thumb|240px|Le Saint-Laurent, à Montréal, William Henry Bartlett (1809-1854), 1841 thumb|240px|Palais de Justice de Montréal, 1895 thumb|240px|La rue Saint-Jacques en 1910 thumb|240px|La rue Sainte-Catherine en 1930. De l'avenue Stanley, vue vers l'est.

L'histoire de Montréal commence avec la découverte du village d'Hochelaga par les explorateurs français, au . Origine du nom

La ville de Montréal tient son nom de l'Île de Montréal, qui fut ainsi nommée en raison du mont Royal, la montagne au centre de l'Île. En effet, en 1535, l'explorateur Jacques Cartier avait nommé la montagne Mons realis (mont Royal). En 1556, le géographe Italien Giovanni Battista Ramusio fit la traduction de Mont Royal à Monte Reale sur une carte. En 1575, François de Belleforest devint le premier à écrire Montréal, écrivant :

Au début du , le nom de l'île commence à être utilisé pour désigner la ville elle-même. Deux cartes de 1744 par Jacques-Nicolas Bellin nomment Île de Montréal et la ville, Ville-Marie ; mais une carte de 1726 réfère à la ville comme étant « la ville de Montréal ». Le nom Ville-Marie tombe vite en désuétude pour référer à la ville. Aujourd'hui, Ville-Marie est devenu le nom d'un arrondissement de Montréal qui inclut le Vieux-Montréal et le centre-ville.

Dans la langue moderne des Iroquois, Montréal est appelée Tiohtià:ke. Elle est aussi connue sous le nom de Mooniyang en anishinabe, la langue commune du peuple algonquin.

1535 - Découverte de la bourgade iroquoienne Hochelaga vignette|Jacques Cartier à Hochelaga (Montreal). Tableau de Batchelor, Lawrence R., 1887-1961. Un village fortifié, nommé Hochelaga, est déjà présent sur l'île quand Jacques Cartier arrive le . Il est bien accueilli par les Iroquoiens et il nomme la montagne qu'il voit au centre de l'île, mont Royal.

Toutefois, lors du premier passage de Samuel de Champlain dans la région, en 1603, il ne trouve pas de trace du village d’Hochelaga ; son emplacement demeure inconnu à ce jour. En 1611, le fondateur de Québec — qui comprend rapidement la position stratégique qu'occupe l'île —, fait défricher un site à la Pointe-à-Callière. À défaut d'un établissement permanent, Montréal servira de lieu de rencontre entre les Algonquiens et les Hurons, qui descendent de l'arrière-pays, et des marchands français qui troquent des fourrures et produits de fabrication européenne.

Période de transition : 1535-1603 En France, tragédie des guerres de religion opposant catholiques et protestants thumb|Le massacre de la Saint-Barthélemy À la suite de ces premiers efforts de colonisation, il s'écoulera un demi-siècle avant que ne s'organisent d'autres entreprises de colonisation du Canada. De 1562 à 1598, la France s'égarera dans les convulsions internes des guerres de religion. Contestant la pratique du culte promu par Rome, la Réforme génèrera une controverse politique qui déchirera la France. En 1589 vient au pouvoir Henri IV. La royauté retrouve finalement légitimité et autorité. Protestant converti au catholicisme, le nouveau souverain reconnaîtra aux protestants une existence légale et la liberté du culte. Fort tragiquement, il sera assassiné le .

Essor de la pêche et de la traite de fourrures

À la suite de la découverte de Jacques Cartier, les explorateurs français entreprirent de commercer avec les Autochtones. De plus, les pêcheurs français et anglais habituellement présents au large des Terres Neuves, territoire de pêche souvent disputé, firent de même. Ils dirigèrent leur activité vers les côtes de la Nouvelle-Écosse et celles du golfe du Saint-Laurent. Par la suite, lorsque les guerres entre l'Angleterre et l'Espagne provoquèrent le déclin des pêcheries espagnoles, un nouveau marché de la morue séchée s'ouvrit aux Français. Les contacts avec les Autochtones se multiplièrent. Comme on ne pouvait faire sécher la morue que sur terre, les contacts s'accrurent. Ainsi l'archiviste Biggar lors des nombreuses études faites des débuts de la Nouvelle-France, souligna la présence dès 1539 de navires français à l'île du Cap Breton faisant le commerce des fourrures, soit peu de temps après la venue de Cartier au Mont Royal en 1535. Suivirent les Basques français chassant la baleine et le morse aux îles de la Madeleine à la fin du siècle. À partir de 1580, les Européens s'intéressèrent davantage au commerce de la fourrure de castor, à la suite d'une demande accrue par les bourgeois d'Europe occidentale pour les chapeaux de feutre de castor. Les meilleures fourrures étaient celles des animaux piégés en hiver. Il faut savoir que la viande de castor contient un très grand nombre de calories utiles à l'énergie dépensée par les Autochtones pour le piégeage. La forte demande en peaux de castors profita également aux Autochtones.

Ainsi, après 1540, un nombre considérable de navires envahissent le golfe et le fleuve Saint-Laurent. Tadoussac devient le premier lieu de traite. Le troc des peaux devient tellement important que vers 1588, de riches commerçants sollicitent un monopole. Pierre de Chauvin dépêche jusqu'à quatre navires dans le golfe. Pont-Gravé se rend jusqu'à Trois-Rivières pour troquer ses marchandises rapportées de France contre des fourrures. Samuel de Champlain affirme que des navigateurs et commerçants viennent régulièrement au Canada. Il pense que d'autres venaient déjà bien avant 1550 pour commercer avec les Autochtones. Tout au cours du les pêcheries françaises s'étendent le long des côtes de la Nouvelle Écosse jusqu'au Maine. Mais ce sont aussi les pirates français, revenant de Floride et des Caraïbes, qui sillonnent les côtes et s'enrichissent.

Alliance franco-algonquine Grâce au traité de la Grande Alliance, scellé à Tadoussac en 1603 par François Gravé en présence de Samuel de Champlain avec le chef innu Anadabijou, les Français peuvent s’établir à Québec, à Trois-Rivières et à Montréal.

Constitution de sociétés Compagnie du Saint-Sacrement de l'Autel Créée en 1627 par le duc Henri de Levis-Ventadour, vice-roi de la Nouvelle-France et ennemi juré des Huguenots, la Compagnie est constituée de membres issus de l'aristocratie et de la bourgeoisie parlementaire. Animée par le zèle militant de la Contre-Réforme, elle vise à la fois des buts charitables et ambitieux: la fondation d'hôpitaux, le secours aux victimes de la guerre, mais aussi l'enfermement des mendiants, la lutte contre les Réformés, les hérétiques, les gens aux mœurs dépravées, le carnaval et les duels. En quelques décennies, elle s'organise pour former une société secrète influente, à la Cour mais aussi dans des familles pénétrées par des directeurs de conscience, ainsi que dans l'armée et la magistrature. Elle devient la Cabale des dévots, qui n'hésite pas, au nom de l'intérêt du Ciel, à dénoncer publiquement les personnes coupables d'adultère, de blasphème, et de libertinage. Lorsque l’épouse de Ventadour meurt en 1643, il se fait prêtre.

Protégée par Anne d'Autriche, elle gêne tour à tour, dans l'exercice du pouvoir, Richelieu, Mazarin et Louis XIV, et c'est assurément pour cette raison que ce dernier finit par l'interdire. Certains ont affirmé que c'est la Compagnie du Saint-Sacrement qui, prenant la défense des intérêts de l'Église, devient l'ennemie jurée de Molière dans « l'affaire du Tartuffe ».

Un réseau de marrainage En France on déploie un grand réseau de marraines des jeunes Amérindiennes de la Nouvelle-France : la duchesse d'Aiguillon, la duchesse de Mantoue, Louise de Marillac, et la reine Anne d'Autriche. La duchesse d'Aiguillon finance l'hôpital des hospitalières de Dieppe à Québec.

Société de Notre-Dame de Montréal pour la conversion des autochtones de la Nouvelle-France En 1611-1613, Marie de Médicis envoie des jésuites à Port-Royal. De retour d'Acadie, en 1614, le Père Ennemond Massé est nommé ministre du collège de La Flèche, alors le plus grand collège de France, dans le Nord-Ouest de la France. Il se développe alors un réseau de la Flèche qui va contribuer à l'envoi de missionnaires, femmes, et colons. Parmi les anciens du collège, Jérôme Le Royer, sieur de La Dauversière a eu comme condisciple le Jésuite Paul Le Jeune et le père Gabriel Lallemant.

En 1635, La Dauversière établit à La Flèche une filiale de la Compagnie du Saint-Sacrement. Ce père de cinq enfants affirme avoir reçu, alors qu'il était en prière, appel à fonder une colonie missionnaire sur l'île de Montréal. Après plusieurs années de déchirements intérieurs, il décide en 1635 de mettre le projet à exécution et monte à Paris pour y trouver des associés.

Jérôme Le Royer a la vision de fonder une congrégation de religieuses Hospitalières « pour venir au secours des malades et des pauvres à la Flèche et à Montréal en Nouvelle-France ».

Il parla de cette vision à Pierre Séguier, chancelier de France, en présence de personnages puissants et influents : Pierre Chevrier, baron de Fancamp, premier soutien financier de l’entreprise mystique d’Hochelaga, le baron Gaston-Jean-Baptiste de Renty, cofondateur de la Compagnie du Saint-Sacrement, et l’abbé Jean-Jacques Olier, prévôt de la puissante abbaye auvergnate de Pebrac, futur fondateur des Sulpiciens en 1645.

vignette| Signature à Meudon de l'acte de fondation de Ville-Marie. Les personnages représentés sont probablement de gauche à droite : le baron Gaston de Renty, Pierre Chevrier, baron de Fancamp, MM Jean-Jacques Olier et Jérôme le Royer de la Dauversière. En 1640, Le Royer et Olier fondent la « Société de Notre-Dame de Montréal pour la conversion des sauvages de la Nouvelle-France »Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, premier gouverneur de Montréal.

Concession de l'île de Montréal La Société, constituée de personnes chrétiennes, de nobles mais aussi de bourgeois et de gens de condition plus modeste, se fait concéder l'île de Montréal, située à 1500 kilomètres à l'intérieur des terres.

La Dauversière se fait accompagner par le P. Charles Lalemant au Dauphiné afin de convaincre Jean de Lauson de céder l'île. L'excursion fut un succès : M. de Lauson se départit de l'île de Montréal en faveur de La Dauversière et de Chevrier, qui avait mandaté Lalemant par procuration. On signe le contrat de don à Vienne, le : « lequel de son bon gré, pure, franche et libre volonté a cédé, donné et transporté purement et simplement, sans aucune chose en excepter, se retenir et se réserver, pour et que cy-après, à Pierre Chevrier, écuyer, sieur de Fouancan, et à Jérôme Le Royer, sieur de la Dauversière, demeurant en la ville de La Flèche en Anjou, ... À savoir l'île de Montréal, située en la Nouvelle-France, dans la rivière Saint-Laurent, au-dessus du lac SaintPierre, tout ainsi qu'elle a été donnée et octroyée par Messieurs de la compagnie de la Nouvelle-France ».

Lauson avait donné toute l'île de Montréal; cependant, lorsqu'en décembre La Dauversière présenta ce contrat à la compagnie de la Nouvelle-France, elle le déclara invalide, parce que Lauson n'avait pas le droit d'en disposer car celui-ci avait failli à son devoir de vassal sur sa seigneurie. La compagnie exerçat son droit de retrait.

La compagnie, favorable au projet, rédigea un premier projet de contrat aujourd'hui disparu, puis un second, le , déterminant le statut juridique de l'île de Montréal dans l'ensemble de la Nouvelle-France.

La compagnie donna cette fois, une partie seulement de l'île :

Recrutement Elle recrute des colons pour aller s'y établir afin de créer une communauté catholique. Le but des associés de cette « folle entreprise » expliquera Jean-Jacques Olier était « d'assembler sur l’île un peuple composé de Français et d'Indiens qui cultiveraient la terre et les arts mécaniques, qui vivraient en frères et sœurs, unis dans la charité fraternelle ».