Eugène Lefèvre-Pontalis est un historien de l’architecture et archéologue français né le à Paris et mort le à Vieux-Moulin. Il est le fils d'Antonin Lefèvre-Pontalis.
Archiviste paléographe, il reste toujours proche de l'École des chartes, où il est professeur suppléant en archéologie médiévale de 1892 à 1896 puis de 1905 à 1911, quand il est enfin nommé professeur titulaire. Lefèvre-Pontalis assume également différentes responsabilités dans la Société de l'École des chartes. C'est toutefois dans les sociétés savantes qu'il effectue la partie la plus importante de sa carrière scientifique, tout d'abord en tant que bibliothécaire de la Bibliothèque des sociétés savantes en tant que jeune diplômé, publiant déjà un nombre considérable d'articles sur les églises médiévales, et ensuite comme président de la Société des antiquaires de France pendant plusieurs périodes d'un an, et surtout comme directeur de la Société française d'archéologie à partir de 1900. C'est dans cette fonction que ses activités bénéficient d'un rayonnement national et international. Lefèvre-Pontalis fait de l'organe de la société, le Bulletin monumental, la revue scientifique la plus réputée dans le domaine de l'archéologie monumentale médiévale, et organise chaque année le Congrès archéologique de France, toujours consacré à une région différente et accompagné de la publication de guides archéologiques de plusieurs centaines de pages et des actes du congrès. L'archéologue accomplit une triple mission : transmettre sa passion pour l'architecture médiévale à de jeunes chercheurs, donner à l'étude des monuments une base scientifique solide et assurer la sauvegarde du patrimoine architectural ancien. C'est dans ce cadre qu'il siège au Comité des travaux historiques et scientifiques à partir de 1898 et dans la Commission des monuments historiques à partir de 1911. Grâce à leur grande rigueur, une approche pluridisciplinaire, une méthodologie des plus exigeantes et une fondation sur des connaissances très poussées, les travaux d'Eugène Lefèvre-Pontalis restent dans leur essence toujours d'actualité, et demeurent des références incontournables pour nombre de monuments n'ayant plus fait l'objet d'aucune étude sérieuse depuis plusieurs générations.
Biographie Scolarité et études
Eugène Amédée Lefèvre-Pontalis est né à Paris le comme le cadet des deux fils du député Antonin Lefèvre-Pontalis (1830-1903), docteur en droit, membre de l'Institut et auteur de plusieurs livres sur l'économie politique et l'histoire. Il est propriétaire de l'immeuble que la famille habite rue Montalivet, dans le . Sa famille appartient au milieu bourgeois et cultive les lettres et les arts depuis plusieurs générations. Parmi les ancêtres illustres, l'on peut citer notamment architecte Jacques-Germain Soufflot (1713-1780), oncle de la grand-mère paternelle d'Eugène. L'oncle Amédée Lefèvre-Pontalis (1833-1901) est également homme politique et membre du conseil d'administration de plusieurs sociétés. Eugène effectue sa scolarité secondaire au lycée Condorcet où il bénéficie d'une solide instruction. Bon élève, il se fait surtout remarquer en lettres, où il est nommé plusieurs fois au Concours général. Sa matière préférée est l'histoire, et il commence à s'intéresser tôt à l'étude des sources, jetant ainsi les bases de sa future carrière. Eugène est ce fait bien préparé à ces études à l'École des chartes, où il entre en 1881, comme avant lui son frère aîné. Ce sont les cours en histoire médiévale de Robert Charles de Lasteyrie (1849-1912) qui le fascinent avant tout, et il se fait rapidement remarquer par son professeur. Ainsi, de Lasteyrie le fait parfois participer à son enseignement en lui confiant notamment la préparation des excursions annuelles et l'explication des monuments visités aux autres étudiants413.501-502..
Parallèlement à ses études, Lefèvre-Pontalis travaille comme surnuméraire à la bibliothèque Mazarine en 1884 pour parfaire ses connaissances pratiques. En la même année, il effectue un stage chez Alphonse Simil, architecte en chef des monuments historiques, indispensable pour comprendre les principes de construction et pour s'initier à l'architecture. Dans ce contexte, l'étudiant participe à la restauration de l'église de Taverny, qui fera curieusement le sujet de l'une de ses dernières publications. Il paraît naturel qu'Eugène Lefèvre-Pontalis choisit un sujet issu de l'archéologie pour sa thèse : « L'architecture religieuse dans l'ancien diocèse de Soissons au et au ». Présentée en 1885, elle sera publiée ultérieurement chez Plon en deux volumes., recompensée en 1898 par le prix Fould de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Pour cette étude, l'auteur a examiné sur place l'ensemble des monuments dans le périmètre de l'étude et dressé leurs plans, pour fournir ensuite des descriptions détaillées et établir des comparaisons avec des monuments similaires. La voûte d'ogives étant née dans le Soissonnais, la thèse devient en même temps l'histoire des origines de ce système révolutionnant l'architecture502-503...
Une fois obtenu le diplôme d'archiviste paléographe le , le jeune chartiste s'engage dans un périple à travers la France, traquant les plus éminents témoignages de l'architecture médiévales jusque dans le village le plus reculé, avec le bloc de dessin et l'appareil photographique toujours dans les bagages, notant scrupuleusement toutes ses observations. Il tient à percer les secrets de l'art de bâtir, raison pour laquelle les édifices non restaurés voire ruinés attirent particulièrement son intérêt d'archéologue. C'est également en 1885 que Lefèvre-Pontalis est reçu membre titulaire de la Société française d'archéologie. Pendant les années 1885-1888, il effectue une quinzaine de publications, traitant exclusivement de l'architecture religieuse comme l'écrasant majorité de ses publications à venir jusqu'à la fin de sa vie. Par contre, rien de significatif ne paraît dans la décennie de 1888 à 1898413-414..
Parcours professionnel et activités
En 1886, au retour de son grand voyage, son premier poste jusqu'en 1890 est celui de secrétaire-adjoint de la section histoire et de séances de la dite section au Congrès des Sociétés savantes, avec notamment la tâche du bibliothécaire de la Bibliothèque des sociétés savantes. En 1891, il est nommé archiviste et trésorier de la Société de l'École des chartes, et un an plus tard, il devient professeur suppléant d'archéologie médiévale, aux côtés de son maître Robert de Lasteyrie. Lefèvre-Pontalis donne un professeur dont l' (Maurice Prou). Il renouvelle la pédagogie par la projection de photographies de ses nombreux voyages et multiplie les excursions, mais son engagement prend toutefois fin en 1896. Ce n'est qu'en 1894 et 1897 qu'il fera paraître les deux volumes de son Architecture religieuse dans l'ancien diocèse de Soissons, ouvrage mentionné ci-dessus413 et 415.504-506..
À côté de son activité professionnelle, Lefèvre-Pontalis adhère à une deuxième société savante d'importance nationale en 1897, la Société nationale des antiquaires de France. En 1898, il devient membre du Comité des travaux historiques et scientifiques et renoue avec ses publications dans les bulletins des différentes sociétés savantes. En 1899, 1901, 1907, 1911 et 1914, il officie comme président de séance au Congrès des Sociétés savantes se tenant annuellement à la Sorbonne. C'est sans doute grâce à ses nombreuses activités à la faveur des monuments historiques du Moyen Âge qu'il est élu directeur de la Société française d'archéologie en date du . Les sociétaires ne regretteront pas d'avoir porté leur choix sur Eugène Lefèvre-Pontalis, qui prend sa nouvelle mission à cœur et ambitionne de faire de l'association une société savante dont l'œuvre resterait. Le rayonnement de cette vénérable institution repose sur deux piliers, le périodique Bulletin monumental jouissant bientôt d'une réputation mondiale sur le plan de l'archéologie des monuments historiques, et le Congrès archéologique de France organisé annuellement dans une autre ville de France. Lefèvre-Pontalis dirige donc à la fois de Bulletin monumental et prépare avec grand sérieux les congrès, dont les actes dont publiés dans un gros volume paraissant l'année suivante. Sous Lefèvre-Pontalis, sont instaurés les Guides archéologiques à l'intention des participants au congrès et insérés dans les actes250-251.504-505..
Lefèvre-Pontalis reste directeur de la Société française d'archéologie et directeur de publication du Bulletin monumental jusqu'à la fin de sa vie (projetant toutefois au printemps 1923 de confier le Bulletin monumental à François Deshoulières et Marcel Aubert253.). Il se fixe les objectifs suivants : (Marcel Aubert). En 1905, l'archéologue devient de nouveau professeur suppléant de Robert de Lasteyrie, puis renforce son engagement au sein de la Société nationale des antiquaires de France : il devient son secrétaire en 1906 et est élu son président pour un an en 1907, ainsi qu'accessoirement membre du Royal Archaeological Institute et correspondant de la Société royale des antiquaires de Londres. Après s'être focalisé longtemps sur la Picardie et l'Île-de-France, il élargit l'horizon de ses études sur toute la France et publie des monographies qui ne se bornent pas à servir de simples matériaux pour l'histoire artistique, mais replacent les édifices dans leur milieu et marquent les étapes du développement de l'architecture. La photographie est pour lui un outil essentiel pour la mise en relief des multiples détails, et il ne reste pas un seul recoin dans un bâtiment visité qui ne sera pas documenté par ses soins. Son langage est toujours clair et concis, sans recherche d'effet de style, et facilement compréhensible. Ces qualités se retrouveront aussi dans les petits livres de la collection « Petites monographies des grands édifices de la France » qu'il fonde et dirige à partir de 1909 pour les éditions Henri Laurens. C'est pour lui un moyen de communiquer sa passion pour l'architecture médiévale aux autres251.414..