L'Ardennais est une race de chevaux de trait rustique, de taille moyenne, à la robe généralement baie ou rouanne. Il est historiquement élevé en Ardenne, qui lui a donné son nom, et par extension dans le quart nord-est de la France, le Sud et l'Est de la Belgique, et au Luxembourg. Mentionné depuis l'Antiquité romaine où il sert à la remonte des armées, l'Ardennais devient jusqu'au début du l'une des meilleures races de chevaux de selle et de trait léger pour la traction du matériel d'artillerie militaire. Sous l'empire napoléonien, il est réputé pour être la seule race de chevaux à survivre à la campagne de Russie.
De nombreux croisements doublés d'une sélection rigoureuse des éleveurs, orientée vers les travaux agricoles, transforment la race au milieu du . Destiné à la traction de charges lourdes et de matériel agricole, l'Ardennais devient un cheval de trait puissant ainsi qu'un améliorateur de races. Il donne naissance à l'Ardennais suédois et à de nombreux autres chevaux de trait, tels que l'Auxois et le Trait du Nord. La fin de la traction hippomobile et l'utilisation du tracteur motorisé entraînent déclin de son élevage et réduction drastique de ses effectifs.
Cantonné au rôle presque unique d'animal de boucherie durant deux décennies, l'Ardennais bénéficie au début du d'un nouvel engouement grâce à l'aspect écologique de son utilisation pour l'entretien des espaces verts, le débardage en forêt, et les loisirs équestres. Bien que considéré comme étant en danger d'extinction à l'échelle européenne, il constitue la quatrième race de chevaux de trait la plus représentée en France. Les éleveurs belges ont développé par croisements une nouvelle lignée destinée à l'attelage de compétition, l'Arattel. En raison de son lien historique avec sa région d'origine, fertile en légendes, l'Ardennais est assimilé à la monture héroïque des quatre fils Aymon, le cheval Bayard.
Dénomination et sources Cette race de chevaux doit son nom à une région transfrontière entre la France, la Belgique et le Luxembourg, l'Ardenne, un massif de basse montagne. D'après l'écrivain Giacomo Giammatteo, la seule graphie juste fait appel à une initiale en majuscule, dans la mesure où la race est nommée d'après l'Ardenne.. Ce cheval a aussi été nommé , un nom qui ne correspond plus aux animaux actuels. En référence à sa couleur de robe, il est surnommé le .
Bonnie Lou Hendricks (université de l'Oklahoma) distingue l'Ardennais français de l'Ardennais belge, une majorité d'auteurs considérant au contraire qu'il s'agit de la même race. Il existe très peu de sources au sujet de cette race et de son évolution avant le .
Histoire L'Ardennais est l'une des races de chevaux de trait les plus anciennes d'Europe, et assurément la plus ancienne race de trait du territoire français. Son élevage dépend longtemps des besoins humains pour la guerre. Il est utilisé à l'origine tant pour la traction que sous la selle. Le climat et la végétation de l'Ardenne sont propices à l'élevage d'un cheval de bonne taille.
Origines
Comme tous les chevaux domestiques modernes, l'Ardennais provient de la lignée DOM2, qui a émergé dans les steppes eurasiennes vers selon une vaste étude génomique publiée dans Nature.. Son ancêtre est probablement, comme le sont toutes les races avant l'organisation de l'élevage équin, de petite taille (environ au garrot), bien que des squelettes de chevaux toisant , déterrés dans la région, soient aussi cités comme ancêtres de l'Ardennais actuel.
D'après Amélie Tsaag Valren, l'Ardennais appartient au , un groupe de races lourdes originaires des Flandres et de l'Ardenne. L'analyse de distance génétique entre de chevaux menée par J. Jordana et son équipe, publiée en 1995, rapproche l'Ardennais de l'Auxois, du Brabançon, du Breton et du Comtois.. L'étude génétique de Grégoire Leroy et collègues, publiée en 2009, montre que les races de l'Ardennais, de l'Auxois et du Trait du Nord relèvent du même cluster.. Une analyse de la variabilité complète du mitochondrial chez le Trait polonais, comparée à des séquences de plusieurs races de chevaux de trait (Ardennais, Belge, Breton, Clydesdale, Noriker, Fjord norvégien, Percheron et Suffolk), montre une forte diversité des haplotypes maternels et des relations génétiques entre ces races, ce qui illustre la complexité des lignées maternelles chez les chevaux de trait européens..
Jasper Nissen estime que le berceau originel de l'Ardennais était probablement le plateau du Condroz. Il est peu croisé au cours de son histoire, les tentatives avec le Percheron, le Breton et les chevaux normands n'ayant eu que peu d'effet. L'arabomanie équestre du pousse des hippologues à lui attribuer une origine orientale, du moins l'influence de chevaux arabes est évoquée. Il s'agit vraisemblablement d'un mythe hippologique, l'influence réelle des chevaux arabes sur la race ardennaise étant infime, voire nulle.
Hypothèses obsolètes d'une origine préhistorique thumb|left|Le roc la Tour, à Monthermé, où se trouvent deux plaquettes de schiste gravées d’une tête de cheval.|alt=Deux gros blocs de schistes surplombant un panorama. En 1985, l'Historien Jean-Pierre Penisson synthétise les travaux menés sur des restes de chevaux préhistoriques retrouvés dans la région ardennaise. Durant le Würm II, deux ou trois espèces de chevaux du type Equus caballus semblent avoir vécu dans la région de Dommery, notamment Equus caballus germanicus et Equus caballus gallicus. Le laboratoire de géologie du Quaternaire et Préhistoire de l’université estime à l’époque que ces chevaux pourraient être à l'origine de l'Ardennais.
L'Ardennais est aussi longtemps décrit comme un descendant direct du cheval de Solutré, une notamment diffusée par les syndicats d'éleveurs, que l'ethnologue Bernadette Lizet décrit comme un panégyrique. Cette hypothèse est obsolète ; de plus, rien ne prouve que des chevaux du site de Solutré aient migré vers les Ardennes.
De l'Antiquité à la Renaissance
Francis Tinchi fait remonter l'origine de l'Ardennais à l'époque gallo-romaine ; des représentations d'Épona ont en effet été retrouvées dans la région. C'est le seul cheval actuellement présent sur le territoire belge à être mentionné dès l'Antiquité. L'historien grec Hérodote décrit les qualités des cavaliers du Nord de la Gaule. Jules César fait l'éloge des chevaux de cette région dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules, en écrivant qu'il trouva dans la , dont les Ardennes font partie, des animaux à l'époque de la guerre des Gaules. Cependant, la population chevaline des Ardennes de l'époque n'est sans doutes pas comparable à l'actuelle. Cette population de chevaux sauvage locaux est très prisée pour remonter différentes armées, au moins à partir des Romains. Sous le règne de Néron, un attelage de juments ardennaises est destiné à cet empereur, qui prétend être l'un des meilleurs conducteurs de quadrige du cirque.
En 1095, la première croisade de Godefroy de Bouillon est remontée en chevaux ardennais et y recours aussi pour le bât. Durant la Renaissance, le maréchal de Turenne rend hommage aux qualités des chevaux ardennais qui remontent sa cavalerie, alors qu'il campe dans le pays de Trèves.
De l'époque napoléonienne aux années 1850 Les deux premiers tiers du sont une époque difficile pour l'Ardennais, décimé par les guerres et réorienté en sélection pour répondre à de nouveaux usages civils dans le monde agricole. Les chevaux de trait belges et ardennais forment, sous l'empire napoléonien, des souches élevées dans un pays unique..
Guerres napoléoniennes thumb|Retraite des Français à Moscou en 1812, peinture de Janvier Suchodolski en 1844. La campagne de Russie coûte la vie à environ chevaux. Seuls les Ardennais y auraient survécu.|alt=Tableau représentant des cavaliers et des soldats napoléoniens au cœur de l'hiver russe.
Durant le Premier Empire, tous les chevaux d'artillerie viennent des Ardennes ou de Bretagne ; dès la Révolution française, l'Ardennais est considéré comme le meilleur cheval artilleur d'Europe. Il est utilisé dans les armées pour tirer les canons et transporter le ravitaillement alimentaire (train). L'Ardennais est décrit comme un petit animal de selle et de trait léger réputé pour sa rusticité, sa sobriété et son endurance. Il résiste longtemps aux fatigues de la guerre et passe pour un très bon cheval de service. Capable de résister aux intempéries et aux privations, de se nourrir de mousse et de lichen, il est si réputé que le médecin-vétérinaire belge A. Pétry se demande . Décrit comme , sa conformation courte et ramassée en fait un cheval , mais réputé pour son fond, sa résistance et son énergie, doué d'une grande longévité, et dont les qualités sont précieuses pendant la campagne de Russie.
La morphologie de l'Ardennais, tel qu'il est décrit en 1780, rappelle les chevaux des hussards, avec une tête sèche, carrée et un peu camuse, un œil proéminent, des oreilles courtes et bien plantées, une physionomie intelligente et éveillée, une encolure droite, des épaules plates, un poitrail étroit et un garrot élevé. Il toise , et pèse environ . En 1802, le général Loison est en garnison à Liège. Il remonte le de chasseurs à cheval sur de jeunes Ardennais achetés à la hâte, qui résistent à la campagne d'Allemagne et rentrent en France . Napoléon , qui proclame la race comme , ordonne son croisement avec l'Arabe vers 1810, pour lui apporter du fond et de la résistance. Ce programme donne peu de résultats.
Cette race serait la seule à être revenue de la campagne de Russie, où meurent (une autre source fait état de morts en une seule nuit). Les militaires survivant à cette expédition racontent que les chevaux ardennais se contentaient pour toute nourriture du chaume qui recouvre les habitations, et qu'ils résistaient au froid, à la fatigue et à la faim. Près de 40 ans plus tard, les éleveurs belges se racontent cette histoire comme une légende locale : .
Déclin de 1815 aux années 1830 En 1815, tous les chevaux valides de la contrée sont réquisitionnés par les armées napoléoniennes, si bien qu'il ne reste parmi la race ardennaise que quelques animaux . Les éleveurs du pays sont épuisés, comme le reste de l'Europe. L'industrie privée est abandonnée à elle-même. Le haras de Walferdange . En 1834, l'Ardennais reste appauvri et de mauvaise réputation. Les animaux sont décrits par le zootechnicien Eugène Gayot en ces termes :
Les nouvelles exigences de l'équitation militaire en Belgique font peser une exclusion. La première est le manque de taille, car les chevaux les plus aptes au service de la cavalerie légère sont de plusieurs centimètres au-dessous de la limite fixée par les règlements. La seconde est la pesanteur de l'avant-main, tout cheval monté dont le centre de gravité ne tombe pas en arrière du garrot étant inutilisable à la selle. Ce rend l'Ardennais moins maniable, et dans la rencontre d'une mêlée, la vie du cavalier se trouve plus exposée.
Régénération de la race thumb|left|Gravure d'un cheval ardennais en 1848.|alt=Gravure en noir et blanc présentant un cheval de profil dans un paysage sommaire. Après 1823, le gouvernement hollandais prend des mesures pour reconstituer l'élevage. Un régiment de lanciers en garnison à Utrecht est alors exclusivement remonté dans les Ardennes. Les chevaux mis à la réforme par ce corps sont recherchés par les maîtres de poste et les entrepreneurs de messageries. Quelques observateurs des chevaux de l'artillerie hollandaise après la révolution belge de 1830 rapportent qu'une partie des attelages sont traînés par des chevaux ardennais, parmi lesquels , l'autre par des chevaux hollandais et allemands. .