Georges de Lydda, né vers 275/280 et mort le , couramment appelé saint Georges, est un martyr du , selon la tradition continue de l'Église catholique et des diverses Églises orthodoxes.
Il est le saint patron, entre autres, de la chevalerie chrétienne, du royaume d'Angleterre depuis l'an 800, de la Géorgie, de la principauté de Catalogne, du scoutisme, de l'armée bulgare et des armuriers. Par ailleurs, de nombreuses localités portent son nom.
Selon la tradition chrétienne, il est cousin de l'isapostole sainte Nino. Il est principalement représenté en chevalier qui terrasse un dragon et fait ainsi figure d'allégorie de la victoire de la foi chrétienne sur le démon ou plus largement du bien sur le mal.
La croix de saint Georges orne le drapeau sarde au centre des quatre têtes de maures. d'Aragon dont c'est le saint patron repoussa les Maures en 1096 lors de la reconquista. vignette|Scènes de la légende saint Georges, école des primitifs flamands (1500-1519), musée Groeninge. Il est honoré le ou le (translation des reliques et dédicace de l'église de Lydda (l'actuel Lod), au ), le en Géorgie et le par les orthodoxes serbes.
Fondement historique Il existe peu d'informations sur les débuts de la vie de Georges, néanmoins des récits de pèlerins et des dédicaces d'églises sont attestés dès le , il ne semble donc pas y avoir de raison de douter de son existence historique, d'autant qu'il est certain que la persécution de Dioclétien en 303 a bien visé des militaires chrétiens parmi les soldats de l'armée romaine. Certains d'entre eux vont mourir en martyrs et devenir des saints militaires.
Les principaux éléments de sa vie proviennent de la du pseudo-Pasicratès (ou Pasicrate ou Passecrate), que le de 496, attribué au pape , a classé comme œuvre apocryphe.
D'après la , Georges de Lydda naît vers 275-280 à Mazaca, en Cappadoce, dans une famille chrétienne et noble. Son père serait un noble qui vint en Cappadoce servir dans l'armée romaine. Sa mère, Polycronia, est originaire de la province romaine de Syrie-Palestine. Georges étant de santé très fragile après sa naissance, son père, craignant pour sa survie, décide de le faire aussitôt baptiser. Et l'enfant survit.
Saint Georges a dix ans lorsque son père meurt sur un champ de bataille. Polycronia retourne alors en Judée et s’installe dans la région de Lydda (ou Diospolis, l'actuel Lod). La renommée militaire de son père lui donne accès à une bonne éducation. À l'âge de quinze ans, il se rend à Nicomédie et y devient officier dans l’armée romaine. Il se présente devant l'empereur Dioclétien, qui reconnaît en lui le fils de son ancien compagnon d'armes et le fait chevalier, chef de sa garde particulière. Par la suite, Georges est promu tribun. Tant son habileté que l’origine de sa mère incitent les autorités à lui confier le commandement de régions militaires réputées difficiles, comme la Syrie, la Palestine, l’Égypte et la Libye. Il est alors élevé au grade de préfet par le même Dioclétien. À ce titre, il est chargé des rapports, souvent conflictuels, entre les autorités romaines et les diverses populations locales.
Mais le proconsul Maxence convainc Dioclétien de reprendre sur une large échelle les persécutions contre les chrétiens et de prôner la sacralisation du pouvoir politique en imposant le culte solaire. Le , l'empereur émet les édits donnant l'ordre de détruire les églises chrétiennes et de persécuter d'abord le haut clergé, notamment les évêques. La première destruction sera celle de l'église principale de Nicomédie même. Les livres d'office sont brûlés, et tous les chrétiens sont privés des droits et privilèges de la citoyenneté. Georges tente sans succès d'en dissuader l'empereur, puis lui remet son glaive, en signe de démission, et quitte Nicomédie pour retourner dans sa ville natale. Il arrive à Mazaca, où il trouve sa mère mourante, laquelle, dans son agonie, approuve la décision de son fils. Après la mort de sa mère, saint Georges distribue sa fortune personnelle aux pauvres et projette un pèlerinage en Terre sainte sur les lieux de la Passion du Christ. Mais en raison des persécutions, il abandonne momentanément ce projet et retourne à Nicomédie. vignette|« La légende de Saint Georges » d'après Lancelot Blondeel (1535-1540). Musée Groeninge. En cours de route, il passe par Lydda, où il met fin aux agissements d’une bande de pillards perses, dirigés par un certain Nahfr, dont le nom signifie « serpent », ou « dragon ». À l'abri dans des marais, ils anéantissent par surprise les troupes envoyées à plusieurs reprises contre eux, finissant par soumettre la population à un tribut arbitraire de deux moutons par jour, ou bien d'un esclave, s'il vient à en manquer. Comme prix de ses services, saint Georges ne négocie rien d'autre que la conversion de la population locale à la foi chrétienne. Il débarrasse alors la population de Nahfr, tuant celui-ci d’un seul coup de son épée, ou de sa lance, ce qui permet de capturer sa troupe et de rétablir le calme dans la région.
De retour à Nicomédie, il rend visite aux chrétiens emprisonnés. Dioclétien lui enjoint de cesser ses actions en faveur des chrétiens et de reprendre son service. Il refuse, et en quittant le palais il détruit sur son passage une tablette sur laquelle figure l'édit impérial obligeant au culte d'Apollon. Arrêté pour cet acte, il est soumis à de nombreux supplices, mais il survit miraculeusement, ce qui suscite de nombreuses conversions au palais, notamment celle de l'épouse de Dioclétien, Prisca (ou Alexandra de Rome ?), une princesse d'origine perse, et deux autres consuls d'Orient, Anatole et Protole, ainsi que celle du gardien de la prison où il est incarcéré.
Afin que cela cesse, il est condamné à mort. Il est décapité un vendredi, le , peut-être à l'âge de 22 ans. Des fidèles clandestins recueillent sa dépouille pour l'inhumer à Lydda, en un lieu sur lequel sera vite bâtie par la suite une église qui lui sera dédiée, là même où il avait vaincu « le dragon » (le chef de bande Nahfr)Saint Georges, un et multiple, une figure étonnante du christianisme , Y. de Sike, in Cahiers internationaux de symbolisme, , Belgique, Le Ciephum, 2000, .Franz Cumont, « La plus ancienne légende de saint Georges », Revue de l’histoire des religions, CXIV, 1936, .. Les chrétiens d'Orient affirment qu’il s'y trouve encore, dans la crypte, sous l’autel.
Culte, canonisation et réception dans la culture d'Orient et d'Occident thumb|left|Saint Georges, fresque du à Staraïa Ladoga Au Proche-Orient Le culte de saint Georges est attesté dès le en Palestine. Des églises lui sont dédiées, ainsi qu'un monastère à Jérusalem et un autre à Jéricho ; en Égypte, il patronne une quarantaine d'églises et trois monastères ; à Constantinople, Constantin devenu empereur en 324, fait élever une église à sa mémoire, saint Georges devient un des protecteurs des milices de Byzance ; en Grèce se construisent des sanctuaires à Mytilène, à Bizana, à Thessalonique et Athènes, tandis qu’à Chypre, on compte plus de soixante églises. En Italie son culte arrive par la Sicile, Naples et Ravenne où il est attesté dès le , ainsi qu’à Ferrare. Toujours au , Philibert de Mollans aurait rapporté les reliques de Georges de Lydda à Nuits-Saint-Georges, donnant le nom au lieu.
La popularité de son culte est telle que s'accélère le processus de christianisation, notamment dès la disparition de Dioclétien et de sa Tétrarchie.
L'Église d'Orient, qui l'appelle Grand Martyr (mégalomartyr, en grec), transmet très tôt son culte à l'Église latine. Le jour de sa fête, le , le tropaire suivant est chanté en son honneur dans les églises orthodoxes :
Le pape , au nom de l'Église universelle, le canonise en l'an 494.
Les auteurs anciens sont précis tant sur son martyre (« Son martyre eut lieu en ces jours de Pâques, afin qu'il apparût aux fidèles comme le gardien du glorieux sépulcre »), que sur l'éminente sainteté du jeune chevalier. Au cours d'un concile tenu à Rome en 494, le pape Gélase Ier a donc entériné cette tradition de saint Georges de Lydda, bien que l'Église de Rome n'ait pas d'office spécifique qui lui soit dédié dans son Missel romain. Cependant, dans le calendrier romain, saint Georges est commémoré chaque année à la date du ..
En Occident chrétien Dans le royaume des Francs, sous l'influence de Clotilde, Clovis (466 - roi de 481 à 511) fait élever un monastère en son honneur. Plus tard, saint Germain de Paris (576) en propage le culte dans le royaume mérovingien.
Durant la christianisation, Grégoire de Tours (538 ou 539 - 594) mentionne le passage de reliques, son sang, en Auvergne à destination de l’Abbaye-aux-Dames en NormandieLucien Musset, « Les actes de Guillaume le Conquérant et de la reine Mathilde pour les abbayes caennaises », translations de reliques en Normandie () Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, XXXVII, , 1967, . son culteGrégoire de Tours, De gloria martyrum, trad. et éd. H.-L. Bordier, Paris, Impr. Didot, 1852, I, p. 275., notamment dans l’espace germanique, comme le montre la consécration d’une basilique à Mayence en 570. vignette|gauche|Icône de saint Georges, mêlant des éléments byzantins et ouest-européens, treizième siècle. Collections du musée byzantin et chrétien d'Athènes, Grèce.
La tradition veut que le culte de saint Georges ait été établi à Rome du temps du pontificat du pape en 682, avec la dédicace qu'il a faite de la basilique San Giorgio in Velabro. Au siècle suivant, sous le maître-autel de cette basilique, le pape Zacharie, d'origine grecque, a solennellement déposé, en l'an 741, des reliques de saint Georges rapportées d'Orient, notamment un os de bras et partie de son crâne. Ces reliques, formellement authentifiées ultérieurement par le Saint-Siège, au , se trouvent toujours actuellement sous le maître-autel de cette basilique romaine paléochrétienne, là où le pape Zacharie les avait consignées au , mille ans plus tôt.
À Lyon, l'église Saint-Georges, est dédiée à saint Georges par Leidrade autour des années 800. Le culte fleurit au , probablement aussi grâce aux croisades et ne faiblira plus au cours du Moyen Âge. Il devient le saint patron de l'ordre du Temple, de l'ordre Teutonique, de l'ordre de la Jarretière...
Des textes laïcs évoquant le martyre du saint furent écrits aux , comme le Georgslied, un poème vernaculaire relatant la passion du saint, ou « la Légende dorée » (légende, au sens de tradition). Ce fait touche ainsi un nombre de fidèles bien plus large que celui des clercs.
Au , dans le contexte des croisades, saint Georges est érigé en modèle du chevalier chrétien, « défenseur de la foi et de la vertu héroïque ». Il est alors fréquent de le retrouver en protecteur des armées et des ordres militaires, mais aussi des villes et des peuples.
Aux , saint Georges devient l’un des quatorze saints dits auxiliaires (Nothelfer), dont l'invocation est censée protéger les fidèles contre les épidémies récurrentes. Ainsi est-il censé protéger Venise, qui en 1205 reçoit avec vénération un bras de saint Georges, puis une partie de son crâne en 1462Pierre-Vincent Claverie, « Les acteurs du commerce des reliques à la fin des croisades », Le Moyen Âge, vol. tome cxiv, , 2008, .. Dans les textes épiques et romans chevaleresques, l’enjeu toujours politico-religieux est adapté aux exigences de la société féodale. Cela fera du bandit, un monstre, et du tribut réclamé, une princesse.
Selon La Légende dorée La Légende de Saint Georges (légende au sens de tradition) est mentionnée vers 1265 ou 1266 sous la plume de l’archevêque dominicain de Gênes, Jacques de Voragine, dans son célèbre ouvrage intitulé la Légende dorée312-315 de l'édition Bibliothèque de la Pléiade, 2004..
Georges de Lydda naît en Cappadoce, dans une famille chrétienne. Militaire, il devient officier dans l'armée romaine ; il est élevé par l'empereur Dioclétien aux premiers grades de l'armée.