thumb|300px|Carte du monde musulman. À l'heure actuelle, le zaydisme est majoritaire au nord du Yémen et au sud-ouest de l'Arabie.
Le zaydisme ou zaidiyyah (de l'arabe , az-zaydiyyah), également nommé al-firqah an-nājiyah (en arabe : الفرقة الناجية, en français : la secte sauvée) essentiellement présent au Yémen, au sud-ouest de l’Arabie saoudite, et partiellement au Maghreb et en Asie du Sud est l'un des trois grands courants du chiisme avec le chiisme duodécimain et l'ismaélisme (ou chiisme septimain), et parfois considéré comme la cinquième école juridique du sunnisme. Elle se veut de l'école de pensée des Ahl al-bayt par excellence et se réclame de la conception du chiisme enseignée par l'imam Zayd ibn Ali, petit-fils de Hussein et fils d'Ali ibn Hussein, leur quatrième imam. Les partisans du fiqh zaydite sont appelés zaydites et constituent près de la moitié de la population musulmane du Yémen du Nordhttp://gulf2000.columbia.edu/images/maps/Yemen_Ethno_Religious_summary_lg.png, où ils ont fondé un premier État dans les années 890. Tout comme les mutazilites, les zaydites croient que le châtiment de l'Enfer est éternel, tant pour les musulmans que pour les non-musulmans, à l'opposé de la croyance répandue chez les sunnites que le châtiment de l'Enfer n'est éternel que pour les non-musulmansHoover, Jon (2016). "Withholding Judgment on Islamic Universalism. Ibn al-Wazīr (d. 840/1436) on the Duration and Purpose of Hell-Fire" in Christian Lange (ed.) Locating Hell in Islamic Traditions p. 222 .
Histoire Les origines du zaydisme Sous les Omeyyades
Le chiisme zaydite trouve son origine en Zayd ibn Ali, descendant de Mahomet par Fatima, arrière-petit-fils d'Ali et petit-fils de Hussein dont la jurisprudence est proche de celles des écoles sunnites. Vers (), il tente de renverser le Califat omeyyade de Damas en lançant une insurrection depuis Koufa, créant ainsi un précédent pour la révolution contre les dirigeants corrompus. On peut dire que les zaydites ont du mal à rester passifs dans un monde injuste ou selon les mots du chef religieux zaydite contemporain, Hussein Badreddine al-Houthi, à .
Vers (), , gouverneur omeyyade d'Irak, voyant que les chiites commençaient à s'agiter à Koufa, demanda à Zayd ibn Ali de quitter la ville. Zayd finit par s'en aller à Médine. Comme pour Hussein, ses partisans le convainquirent que sa place était à Koufa où il revint. De Koufa, Zayd envoyait des lettres appelant la population de toutes les provinces à se rallier à lui contre les Omeyyades corrompus. Zayd s'aliéna les chiites les plus extrêmes (ou râfidhites) en ne voulant pas récuser les califes Abou Bakr et Omar, que ses descendants finirent par considérer comme légitimes. Néanmoins Zayd crut avoir rassemblé des forces suffisantes pour se lancer au combat. Ne disposant en réalité que d'une dizaine de fidèles, il se bat héroïquement avec ces derniers contre les troupes omeyyades beaucoup plus nombreuses mais finit par être touché par une flèche à la tête. L'enlèvement de la flèche provoque son décès. Youssef ben Omar fit exhumer le cadavre de Zayd, le fit décapiter puis mettre en croix dans les rues de Koufa, les chefs de la conspiration furent mis à mort et brûlés. Après l’échec et la mort de Zayd, son fils Yahya ben Zayd prit sa succession. Avant de mourir le calife Hîcham a fait emprisonner Yahyâ à MervTabari, Les Chroniques (, Les Omayyades), Actes-Sud , .
Le nouveau calife remit Yahya ben Zayd en liberté, à condition qu'il comparaisse devant le tribunal de Damas dans les meilleurs délais. Ce dernier quitta alors Merv pour Nishapur. Quand il arriva à Nishapur, le gouverneur , le croyant en fuite, voulut le faire arrêter. Une bataille s'ensuivit à l'avantage des partisans de Yahya. Il crut prudent de ne pas continuer sa route vers l'Irak et revint vers le Khorassan à Gorgan où lui et son frère furent tués. Sa tête fut envoyée au calife tandis que le reste du cadavre fut crucifié pour être exposé devant les portes de la capitale provinciale, Anbar. Ils restèrent ainsi jusqu'à l'insurrection d'Abû Muslim (). Ce dernier les fit ensevelir. Al-Walîd de son côté envoya l'ordre de les brûler en les enduisant de pétrole. Le gouverneur d'Irak exhuma les cadavres et exécuta cet ordreTabari, Les Chroniques (, Les Omayyades), Actes-Sud , .
La mort de Yahyâ provoqua une émeute à Damas au cours de laquelle Al-Walîd fut tué, le .
Sous les Abbassides
En , Abû al-‘Abbâs as-Saffâh renverse le dernier calife omeyyade et installe la dynastie abbasside.
Il déçoit ses soutiens chiites qui espèrent que leur imam devienne calife. Son successeur Al-Mansûr mène une politique anti-chiites.
Doctrine
Croyances
La théologie zaydite est basée sur cinq règles qui sont :
Le monothéisme pur (tawhid) ; La justice divine ; La promesse du paradis et la menace du châtiment ; Commander le convenable et interdire le blâmable ; L'imamat issu de la descendance du Prophète. .
Le libre arbitre et l'Enfer éternel
La théologie zaydite traditionnelle enseigne que l'Enfer est éternel pour les musulmans auteurs de péchés graves, tout comme pour les non-musulmans. Ceci est en opposition à la doctrine acharite qui enseigne que la foi dans l'unicité d'Allah et dans la prophétie de Mahomet est suffisante pour offrir le salut aux croyants, c'est-à-dire pour les sortir de l'Enfer après un certain temps de punition.
Corollaire de la position zaydite sur le châtiment est l'idée que l'être humain est entièrement responsable de ses actes : un libre arbitre complet fait que chacun crée ses propres actes hors de l'intervention d'Allah. Cette position est également à l'opposé de la vision sunnite traditionnelle, qui attribue les actions humaines à AllahHoover, Jon (2016). "Withholding Judgment on Islamic Universalism. Ibn al-Wazīr (d. 840/1436) on the Duration and Purpose of Hell-Fire" in Christian Lange (ed.) Locating Hell in Islamic Traditions p. 234 note 96. Il faut noter toutefois que cette opinion, qui relève de la pensée zaydite classique, est absente voire contredite par les premiers penseurs zaydites, notamment Abu Khalid al-Wasiti et Sulayman ibn Jarir, et cette croyance en le libre arbitre absolu de l'homme date de la fin du IXe siècleJolivet, Monnot. Shahrastani, Livre des Religions et des Sectes, volume I. Peeters, p. 458 note 9.
Le raisonnement derrière la croyance en le libre arbitre est qu'Allah, étant sage et juste est dénué de mal et d'injustice. Ainsi, il ne peut pas vouloir des hommes qu'ils Lui désobéissent. Allah ne peut donc raisonnablement pas décider des actes des hommes pour les punir par la suite : les hommes sont donc les agents du bien et du mal qu'ils font, de leur foi et de leur mécréanceJolivet, Monnot. Shahrastani, Livre des Religions et des Sectes, volume I. Peeters, p. 185. En conséquence, puisque les hommes sont les seuls responsables de leurs actes, ils sont rétribués selon ces actes, et la punition qui correspond au péché grave non suivi de repentance est l'Enfer éternel. Le musulman qui pèche d'un péché grave n'est pas croyant au sens où l'entendent mutazilites et zaydites, puisque la croyance, imān, implique une série de bonnes actions et l'absence de péché grave.
L'unicité de Allâh et de Ses Attributs
Les zaydites rejettent tout anthropomorphisme. L'imâm Yahyâ al-Hâdî a dit :
Poursuivant cette croyance, ils réfutent la vision oculaire d'Allâh par les croyants au Paradis, chose à laquelle croient les sunnites. Yahyâ al-Hâdî a dit :
Ceci n'empêche cependant pas une vision du cœur, c'est-à-dire le profond ressenti de la Présence Divine. Les mu'tazilites, les ibadites et les autres courants chiites pensent également cela.
Le Coran
Le zaydisme considère le Coran comme la source principale de toute science, étant créé et préservé de toute altération. Opposés à l'idée sunnite d'un Coran incréé, ils rejettent également la croyance des sunnites en l'abrogation totale du sens de certains versets, ainsi que celle d'une partie des chiites duodécimains qui prétendent que le Coran actuel est altéré et qu'un exemplaire plus volumineux aurait existé auparavant.. Cette dernière prétention est considérée comme une mécréance faisant sortir son détenteur de la foi islamique.
L'imam Yahyâ al-Hâdî a dit :
Et l'imam Al-Qâsim ibn Ibrâhîm Ar-Rassî a dit :
L'Imamat Les zaydites affirment la prééminence de 'Alî ibn Abî Tâlib sur tous les Compagnons et sur le fait qu'il fut ainsi désigné par le Prophète de l'Islam comme Calife afin de lui succéder, ainsi qu'après lui ses fils Al-Hasan, puis Al-Husayn. Ils affirment aussi qu'après eux, n'importe quel homme issu de leur descendance revêtant les qualités obligatoires d'un Imâm, qui se proclamait publiquement et combattait les oppresseurs, pouvait alors être un Imam, ce qui distingue le zaydisme du chiisme duodécimain et de l'ismaélisme qui affirment la désignation divine de leurs imams respectifs.
À l'origine, les zaydites contestent le choix du cinquième imam face aux ismaéliens et aux duodécimains qui lui préfèrent son frère Muhammad al-Baqir. Ils rejettent la notion d'imam caché des duodécimains et ne rejettent pas les trois premiers califes. Les zaydites considèrent que n’importe qui peut devenir imam du moment qu'il descende d'Ali et Fatima et qu’il en ait la capacité. Il peut donc, au nom de cette capacité, être remis en cause si elle lui fait défaut. Les qualités que l'imam devrait avoir, d'après les zaydites, sont les suivantes : le fait d'appeler (daʕwa) les musulmans à la victoire contre les influents, c'est-à-dire qu'il doit être capable de faire se soulever une masse critique de militants, et il doit également prêter serment (bayʕa) et diriger une rébellion armée (khurūj)Haider, Najam. 2024. "Zaydi Reports on the Revolt of Ṣāḥib Fakhlh Ḥusayn b. ʿAlī". Journal of the American Oriental Society 144, 1-22. p. 3. De manière secondaire, d'autres qualités sont aussi évoquées chez certains auteurs zaydites : l'éloquence et la grande connaissance, la bravoure au combat, la générosité, la piété, la recherche de la justiceHaider, Najam. 2024. "Zaydi Reports on the Revolt of Ṣāḥib Fakhlh Ḥusayn b. ʿAlī". Journal of the American Oriental Society 144, 1-22. p. 18-19. De fait, les zaydites sont une tendance chiite assez éloignée des autres branches, ces dernières insistant la plupart du temps sur la désignation divine de l'imam et son infaillibilité. Globalement, la théologie zaydite a de nombreuses accointances avec celles des ibadites et des mu'tazilites. Sous l'influence de ces derniers (Zayd fut élève de Wasil Ibn Ata), ils font une place à la raison à côté de la tradition.
Par la suite, les zaydites ont adopté la croyance en l'imam caché et rejeté les trois premiers califes. Par ailleurs, ils se sont divisés en huit courants différents, plus ou moins proches alternativement des sunnites ou des autres chiites.
Le Sayyid Muhammad ibn Al-Hasan ibn Al-Qâsim a dit :
Les zaydites considèrent que le verset 55 de la sourate 5,
se réfère spécifiquement à AliAmir-Moezzi, Muhammad Ali "ʿAlī et le Coran (aspects de l'imamologie duodécimaine XIV)" Revue des Sciences philologiques et théologiques 98, 669-704, p. 682, qui aurait, en position d'inclinaison pendant la prière, donné une bague en or à un pauvre qui mendiait dans la mosquée. Cette interprétation du verset est partagée par les duodécimainshttps://academyofislam.com/reflexion-no-79-ayat-555-verset-de-la-wilayah/ , https://al-islam.org/imam-ali-noble-quran/surah-al-maidah-table-5-55 both accessed on the 5th of January 2025.
Les conditions pour prétendre à l'imamat sont : Fils descendants d’al-Hassan ou d’al-Husayn ; Être pieux ; Être savant ; Être courageux ; Être réformateur ; S'annoncer comme imam auprès de la population ; Se révolter contre le pouvoir et combattre les injustes ; Être ascète ; Être généreux ; Être juste ; Avoir atteint le niveau de mudjtahid dont les opinions qui sont reconnues comme les plus justes.
Les imams zaydites