Boris Vassilievitch Spassky (en ), né le à Léningrad (URSS) et mort le ., est un joueur d'échecs russe, anciennement soviétique, puis français. Il est champion du monde de 1969 à 1972.
Grand maître international et candidat au championnat du monde en 1956, à dix-neuf ans, Boris Spassky devint en 1969 champion du monde d'échecs, en battant Tigran Petrossian à Moscou après un premier match perdu en 1966. Il perd son titre trois ans plus tard, lors du championnat du monde d'échecs 1972, face à l'Américain Bobby Fischer.
Après cette défaite, Spassky épouse une Française et, en 1976, s’installe en France. Il joue au premier échiquier de l'équipe de France lors des championnats du monde par équipes de 1985 et des olympiades d'échecs de 1984, 1986 et 1988. En 2012, il retourne en Russie et réside à Moscou.
Années de formation Famille et enfance (1937 à 1946) Boris Spassky est né à Léningrad en , d'un père ingénieur en construction (né en 1906) et d'une mère d'origine paysanne (née en 1905), mariés tous deux à Léningrad en 1932. Boris est le deuxième de leurs trois enfants. Pendant la guerre, Léningrad est assiégée par les Allemands de 1941 à 1944. Spassky et son frère aîné (né en 1934) sont évacués avec les autres enfants de Léningrad vers le district de Kirov, où il vit dans un orphelinatAndrew Soltis, The Best Games of Boris Spassky, 1973, . et apprend à jouer aux échecs à l'âge de cinq ans. Au début de 1943, ses parents quittent Léningrad assiégée et le rejoignent. Ils divorcent en 1944. Pendant l'été 1946, à neuf ans et demi, Spassky revient à Léningrad avec sa mère.
Débuts aux échecs (1946 à 1952) Léningrad est un centre important des échecs en Union soviétique où avait grandi notamment le futur champion du monde Mikhaïl Botvinnik. En , Spassky adhère à la section d'échecs au palais des pionniers à Léningrad et rencontre Vladimir Zak, âgé à l'époque de , un maître et un entraîneur respecté qui a été un rival de Botvinnik. Zak devient le premier entraîneur de Spassky. À onze ans, en 1948, Spassky termine cinquième du championnat de Léningrad juniorR.G. Wade, Soviet Chess, Neville Spearman, 1968, . et devient le plus jeune joueur Andrew Soltis, Soviet Chess, 1917—1991, McFarland & Company, 2000, . en URSS à obtenir le titre de joueur de ; la même année, il gagne le championnat de sa catégorie.
Dans son enfance, Spassky est considéré comme un prodige ; dès 1947-1948, son talent est immédiatement reconnu, notamment par BotvinnikAndrew Soltis, The Best Games of Boris Spassky, 1973, ., et encouragé par l'État. Outre la mise à sa disposition d'un entraîneur en vue, Vladimir Zak, Spassky reçoit une bourse mensuelle de en 1948-1949. Grâce à sa deuxième place au championnat d'URSS junior de 1951, il devient le plus jeune candidat-maître en URSS, à , ce qui lui permet de participer en à Riga au quart de finale du championnat d'URSS adultes. Spassky obtient et termine . Après le tournoi de Riga, Zak cherche un nouvel entraineur pour aider Spassky à progresser ; il propose Grigory Levenfish, mais Spassky choisit de le remplacer par Aleksandr Tolouch, un partisan du jeu d'attaque (auquel Zak est opposé). L'année suivante, en 1952, à quinze ans, Spassky termine deuxième du championnat de Léningrad adultes (), à deux points derrière Mark Taïmanov, mais devant Viktor Kortchnoï et Levenfisch.
L'ascension vers le championnat d'URSS (1953 à 1963) Premier tournoi à l'étranger à seize ans Les succès de Boris Spassky à Léningrad en 1951 et 1952 poussèrent la Fédération soviétique des échecs à l'envoyer en Roumanie en à Bucarest pour son premier tournoi international. À Bucarest participaient Vassily Smyslov (futur vainqueur du tournoi des candidats de Zurich 1953) et Tigran Petrossian. La première place du tournoi fut remportée par l'entraîneur de Spassky, Aleksandr Tolouch et Spassky termina à la (+8 −3 =8), battant notamment Smyslov (), ce qui eut pour conséquence de lui faire obtenir à le titre de maître international. La victoire de Spassky sur Smyslov fut récompensée par un prix de beauté.
Champion du monde junior et grand maître international (1955) thumb|Boris Spassky au tournoi des candidats de 1956 à Amsterdam. En 1954, Boris Spassky finit premier du championnat d'URSS junior par équipes devant Mikhaïl Tal. Un an plus tard, en 1955, entre la finale du championnat d'URSS et l'interzonal de Göteborg, il devient champion du monde junior à Anvers. En plus de ce titre, la Fédération internationale des échecs lui décerne celui de Grand maître international. À dix-huit ans, Spassky succède à Tigran Petrossian comme plus jeune grand maître de l'histoire et le reste jusqu'à ce que Bobby Fischer reçoive le titre en 1958 à quinze ans. Jusqu'en 1980, Fischer et Spassky ont été les seuls joueurs à obtenir le titre avant leurs dix-neuf ans — Anatoli Karpov (né en 1951) et Henrique Mecking (né en 1952) obtiennent le titre à dix-neuf ans en 1971 ; Garry Kasparov, né en 1963, obtient le titre à dix-sept ans en 1980.
Troisième du championnat d'URSS à dix-huit ans En 1954, Spassky termine quatrième (+6 −2 =12) de la demi-finale du championnat d'URSS à Léningrad remportée par Taïmanov, et se qualifie pour la finale du XXII championnat d'URSS de 1955 à Moscou, où il termine - (+7 −3 =9), devant Keres, Taïmanov, Averbakh et Kortchnoï.
Au début de 1956, qualifié d'office pour la finale du XXIII championnat d'URSS, Spassky termine - mais perd le mini-tournoi de départage remporté par Taimanov.
Candidat au championnat du monde (1956)
Le XXII championnat d'URSS (1955) est un tournoi zonal, première étape du cycle des sélections pour le championnat du monde d'échecs de 1957 et Spassky prend une des quatre places qualificatives pour l'étape suivante, le tournoi interzonal de 1955 à Göteborg. Lors de l'interzonal, il finit - et prend une des neuf places qualificatives pour le tournoi des candidats de 1956 à Amsterdam (+3 −2 =8) où il ne parvient pas à obtenir le droit d'affronter le champion du monde Mikhaïl Botvinnik. Il finit - du tournoi des candidats (+3 −2 =13) remporté par Smyslov devant Kérès.
Échec aux sélections pour le championnat du monde (1958 et 1961) De 1956 à 1960, Boris Spassky remporte les cinq demi-finales du championnat d'URSS qu'il dispute : il est - en 1956, - en 1957, 1958 et 1959 ; puis il termine seul premier de sa demi-finale en 1960. Mais, alors que les observateurs lui prédisent un bel avenir, Spassky est éclipsé par la montée en puissance de Tal, puis de Petrossian. En 1957, il est - (+7 −1 =12) de la finale du XXIV championnat d'URSS remporté par Tal. En 1958, Spassky termine - (+7 −4 =7) avec Polougaïevski, mais après Petrossian, Bronstein et Averbakh de la finale du XXV championnat d'URSS, remporté par Tal. Ce tournoi est un tournoi zonal et Spassky ne se qualifie pas pour le tournoi interzonal de 1958. Il avait perdu dans la dernière ronde une position gagnante contre Tal.
En 1959, Spassky termine - (+8 −2 =9) de la finale du XXVI championnat d'URSS remporté par Petrossian. L'année suivante, en 1960, il finit seulement dixième. En 1961, le XXVIII championnat d'URSS (janvier-) est un tournoi zonal et Spassky ne réussit pas à se qualifier pour le tournoi interzonal de 1962. Seuls quatre joueurs sont sélectionnés et il termine - sur vingt participants (+7 −4 =8), ex æquo avec Smyslov, mais après Petrossian, Kortchnoï, Geller et Stein. Il avait perdu dans l'avant-dernière ronde contre Kortchnoï et abandonné dans la et dernière ronde contre Stein alors que sa position offrait des chances de nullité. Après ce deuxième échec consécutif dans un tournoi zonal, Spassky remplace son entraîneur Tolouch par Bondarevski, qui l'accompagne jusqu'au titre de champion du monde, en 1969.
Champion d'URSS (1961) En 1961, après avoir changé d'entraîneur, Spassky se sépare également de sa première femme. En novembre-, il met un terme à sa période de passage à vide (1957-1961) en remportant le championnat d'URSS (+10 −1 =9). L'année suivante, en , il termine cinquième du championnat d'URSS remporté par Kortchnoï.
En 1963, Spassky finit - (+5 =14) du championnat d'URSS, mais perd le mini-tournoi de départage remporté par Leonid Stein au début de 1964. La finale du championnat d'URSS de 1963 est la dixième finale consécutive à laquelle Spassky participe. De 1964 à 1972, il abandonne le championnat national et se consacre à la conquête et à la défense du titre de champion du monde. Il remporte le titre mondial en 1969 lors de sa deuxième tentative et le perd en 1972.
La conquête du championnat du monde Vainqueur du tournoi zonal et du tournoi interzonal (1964) Grâce à son classement au championnat d'URSS de 1963, Spassky est qualifié pour le tournoi zonal qui est disputé entre sept joueurs. Il remporte le tournoi zonal organisé à Moscou (+4 −2 =6), devant Stein, Bronstein, Kholmov, Kortchnoï, Souétine et Geller. Grâce à sa victoire au tournoi zonal de 7 joueurs, Spassky est qualifié pour le tournoi interzonal disputé la même année à Amsterdam. Il termine -, ex æquo avec le Danois Bent Larsen et les anciens champions du monde Mikhaïl Tal et Vassily Smyslov (+13 −2 =8), se qualifiant pour le cycle des candidats de 1965. La même année, il remporte le tournoi international de Belgrade devant Viktor Kortchnoï, Svetozar Gligoric, Bent Larsen, David Bronstein et Pal Benko.
Tournoi des candidats 1965 et championnat du monde 1966
À partir de 1963, le tournoi des candidats est organisé sous la forme d'un tournoi par matchs à élimination directe. En 1965, Boris Spassky défait en quart de finale Paul Keres : 6–4 (+4 −2 =4), puis, en demi-finale, Geller : 5,5–2,5 (+3 =5) et, en finale, l'ancien champion du monde Mikhaïl Tal : 7–4 (+4 −1 =6), gagnant ainsi le droit de défier le champion du monde Tigran Petrossian pour le titre mondial. À la fin de l'année, il remporte également le tournoi de Sotchi 1965 (mémorial Tchigorine) et le tournoi de Hastings 1965-1966.
En 1966, à Moscou, Spassky perd le match contre le champion du monde sortant, Tigran Petrossian : 11,5 à 12,5 (+3 −4 =17).
thumb|Boris Spassky, photographie parue en février 1969, avant le deuxième match contre Petrossian. La même année que le championnat du monde, Spassky remporte la seconde coupe Piatigorsky à Santa Monica, devant Bobby Fischer, Bent Larsen et Tigran Petrossian. En 1967, il remporte le tournoi de Beverwijk et le mémorial Tchigorine à Sotchi (deuxième victoire après 1965), mais il termine seulement sixième du tournoi international de Moscou remporté par Leonid Stein.
Champion du monde et oscar des échecs (1968-1969) En tant que vainqueur du cycle des candidats précédent, Spassky est qualifié directement pour le cycle des candidats de 1968. Il affronte et bat successivement Geller (+3 =5), Larsen (+4 −1 =3) et Kortchnoï (+4 −1 =5), pour affronter à nouveau Petrossian en 1969.
Le match pour le championnat du monde 1969 a lieu à Moscou. Après la seizième partie, les deux joueurs sont à égalité (8-8). Demandant plus d'indépendance, Spassky se sépare de son entraîneur Igor Bondarevski peu avant la et termine le match seul. Il remporte les et (des défenses siciliennes) ainsi que la (une partie espagnole), ne concédant la défaite que dans la . Avec deux points d'avance, Spassky est sacré dixième champion du monde le sur le score de 12,5 à 10,5 (+6 −4 =13) ; dans une position gagnante, il a proposé la nulle à Petrossian lors de la . La dix-neuvième partie est élue meilleure partie du premier semestre 1969 par l'informateur 7.
En 1968 et 1969, les journalistes spécialisés décernèrent à Spassky l'« Oscar » du meilleur joueur de l'année. Sa victoire contre Penrose au tournoi de Palma (Majorque) est élue meilleure partie du deuxième semestre 1969 par l'informateur 8.
Match contre Fischer (1972)