L’usine Georges-Besse, dénommée usine Eurodif avant 1988 (pour European Gaseous Diffusion Uranium Enrichissement Consortium), était une installation nucléaire spécialisée dans l’enrichissement de l'uranium par diffusion gazeuse. L’usine, désormais en phase de démantèlement nucléaire, est implantée dans le site nucléaire du Tricastin à Pierrelatte dans la Drôme.
Sur l'initiative du président de la République Georges Pompidou fin 1969 afin de doter la France d'une autonomie complète sur le cycle du combustible nucléaire, un accord est signé entre la France, la Belgique, l'Italie et l'Espagne en 1972. L'usine est inaugurée en 1979 et exploitée pendant 33 ans par une filiale de Areva NC, Eurodif SA. Avec Urenco, qui fonctionne sur la base d'un accord entre l'Allemagne, le Royaume-Uni et les Pays-Bas, il s'agissait de la seule usine d'enrichissement d'uranium qui fonctionnait sur la base d'un accord multinational Olivier Meier, « Iran and Foreign Enrichment: A Troubled Model », Arms Control, janvier-février 2006 .
Le site nucléaire du Tricastin comprend de nombreuses installations nucléaires, dont les plus imposantes sont la centrale nucléaire du Tricastin, l’ancienne usine Georges-Besse et la nouvelle usine Georges-Besse II d'enrichissement par centrifugation.
L'uranium enrichi produit était utilisé comme combustible par les centrales nucléaires françaises et de nombreuses centrales étrangères. L'uranium enrichi produit par cette usine alimentait environ , la filière nucléaire la plus largement répandue dans le monde, dont les français. Eurodif SA comptait parmi ses clients EDF et plus de d'électricité dans le monde, et avait pour principaux concurrents les États-Unis et la Russie.
Histoire Genèse du projet Fort de l'expérience acquise avec l'usine militaire de Pierrelatte et devant la nécessité de disposer d'une telle installation d'enrichissement pour développer un programme nucléaire civil autonome, le Président Georges Pompidou propose fin 1969, à La Haye, aux pays européens intéressés de s'associer à des études de faisabilité d'une usine d'enrichissement de taille internationale. Un accord est signé avec les principaux pays européens à Paris, le , pour former une association qui, sous le nom d'Eurodif, avait pour mission d'étudier « les perspectives économiques liées à la réalisation, en Europe, d'une usine d'enrichissement de l'uranium par le procédé de diffusion gazeuse, compétitive sur le plan mondial » 777. Font partie de cette association dont la durée de vie n'est statutairement que de deux ans : la France, la Belgique, la Grande-Bretagne, l'Italie, les Pays-Bas et la république fédérale d'Allemagne. En 1972, l'Espagne et la Suède sont admises dans le groupement, mais en 1973 la Grande-Bretagne, les Pays-Bas décident de se retirer du groupement 778.
Le le gouvernement français approuve le projet de construction de l'usine d'Eurodif, usine de séparation isotopique atteignant la capacité de 9 millions d'UTS. Sa réalisation est confiée au CEA. Parallèlement le capital de la société Eurodif est porté de à pour faire face aux premiers besoins financiers 779. Georges Besse est nommé Président du directoire de la société Eurodif 43. Deux sites sont en concurrence : le site français de Tricastin, dans la vallée du Rhône, et celui de Tarquinia en Italie. En , le site de Tricastin est retenu. Le coût est évalué à 7,4 milliards de francs 1973, auxquels il convient d'ajouter environ 5 milliards de francs pour la construction de quatre réacteurs nucléaires d'E.D.F. destinées à lui fournir les électriques nécessaires à son fonctionnement 782.
Le conflit israélo-arabe, notamment la guerre du Kippour en 1973 ainsi que le premier choc pétrolier qui conduit le prix du pétrole à doubler deux fois en , mettent brutalement en évidence la dépendance énergétique des pays occidentaux et leur fragilité en la matière au moment où la France connaît une extraordinaire croissance économique 22. La mise en place d'un important programme électronucléaire est alors engagée sous le nom de « Plan Mesmer ». La mise à disposition de l'usine d'enrichissement devient urgente.
Entrée de l'Iran dans la société Eurodif En 1974, la part suédoise de 10 % dans Eurodif était parvenue à l'Iran à la suite d'un accord franco-iranien datant du . Cet accord prévoyait la vente par la France de cinq centrales atomiques américaines (licence Framatome, l'approvisionnement de l'Iran en uranium enrichi, la construction par Technicatome d'un centre nucléaire comportant trois réacteurs de recherche, l'exploitation en commun des gisements d'uranium qui pourraient être découverts en Iran et celle de gisements dans des pays tiers, la formation des scientifiques iraniens, ainsi que « l'accès de l'Iran à l'industrie de l'enrichissement de l'uranium »Dominique Lorentz, Secret atomique, ou la véritable histoire des otages français au Liban, Les Arènes, 2002, p.32-33 .
Le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) françaisLorentz, 2002, p.34. et l'Organisation iranienne à l'énergie atomique ont alors fondé la Sofidif (Société franco–iranienne pour l’enrichissement de l’uranium par diffusion gazeuse), possédant respectivement 60 % et 40 % des parts. En retour, la Sofidif a acquis une part de 25 % dans Eurodif, ce qui donnait à l'Iran une minorité de blocage dans Eurodif. Le reste des 75 % d'Eurodif étaient répartis entre le CEA (27,8 % des parts), et trois actionnaires minoritaires (l'Italie, l'Espagne, la Belgique).
En tant qu'actionnaire, l'Iran avait un droit d'enlèvement sur 10 % de l'uranium enrichi par EurodifD. Lorentz, 2002, p.35, qui cite Le Monde du 15 septembre 1976, du 7 février 1988, et un entretien avec François Scheer diffusé dans La République atomique .
Reza Shah Pahlavi a prêté un milliard de dollars US à la suite d'un accord signé en , lors du voyage officiel du Premier ministre Jacques Chirac à Téhéran, et prévoyant l'entrée de l'Iran dans Eurodif Jean-Xavier Piéri, « L'Iran détient 10 % du Tricastin : le contentieux Eurodif » , Le Dauphiné libéré, 5 mars 2008 D. Lorentz, 2002, pp.35-36 , puis encore 180 millions USD en 1977, pour la construction de l'usine Eurodif, afin d'avoir le droit d'acheter 10 % de la production d'uranium enrichi du siteNader Barzin, Économie politique de l'industrie nucléaire iranienne, Thèse à l'EHESS, 2004.
Les contrats sur la vente de centrales et d'équipements ont été signés à Téhéran le par Michel d'Ornano, Ministre de l'Industrie et de la Recherche, et son homologue iranien, la France vendant finalement deux centrales Westinghouse à l'Iran (fourniture partagée entre la France et la RFA) D. Lorentz, 2002, p.35 .
Autorisation et construction thumb|Localisation de l'usine George-Besse exploitée par Eurodif Production sur le site nucléaire du Tricastin. Le décret du décret du 8 septembre 1977 autorise finalement la création, par la société Eurodif Production (pour European Gaseous Diffusion Uranium Enrichissement Consortium), d’une usine d'enrichissement de l'uranium par diffusion gazeuse implantée dans le site nucléaire du Tricastin à Pierrelatte. Les Belges, Espagnols et Italiens participent au programme 35-36.
En , le Premier ministre Raymond Barre inaugure l'usine d'Eurodif. Dans le même temps, l'ayatollah Khomeini rompt le contrat de fourniture de centrales nucléaires passé avec la France. Mais il confirme l’actionnariat dans Eurodif de l’Iran qui possède toujours 10 % des parts de cette usine. La France refuse de laisser l'Iran exercer son statut d'actionnaire d'Eurodif.
À la suite de l'assassinat de Georges Besse le par des terroristes du Groupe « Action directe », l'usine Eurodif est baptisée le « Georges Besse » en sa mémoire.
Contentieux avec l'Iran et assassinat de Georges Besse Lors de la Révolution islamique de 1979, l'ayatollah Khomeini, exilé en France, revient en Iran et prend le pouvoir. Au départ soutenu par la France ainsi que par les États-Unis, qui ne songent alors qu'à faire tomber le chah D. Lorentz, 2002, , p.30-78., les dirigeants de l'Iran vont bientôt se retourner contre Paris et Washington. Téhéran suspend alors ses paiements et réclame le remboursement du prêt en faisant pression sur la France.
En 1981, après la mise en service de l'usine Eurodif, l'Iran réclame 10 % de la production d'uranium enrichi auquel il a contractuellement droit, ce que la France refuse. De 1981 à 1991, le régime des mollahs est soupçonné d'avoir perpétré plusieurs assassinats, prises d’otages et attentats meurtriers : probablement des centaines de Français ont payé de leur vie avant que la France et l’Iran ne règlent le contentieux EurodifLe documentaire La République atomique, de David Carr-Brown et Dominique Lorentz, diffusé le 14 novembre 2001 sur Arte, et le livre Affaires atomiques de Dominique Lorentz, Les Arènes Les pressions contre l'Iran sont émoussées par l'abstention de la Chine et de la Russie , Le Figaro, 14 octobre 2007 (non signé).
Le , après plusieurs attentats meurtriers à Paris, attribués (pour ceux de septembre) aux FARL (dirigées par Georges Ibrahim Abdallah) Dominique Lorentz, Secret atomique, ou la véritable histoire des otages français au Liban, Les Arènes, 2002, p.138, cite Le Figaro du 21 novembre 1986 et Le Monde du 19 septembre 1986 et l'enlèvement de journalistes français (Jean-Paul Kauffmann, Michel Seurat, …) retenus en otages au Liban par des groupes liés à l'Iran, la France signe un accord partiel, prévoyant le remboursement de 330 millions de dollars (accord rendu public par un communiqué du Quai d'OrsayDominique Lorentz, Secret atomique, ou la véritable histoire des otages français au Liban, Les Arènes, 2002, p.136, cite Le Figaro, 18 novembre 1986 ), mais refuse de fournir toute livraison d'uranium enrichi. Le même jour se produit l'assassinat de Georges Besse, PDG de Renault mais surtout le fondateur d'Eurodif. Selon Dominique Lorentz, les terroristes l'avaient déjà désigné en prenant pour cible, le , le Pub Renault Dominique Lorentz, Secret atomique, 2002, p.137 .
Selon Dominique Lorentz qui s'appuie en particulier sur Roland Jacquard, Action directe, qui accepta la paternité de l'assassinat de Besse, était lié aux FARL, toutes organisations qui « agissaient en l'occurrence pour le compte de la République islamique, au même titre que le Jihad islamique et le Hezbollah »Dominique Lorentz, Secret atomique, 2002, p.139 . Ces informations, provenant des services de renseignement antiterroristes français, sont mises en doute par d'autres personnes, qui soulignent le paradoxe consistant à voir un groupe d'inspiration autonome et marxiste-léniniste appuyer le « régime des mollahs ».
Le versement de 330 millions de dollars a lieu le D. Lorentz, Secret atomique, p.141, cite Le Matin du 24 novembre 1986 . Néanmoins, les Iraniens affirment alors que le contentieux comportait d'autres éléments D. Lorentz, 2002, p.141 (cite Le Matin du 24 novembre 1986) . Reza Amrollahi, vice-premier ministre et président de l'Organisation iranienne à l'énergie atomique, voyage en France en et visite l'usine Eurodif, proposant de reprendre la coopération nucléaire D. Lorentz, 2002, p.141-142, cite L'Express du 9 au 15 janvier 1987 , mais aucun accord n'est signé.
Otages au Liban et accord avec l'Iran Selon D. Lorentz, l'affaire des otages du Liban est de part en part traversée par l'enjeu du règlement du contentieux financier qu'est Eurodif D. Lorentz, op.cit.. Ainsi, le , un otage fut libéré ; mais le , le journaliste Roger Auque fut enlevé à Beyrouth. Rappelant l'enquête de Lorentz, Le Dauphiné libéré écrit ainsi : « Les diplomates Marcel Carton et Marcel Fontaine, le journaliste Jean-Paul Kauffman retenu plus de 3 ans en otage au Liban, les attentats meurtriers de la Fnac, du Pub Renault, l'assassinat de Georges Besse, patron du nucléaire français et hostile aux négociations avec l'Iran, et d'autres encore, ont payé, dans les années 1980, le prix du contentieux Eurodif. »