Otto Ohlendorf, né le à Hoheneggelse, district de la commune de Söhlde et mort le à la prison de Landsberg, est un SS-. Intellectuel brillant, il mène une double carrière, travaillant à la fois pour le , notamment en tant que directeur du SD Inland, et pour le ministère de l'Économie du Reich dont il devient secrétaire d'État.
Il est surtout connu pour sa participation à la Shoah, dans son rôle de commandant de l', responsable de , essentiellement de Juifs — hommes, femmes et enfants — à l'arrière de la armée qui opère dans le Sud de l'Ukraine, notamment en Crimée, en Bessarabie et dans la région du Caucase lors de l'invasion de l'Union soviétique. Ohlendorf exerce son commandement de à , avant de reprendre ses activités au sein du et au ministère de l'Économie.
Important témoin de l'accusation lors du procès de Nuremberg, lorsqu'y sont évoqués les crimes contre l'humanité, il ne manifeste aucun remords ou regret et affirme qu'il n'a fait que son devoir. Il adopte la même position lors du procès des Einsatzgruppen où il est le principal accusé. Condamné à mort le pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, il est exécuté par pendaison trois ans plus tard.
Premières années, formation et engagement politique
Né le , Otto Ohlendorf est le fils d'un fermier membre du Parti populaire allemand, cadet d'une fratrie de quatre enfants ; pendant son enfance et sa jeunesse, il travaille dans l'exploitation paternelle. Comme Werner Best ou Heinz Jost, Ohlendorf fait partie d'une génération qui n'a pas pris part à la Première Guerre mondiale, mais qui a vécu la défaite allemande comme un véritable traumatisme.
Son engagement politique est précoce : en 1923, à l'âge de , il fonde une section des jeunes du DNVP. Estimant que ce parti est , il rejoint ensuite dès 1925 le parti nazi (membre ), la SA l'année suivante, puis la SS (membre ) ; son engagement politique lui cause des problèmes à la fin de ses études secondaires au lycée de Hildesheim et il en 1925. À cette époque, il s'intéresse surtout à la fin de la lutte des classes et aux problèmes sociaux ; il n'a qu'une vue générale de la « question juive ».
vignette|redresse|Jens Jessen, vers 1930.|alt=Portrait en noir et blanc d'un homme pourtant un veston et une cravate.
Intellectuel brillant, il suit des études d'économie, de sciences politiques et de droit, successivement aux universités de Halle, Leipzig et Göttingen. À Leipzig, il milite au sein de l'Union des étudiants nationaux-socialistes allemands et de la section locale du parti ; insatisfait de ses activités politiques, il n'y reste que deux semestres. À Göttingen, il s'investit dans l'organisation du parti nazi dans le district de Hanovre et contribue à ce que celui-ci obtienne la majorité absolue. Il ne soutient pas sa thèse de doctorat, ce qui ne l'empêche pas de devenir l'assistant de deux universitaires renommés, experts de l'économie et des sciences politiques nazies, Jens Jessen à l'université de Kiel et Reinhard Höhn, titulaire de la chaire de droit public à l'université d'Iéna, puis directeur de l'Littéralement, l'Institut de recherche d'État. à Berlin.
Commentant le parcours universitaire d'Ohlendorf, Christian Ingrao mentionne que si les raisons qui l'ont conduit à ne pas soutenir une thèse de doctorat restent obscures, ses activités au sein de l'Institut d'économie mondiale de Kiel puis à l'Institut des sciences appliquées de Berlin et son .
En 1931, Ohlendorf bénéficie d'une bourse pour étudier le fascisme et son système d'encadrement social à l'université de Pavie en Italie. Il revient d'Italie très critique envers le régime fasciste : il condamne notamment l'emphase et la pompe factices du régime mussolinien et l'autoritarisme du régime, préférant le qui est pour lui une caractéristique de l'Allemagne nazie ; il rejette aussi le corporatisme fasciste. En 1946, il déclare au psychiatre américain Leon Goldensohn qu'à son retour d'Italie, il est devenu un , établissant une différence fondamentale entre fascisme et nazisme. Selon lui, le fascisme est un principe purement étatique ; pour étayer sa position, il cite Mussolini qui déclare en 1932 que , puis affirme que .
À partir de 1933, année de son mariage, dont sont issus cinq enfants, il travaille en tant qu'avocat, puis cumule cette activité avec un poste d'assistant à l'Institut d'économie mondiale de l'université de Kiel. Il s'oppose aux courants « collectivistes » dans le parti, ce qui lui vaut d'être muté à Berlin, à l'Institut pour les sciences économiques appliquées, mais il lui est interdit de prendre la parole en public.
Carrière au SD
vignette|redresse|gauche|Reinhard Heydrich en 1940, en uniforme de (selon son insigne de col ).|alt=Portrait en noir et blanc d'un homme assis, portant un uniforme.
Par l'intermédiaire de Jens Jessen, il devient l'un des plus proches collaborateurs de Reinhard Höhn, , ayant un poste de responsabilité au . Fort de ce soutien, il rejoint le SD, en 1936 ou 1937, comme chef du service économique, et devient, peu de temps après, le du . À son arrivée au SD, il estime que la section dont il est chargé est un chaos total : . Au sein du , il est d'abord chargé de rédiger ou superviser des rapports dans le domaine économique, puis dirige le département de l', qui a entre autres l'objectif de mettre sur pied un réseau d'information et de rapports chargé de l'observation des opposants à tous les niveaux de la vie quotidienne. Esprit critique, il supervise des rapports dans lesquels il enregistre . Il est cependant rapidement rétrogradé par Reinhard Heydrich en raison de ses critiques des conséquences économiques de la politique du réarmement qu'il estime menacer les petites et moyennes entreprises, en particulier dans le secteur de l'agriculture.
En 1939, promu , il est nommé à la tête du , au sein du RSHA, poste qu'il conserve jusqu'en 1945. Il y crée, en 1940, une instance de coordination de la réinstallation et de la déportation (. En tant que directeur, il y organise et supervise la rédaction des rapports connus sous le nom de , qui fournissent à la direction de la SS , et ce presque jusqu'en 1945.
Dirigeant de la section du SD chargée des affaires intérieures (), il y recrute, à partir de 1940, nombre de ses condisciples des universités de Leipzig et de Göttingen, ou d'autres universitaires avec lesquels il a tissé des liens grâce au (Ligue des étudiants nationaux-socialistes allemands), dont Willi Seibert, son futur adjoint à la tête de l'.
Heinrich Himmler n'apprécie pas Ohlendorf en tant qu' . Au sein du RSHA, , notamment en raison de ses critiques contre les révocations massives de professeurs dans les universités, au profit de jeunes opportunistes incompétents.
À la tête de l'Einsatzgruppe D
vignette|redresse=1.2|Assassinat de Juifs dans la région d'Ivangorod en 1942 : une mère protège son enfant avant d'être abattue d'une balle dans la nuque.|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme visant son fusil (à gauche) envers une femme portant son enfant (au milieu) dans un champ, à côté d'un groupe d'hommes creusant un trou (à droite).
Peu avant l'invasion de l'Union soviétique, le supérieur hiérarchique d'Ohlendorf, Heydrich, le nomme à la tête de l'. Ohlendorf affirme qu'il a refusé cette nomination à deux reprises mais qu'il a dû céder à un ordre formel de Heydrich. Pour l'historien Peter Longerich, cette nomination est le fait d'une décision de Heinrich Himmler qui voulait très clairement mettre à l'épreuve la d'Ohlendorf, qui faisait figure d'intellectuel.
Avec un effectif de 400 à , l' est rattaché à la armée et opère dans le Sud de l'Ukraine, notamment en Crimée, en Transnistrie, en Bessarabie et dans le nord du Caucase. Divisé en quatre et un , entièrement motorisé avec , il est le plus petit des quatre Einsatzgruppen opérant à l'arrière des unités militaires lors de l'invasion de l'Union soviétique.
Sous le commandement d'Ohlendorf, de à , l' assassine , essentiellement des Juifs, hommes, femmes et enfants. Selon l'historien allemand Ralf Ogorreck, la première opération d'assassinats de tous les Juifs, sans distinction d'âge ou de sexe, a lieu à Berezovka en , après qu'Ohlendorf a fait savoir à ses subordonnés que la solution finale de la question juive . Le même auteur mentionne un voyage d'Ohlendorf à Berlin en , lors duquel il a une entrevue avec Heydrich qui lui annonce .
Au début du mois d', à l'instar de Heydrich, il dénonce l'inefficacité des troupes roumaines, déployées dans son voisinage immédiat, et l'exploitation de la main-d'œuvre juive par celles-ci : il estime que et plaide pour une collaboration entre l'Allemagne et les Ukrainiens. Ohlendorf tente de systématiser les exécutions sporadiques de Juifs perpétrées dans l'improvisation par les troupes roumaines : pour lui, comme pour Himmler, ..
Au début du mois d', les hommes de l' massacrent dans la région de Nikolaïev, près d'Odessa. Lors de cette opération, Ohlendorf reçoit la visite de Himmler, qui ne l'a jamais apprécié, le trouvant arrogant et insubordonné. Furieux de l'ordre d'Ohlendorf d'épargner les fermiers juifs, justifié par les nécessités du ravitaillement de la Wehrmacht, le donne l'ordre d'exécuter tous les Juifs sans exception, déclarant que lui seul en porterait la responsabilité. .
Himmler confirme à cette occasion que .
Lors de cette rencontre avec Himmler, Ohlendorf évoque en fin de journée , sans obtenir de réponse. Selon les témoignages de certains adjoints d'Ohlendorf, celui-ci est promu à l'issue de la réunion .
Ohlendorf se montre un officier consciencieux et efficace, soucieux de ses hommes : lors des massacres collectifs de Juifs, il s'oppose à des exécutions au moyen d'une balle dans la nuque, afin d'éviter à ses hommes de se sentir et d'alléger leur fardeau psychique. Lors du procès des Einsatzgruppen, il affirme notamment que sa mission était de s'assurer que les exécutions soient effectuées aussi humainement que possible ; il précise que ses ordres avaient pour , et de prévenir le développement de la brutalité au sein de ses hommes. En outre, il veille à ce que l'embarquement des Juifs dans les camions s'effectue sans la moindre violence pour limiter l'impact psychologique sur les populations civiles spectatrices et aussi pour que les répercussions à distance sur les troupes de la Wehrmacht soient les moins négatives possibles. Il assiste personnellement aux tueries pour s'assurer qu'elles sont exécutées selon les règles militaires et . Il n'est pas partisan de l'utilisation de camions à gaz, préconisée par Himmler pour l'assassinat des femmes et des enfants, estimant que l'évacuation des corps et l'enterrement des victimes était une véritable épreuve pour les bourreaux.
vignette|gauche|redresse|Manstein, au centre, et le chef de la 8. Panzer-Division, Erich Brandenberger, en .|alt=Photographie en noir et blanc d'un groupe d'hommes, portant des uniformes, consultant une carte.
Ohlendorf entretient d'excellentes relations avec le général Schobert, commandant de la , à l'arrière de laquelle il opère, voire dans la zone de combat, preuve que l'activité des dépend largement de l'attitude du commandement militaire, puis avec son successeur Erich von Manstein, qui donnèrent tous deux des ordres de , notamment à Nikolaïev puis à Simferopol, le , où sont assassinés avec l'assistance d'unités de la Wehrmacht.
Les massacres de l' continuent jusqu'à l'été 1943, sous la direction de Walther Bierkamp, qui succède à Ohlendorf de à Pour l'état des connaissances sur l', voir .
Analyses économiques et carrière au ministère de l'Économie