Isabeau de Bavière, née Isabeau de Wittelsbach-Ingolstadt (en haut-allemand : Elisabeth von Wittelsbach-Ingolstadt), née vers 1370 à Munich, dans le duché de Bavière-Landshut, et morte le à Paris, dans le royaume de France, est reine de France du au en tant qu'épouse de . Issue de la puissante maison de Wittelsbach-Ingolstadt, elle est la fille aînée du duc et de son épouse Taddea Visconti, originaire d'une éminente famille noble qui règne sur la ville italienne de Milan. À environ quinze ans, Isabeau de Bavière est envoyée en France pour y épouser le roi , avec lequel elle convole quelques jours après leur première rencontre.

Le couronnement d'Isabeau de Bavière est fastueusement organisé en 1389 et est suivi de son entrée triomphale à Paris. Dès 1392, souffre de sa première crise de folie, qui l'écarte progressivement des affaires gouvernementales. Ces épisodes de démence apparaissent de manière irrégulière et sèment la confusion au sein de la cour. Le tristement célèbre « Bal des ardents », organisé par la reine en 1393, manque de provoquer la mort du roi, et fragilise encore son équilibre mental. Malgré ses demandes récurrentes pour écarter son épouse, Charles l'autorise fréquemment à agir en son nom. Isabeau devient de ce fait une régente officieuse au nom des dauphins, ses quatre fils qui deviennent successivement héritiers du trône , et prend part au conseil royal, y exerçant pendant presque trente ans une autorité jusque-là inégalée pour une reine de France.

La maladie de crée un vide politique qui aboutit finalement à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons entre les partisans de son frère et les partisans des ducs de Bourgogne. Dans l'intérêt des dauphins, Isabeau change régulièrement d'alliance avec les deux factions : lorsqu'elle rejoint les Armagnacs, les Bourguignons l'accusent d'adultère avec le duc d'Orléans, tandis qu'elle est chassée de Paris et emprisonnée par les Armagnacs lorsqu'elle traite avec les Bourguignons. En 1407, le duc ordonne l'assassinat de Louis d'Orléans, ce qui déclenche les hostilités entre les deux partis. La situation se complexifie en 1419, quand, à l'instigation des Armagnacs, le dauphin Charles orchestre l'assassinat du duc de Bourgogne.

L'assassinat de son allié sur ordre de son propre fils provoque la rupture définitive entre Isabeau de Bavière et ce dernier. La reine négocie dès lors avec le roi , qui a profité du conflit entre les Armagnacs et les Bourguignons pour réinitialiser en 1415 la guerre de Cent Ans et entamer une conquête méthodique du Nord du royaume de France. Les tractations entre , Isabeau et les Bourguignons aboutissent en 1420 à la signature du traité de Troyes, qui prive le dauphin de ses droits au trône et promet à la couronne de France à la mort de . Après le trépas de son époux en 1422, Isabeau de Bavière s'établit définitivement à Paris, désormais aux mains des Anglais et mène une existence retirée jusqu'à sa mort en 1435.

De son vivant déjà, Isabeau de Bavière a été sévèrement critiquée pour son train de vie dispendieux et ses infidélités supposées. Commencé sous les meilleurs auspices, son époque est effectivement l'une des plus sombres de l'Histoire du royaume de France, qui n'est sauvé du désastre qu'après la patiente reconquête menée par son fils et ses officiers. Jusqu'au , l'historiographie a fait d'Isabeau l'archétype de la mauvaise reine. Pourtant, depuis le , les historiens ont réexaminé les différentes descriptions contemporaines de son règne et concluent que, même si son action à la tête du royaume a été catastrophique, de nombreux éléments de sa réputation sont exagérés et proviennent de l'ambiance factieuse et de la propagande conçue par les partisans de .

Biographie Origines et mariage Isabeau de Bavière est la fille aînée d', duc de Bavière-Ingolstadt, et de Taddea Visconti, fille de Barnabé Visconti, seigneur de Milan, qui lui a apporté un douaire considérable, estimé à . Elle descend du côte paternel de l'empereur des Romains et voit le jour au moment où la Bavière est l'un des États les plus puissants du Saint-Empire romain germaniqueL'historienne Rachel Gibbons écrit à propos d'Isabeau de Bavière qu'« elle n'était pas tout à fait la « personne » qui avait été suggérée... il est clair que lui-même voyait le clan Wittelsbach comme des alliés potentiels utiles dans la guerre continue avec l'Angleterre ».. Isabeau est probablement née à Munich, où elle est baptisée en la cathédrale Notre-Dame sous le nom d'ÉlisabethElle est appelée Élisabeth jusqu'à son mariage. Rachel Gibbons affirme qu'elle commence à employer le prénom Isabeau après être devenue reine de France. Richard C. Famiglietti souligne qu'elle signe d'abord ses lettres en français avec le prénom Ysabel, qui se transforme en Ysabeau, puis en Isabeau au début du .. Au moment des pourparlers diplomatiques préparant le mariage de sa fille avec , de Bavière-Ingolstadt se montre évasif tant sur la ville et l'année de naissance de sa fille, situant son âge entre treize ou quatorze ans. Cependant, d'autres sources, notamment Jean Froissart, laissent à penser qu'Isabeau pourrait avoir seize ans lorsqu'elle est demandée en mariage pour le compte du roi de France, ce qui situerait sa date de naissance vers 1370. L'enfance d'Isabeau demeure complètement méconnue jusqu'en , lorsque son oncle paternel Frédéric, duc de Bavière-Landshut, suggère qu'elle épouse le roi de France. Le projet est une nouvelle fois envisagé en , lorsque le duc , oncle et régent du jeune , se lance dans une politique d'alliances matrimoniales à travers toute l'Europe, afin de conforter sa propre puissance et de renflouer le Trésor royal. Le , il marie respectivement à Cambrai son fils aîné Jean et sa fille Marguerite avec Marguerite et Guillaume, les enfants d', un oncle d' de Bavière-Ingolstadt. , qui a alors seize ans, participe aux tournois organisés pour célébrer les noces et est décrit par les contemporains comme un jeune homme séduisant, en bonne forme physique, qui apprécie les joutes et la chasse, et semble enthousiaste à l'idée de se marier.

vignette| en train de chasser, pendant qu'Isabeau de Bavière le suit sur un palefroi. Miniature du Maître de Spencer 6, tirée de la Chronique d'Enguerrand de Monstrelet, vers 1493-1500. de Bourgogne étudie longuement l'idée d'une alliance du royaume de France avec le Saint-Empire romain germanique, qui se révélerait idéale contre le royaume d'Angleterre dans le contexte de la guerre de Cent Ans. de Bavière-Ingolstadt accepte avec réticence d'envoyer sa fille Isabeau en France pour qu'elle soit envisagée comme une possible reine de France. Accompagnée de son oncle Frédéric, Isabeau qui n'est pas informée des intentions de son père, qui a exigé qu'elle n'en soit pas tenue au courant, croit initialement que ce voyage vers la France constitue un pèlerinage vers la ville d'Amiens. Avant de rejoindre Amiens, Isabeau marque une étape dans le comté de Hainaut, où elle demeure pendant un mois auprès de son grand-oncle de Bavière-Straubing et son épouse Marguerite de Brzeg, qui lui apprend l'étiquette de la cour de France et lui fait abandonner ses tenues bavaroises au profit de celles alors en vogue en France. Le , Isabeau de Bavière arrive à Amiens pour être présentée à . Auparavant, son père a refusé qu'elle soit examinée par des matrones comme c'est alors l'usage en France, refusant l'humiliation d'un examen pré-nuptial à sa fille et le risque d'un renvoi en Bavière si d'aventure on lui trouve des défauts physiques.

thumb|Sceau avers d'Isabeau de Bavière, conservé aux Archives nationales. Il représente la reine couronnée en pied et tenant son sceptre, quatre anges tenant derrière elle une tenture aux armoiries de France et de Bavière.

Jean Froissart décrit dans ses Chroniques la rencontre, lors de laquelle Isabeau affiche un comportement parfait selon les normes de son époque. Des dispositions ont été prises pour que Charles et Isabeau se marient à Arras, mais lors de la première rencontre, le roi de France a senti « le bonheur et l'amour entrer dans son cœur, car il a vu qu'elle était belle et jeune, et il a donc grandement désiré la regarder et la posséder ».

Bien qu'elle ne parle pas encore français, se montre pressé que les noces soient conclues et convole avec Isabeau quatre jours après leur rencontre alors qu'elle est encore adolescente. semble sincèrement aimer sa jeune épouse et lui prodigue de multiples présents. Ainsi, à l'occasion des étrennes du , il lui offre une selle de palefroi de velours rouge garnie de cuivre et décorée d'un K et d'un E entrelacés (pour Karol et Elisabeth, leurs prénoms en haut-allemand). Les oncles et régents du roi approuvent également l'union, que les chroniqueurs Jean Froissart et Michel Pintoin présentent comme enracinée dans le désir (unilatéral) et fondée sur la beauté d'Isabeau. Le lendemain du mariage, part en campagne militaire contre la ville de Gand, pendant qu'Isabeau se rend à Creil pour vivre auprès de la reine douairière Blanche de Navarre, la veuve du roi de France , qui lui enseigne les traditions de la cour. En , Isabeau s'installe au château de Vincennes, où la rejoint fréquemment pendant les premières années de leur mariage, et qui devient son lieu de résidence préféré.

Couronnement Le couronnement d'Isabeau de Bavière est fastueusement célébré le à Paris. Sa petite-cousine et belle-sœur Valentine Visconti, qui a épousé six jours auparavant Louis, duc de Touraine et frère cadet de , arrive avec qui ont acheminé depuis Milan et à travers les Alpes des effets personnels luxueux, tels des livres et une harpe. Les nobles qui assistent à la procession précédant le couronnement de la reine sont magnifiquement vêtus dans des costumes avec des broderies en fil d'or et circulent dans des litières escortés par des chevaliers. Le duc de Bourgogne se présente quant à lui à la cérémonie avec un doublet brodé de 40 moutons et 40 cygnes, chacun décoré d'une clochette en perles. La cour vit alors dans une période d'embellie, puisque a renvoyé le ses oncles et régents de Bourgogne et Jean de Berry du conseil royal pour leur train de vie dispendieux, a rappelé les conseillers de son père , surnommés « les Marmousets », et vient de conclure le une trêve durable avec l'Angleterre.

La procession s'étend du matin au soir du . Les rues de Paris sont bordées de tableaux vivants présentant des scènes des croisades, de la Déisis et des Portes du Paradis. Plus de mille bourgeois se tiennent le long du parcours ; d'un côté de la procession, ils sont vêtus de vert, tandis que ceux situés de l'autre le sont de rouge. La procession commence à la porte Saint-Denis, circule sous un dais d'étoffe bleu ciel sous lequel des enfants vêtus comme des anges chantent, et serpente dans la rue Saint-Denis avant d'arriver à la cathédrale Notre-Dame pour la cérémonie du couronnement. Comme le souligne l'historienne américaine Barbara W. Tuchman, « il y avait tant de merveilles à voir et à admirer que c'est seulement le soir que la procession franchit le pont menant à Notre-Dame où le spectacle atteignit son point culminant ».