Le Grand Prix de France 1957 ( Grand Prix de l'A.C.F.), disputé sur le circuit de Rouen-les-Essarts le , est la soixantième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la quatrième manche du championnat 1957.
Contexte avant le Grand Prix Le championnat du monde thumb|upright|left|alt=Fangio en 1957|Juan Manuel Fangio et sa Maserati 250F : la combinaison à battre en 1957. La saison 1957 est la quatrième se disputant sous la réglementation Formule 1 2,5 litres (moteur atmosphérique ou suralimenté, carburant libre. Cette huitième édition du championnat du monde des conducteurs a commencé dans un climat de crise, les organisateurs de Grands Prix prônant la réduction de leurs frais et voulant diminuer les primes de départ accordées aux concurrents. Face à cette menace, les pilotes ont pour la première fois fondé un syndicat international, présidé par l'ancien champion Louis Chiron. Dans ce contexte, les Pays-Bas et la Belgique ont annulé leurs épreuves, en signe de protestation. Les premières épreuves ont souri à Juan Manuel Fangio, de retour chez Maserati, qui s'est imposé en Argentine et à Monaco. Déjà titré à quatre reprises, le pilote argentin est une nouvelle fois largement favori cette saison. La situation est beaucoup plus difficile pour la Scuderia Ferrari, qui vient de perdre accidentellement deux de ses pilotes, Eugenio Castellotti et Alfonso de Portago, et n'a enregistré aucun résultat tangible lors des deux premières manches. Principal challenger de Fangio, le Britannique Stirling Moss a également connu un début de saison calamiteux : le premier pilote de Vanwall compte déjà seize points de retard sur son rival, ayant terminé très attardé en Argentine, et ayant achevé son Grand Prix de Monaco dans les barrières.
Le circuit thumb|right|alt=Rouen-les-Essarts|Vue récente du hameau des Essarts (en bas à gauche, enjambant l'autoroute, la D938, empruntée par l'ancien circuit).
Inauguré en 1950, le circuit de Rouen-les-Essarts est situé dans le parc des Essarts, sur la commune de Grand-Couronne, près de Rouen. Ce circuit naturel, créé à l'initiative du président de l'Automobile-Club normand Jean Savale, développait initialement un peu plus de cinq kilomètres. En 1955, sa longueur fut portée à six kilomètres et demi, à la suite d'importants travaux dans la partie nord. Parfois surnommé "le petit Spa", il comporte de très belles courbes, notamment le difficile virage des Six Frères dans l'impressionnante descente vers le hameau du Nouveau Monde. C'est la seconde fois que ce circuit est retenu pour une épreuve mondiale, la première datant de 1952, Alberto Ascari s'étant alors nettement imposé sur sa Ferrari à la moyenne de .
Monoplaces en lice thumb|left|alt=Maserati 250F|La Maserati 250F, dominatrice du début de saison avec Fangio. Ferrari 801 "Usine" Comme à Monaco, la Scuderia Ferrari est présente avec quatre monoplaces de type 801, évolution de la D50, née Lancia. Pesant , la 801 dispose d'un moteur V8 semi-porteur d'une puissance de l'ordre de 285 chevaux. Absent en principauté, Luigi Musso a repris sa place dans l'équipe, aux côtés de Peter Collins, Maurice Trintignant et Mike Hawthorn, ce dernier disposant d'un châssis allongé de quatre centimètres, son grand gabarit s’accommodant mal du cockpit de la version standardL'année automobile 1957-1958 - éditeur : Edita S.A., Lausanne.
Maserati 250F "Usine" L'usine dispose de cinq 250F, une monoplace qui dispute sa quatrième saison. Trois versions allégées à empattement long sont aux mains de Juan Manuel Fangio, Jean Behra (maintenant rétabli de son accident survenu lors des reconnaissances des Mille Miles) et Harry Schell. Ces modèles pèsent et sont animés par un moteur six cylindres en ligne d'une puissance de 270 chevaux à . Quatrième pilote de l'équipe, Carlos Menditéguy pilote un modèle plus ancien, à empattement court et un peu plus lourd. Le cinquième châssis est équipé du nouveau moteur V12, d'une puissance de l'ordre de 300 chevaux et sert de voiture de réserve, s'étant à ce jour montré moins efficace que les modèles traditionnels sur les circuits sinueux. Engagé à titre privé, Le pilote britannique Horace Gould est également présent, ayant engagé sa 250F personnelle (version à empattement court).
Vanwall VW "Usine" thumb|right|alt=Vanwall|La Vanwall, de conception très moderne. L'équipe de Tony Vandervell est momentanément privée de ses deux pilotes titulaires : Tony Brooks s'est légèrement blessé lors des dernières 24 Heures du Mans (son Aston Martin s'est retournée au Tertre Rouge), et Stirling Moss, victime d'une infection des sinus, a dû être hospitalisé en Angleterre. Ils sont remplacés au pied levé par Roy Salvadori (qui vient de rompre son contrat avec BRM) et par Stuart Lewis-Evans, sans volant depuis le récent arrêt d'activité de l'équipe Connaught. Les Vanwall sont des monoplaces relativement légères () et leur moteur à quatre cylindres alimenté par injection développant environ 285 chevaux, associé à une carrosserie très profilée, leur assure une excellente vitesse de pointe. Elles bénéficient également d'un excellent système de freinage, assuré par quatre freins à disque Dunlop.
BRM P25 "Usine" Les rapides BRM P25 s'étaient révélées très fragiles, voire dangereuses, lors de la saison précédente, et ont été sérieusement modifiées pour 1957 : deux nouveaux châssis, renforcés, ont été construits, adoptant des suspensions arrière à ressorts hélicoïdaux (au lieu de lames transversales). La lubrification de la transmission a été également fiabilisée, le précédent système ayant été à l'origine de quelques sorties de route dues à des blocages soudains. Plus petites que leurs concurrentes (mises à part les minuscules Cooper à moteur central arrière), les BRM affichent un excellent rapport poids/puissance (270 chevaux pour un peu plus de ). Si les évolutions ont rendu leur comportement plus sûr, leur fiabilité pèche encore, le seul résultat tangible obtenu cette saison étant la troisième place de Ron Flockhart au Glover Trophy de Goodwood, hors championnat. Salvadori a quitté l'équipe aussitôt après le Grand Prix de Monaco, Flockhart étant désormais secondé par l'espoir américain Herbert MacKay-Fraser.
Cooper T43 "Usine" thumb|left|alt=Cooper T43|La petite Cooper-Climax T43, à moteur central arrière (ici lors d'une course historique). John Cooper a engagé deux petites T43, monoplaces à moteur central arrière conçues à l'origine pour la formule 2, équipées pour les Grands Prix d'un moteur Coventry Climax de deux litres de cylindrée, d'une puissance de l'ordre de 180 chevaux. Ces mini F1, qui pèsent moins de , sont aux mains de Jack Brabham (auteur d'une très belle course à Monaco) et de Mike MacDowel, qui fait sa première apparition en championnat.
Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle N° châssis Moteur Pneumatiques 2 Juan Manuel Fangio Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2529 Maserati L6 4 Jean Behra Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2528 Maserati L6 6 Harry Schell Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2527 Maserati L6 88T Carlos Menditéguy Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250FMaserati 250F V12 25012530 Maserati L6Maserati V12 10 Luigi Musso Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 801 D50/0010 Ferrari V8 12 Peter Collins Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 801 D50/0008 Ferrari V8 14 Mike Hawthorn Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 801 D50/0009 Ferrari V8 16 Maurice Trintignant Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 801 D50/0006 Ferrari V8 18 Stuart Lewis-Evans Vandervell Products Vanwall Vanwall VW VW4 Vanwall L4 20 Roy Salvadori Vandervell Products Vanwall Vanwall VW VW1 Vanwall L4 22 Jack Brabham Cooper Car Company Cooper Cooper T43 F2-9-57 Coventry Climax L4 24 Mike MacDowel Cooper Car Company Cooper Cooper T43 F2-3-57 Coventry Climax L4 26 Ron Flockhart Owen Racing Organisation BRM BRM P25 254 BRM L4 28 Herbert MacKay-Fraser Owen Racing Organisation BRM BRM P25 253 BRM L4 30 Horace Gould Gould's Garage Maserati Maserati 250F 2514 Maserati L6
Qualifications Les essais qualificatifs ont lieu le vendredi matin et le samedi matin précédant la course. Absent en 1952 à cause de son grave accident de Monza, Juan Manuel Fangio découvre le circuit, et après une brève inspection déclare : Effectivement, dès les premiers kilomètres, le champion argentin se montre le plus rapide, surtout dans les courbes de la descente qu'il négocie tout en dérive avec une précision remarquable. Et au terme des deux journées d'essais, il s'est octroyé la pole position, battant de plus d'une seconde son coéquipier Jean Behra, pourtant très expérimenté sur cette piste. Les deux pilotes ont réalisé leurs meilleurs temps sur les versions six cylindres des Maserati 250F, chacun ayant également tourné sur la version V12, plus puissante mais malgré tout moins performante sur ce tracé. Au sein de la Scuderia Ferrari, Luigi Musso s'est montré le plus rapide, complétant la première ligne de la grille de départ avec un temps très proche de celui de Behra. Légèrement en retrait, Harry Schell (Maserati) et Peter Collins se partagent la seconde ligne. En l'absence de Stirling Moss et de Tony Brooks, c'est Roy Salvadori qui a tiré le meilleur parti des Vanwall, s'octroyant le sixième temps, mais à plus de trois secondes et demie de Fangio.
+ Résultats des qualifications Pilote Écurie Temps Écart 1 Juan Manuel Fangio Maserati 2 min 21 s 5 - 2 Jean Behra Maserati 2 min 22 s 6 + 1 s 1 3 Luigi Musso Ferrari 2 min 22 s 7 + 1 s 2 4 Harry Schell Maserati 2 min 23 s 2 + 1 s 7 5 Peter Collins Ferrari 2 min 23 s 3 + 1 s 8 6 Roy Salvadori Vanwall 2 min 25 s 1 + 3 s 6 7 Mike Hawthorn Ferrari 2 min 25 s 6 + 4 s 1 8 Maurice Trintignant Ferrari 2 min 25 s 9 + 4 s 4 9 Carlos Menditéguy Maserati 2 min 26 s 1 + 4 s 6 10 Stuart Lewis-Evans Vanwall 2 min 27 s 6 + 6 s 1 11 Ron Flockhart BRM 2 min 27 s 8 + 6 s 3 12 Herbert MacKay-Fraser BRM 2 min 29 s 9 + 8 s 4 13 Jack Brabham Cooper-Climax 2 min 30 s 9 + 9 s 4 14 Horace Gould Maserati 2 min 35 s 0 + 13 s 5 15 Mike MacDowel Cooper-Climax 2 min 38 s 6 + 17 s 1
Grille de départ du Grand Prix + Grille de départ du Grand Prix et résultats des qualifications 3 2 1 MussoFerrari2 min 22 s 7 BehraMaserati2 min 22 s 6 FangioMaserati2 min 21 s 5 5 4 CollinsFerrari2 min 23 s 3 SchellMaserati2 min 23 s 2 8 7 6 TrintignantFerrari2 min 25 s 9 HawthornFerrari2 min 25 s 6 SalvadoriVanwall2 min 25 s 1 10 9 Lewis-EvansVanwall2 min 27 s 6 MenditéguyMaserati2 min 26 s 1 13 12 11 BrabhamCooper2 min 30 s 9 MacKayBRM2 min 29 s 9 FlockhartBRM2 min 27 s 8 15 14 MacDowelCooper2 min 38 s 6 GouldMaserati2 min 35 s 0
Déroulement de la course Le départ de la course est donné le dimanche après-midi aussitôt après quinze heures, par une très forte chaleur. Jean Behra, dont la Maserati n'était pas complètement immobilisée, prend la tête juste devant la Ferrari de Luigi Musso, Juan Manuel Fangio étant légèrement en retrait. Musso ne reste pas longtemps dans le sillage du pilote français ; il s'empare rapidement du commandement, avant d'aborder la descente vers le virage du Nouveau Monde et, au premier passage devant la stands, a déjà creusé l'écart sur Behra. Fangio passe en troisième position (son avant légèrement endommagé après avoir accroché l'arrière de la voiture de son coéquipier Behra dans la descenteRevue L'Automobile n°136 - août 1957), talonné par la Ferrari de Peter Collins, la Maserati d'Harry Schell et la BRM de l'étonnant Herbert MacKay-Fraser, qui dispute ici son tout premier Grand Prix de championnat. Au second tour, Fangio passe à l'attaque, déborde Behra, et se rapproche de Musso. À la fin du troisième tour, il est dans les roues du pilote italien, qu'il dépasse au début du tour suivant. Ron Flockhart a déjà abandonné, sa BRM étant sortie de la piste après avoir heurté un fût d'huile ; il s'en tire avec quelques contusions et une fêlure du fémur.