vignette|Statut des objectifs de neutralité carbone par pays en . Les critères de calcul de la neutralité carbone peuvent varier d'un pays à l'autre.

En climatologie et en matière de politique climatique, la neutralité carbone est un état d'équilibre à l'échelle mondiale entre les émissions de gaz à effet de serre (GES) d'origine humaine et leur retrait de l'atmosphère par l'homme ou de son fait. La différence entre les gaz émis et extraits étant alors égale à zéro, la neutralité carbone est également désignée par l’expression « zéro émissions nettes » (ZEN) ou encore « zéro net » (en anglais ).

Dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, atteindre la neutralité carbone au niveau mondial avant 2050 est présenté par de nombreuses institutions (GIEC, CCNUCC) comme une nécessité pour limiter la hausse des températures à , voire par rapport à l’ère préindustrielle. Cela constitue un des objectifs majeurs de l’accord de Paris de 2015, qui a été le premier accord international à utiliser le concept forgé en 2005.

Dans l'intervalle, l’objectif de neutralité carbone a été décliné à l’échelle de pays, et de manière plus controversée, de territoires, de villes, d'entreprises, de produits ou d'évènements, en faisant le plus souvent appel, en partie ou exclusivement, à des mécanismes de compensation carbone relevant souvent de l'éco-blanchiment. De ce fait, la neutralité carbone a pu être confondue pendant un temps, à des fins de communication et de marketing, avec la compensation carbone.

Les scientifiques s'accordent à dire qu'atteindre la neutralité carbone mondiale nécessite en premier lieu de réduire drastiquement et rapidement les émissions brutes de gaz à effet de serre ; l'élimination de gaz déjà présents dans l'atmosphère ne pouvant être utilisé que pour les émissions résiduelles. Sur cette base, des standards tels le Science Based Targets (SBTi) à destination des entreprises retiennent une réduction de 90 % des émissions brutes et un maximum de 10 % de compensation carbone. On distingue généralement au sein des émissions négatives les méthodes utilisées par l'homme pour restaurer, sauvegarder ou renforcer la capacité d'absorption des puits de carbone naturels (forêts, sols et océans) et les méthodes faisant appel à la technologie, appelées « technologies d'émissions négatives » (TEN).

Le concept de neutralité carbone est critiqué pour le flou qui l'entoure et son potentiel d'interprétation. Certains redoutent que la prise en compte d'émissions négatives dans les scénarios visant à atteindre la neutralité carbone conduise à négliger ou retarder les efforts de réduction des émissions. Selon eux, ces scénarios ne sont pas crédibles car les technologies d'émissions négatives ne sont pas encore éprouvées, sont d'un coût très élevé, ou ont des répercussions négatives sur d'autres limites planétaires, et parce que la restauration ou le renforcement des puits naturels de carbone (forêts, sols et océans) fait l'objet de limites.

Définitions Pour le GIEC, la neutralité carbone, ou émissions nettes de égales à zéro, est la .. C'est dans son rapport spécial de 2018 sur les conséquences d'un réchauffement planétaire de que le GIEC a précisé pour la première fois sa définition de la neutralité carbone.

En France : le ministère de la Transition écologique et solidaire définit la neutralité carbone (ou « net zéro » ou « zéro émission nette ») de manière assez similaire à celle du GIEC comme la situation dans laquelle les émissions nationales de gaz à effet de serre seraient .. La loi Énergie Climat la définit comme ; la commission d'enrichissement de la langue française a introduit en 2019 l’expression « neutralité en matière de gaz à effet de serre » (en abrégé : neutralité en gaz à effet de serre, neutralité GES), qu'elle définit de manière moins précise comme la ..

Pour atteindre la neutralité carbone, certains parlent de « compenser » les émissions résiduelles par des retraits équivalents de de l'atmosphère, le terme « compenser » étant alors utilisé dans un sens différent de celui qui sous-tend le concept de compensation carbone : avoir recours à la compensation carbone, c'est financer une action de réduction des émissions à l'extérieur du périmètre qui vise la neutralité carbone ou d'élimination du dioxyde de carbone atmosphérique.. Selon les experts du GIEC, l'élimination de gaz à effet de serre déjà présents dans l'atmosphère ne peut être utilisée que pour les émissions résiduelles..

Historique Avant 2015 Avant que l’accord de Paris sur le climat de 2015 n'y fasse référence, le concept de neutralité carbone a été largement utilisé par des acteurs non étatiques pour désigner l'objectif de leurs démarches de compensation carbone. La compensation carbone consiste à contrebalancer ses propres émissions de (ou d'autres GES) par le financement de projets de réduction d'émissions ou de retrait de de l'atmosphère chez des tiers quand il n'est pas possible de réduire ses propres émissions ou qu'il est plus économique de procéder à une réduction équivalente ailleurs.

Le terme « neutralité climatique » a été introduit en 2005 et popularisé par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) qui le définit alors à l’échelle mondiale comme un mode de vie qui ne produit pas d’émissions nettes de gaz à effet de serre.. Auparavant, d’autres notions partiellement équivalentes, comme la nécessité de stabiliser la concentration de dans l’atmosphère étaient mises en avant, par exemple dans l’article 2 de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

À partir de 2015 Le concept de neutralité carbone s'est imposé une fois qu'il a été établi que l'augmentation de la température moyenne était directement liée au cumul des émissions anthropiques de . Pour ne pas dépasser une certaine température ( par exemple), il ne faut pas dépasser une certaine quantité de émis depuis le début de la révolution industrielle. Il est donc incontournable que les émissions nettes de GES passent par zéro. Ce lien est précisé par le GIEC dans son rapport spécial de 2018 (voir plus loin #Niveau mondial)..

Le changement est radical car le nouvel objectif affiché est de ne plus du tout émettre de GES (zéro émission nette), alors que précédemment les objectifs étaient fixés en pourcentage de réduction des émissions à un horizon donné.

En 2019, l’EpE (association des entreprises pour l'environnement, créée au moment du Sommet de Rio, en 1992, réunissant une quarantaine de grands groupes représentant la moitié du CAC40 dont Michelin, Veolia, Engie, La Poste, Vinci, Total, EDF ou encore Airbus) estime que la neutralité carbone d'ici 2050 est encore possible, sans décroissance économique et en vivant bien, mais à condition que tous les acteurs s'y mettent, solidairement et dès maintenant. Des changements « sans précédent » sont cependant nécessaires, conclut un rapport publié le par l’EpE, préparé avec l’aide de groupes d’experts en énergie/climat tels que Carbone 4, Enerdata, Cired, Solagro… et inspiré par des chercheurs, des ONG et représentants de syndicats et du patronatAFP & Connaissance des énergies (2019) « La neutralité carbone en France, c'est possible sans renoncer à la croissance selon EpE » brève parue le 20 mai 2019. Selon le président d'EpE (Jean-Dominique Senard, PDG de Renault), la transition ne suffit plus, il faut engager une « transformation profonde » de nos modes de vie et du comportement des entreprises et des pouvoirs publics. La France, tout en s'adaptant au dérèglement climatique, doit doubler ses puits de carbone (forêts, sols)… ce qui implique de convertir l’agriculture à l’agroécologie) tout en diminuant de 4 % par an les émissions du pays (alors qu’elle ne les a réduit que de 0,5 % par an depuis 20 ans). Selon ce rapport le véhicule tout-thermique doit disparaître bien avant 2050, et la rénovation énergétique des bâtiments être obligatoire.

En , à l'occasion du de l’adoption de l’accord de Paris sur le climat, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, constate que Il appelle à constituer et à ..

Questions méthodologiques Le concept de neutralité carbone recouvre différentes interprétations et questionnements méthodologiques, notamment quand il est décliné à différentes échelles (planète, État, territoire, entreprise, produit, etc.). Ces spécifiés rendent nécessaire de regarder avec attention les modalités retenues afin de juger du réel impact sur le climat.

L'Organisation internationale de normalisation (ISO) travaille à une future norme ISO 14068 d'application volontaire sur la neutralité carbone, qui doit être publiée en 2023. Elle a pour ambition de ..

Le partenariat (« Objectifs fondés sur la science », abrégé SBTi) publie le un cadre de référence, le , pour aider les entreprises à fixer des objectifs de neutralité carbone robustes, compatibles avec une augmentation de la température mondiale limitée à d'ici 2050. La norme SBTi requiert de réduire de moitié les émissions de l’entreprise d’ici 2030, sur l’ensemble de sa chaîne de valeur, et de 90 à 95 % avant 2050. Les 5 à 10 % restant peuvent être compensés, alors qu'aujourd'hui la compensation carbone passe souvent avant la réduction des émissions...

En pratique, le concept de neutralité carbone fait l'objet de différentes interprétations et les questions de méthodologie sont nombreuses, notamment lorsqu'il est décliné à des échelles restreintes (État, territoire, entreprise, produit).. On relève ainsi des différences dans les gaz pris en compte ( seul ou tous), dans le périmètre des émissions considérées (approche « territoire » ou « empreinte »), dans les facteurs d'émission utilisés pour les inventaires et dans les puits de carbone pris en compte, car il est difficile d'établir une frontière nette entre ce qui ressort de la main de l'homme ou de celle de la nature. Dans la mise en œuvre, certains font appel aux technologies d'émissions négatives, d'autres non. Il en est de même pour la compensation carbone, qui est pratiquée ou non.

Gaz pris en compte Stricto sensu, et selon la définition du GIEC, la neutralité carbone s’entend pour le seul dioxyde de carbone (), mais elle est souvent utilisée dans son sens large pour l'ensemble des gaz à effet de serre (méthane, protoxyde d’azote, CFC). C'est le cas de la définition retenue par l'accord de Paris. et par la France.

Si on inclut les différents gaz à effet de serre dont les propriétés physiques, notamment leur durée de vie et leur efficacité radiative, sont très différentes, il faut, pour rendre comparables leurs émissions, ramener celles-ci à un équivalent . On utilise pour cela le potentiel de réchauffement global (PRG) de chaque gaz, dont la valeur dépend de la durée considérée. Ainsi par exemple, le PRG du méthane varie du simple au triple, selon que l'on regarde ce qui se passe sur les cent ou les vingt prochaines années..

La notion de « neutralité climatique » est parfois utilisée pour indiquer que tous les gaz à effet de serre sont pris en compte. Mais le GIEC donne à la « neutralité climatique » une dimension plus large en incluant également les effets sur les climats locaux des activités humaines, comme celles qui affectent l'albédo du sol ou émettent dans l'atmosphère des polluants à courte durée de vie.

Comptabilisation des puits de carbone naturels Les manières de comptabiliser les différents puits de carbone naturels sont complexes. et peuvent différer selon les pays. Il est en particulier souvent difficile, voire impossible, de faire la part du naturel et de l’anthropique pour les émissions et absorptions liées à l’usage des sols et aux forêts.

Pour surmonter cette difficulté, la CCNUCC a décidé de considérer comme anthropiques toutes les émissions et absorptions ayant lieu sur des terres déclarées comme « gérées », bien que celles-ci soient en partie naturelles et considérées comme telles dans les bilans carbone du GIEC.