En économie, une zone monétaire optimale (ZMO) est une région géographique dans laquelle il serait bénéfique d'établir une monnaie unique. La théorie de la zone monétaire optimale a été développée dans les années 1960, principalement par Robert Mundell. Une zone monétaire optimale peut regrouper plusieurs pays ; elle peut aussi ne concerner que quelques régions d'un grand pays.

Objectifs de la théorie right|thumb|upright=1.5|L'avantage de l'union monétaire serait une fonction croissante de l'intégration économique.

La théorie de la zone monétaire optimale tente d’évaluer l’opportunité de l’union monétaire entre pays. Cette union monétaire est censée produire des avantages économiques, tels que l'élimination des coûts de transaction. Toutefois, elle implique pour les pays adhérents de renoncer chacun à leur politique monétaire propre. Les pays de la Zone Euro ne la contrôlent plus : elle est dirigée par la Banque Centrale Européenne.

Or, la politique monétaire est l'instrument grâce auquel une économie peut réguler la valeur de sa monnaie, de façon notamment à influer sur le taux de change entre celle-ci et les devises étrangères. Les pays formant une union monétaire renoncent donc à leur outil de régulation des chocs asymétriques.

En conséquence, la théorie de la zone monétaire optimale va s'attacher à définir dans quelles conditions une union monétaire va pouvoir contourner les effets considérés comme négatifs d'un taux de change fixe, tout en bénéficiant des gains apportés par la politique monétaire commune.

Théorie des ZMO

Les premières interrogations à l'égard de la régulation par les taux de change furent émises par Abba Lerner en marge des débats sur l'étalon dollar-or fixé par les Accords de Bretton Woods, qui a alimenté la controverse entre les partisans du système de change fixe et ceux de la flexibilité. La contradiction entre plein-emploi et taux de change fixes est alors déjà soulignée par plusieurs auteurs dont Frank Graham et George Halm.

Critères traditionnels d'une ZMO

La théorie des zones monétaires optimales, dans l'approche traditionnelle qui en a été faite dans les années 1960 avec les contributions majeures de Mundell, McKinnon et Kenen, s'attachait à modéliser le calcul coût-avantage d'après lequel des pays auraient pu décider de créer ou non une union monétaire. La théorie a par la suite connu un déclin dans les années 1970 et 1980.

L'opportunité ou non d'adhérer à une union monétaire s'apprécie donc à la lumière des critères élaborés par la théorie et que l'on peut résumer ainsi :

Importance des chocs symétriques Efficacité des mécanismes d'ajustement Caractéristiques structurelles des économies

Mobilité des facteurs de production

La théorie de la zone monétaire optimale est évoquée pour la première fois en 1961 par Robert Mundell qui recevra pour cela le « prix Nobel » d'économiearticle BusinessWeek.

Mundell distingue un premier cas, dans lequel les taux de change sont flexibles, de celui de l'union monétaire. En cas de chocs asymétriques, si la demande se déplace d'un pays vers un autre, elle va entraîner l'apparition de chômage dans le premier pays et d'inflation dans le second. Une dévaluation de la monnaie dans le pays touché permettra alors un rééquilibrage de la situation.

Dans les conditions où une dévaluation de la monnaie ne sera pas possible, seule une mobilité des facteurs à l'intérieur de l'union monétaire plus forte qu'à l'extérieur permettra de contrebalancer l'absence de taux de change flexibles.

Par ailleurs, Mundell affirmait également l'importance d'une réelle détermination politique dans la construction réussie d'une union monétaire:

Degré d'ouverture des économies

Mc Kinnon introduit en 1963 un nouveau concept, celui de ratio entre biens échangeables et non-échangeables. Les premiers seuls sont affectés par les niveaux d'importation ou d'exportation, tandis que les prix des biens non-échangeables dépendent de la monnaie intérieure.

Or, dans une économie ouverte, où le ratio est donc élevé, toute modification du taux de change entraîne une modification presque équivalente du prix des produits pouvant être importés ou exportés, et qui a donc tendance à se répercuter sur l'ensemble des prix.

McKinnon considère que plus les pays sont ouverts sur l'extérieur, moins ils ont à perdre à adopter un système de change fixe. Le degré d'ouverture d'une économie étant mesuré par la proportion des biens dits échangeables (biens exportés + biens importés) dans la production totale de cette économie.

Spécialisation et diversification sectorielle

Le troisième critère permettant de définir une zone monétaire optimale est proposé par P. Kenen en 1969. Il considère que la diversification sectorielle du tissu productif des pays permet de les envisager comme une zone monétaire optimale. Les économies diversifiées, en effet, peuvent se passer de l'instrument du taux de change, car lorsque le tissu productif est diversifié, il a moins de risque d'être durement atteint par un choc asymétrique : la diversification du tissu productif dilue le choc. Dès lors, l'union monétaire conduit à une intégration économique des partenaires. On observera alors un recul du commerce inter-branche au profit du commerce intra-branche (échange de produits similaires appartenant à une même branche).

Critères endogènes des ZMO

Lors de sa première formulation, Mundell définit la zone monétaire comme optimale de manière ex ante, c'est-à-dire à partir de critères a priori. L'économiste va toutefois revenir partiellement sur ses premiers écrits en 1973. Un renouvellement profond est entamé lorsque Mundell propose une définition ex post de l'optimalité basée sur une conception endogène de la zone monétaire optimale.

Mundell, en effet, en vient à postuler que l'union monétaire produit d'elle-même les conditions de son optimisation au fur de son développement.

Les critères traditionnels peuvent en effet évoluer dans le temps, ils sont endogènes au fonctionnement d'une zone monétaire ; l'important est de les apprécier ex post. Ces critères secondaires peuvent être définis comme :

l'homogénéité des préférences la diversification des productions le sentiment d'appartenance à un ensemble commun la distance et la taille économique une langue commune etc.

Homogénéité des préférences

Cooper (1977) et Kindleberger (1986) ont développé le critère des préférences homogènes. Pour ces deux auteurs, une union monétaire est avant tout un bien collectif qui suppose pour fonctionner que les objectifs de politique économique des différents gouvernements convergent, notamment en matière d'inflation. Il en va de même pour la protection sociale, le chômage. Si les pays ont des préférences différentes, les mécanismes concurrentiels risquent de conduire à un mécanisme de moins disant social, fiscal, réglementaire et écologique. Les pays les plus compétitifs n'étant pas nécessairement les plus efficaces mais simplement ceux qui taxent le moins, qui protègent le moins, qui font le moins attention à la problématique écologique. En principe, la concurrence fonctionne lorsque les concurrents sont exactement dans le même cadre institutionnel.

Intégration commerciale et économique

Frankel et Rose (1998) ont montré que l'union monétaire favorisait l'intégration commerciale entre les pays membres, donc leur ouverture, et réduisait ainsi à l'avenir le risque de chocs asymétriques.

Par ailleurs, d'après Fontagné et Freudenberg (1999), l'intégration économique des pays industriels entraîne essentiellement une spécialisation intra-branche, ce qui, dans la lignée de Kenen, est un critère favorable à l'Union monétaire.

Mais le commerce intra-branche ne se suffit pas à garantir une synchronisation des cycles économiques ou encore des préférences. Dans le commerce intra-branche, il est possible de décrire différents niveaux de qualité si bien que l'intra-branche de qualité très différente peut avoir les mêmes propriétés que le développement d'un commerce inter-branche (phénomène de spécialisation appauvrissante, désynchronisation, etc. ).

Mais un dernier avatar de la théorie des zones monétaires dynamiques a tenté de répondre à cette dimension du problème, la théorie du risk-sharing (Asdrubali, P., B. E. Sørensen, et O. Yosha, 1996). Les ajustements transitent par les marchés financiers et l'intégration financières des états/régions qui permet une diversification optimale des portefeuilles. Ces auteurs ont tenté de mesurer pour les États-Unis, les différentes modalités d'ajustement des revenus aux chocs. Une partie des revenus provient de revenus salariaux, de revenus financiers (dividendes, intérêts, transferts budgétaires, etc.) Le risque sharing suppose que l'intégration financière va permettre aux ménages de limiter l'impact négatif d'un choc spécifique s'ils disposent de revenus provenant de régions dans lesquelles le choc n'a pas eu lieu. Le partage du risque transite donc par la détention de titres d'autres (régions/états). Cette théorie permet de justifier le maintien d'un union monétaire non optimale sans transferts budgétaires, puisque les transferts réalisés par les marchés permettant de compenser les transferts de l’État. Pour que ces mécanismes soient opérationnels, il est nécessaire que les marchés financiers fonctionnent correctement, que les ménages soient des optimiseurs rationnels et qu'ils disposent d'une importante épargne financière. Cette théorie dans les faits possède une faible validité (Clévenot, M., et V.Duwicquet 2011). Les ménages disposent d'une épargne essentiellement immobilière. L'épargne mobilière souffre d'un fort biais domestique. Les marchés sont myopes et peuvent être l'origine de bulle qui vont participe à la formation de chocs macroéconomiques majeurs. Ainsi, à la place de diviser les risques dans certaines périodes, ils participent à leur formation et à leur diffusion.

Applications de la théorie

Zone euro

Les avis des économistes s'opposent sur la question de l'optimalité de la zone euro ; les mouvements de travailleurs y sont assez faibles, et l'intégration politique peu poussée. Il n'existe pas véritablement de budget fédéral permettant des transferts de revenus aptes à lisser les chocs asymétriques.

D'un autre côté, la zone euro aurait un effet incitatif sur l'approfondissement de la coopération entre pays membresRapport d'information au Sénat, 2002..

Au sein de l'Union européenne, on observe peu de convergence absolue mais une convergence conditionnelle. les économies des pays fondateurs de la CEE (Communauté économique européenne, soit les 6 pays fondateurs) évoluent de façon relativement homogène dans le temps et leurs cycles sont plutôt bien corrélés entre eux. Hongrie et Pologne ont des cycles mieux corrélés avec le cœur de l'UE que certains petits pays qui sont déjà dans la zone euro. le cycle conjoncturel de certains nouveaux pays est peu corrélé avec celui de la zone euro dans son ensemble. les pays baltes et les pays des Balkans sont très peu voire négativement corrélés.

Toutefois, l'excédent très important de la balance des comptes courants de L'Allemagne depuis 2011 et les déficits commerciaux et le taux de chômage de plusieurs de ses proches partenaires européens indiquent que les économies des pays de la zone euro ont considérablement divergés.

Critiques

Critique keynésienne Les keynésiens et post-keynésiens ont souvent critiqué l’existence de monnaies régulées par une autorité internationale qui n’a pas l’autorité fiscale. Selon eux, la fiscalité joue un rôle économique majeur, et donc séparer la gestion de la fiscalité et de la monnaie constituerait une perte de « souveraineté monétaire »