L'amiral Ratu Josaia Voreqe Bainimarama, plus connu sous le nom de Frank Bainimarama, né le sur l'île de Bau., est un homme politique et ancien militaire fidjien.

Commandant des Forces militaires des Fidji de 1999 à 2014, il préside une première fois un gouvernement militaire intérimaire du au après le coup d'État avorté de George Speight, puis du au après la réussite de son propre coup d'État. Premier ministre intérimaire depuis le , il est titularisé à son poste le , date à laquelle il prête serment pour un mandat de quatre ans, ayant remporté les premières élections depuis le coup d'État de 2006. Il remporte également les élections de 2018, mais perd le pouvoir lors de celles de 2022. Il perd l'année suivante son statut de chef de l'opposition. En 2024, il est condamné à un an de prison ferme et incarcéré.

Biographie Frank Bainimarama vient du village de Kiuva dans la péninsule de Kaba (province de Tailevu), aux Fidji. Il a deux frères, Ratu Meli Bainimarama et Ratu Timoci Bainimarama, et a épousé Maria Makitalena, dont il a six enfants. Il avoue une passion pour le sport et notamment pour le rugby à XV et l'athlétisme. Il siégea même un temps à la Fédération fidjienne de rugby à XV. Il est de religion chrétienne et de confession protestante (méthodiste).

Bien qu'il ait droit au titre coutumier de Ratu, il ne s'en prévaut pas « Peaceful island village belies turmoil of national politics », Herald on Sunday, ..

Carrière militaire Il rejoignit la marine fidjienne le , et obtint le grade de lieutenant en 1984. En 1985 lui fut confié le commandement du navire HMFS Kikau, son premier commandement. En 1986, il fut déployé avec la Force multinationale et observateurs au Sinaï. En 1988, il fut promu commandant de la Division marine fidjienne, et obtint le grade de capitaine en 1995. Le , il fut nommé à la tête des armées.

Le , en accord avec la nouvelle Constitution qu'il a faite proclamer, Bainimarama démissionne de ses fonctions de commandant des forces armées, restant à la tête du gouvernement en tant que simple civil afin de pouvoir participer aux élections législatives en septembre. Le général de brigade Mosese Tikoitoga lui succède « Military command handover marks end of era, says Bainimarama », Radio New Zealand International, ..

Le « héros » de la crise de 2000 En , le gouvernement démocratiquement élu du Premier ministre Mahendra Chaudhry fut renversé par un coup d'État civil mené par l'homme d'affaires George Speight. Speight prit le gouvernement en otage et exigea des réformes du système politique, afin de garantir la suprématie politique de la population autochtone.

Bainimarama obtint la démission du président de la République, Ratu Sir Kamisese Mara, et prit temporairement les pleins pouvoirs afin de résoudre la crise. Il négocia avec Speight, obtint la libération des otages en juillet, puis céda immédiatement le pouvoir à un gouvernement civil de transition, dirigé par Laisenia Qarase. Qarase obtint une légitimité démocratique en remportant les élections législatives de 2001. Speight fut emprisonné.

En , un petit nombre de soldats partisans de George Speight tentèrent d'assassiner Bainimarama, qui ne leur échappa qu'en sautant par une fenêtre de la caserne où il se trouvait. La mutinerie fut réprimée, mais Bainimarama conserva une hostilité implacable à l'encontre des partisans de Speight ; ce facteur allait s'avérer déterminant au cours des années suivantes.

À la suite des évènements de 2000, Bainimarama fut presque unanimement célébré comme héros national, pour avoir résolu la crise et remis le pouvoir à un gouvernement civil. Le journal Fiji Daily Post le nomma « Homme de l’année » en reconnaissance pour ses actes.

Après les élections de 2001, Qarase forma un gouvernement de coalition avec l'Alliance conservatrice, un parti fondé par les partisans de George Speight ; Speight lui-même avait été élu député depuis sa cellule de prison. L'Alliance conservatrice avait pour objectif avoué d'obtenir l'amnistie pour Speight et pour les autres auteurs du coup d'État, ainsi que de faire appliquer ses politiques raciales visant à exclure la minorité indienne de toute participation à la vie politique du pays. Bainimarama exprima publiquement son mécontentement à l'entrée de l'Alliance au gouvernement. En 2005, le gouvernement Qarase annonça un projet de loi visant à amnistier certains auteurs du coup d'État de 2000. Bainimarama s'y opposa publiquement, et envoya des représentants de l'armée faire campagne contre le projet de loi dans les villages fidjiens. Il déclara par ailleurs que son armée ne se plierait pas aux ordres d'un gouvernement avec lequel il avait un profond désaccord de principe.

Le coup d’État du

Aux premières heures du , Bainimarama annonça avoir pris le contrôle de l'archipel fidjien. Le coup d'État s'était fait sans effusion de sang. Dans la foulée, Bainimarama limogea le Premier ministre en place, Laisenia Qarase, qui avait préalablement sollicité une intervention australienne pour mettre fin au coup d'État. Or, le Premier ministre australien John Howard refusa d'impliquer son pays dans cette crise.

Pour sa part, Bainimarama affirma rendre le pouvoir la semaine suivante et voulait faire pression sur le président Josefa Iloilo pour nommer un gouvernement intérimaire et organiser de nouvelles élections. Bainimarama désigna Jona Senilagakali, un médecin militaire retraité, en tant que Premier ministre intérimaire. Il refusa d'instaurer un couvre-feu et appela les Fidjiens à reprendre une vie normale.

Le , Bainimarama remet le pouvoir au président élu Josefa Iloilo, lequel avait donné sa bénédiction aux putschistes en leur promettant l'amnistie. Ce dernier nomme Bainimarama Premier ministre le lendemain malgré les pluies de protestationsFidji: la nomination de Frank Bainimarama au poste de Premier ministre très critiquée. Radio Australie, .. Celui-ci, sous la pression des pays voisins, promet des élections libres et démocratiques pour mars 2009 Audrey Young, Fiji commander commits to March 2009 elections, New Zealand Herald, .. Il ajoute qu'il ne participera pas aux élections Fiji’s PM opts out of Politics, Radio Fiji, ..

Les raisons du coup d’État Cela faisait plusieurs mois que Bainimarama menaçait d'effectuer un coup d'État. Il avait sommé le Premier ministre Qarase de mettre fin à deux axes particulièrement controversés de sa politique : la « discrimination positive » qui visait à améliorer l'insertion socio-économique des indigènes, mais négligeait la misère des fermiers indo-fidjiens les plus pauvres, et, aux yeux de Bainimarama, avivait les tensions inter-ethniques ; un projet de loi qui aurait facilité l'obtention d'un pardon et d'une amnistie pour les complices de George Speight, l'auteur nationaliste indigène du coup d'État de 2000. Bainimarama affirma qu'il ne pouvait tolérer voir des « terroristes » remis en liberté. À noter par ailleurs que Bainimarama avait échappé de peu (en sautant par une fenêtre) à une tentative d'assassinat effectuée par des partisans de Speight en 2000.

Qarase se dit prêt à discuter du projet de loi d'amnistie, mais annonça qu'il ne reculerait pas en ce qui concernait la « discrimination positive ». Les deux hommes tentèrent une négociation, avec l'aide d'une médiation néo-zélandaise, mais sans succès.

Lors de son discours prononcé au moment du coup d'État Discours de Bainimarama., Bainimarama accusa Qarase d'avoir « divisé la nation » en accentuant les clivages inter-ethniques; certains membres du gouvernement de Qarase avaient en effet proféré des propos ouvertement racistes à l'encontre des Indo-Fidjiens (ces « mauvaises herbes », d'après la ministre des Femmes Aseneca Caucau). Il accusa également Qarase d'être corrompu, accusation pour laquelle aucune preuve n'a été avancée à ce jour. Il ajouta que le coup d'État devait permettre de « résoudre la crise » provoquée, selon lui, par la politique de Qarase.

Fin , il expliqua au journal The Australian : « Ma vision pour Fidji est celle d’un pays libéré du racisme. C’est le plus grand problème que nous ayons eu ces vingt dernières années et il faut s’en débarrasser. Ce sont les mensonges dont on alimente les Fidjiens autochtones qui sont la cause de tout ça, particulièrement les mensonges des chefs qui dominent nos vies. Et les politiciens en prennent avantage. Nous devons fondamentalement changer de cap. Nous devons nous débarrasser de Qarase et de tout ce qui a trait au coup d’État de 2000, et repartir sur un tout nouveau chemin. » Graham Davis, « Despot for diversity », The Australian, .

Premier ministre (2006-2022) vignette|Frank Bainimarama. À la tête d'un gouvernement de transition (2006-2009), Bainimarama est chargé, outre la fonction de Premier ministre intérimaire, des portefeuilles de ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de l'Aviation civile, ministre des Finances, ministre du Service public et ministre de l'Agriculture 2009 New Year Message - PM Bainimarama, site web du gouvernement fidjien, . « Un ministère de plus pour Frank Bainimarama », ABC Radio Australia, ..

En 2008, Qarase porte l'affaire devant la Cour suprême, et demande que le gouvernement dirigé par Bainimarama soit déclaré illégitime. En octobre, la Cour déclare que le président Iloilovatu n'a pas outrepassé ses fonctions en nommant Bainimarama à la tête du gouvernement ; le gouvernement issu du coup d'État serait donc juridiquement légitime « Fiji braced for protests after court ruling backs hardline leader », The Times, . « President acted within power says Court », Fiji Broadcasting Corporation, ..

Bainimarama se fixe pour objectif de mettre fin aux tensions inter-ethniques, en évitant toute politique focalisée sur l'appartenance ethnique, et en remplaçant les listes électorales communautaires par des listes dénuées de distinctions ethniques entre les citoyens. Il affirme qu'il est nécessaire de promouvoir l'unité nationale pour éviter de nouveaux coups d'État à l'avenir.

Le , la Cour d'appel des Fidji juge illégale le renversement du gouvernement démocratique pendant le coup d'État de 2006 et Bainimarama remet sa démission de Premier ministre intérimaire. Le président Josefa Iloilo annonce alors la suspension de la Constitution et assume les pleins pouvoirs. Le , il nomme Commodore Bainimarama sworn in as Prime Minister, portail du gouvernement fidjien. de nouveau l'amiral Frank Bainimarama Premier ministre.

En , l'Institut Lowy, en Australie, publie un sondage indiquant que 66 % des Fidjiens (dont 60 % des autochtones et 75 % des Indo-Fidjiens) auraient une opinion favorable ou très favorable du travail de Bainimarama en tant que premier ministre ; 8 % en auraient une opinion défavorable ou très défavorable. 65 % estimeraient que le pays est sur une bonne voie ; 21 % expriment l'opinion inverse. (Paradoxalement, Laisenia Qarase avait eu un taux d'opinion favorable de 73 % en .) Jenny Hayward-Jones, « Fiji at home and in the world: public opinion and foreign policy », Institut Lowy, septembre 2011. « New poll shows Fijians back Bainimarama », New Zealand Herald, . Dans un contexte de répression des syndicats et de censure des médias, Felix Anthony, le secrétaire national du Congrès des Syndicats fidjiens, suggère que les personnes interrogées s'étaient senties intimidées « Questions raised over legitimacy of Fiji poll », ABC Radio Australia, .. Le premier ministre samoan Tuilaepa Sailele Malielegaoi, depuis longtemps le critique le plus féroce de Bainimarama, a la même réaction « Regional leaders question Fiji poll », ABC Radio Australia, .. L'Institut lui-même affirme que les participants n'avaient pas semblé inhibés, puisque environ un tiers n'hésitèrent pas à dire que Bainimarama exerçait ses fonctions de manière « moyenne » (25 %), mauvaise (5 %) ou très mauvaise (3 %).