Olga (ou Golda) Bancic dite Pierrette, née le (ou le , selon les sources) à Chișinău (Gouvernement de Bessarabie, empire russe) et morte guillotinée le à Stuttgart, est une résistante communiste juive roumaine et volontaire des FTP-MOI de la région parisienne.
Biographie Jeunesse en Roumanie Olga (ou Golda) BancicDictionnaire des étrangers et des immigrés qui ont fait la France, Bouquins/Robert Laffont, 2013, , et Jean-Philippe Namont, Roumains, Id., . naît Notice Bancic Olga [BANCIC Golda, dite Pierrette par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason, version mise en ligne le 8 juin 2019, dernière modification le 8 décembre 2021.... .N.B. : cet article mentionne à la page 68 : . ou le L'interrogatoire d'Olga Bancic par les inspecteurs de la BS2, sur le site afficherouge-manouchian.hautetfort.com, extrait de : Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, Liquider les traîtres – La face cachée du PCF 1941-1943, Robert Laffont, Paris, 2007, 442., selon les sources, dans une famille nombreuse juive de la province alors russe de Bessarabie. Cette région roumanophone (en actuelle Moldavie) déclare son indépendance, puis rejoint la Roumanie en 1918. Le père, un modeste artisan, ne peut assurer la subsistance de sa famille, tous ses enfants doivent travailler. Olga, sixième de la fratrie, est placée dans une fabrique de matelas à l'âge de . Les dures conditions de travail. déterminent la jeune Olga à prendre part en 1926 à une grève et à une manifestation dans sa fabrique.
En 1929, elle épouse l'écrivain Jacob Salomon, connu sous le nom d'Alexandru Jar (1911-1988 ; jar signifie « braises » en roumain). Devenue communiste, elle est arrêtée par la Sûreté roumaine, incarcérée, maltraitée et battueLes chemins de la mémoire, .. De 1933 à 1938, elle est un membre actif du syndicat ouvrier local mais continue la lutte syndicale malgré les dangers encourus. Militante au sein des jeunesses communistes de Roumanie elle participe à la création d'un « Front populaire contre le fascisme », où elle croise sa toute jeune compatriote Hélène TaichPendant la guerre, Hélène Taich rejoindra la Résistance à Marseille: Olga Biblioni et Jean-Marie Guillon (dir.), La Provence histoire n° spécial mai-juin 2015 : 1945 la Provence de la liberté, .. Plusieurs fois arrêtées, condamnées et emprisonnées, elles sont traquées et se réfugient en France.
Expatriée en France Arrivée en France en 1938, Olga Bancic poursuit des études à la faculté de lettres où elle retrouve son mari, qui combat pendant la guerre d'Espagne dans les Brigades internationalesAprès la guerre, Alexandru Jar, écrivain roumain, sera exclu de l'union professionnelle des écrivains en 1956, pour avoir critiqué la politique culturelle du Parti unique, cf. Armand Gaspard, « Dix années de « dégel », dans Politique étrangère, , année, 1963, , sur le site persee.fr, consulté le 20 avril 2010.. Le couple aide les Républicains espagnols en envoyant des armes au groupe franco-belge « Pauker » de la des Brigades internationales, commandé par le Français Gaston Carré et le Roumain Valter Roman (pas encore père du futur Premier ministre roumain Petre Roman) Valter Roman, Sub cerul Spaniei (« Sous le ciel d'Espagne »), éd. Tineretului, Bucarest, 1950..
En 1939, elle donne naissance à une fille, Dolorès dite « Dolly », prénommée ainsi en hommage à Dolores Ibárruri, dite « La Pasionaria »Grégoire Georges-Picot, « Golda dite Olga Bancic (1912-1944) », sur generiques.org, consulté le 20 avril 2010..
Seconde Guerre mondiale Après l'invasion de la France par les nazis en et la rupture du pacte germano-soviétique le , Olga Bancic confie sa fille en 1942 à une famille française et s'engage dans l'organisation clandestine Main-d'œuvre immigrée (MOI) des étrangers communistes et dans le mouvement de lutte armée de cette organisation, les FTP-MOI. Sous le pseudonyme de « Pierrette », elle est chargée de l'assemblage des bombes et des explosifs, de leur transport et de l'acheminement des armes avant et après les opérations« 2. Les F.T.P.- M.O.I. : la guérilla urbaine – Dans le groupe, Olga Bancic, une Roumaine immigrée en France entre les deux guerres. », témoignage d'Arsène Tchakarian du groupe Manouchian, sur memoire-net.org, consulté le 20 avril 2010.. Elle a ainsi participé indirectement à une centaine d'attaques. Arsène Tchakarian indiqueLes F.T.P.- M.O.I. : la guérilla urbaine, memoire-net.org. :
vignette|upright|Plaque en mémoire de Olga Bancic, posée au 114 rue du Château à .
Sous le nom de demeurant rue des Ciseaux, elle loue une chambre située rue Andrieux où elle entrepose les armes. Elle demeure réellement au rue du Château.
Son compagnon, Jacob Salomon, est arrêté en . Un rapport de police, du , mentionne Olga Bancic à propos de l'évasion de son ami de l'hôpital Tenon, le . Il était interné au camp de Drancy, elle dit « ignorer ce qu'il est devenu ».
Arsène Tchakarian indique qu' Elle est arrêtée à Paris par les brigades spéciales (BS2), le , en même temps que Marcel Rajman et Josef SvecNotice Svec Josef par Daniel Grason, Gérard Larue, version mise en ligne le 11 mai 2017, dernière modification le 2 février 2020.. Soixante-huit membres des FTP MOI sont interpellés et vingt-trois d'entre eux sont emprisonnés à la prison de Fresnes en attendant d'être jugés.
vignette|L'Affiche rouge, février 1944.
La concierge du 3 rue Andrieux s'inquiétant de l'absence de madame Martin, qui de ce fait ne réglait pas la location de la chambre, prévient la police. Le , les policiers du commissariat du quartier de l'Europe perquisitionnent la chambre et y trouvent, entre autres : treize grenades Mills, trois pistolets, un browning, trois revolvers à barillet, soixante bombes, trois cartouchières garnies, un sac d'accessoires pour engins incendiaires, plusieurs boîtes de cartouches, une boîte de plaques incendiaires, une boîte d'explosifs, du chlorate de potassium, des engins incendiaires.
Le Selon La dépêche de l'Office français d'information (OFI) du , citée en annexe dans le livre d'Arsène Tchakarian., les vingt-trois prisonniers sont condamnés à mort par une cour martiale allemande, réunie à Paris le Brochure de l'exposition Manouchian, sur le site de la mairie d'Ivry-sur-Seine, .. Pour Adam Rayski, l'existence d'un procès public, et l'allégation que les accusés auraient comparu dans une salle d'audience, est un mensonge de la propagande allemande et vichyssoise.
Olga Bancic, qui a été atrocement torturée au nerf de bœufH. Karayan, cité in M. Courtois, « Ces Arméniens qui ont dit non », Nouvelles d'Arménie Magazine, , Association nationale des anciens combattants et résistants arméniens, Paris, mars 2004., est transférée en Allemagne le , tandis que les vingt-deux hommes du groupe Manouchian sont fusillés le au fort du Mont-ValérienParis-Soir du 21 février 1944 : .Paris-Soir du 22 février 1944 : .Paris-Soir du 6 mars 1944 : ..
Incarcérée à Karlsruhe, puis transférée Stuttgart le . Elle est guillotinée. Musée de la prison de LudwigsburgEn application du manuel de droit criminel de la Wehrmacht, une femme ne pouvait pas être fusillée (Benoît Rayski, L'Affiche rouge – 21 février 1944, éditions du Félin, 2004, ).Selon les sources, le mode d'exécution pratiqué par les nazis à cette occasion varie, ceci par ignorance. Certaines sources parlent d'une décapitation (dont à la hache) : Jean-Pierre Azéma (dir.), Vivre et survivre Dans le Marais – Au cœur de Paris du Moyen Âge à nos jours, éd. Le Manuscrit, 2005, 544 , ;
. Alors qu'il s'agit de décapitation par utilisation de la guillotine : Benoît Rayski, dans L'Affiche rouge – 21 février 1944, Éditions du Félin, Paris, 2004, , donne l'explication suivante : La même page donne des précisions sur le nom, le salaire, et la prime par exécution du bourreau ; « », sur capitalpunishmentuk.org, consulté le 4 janvier 2009 ; Notice Bancic Olga [BANCIC Golda, dite Pierrette par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason, version mise en ligne le 8 juin 2019, dernière modification le 8 décembre 2021 ; « Olga Bancic », sur geocities.com, consulté le 9 septembre 2008 ; Laurence Thibault (dir.), Les Jeunes et la Résistance, Documentation française/ AERI, coll. « Cahiers de la Résistance », 2007 . à la prison de Stuttgart, le ; elle avait trente-deux ans.
Son mari, Jacob SalomonNotice Salomon Jacob [pseudonyme : Alexandru Jar, dit Dubois, par Daniel Grason, version mise en ligne le 21 septembre 2017, dernière modification le 6 octobre 2019., échappe aux arrestations de . Après la Libération, il quitte les FTP-MOI et retourne avec sa fille Dolly en Roumanie, devenue communiste Sur la jeunesse de « Dolly »..
Derniers témoignages Olga Bancic jeta à travers une fenêtre une dernière lettre, datée du , adressée à sa fille Dolores Mercedes Camino, « War, gender, and lasting emotion: letters and photographs of Masha Bruskina and Olga Bancic, 1941–44 », Women's History Review, , , 2023, . On y trouve des photos d'Olga Bancic, de son mari et de sa fille., pendant son transfert à la prison de Stuttgart pour y être exécutée. La note jointe, adressée à la Croix-Rouge française précisait (texte dont l'orthographe est corrigée) :
La lettre adressée par Olga Bancic à sa fille (orthographe corrigée) :
Liste des membres du groupe Manouchian exécutés thumb| La liste suivante des du groupe Manouchian exécutés par les Allemands. signale par la mention (AR) les dix membres que les Allemands ont fait figurer sur l'Affiche rouge. Celestino Alfonso (AR), Espagnol, Olga Bancic, Roumaine, (seule femme du groupe, guillotinée à Stuttgart, en Allemagne, le ) Joseph Boczov [József Boczor; Wolff Ferenc] (AR), Hongrois, - Ingénieur chimiste Georges Cloarec, Français, Rino Della Negra, Italien, Thomas Elek [Elek Tamás] (AR), Hongrois, - Étudiant Maurice Fingercwajg (AR), Polonais, Spartaco Fontanot (AR), Italien, Jonas Geduldig, Polonais, Emeric Glasz [Békés (Glass) Imre], Hongrois, - Ouvrier métallurgiste Léon Goldberg, Polonais, Szlama Grzywacz (AR), Polonais, Stanislas Kubacki, Polonais, Cesare Luccarini, Italien, Missak Manouchian (AR), Arménien, Arpen Tavitian, Arménien, Marcel Rajman (AR), Polonais, Roger Rouxel, Français, Antoine Salvadori, Italien, Willy Schapiro, Polonais, Amedeo Usseglio, Italien, Wolf Wajsbrot (AR), Polonais, Robert Witchitz (AR), Français,
Hommages et mémoire En Roumanie, Olga Bancic est un symbole des femmes engagées dans la résistance : à l'époque communiste son exemple était enseigné dans toutes les écoles primaires pour magnifier le sacrifice des préférences personnelles à la cause commune ; des générations d'écoliers ont pleuré à la lecture de sa dernière lettre. Des rues des grandes villes portent toujours son nom : elle est, avec le communiste dissident antistalinien Lucreţiu Pătrăşcanu l'une des très rares personnalités communistes dont les rappels mémoriels n'ont pas été débaptisés après la chute de la dictatureVladimir Tismăneanu, Stalinisme pour l'éternité, Editura Polirom, Iași, 2005, ..
En France, elle fut l'exemple des femmes étrangères engagées volontaires dans la Résistance. En 1995, la ville de Paris lui rend hommage, à la demande de l'Union des résistants et déportés juifs de France, en apposant une plaque à sa mémoire sur un des murs du carré des fusillés du cimetière parisien d'Ivry, derrière les tombes de ses camarades de combat, Missak Manouchian et Marcel Rajman. Le , sa mémoire est à nouveau honorée par le Conseil supérieur de la Mémoire auprès du président de la République, avec celle de quatre autres résistants emblématiques, Jean Moulin, Félix Éboué, Pierre Brossolette et Jacques Trolley de Prévaux. Le , elle est reconnue morte pour la France.. Le , sur délibération de la mairie de Paris, une plaque commémorative est apposée au 114 rue du Château, dans le : ICI VIVAIT OLGA BANCIC, RESISTANTE F.T.P-M.O.I. DE L'ÎLE-DE-FRANCE MEMBRE DU GROUPE MANOUCHIAN EXÉCUTÉE PAR LES NAZIS À STUTTGART LE À L'ÂGE DE 32 ANS MORTE POUR LA FRANCE ET LA LIBERTÉ