme juridique la plus utilisée était alors la copropriété, bien que quelques projets se soient développés sous forme de coopératives, tel le projet de la Verte Voie du côté de Liège.

En 2006, une étude commanditée par le niveau fédéral (dans les 3 régions de la Belgique) a permis le développement d'un autre concept, celui d'habitat groupé solidaire. Le terme d'Habitat Solidaire se retrouve inscrit dans les Codes du Logement de Bruxelles et de la Région wallonne.

Canada

Québec Cohabitat Québec est un projet situé dans le quartier St-Sacrement dans la ville de Québec. Inauguré en , le projet compte 42 unités d'habitation, en plus d'une maison commune dotée de « cuisine et salle à manger de grandes dimensions, une salle de jeu, des chambres d’invités, une buanderie, des articles de jardinage et un atelier pour bricoleurs ». La sociocratie y est pratiquée. Le projet a tout d'abord été pensé en 2003 par Michel Desgagné, décédé prématurément en d'une méningite, 6 mois avant la livraison du projet. Les bâtiments sont certifiés LEED Platine et Novoclimat, comptant 10 maisons de ville et 32 appartements. Il est évalué à 11 millions de dollars.

Danemark L'un des premiers cohabitats serait danois, créé en 1972 pour près de Copenhague, par un architecte et une psychologue. Un article de 1967 écrit par Bodil Graae et intitulé « Chaque enfant devrait avoir 100 parents. » les aurait inspirés et ce concept aurait séduit 1,5 % des Danois ( environ) qui vivent aujourd'hui en cohabitats. Sur la base des retours d'expérience, les logements tendent à être plus petits qu'il y a , avec des parties communes beaucoup plus vastes et plus de jardins où les cohabitants passent du temps, le cohabitat évoluant aussi vers l'écohabitat (ex : le quartier de Munksoegaard, près de Copenhague est cohabité par environ avec une dimension de haute qualité environnementale et d'écomatériaux qui a été et reste prioritaire (ex les cinq salles communes sont en bottes de paille Habiter autrement (2003) Co-Housing - Co-Habitat ; Les considérations écologiques donnent un nouveau souffle à ce concept. Au Danemark. Cultures & Conflits, (51), 97-126. 2012-02-21). Les cohabitats danois sont plutôt des initiatives privées, alors qu'en Suède l'État peut aider en offrant le terrain.

États-Unis Dans l'écovillage d'Ithaca (basse consommation), dans le comté de Tompkins (État de New-York), les résidents partagent une maison commune. Le premier quartier a été construit en 1997..

France