thumb|Navire de Gokstad au Musée des navires vikings d'Oslo.
Le bateau viking, aussi appelé drakkar dans le langage courant, est une catégorie de navires d'origine scandinave d'aspect et de tailles variés, utilisé pour la conquête ou le commerce. Sa technique de construction s'est développée au Moyen Âge durant l'âge des Vikings sur la base de traditions plus anciennes, dans le but de partir en guerre, transporter des personnes ou des marchandises.
Cette catégorie comprend divers types de bateaux : le skeid (vieux norrois skeið), le snekkja, le byrding (vieux norrois byrðingr), le knarr (vieux norrois knörr) ou le karv (vieux norrois karfi).
Terminologie Le nom de drakkar Ce nom générique, sous lequel sont communément connus les navires vikings en français, est un terme récent apparu en 1840 dans Archéologie navale, , d'Augustin Jal. Celui-ci utilise la forme , un emprunt au pluriel du mot suédois moderne , dans le sens de « dragons » (issu de l'ancien scandinave dreki, pluriel drekar)Alain Rey (dir), Dictionnaire historique de la langue française, Dictionnaires Le Robert, 1998, .Elisabeth Ridel « L'invention du drakkar » in Patrice Lajoye, Mythes et légendes scandinaves en Normandie, OREP éditions, Cully, 2011, .. Drakar est donc un pluriel, bien qu'il figure un élément au singulier, et un k supplémentaire a été ajouté par la suite à drakar de manière arbitraire. Comme le résume le traducteur Régis Boyer, dire « il partit sur son drakkar » revient à dire « il partit sur son chevvaux » (au pluriel, avec deux v), p. 448-449.. À ce propos, l'historien François Neveux précise que : François Neveux, L'Aventure des Normands (), Perrin, 2006, .. Placé ainsi, cet animal fabuleux était destiné à effrayer les esprits tutélaires ou ( en latin) afin de faciliter les opérations commerciales ou prédatrices. Cette figure était donc amovible et on l’ôtait lorsque l’on revenait chez soi ou que l’on abordait un pays ami. Le mot s'est donc appliqué ensuite par métonymie au bateau de guerre lui-même, au sens le plus prestigieux du termeJean Renaud « Le navire viking et les traditions navales d'Europe : la mer et le bateau dans les sagas » dans , p. 230-231..
Ainsi, malgré son origine artificielle, le terme drakkar est entré dans le langage et il est couramment utilisé dans les publications non spécialisées, figurant également dans les dictionnaires français les plus répandus : on le retrouve dans le Larousse. ou encore dans le dictionnaire d'usage plus scientifique du CNRTL..
Drakkar est donc un terme par nature imprécis, puisque d'usage non scientifique, mais on peut préciser qu'il désigne dans la majeure partie des cas les langskip (cf. plus bas) pourvus de dreki à leurs extrémités. Il s'agit en effet du type de navire le plus connu (celui qui servait aux pillages) très largement diffusé par l'imagerie populaire (gravures et peintures au , films et jeux vidéo par la suite), jusqu'à devenir une des composantes majeures de l'imagerie populaire des vikings. Du fait de ce fort impact, les autres types tels que le kaupskip (cf. plus bas) sont rarement identifiés comme des drakkar, étant moins connus ou inconnus et, surtout, ne correspondant pas à l'image stéréotypée du viking.
Noms anciens en langue d'oïl thumb|200px|Flaug en haut du mât et veðrviti sur la proue sont à l'origine de notre girouette actuelle. Le bateau viking est désigné dans les textes français (notamment normands) du Moyen Âge par différents termes issus du vieux scandinave qui reflètent plus ou moins parfaitement des types de bateaux vikings encore en usage à cette époque. Ils ne recouvrent pas obligatoirement, par évolution sémantique, le sens que ces étymons scandinaves avaient dans leur langue d'origine.
Il s'agit tout d'abord des navires que les Scandinaves classent dans la catégorie (anglais ) « bateau long » ou « bateau de guerre » :
le skeid (vieux norrois skeið) « grand navire de guerre » a donné l’eschei (pluriel escheiz, eschiez), variantes esc(h)oi (pluriel esc(h)oiz) qui est le grand navire de guerre de type scandinave, puis le grand navire de guerre des Sarrasins. Le terme disparaît à la fin du Moyen Âge vraisemblablement à cause de l'évolution des techniques navales. La Mora, bateau de Guillaume le Conquérant, ainsi que d'autres navires de sa flotte sont considérés par les auteurs comme des escheiz. ; le ou la snekkja « navire de guerre » qui a donné l’esneque, variantes esnecke, ene(s)ke, eneque, esnege Il s'agit du navire de guerre qui peut transporter des chevaux, plus petit que le précédent. Le mot est encore utilisé par Philippe Mouskes au sous les formes esnèkes / esnèques. Le terme se perpétue encore dans les différentes langues scandinaves modernes, sous des formes évoluées phonétiquement et sémantiquement : islandais snekkja « vaisseau, navire rapide » ; norvégien snekke « navire de » ; danois snekke « vaisseau » et improprement en français sous la forme snekkar. Le terme subsiste dans la toponymie des pays nordiques, des îles du nord de l'Écosse et de la Normandie, désignant des rochers évoquant ces bateaux ou sur lesquels ils ont fait naufrage : le Guesnèque (Manche, Baie d'Écalgrain), la Longuesnèque (Manche, Havre de Goury), la Sénèque d'Amont (Manche, pointe d'Auderville).. Les bateaux de la période anglo-normande sont généralement qualifiés d’esneques par les écrivains de l'époque, comme ceux de la flotte de Richard Cœur de Lion. De manière paradoxale, la Blanche-Nef fait partie des navires désignés comme esnèque, alors que nef désigne normalement un autre type de bateau, à moins qu'il ne s'agisse d'un terme plus générique (comme bateau actuellement).
Ensuite, on trouve également des navires de charge classés dans la catégorie « bateau marchand » ou « navire de charge » : le knarr (vieux norrois knörr, génitif knarrar) « bateau », puis « navire de charge » qui a donné le kenar (pluriel kenarz), variantes canar(d), kanarz (pluriel), voire kandart. Le terme désigne certes le navire de charge proprement dit, mais il peut désigner aussi bien toute sorte de bateaux, incluant ce que l'on appelle aujourd'hui un drakkar. Il se perpétue aujourd'hui dans l'islandais « bateau » et le féroïen , même sens..
Mis à part ces navires importants, on trouve des embarcations dont la morphologie est peut-être aussi influencée par la tradition scandinave. Tel est le cas de l’écaude, petit monoxyle assemblé, puis petit bateau à fond plat propulsé à la perche. Il était utilisé sur les marais de la Dives et de la Risle en Normandie. En tout cas, le mot désignant le navire écaude est issu de l'ancien scandinave skálda « gaule, bâton, tube, tuyau » et « type d'embarcation » (cf. vieil islandais skálda)..
Typologie scandinave des bateaux vikings L'archéologue naval Ole Crumlin-Pedersen qui a fouillé les épaves de Skuldelev, dans le fjord de Roskilde au Danemark en 1962, a établi une typologie qui fait l'unanimité.
Pour clarifier, il existe deux familles principales de navires. Les langskip qui sont des navires de guerre et les kaupskip qui sont des navires de commerce.
Les langskip ont pour point commun d'être pontés et d'avoir un important équipage de rameurs. Ils n'ont pas de place pour le stockage des marchandises. Ils se déplacent indifféremment à la voile et/ou à l'aviron. Ce sont des transports de troupes capables de remonter les rivières. Selon leur taille, ils portent différents noms : karv, snekkja, dreki…
Les kaupskip sont des navires de commerce, ils se déplacent à la voile et disposent d'un équipage réduit. Capables de naviguer en haute mer, ils ne sont pas pontés. Leur cale est dite ouverte. Le navire de ce type découvert à Skuldelev avait une capacité de charge de . Depuis, des épaves de plusieurs autres navires de commerce ont été découvertes. Selon leur taille, on les nomme byrðingr ou knörr.
Il existe également des bateaux de pêche ou caboteurs que l'on nomme ferja (même terme que l'anglais ferry)
Les navires qui rejoignaient l'Islande étaient principalement des navires de commerce conçus pour la haute mer, c'est-à-dire des knörr. Les navires trouvés dans les tombes royales sont, selon Ole Crumlin-Pedersen, des karv. Ces navires de guerre ont la particularité d'être plus larges que les navires classiques. Cela se justifie par la nécessité de pouvoir embarquer le roi, son trésor et/ou sa hird, sa garde rapprochée. Il s'agit de navires de prestige.
Les premières découvertes de navires vikings à Gokstad en 1880 et à Oseberg en 1904 ont amené les archéologues à la conclusion que les Vikings étaient des « commerçants de produits de luxe ». En effet, ces deux navires pontés qui avaient des équipages nombreux laissaient très peu de place pour embarquer des marchandises. Or, comme il était de notoriété publique que les Vikings étaient avant tout des commerçants, les archéologues sont arrivés à la conclusion qu'avec des navires aussi mal conçus, les commerçants étaient obligés d'embarquer des marchandises peu encombrantes, mais à forte valeur ajoutée pour rentabiliser leur voyage. Donc, des marchandises de luxe. Depuis les fouilles de 1962, nous avons la preuve qu'à côté des bateaux guerriers, les Vikings disposaient de bateaux de charge capables d'embarquer des cargaisons de plusieurs tonnes.
Les premières embarcations vikings furent construites dans des pièces de bois uniques taillées dans des troncs d'arbre (monoxyle) à la manière des pirogues. Les bateaux étaient réalisés à la hache, en suivant l'orientation des fibres du bois de façon à obtenir des planches courbées et solides à l'avant et à l'arrière. S'ils présentent de nombreuses similitudes (notamment méthode de construction à clins, quille allongée, voile), il existe différents types.
Les barques, bátr, de petite taille, étaient montées à clins, elles avançaient à la voile et à l'aviron, avec selon leur taille/dimensions 10 ou 12 bancs de nage de deux à quatre nageurs (terme maritime qui signifie rameur). Elles étaient encore utilisées au en Norvège..
Parmi les bateaux marchands, on compte la skúta (petit navire de brasse), le eptirbátr (canot), le karv (karfi) dont le représentant le plus connu est le Gokstad, et le knörr (knarr) destiné au grand large.
Les bateaux de guerre ou herskip se divisent en snekkja à vingt bancs de nage et la skeið qui tenait le rôle de navire de ligne.
Caractéristiques générales thumb|Les charpentiers vikings avaient une grande maîtrise de leur métier. Noter ici la grosse pièce de bois () qui sert à la fois de lest à la coque et de support au mât (musée Viking d'Oslo).
Par bateau viking, il faut entendre une grande diversité de navires (cf. ci-dessus) qui se distinguent les uns des autres par leurs dimensions et leurs matériaux, en fonction du lieu de leur construction, des mers où ils naviguent et des tâches pour lesquelles ces différents modèles ont été développés.
Cependant, ils sont tous semblables sur le plan de leur conception générale : bordés à clins assemblés entre eux par des rivets de fer ; étrave d'une seule pièce de bois et sculptée ; quille avec une section en T ; mât unique équipé d'une voile carrée et d’une girouette au sommet ; aviron-gouvernail situé à tribord.
Les Vikings ont fabriqué leurs navires selon un principe central : l'alliance de la flexibilité à la légèreté. Cette conception du navire s'oppose à celle de l'Europe du Sud, où la rigidité de la coque rend l'embarcation plus lourde. Sur les bateaux vikings, l'excédent de poids est systématiquement éliminé.
thumb|left|upright=0.7|L'ornementation des bateaux était importante. La forme élevée et courbée de la proue est ici ornementée d'une frise d'entrelacs dont les motifs rappellent ceux des Celtes irlandais.