L'hydrochorie désigne tous les modes de dispersion des graines des végétaux ou des diaspores se faisant grâce à l'eau. thumb|Entada phaseoloides - Nautochorie thumb|Réceptacle vide du Lotus sacré. thumb|upright=0.8|Noix de coco germant sur une plage
Typologies De nombreux organismes se laissent transporter par les eaux de ruissellement : capsules flottant dans les ruisseaux et lames d'eaux de ruissellement, sans nécessiter la présence d'un cours d'eau. Les plantes aquatiques des eaux calmes laissent le vent pousser la graine sur l'eau ; c'est une stratégie commune chez ces plantes, par exemple chez Sparganium emersumPollux, B.J.A., de Jong, M., Steegh, A., Verbruggen, E., van Groenendael, J.M. & Ouborg, N.J. (2007) Reproductive strategy, clonal structure and genetic diversity in populations of the aquatic macrophyte Sparganium emersum in river systems. Molecular Ecology, 16, 313–326.Pollux, B.J.A., Luijten, A., van Groenendael, J.M. & Ouborg, N.J. (2009) Gene flow and genetic structure of the aquatic macrophyte Sparganium emersum in a linear unidirectional river. Freshwater Biology, 54, 64–76. ou chez les Lotus (Nelumbo sp.) ; Nelumbo nucifera qui produit des fruits (akènes) qui murissent au fond d'un réceptacle en forme de pomme d'arrosoir. Quand ils sont mûrs, le réceptacle se détache, se retourne pointe en l'air et part à la dérive ou est poussé par le vent. Il finit par accoster une berge ou pourrir et laisser les graines tomber au fond de l'eau pour germer. D'autres plantes aquatiques sont hydrochores, mais avec des processus différents : Nénuphar blanc (Nymphea alba), Nénuphar jaune (Nuphar luteum), Châtaigne d'eau (Trapa natans), Iris jaune (Iris pseudacorus). De nombreuses espèces se dispersant par spores qui sont éclaboussées par des gouttes de pluie (effet splash tombant sur les plantes : c'est l’ombrochorie. Chez le champignon Cyathus striatus la pluie est nécessaire pour disperser violemment jusqu'à de distance les péridioles contenant les spores. De nombreuses fougères, mousses sont ombrochores. Certaines plantes littorales profitent volontiers des courants marins : on parle alors de nautochorie ; le cocotier (cocos nucifera) : l'origine de cette plante est inconnue parce que ses fruits germent partout où les courants font échouer ses énormes graines. Il a également été propagé par les peuples du Pacifique, le long de leurs migrations. Le fruit du cocotier, la noix de coco est une drupe extraordinairement adaptée : l'enveloppe est fibreuse résistant aux chocs. Elle empêche l'eau salée de pénétrer et conserve de l'air qui assure sa flottabilité. En Europe, la betterave maritime confie ainsi ses graines à la mer qui peut les conduire à des dizaines ou centaines de kilomètres de la plante-mère. Les scientifiques estiment que, dans le monde végétal actuel, seules 0,1 % des graines ont la capacité de flotter en mer. Classification des graines dérivantes vignette|Gousse d'Entada gigas Les espèces peuvent être classées en cinq catégories selon leur mode de flottabilité Bulle d'air située située à l'intérieur de la graine comme chez Ipomea spp. , Merremia sp. (Convolvulaceae), Mucuna elliptica, Mucuna sloanei, Mucuna urens, Entada sp. la liane wa-wa, (Fabaceae), Omphalea diandra (Euphorbiaceae) oufruits à compartiments comme Juglans spp. (Juglandaceae), Sacoglottis amazonica (Humiriaceae) ou encore Canarium spp. (Burseraceae) ainsi que tous les palmiers. Tissus peu denses des cotylédons comme chez pour trois genres de Fabaceae : Canavalia, Dioclea et Erythrina. Enveloppe fibreuse comparable au liège : Cerbera spp. (Apocynaceae), Hippomane mancinella le mancenillier (Euphorbiaceae), Terminalia, le badamier (Combretaceae Finesse du fruit chez Avicennia germinans, le paletuvier blanc (Acanthaceae) ou Peltophorum pterocarpum (Fabaceae). Combinaison des facteurs ci-dessus Barringtonia asiatica le bonnet d'évêque et Grias cauliflora la poire anchois Lecythidaceae ou Cocos nucifera le cocotier (Arecaceae).
Hydrochorie et réseaux écologiques L'hydrochorie est un des phénomènes distributifs et de diversification génétique, a priori avantageuxReed, D.H. & Frankham, R. (2003) Correlation between fitness and genetic diversity. Conservation Biology, 17, 230–237 et sélectionné par l'évolutionBarrett, S.C.H., Eckert, C.G. & Husband, B.C. (1993) Evolutionary processes in aquatic plant populations. Aquatic Botany, 44, 105–145.. Il est réputé en grande partie "passif", mais en réalité beaucoup de mousses, fougères et plantes supérieures, lichens ou champignons libèrent "activement" leurs propagules (fruits, graines ou unités végétative susceptible de prendre racine en aval) uniquement ou préférentiellement quand il pleut, par temps très humide (brume saturante avec ruissellement de condensation) ou quand elles sont dans l'eau. De même pour les pontes ou libérations de larves par divers organismes aquatiques animaux. Les propagules végétales sont flottantes ou immergées, et certaines peuvent passer d'un état flottant (radeau) à immergé, permettant à certaines plantes de germer sur le fond du cours d'eau.
L'hydrochorie joue un rôle très structurant, et parfois majeur pour les patternsNilsson, C., Grelsson, G., Johansson, M. & Sperens, U. (1989) Patterns of plant species richness along river banks. Ecology, 70, 77–84. de certaines végétations aquatiques et rivulaires, ainsi que pour l'entretien de la diversité génétique à longue distanceBohrer, G., Nathan, R. & Volis, S. (2005) Effects of long-distance dispersal for metapopulation survival and genetic structure at ecological time and spatial scales. Journal of Ecology, 93, 1029–1040. d'un grand nombre de plantes des zones humides (riz sauvage par exempleAkimoto, M., Shimamoto, Y. & Morishima, H. (1998) Population genetic structure of wild rice Oryza glumaepatula distributed in the Amazon flood area influenced by its lifehistory traits. Molecular Ecology, 7, 1371–1381). C'est plus particulièrement le cas pour toutes les graines et autres propagules des plantes typiques des ripisylvesChrister Nilsson, Rebecca L. Brown, Roland Jansson, David M. Merritt, The role of hydrochory in structuring riparian and wetland vegetation ; ; en ligne 8 MAR 2010 ; DOI:10.1111/j.1469-185X.2010.00129.x Cambridge Philosophical Society Issue Biological Reviews Biological Reviews Volume 85, Issue 4, pages 837–858, November 2010 (Résumé). On a longtemps pensé qu'en raison de la forte saisonnalité ou de la directionnalitéMarkwith, S.H. & Scanlon, M.J. (2007) Multiscale analysis of Hymenocallis coronaria (Amaryllidaceae) genetic diversity, genetic structure, and gene movement under the influence of unidirectional stream flow. American Journal of Botany, 94, 151–160. imposée aux propagules et graines par les courants ou flux d'eau Jansson, R., U. Zinko, D. M. Merritt, and C. Nilsson. 2005. Hydrochory increases riparian plant species richness: a comparison between a free-flowing and a regulated river. Journal of Ecology 93:1094-1103. le pattern devrait traduire un flux descendant, et c'est parfois le casGornall, R.J., Hollingsworth, P.M. & Preston, C.D. (1998) Evidence for spatial structure and directional gene flow in a population of an aquatic plant, Potamogeton coloratus. Heredity, 80, 414–421., mais la réalité est plus complexe. L'hydrochorie influence certes fortement le pattern de distribution des espèces (espèces pionnières en particulierLeyer, I. 2006. Dispersal, diversity and distribution patterns in pioneer vegetation: the role of river-floodplain connectivity. Journal of Vegetation Science 17:407-416.). et génétiquement, l'hydrochorie peut réduire l'agrégation spatiale d'individus génétiquement proches et faciliter un flux génique élevé au sein d'une métapopulation, et accroître la diversité génétique dans les populations recevant de nombreuses propagules, mais si le déplacement se fait souvent majoritairement dans le sens du courant, de l'amont vers l'aval, l'observation montre que ce n'est pas toujours le cas. Des observations fines de la temporalité des dispersions (phénologie de dispersion) ont été récemment faites, avec des résultats parfois surprenants ; par exemple sur la Meuse belge la diversité et les patterns génétiques de plantes qu'on pensait uniquement ou principalement hydrochores ne confirme pas l'hypothèse d'un flux descendant, soit conclut l'étude parce qu'on a sous-estimé l'importance d'un transport de graines vers l'amont (par zoochorie a priori) pour ces plantes (ex : Rorippa sylvestris, une sorte de cresson sauvage), soit que des phénomènes récurrents d'extinction/recolonisation de sous-populations au sein de la métapopulation aient fortement hétérogénéisé cette flore, ces deux explications pouvant s'additionnerOlivier Honnay, Hans Jacquemyn, Kris Nackaerts, Peter Breyne et Kris Van Looy, Patterns of population genetic diversity in riparian and aquatic plant species along rivers ; Journal of Biogeography (J. Biogeogr.) (2010). Dans certains cas, des oiseaux ou d'autres animaux remontent des graines ou propagules vers la source du cours d'eau. Beaucoup plus rarement le passage de trombes ou fortes tempêtes, de tsunamis peuvent aussi disperser des propagules vers l'amont. Plus souvent, les crues dispersent les propagules dans la plaine inondable où certains animaux pourront éventuellement aussi transporter certaines propagules (sur leur pelage par exemple) vers les annexes hydrauliques des cours d'eau ou vers l'amont. Le rôle des poissons dans le transport de propagules végétales ou leur remise en circulation, y compris contre le courant, c'est-à-dire vers l'amont pourrait ainsi avoir été sous-estiméChick, J.H., Cosgriff, R.J. & Gittinger, L.S. (2003) Fish as potential dispersal agents for floodplain plants: first evidence in North America. Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 60, 1437–1439 (résumé). En forêt tropicale, sous les arbres, ou dans les plaines régulièrement inondées d'Amérique du Sud on observe les poissons se précipiter sur certaines fleurs, fruits ou graines tombant des arbresGoulding, M. 1980. The fishes and the forest: explorations in Amazonian life history. University of California Press, Berkely, Calif. et ils contribuent aussi à disperser des graines dans les plaines d'inondationGottsberger, G. 1978. Seed dispersal by fish in the inundated re- gions of Humaita, Amazonia. Biotropica, 10: 170-183.Horn, M.H. 1997. Evidence for dispersal of fig seeds by the fruit- eating characid fish Brycon guatemalensis Regan in a Costa Rican tropical rain forest. Oecologia, 109: 259-264.. Et aux États-Unis on a récemment (2003) montré que des poissons mangent aussi divers fruits et graines (ex : les fruits du mûrier rouge (Morus rubra) et du troène des marécages (Forestiera acuminata, deux plantes des berges sont recherchées par la barbue de rivière (Ictalurus punctatus) dans les plaines d'inondation du Mississippi, et on a expérimentalement confirmé que ces graines germent mieux après être passées dans le tube digestif de la barbue que quand on a simulé sa chute dans l'eau d'une crue sans ingestion par un poisson. Les auteurs ont conclu que .
Cependant, l'Homme, via les endiguements, l'artificialisation et la régulation des cours d'eau, les seuils artificiels et les grands barrages ont aussi eu trois grands impacts sur l'hydrochorie (et le transport par les poissons) ; en réduisant les débits de pointe (et donc la capacité de dispersion), en modifiant les calendriers naturels de dispersion, et parfois en présentant des barrières physiques (grands barrages) à la dispersion ou en transportant ou transplantant des propagules (Peuplier noir, Populus nigra par exemple).