Les arguments sur l'existence de Dieu, en faveur ou en défaveur de celle-ci, ont été nombreux au cours de l'histoire de la philosophie et de la théologie. Ne pouvant s'appuyer sur des preuves empiriques et reproductibles selon les principes de la démarche scientifique, les plus couramment avancés révèlent essentiellement de la logique et de la philosophie.
Le Dieu dont il est question ici est ce que l'on nomme parfois le Laurence Vanin-Verna, Le Dieu des philosophes ? : entre foi et raison., Éditions Ellipses, 2008 - 160 pages, à savoir le Dieu des grandes religions du Livre (judaïsme, christianisme, islam), tel qu'il a été conceptualisé par les philosophes. Ses attributs sont d'être le créateur du monde, omniscient, omnipotent et bénévolent..
Cet article s'efforce de recenser les principaux arguments sur l'existence de Dieu, c'est-à-dire ceux ayant été les plus invoqués et discutés.
Arguments pour l'existence de Dieu Arguments métaphysiques et logiques Argument ontologique
Cet argument a été proposé à de multiples reprises, il peut se formuler sous la forme générale du syllogisme suivant : Dieu est un être parfait. Une perfection qui ne comprendrait pas l'existence ne serait évidemment pas complète. Donc, Dieu est aussi doté de l'existence.
Une version célèbre est celle d'Anselme de Cantorbéry, dans son Proslogion. Son argument est que Dieu est l'être tel que rien ne se peut penser de plus grand, et cela tant dans l'intellect que dans la réalité. Ainsi, selon lui, pensant à l'être le plus grand, nous ne pouvons penser réellement que Dieu n'est pas : la pensée de Dieu implique son existenceAnselme de Canterbury, Proslogion, , chapitres 2 et suivantsÉmile Bréhier, Histoire de la philosophie, 1926-1932, .. Gaunilon puis Thomas d'Aquin feront des objections à cet argument.
Descartes a proposé une autre version : René Descartes, Méditations Métaphysiques,Méditation cinquième : De l'essence des choses matérielles ; et, derechef de Dieu, qu'il existe (accès en ligne, sur Wikisource)..
L'argument ontologique a subi de nombreuses réfutations, dont le principe général est que l'existence d'une chose ne peut être prouvée qu'à partir de son observation et non à partir de sa définition. Le premier philosophe à s'efforcer de réfuter cet argument est Gaunilon, qui adresse des objections à Anselme juste après la parution du Proslogion. Après lui, Kant a consacré une longue partie du livre II de la Critique de la raison pure à réfuter l'argument ontologique sur lequel d'après lui reposent deux grands autres arguments pour l'existence de Dieu, la preuve cosmologique et la preuve physico-théologique (appel au dessein).
Pour Kant, l'existence n'est pas une propriété intrinsèque, on ne peut pas légitimement dire que l'existence appartienne au concept de Dieu : c'est confondre le contenu conceptuel et le prédicat existentiel d'une chose. Ainsi pour Kant, le concept de Dieu demeure le même, qu'il existe ou pas : ce « concept de Dieu » ne prouve rien, n'indiquant qu'une possibilité Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Dialectique transcendantale ch. III, .Pour une autre présentation, Mathieu Horeau, Emmanuel Kant et le concept de Dieu, in Philosophie Magazine 5, décembre 2006 article en ligne. Afin de l'illustrer, Kant prend l'exemple suivant :
Argument cosmologique ou argument de la cause première
L'argument cosmologique est un type d'argument qui prend appui sur certaines caractéristiques de l'Univers afin de démontrer l'existence d'une cause première, généralement comprise comme étant DieuStanford Encyclopedia of Philosophy article "cosmological argument". Il est aujourd'hui très discuté par les philosophes analytiques dans la version dite Kalâm réadaptée par William Lane Craig en 1979William Lane Craig, The Kalam Cosmological Argument. London: MacMillan. 1979.. Selon le philosophe Quentin Smith, Quentin Smith, "Kalam Cosmological Argument for Atheism", in Michael Martin (ed.), The Cambridge Companion to Atheism, Cambridge University Press, 2007, :
L'argument avancé par Craig se résume en deux prémisses amenant à une conclusion : Tout ce qui commence à exister a une cause de son existence ; L'univers a commencé à exister ; Si 1) et 2) sont vrais, alors 3) l'Univers a une cause de son existence.
Pour tenter de démontrer la probabilité des deux premières prémisses, Craig utilise des principes métaphysiques généraux (prémisse 1), des arguments philosophiques (notamment l'impossibilité d'un nombre réellement infini d'événements passés) et scientifiques, dont la théorie du Big Bang (prémisse 2)Frederic Guillaud, Dieu existe, arguments philosophiques, Paris, Cerf, 2013, p. 209-264..
Histoire et variantes La première référence à cet argument se trouve chez Platon (Lois, X, 894d-895b), puis il est développé par Aristote dans sa Métaphysique (Λ, 1-6). L'argument cosmologique est repris au Moyen Âge par des philosophes musulmans comme Al-Kindi, puis par saint Thomas d'Aquin et à l'époque des Lumières par Leibniz et Samuel Clarke.
Cet argument peut se diviser en trois grands groupes : L'impossibilité d'une série de causes infinie et ordonnée (Thomas d'Aquin) ; Le principe de la raison suffisante (Leibniz et Clarke) ; L'impossibilité d'un Univers sans commencement dans le temps (Kalâm).
Kant en a proposé une réfutation indirecte en se fondant sur l'argument ontologique. D'après lui, après avoir observé la contingence du monde, l'argument cosmologique doit poser l'existence d'un être nécessaire ; il est alors obligé de recourir à l'argument ontologique, qui déduit du concept de Dieu qu'il existe. Or l'argument ontologique est invalide, donc l'argument cosmologique l'est aussi.
Pour Frédéric Guillaud, avec la publication de son livre en 1979 sur l'argument cosmologique du Kalâm, et Frédéric Guillaud, Dieu existe, arguments philosophiques, Paris, Cerf, 2013, pp. 211-212.
La variante leibnizienne La variante proposée par Leibniz, souvent qualifiée d'argument cosmologique connaît un certain regain de popularité de nos jours. Défendue par des philosophes contemporains comme et Joshua Rasmussen, elle se base sur la distinction entre les êtres contingents et nécessaires et postule que puisqu'il existe quelque chose de contingent, il doit exister quelque chose de nécessaire. Contrairement à l'argument cosmologique pour une cause première, elle ne postule pas que l'Univers a un commencement et se veut donc applicable même dans le cas d'un Univers éternel. Van Steenberghen l'établit ainsi. :
Tout ce qui existe existe ou bien par soi ou bien par autre chose (principe de raison suffisante) ; Quelque chose existe ; Tout ce qui existe ne peut pas exister par autre chose ; Donc quelque chose existe par soi.
Il argumente pour la validité de troisième prémisse comme suit : « La proposition "La totalité de ce qui existe, existe par autre chose", est évidemment contradictoire, puisque ce qui est affirmé comme "totalité" dans le sujet est nié comme "totalité" dans le prédicat, étant donné que l'on pose "autre chose" que la "totalité" ».
Il s'ensuit généralement chez la plupart des auteurs un argumentaire visant à dénier que l'Univers puisse être cet être nécessaire, que donc il faut le chercher hors de l'Univers, et enfin à le rapprocher du concept théiste de Dieu : être personnel, immatériel, intemporel
Cet argument a été souvent critiqué pour sa première prémisse : certains philosophes niant le principe de raison suffisante avancent l'idée d'un univers qualifié par Russel de « fait brut » lors d'un débat à la BBC, qui n'aurait de raison d'être ni en lui-même ni en autre chose, mais qui simplement serait, pour aucune raison. D'autres philosophes, trouvant que la négation du principe de raison suffisante implique un trop grand scepticisme sur le réel, préfèrent plutôt soutenir qu'il n'est pas démontré que l'univers soit contingent, et qu'ainsi l'argument cosmologique de Leibniz n'est pas probant. C'est le cas par exemple de Hume : « Why may not the material universe be the necessarily existent Being [...] ? ».
Arguments empiriques Argument téléologique ou l'appel au dessein
L'appel au dessein ou argument téléologique postule qu'il existe des fins dans la nature ce qui implique l'existence d'un principe intelligent, ordonnateur du monde, c'est-à-dire d'un CréateurJean-Nicolas Tournier, Le vivant décodé: quelle nouvelle définition donner à la vie ?, 2005, page 111-112. C'est l'argument classique de la théologie naturelle connu pour la formulation qu'en a donné William Paley :
William Paley Natural Theology, 1802
Ceci rappelle le distique de Voltaire :
L'argument téléologique peut se formuler sous la forme du syllogisme suivant : Il existe de l'ordre dans la nature Or la matière ne produit pas spontanément de l'ordre Donc la cause de l'ordre de la nature est intentionnelle
Les exemples de phénomènes finalisés dans la nature, invoqués pour justifier la première prémisse, sont le plus souvent tirés de l'ordre apparent du monde vivant. Plus récemment, le principe anthropique a été utilisé comme justification.
L'argument téléologique est une raison pour laquelle nombre de philosophes des Lumières ont opté pour une position déiste (Voltaire, Rousseau…). Il a été en grande partie affaibli par l'hypothèse de la sélection naturelle qui explique l'organisation du vivant sans recourir à Dieu (invalidation de la seconde prémisse). Les théories du dessein intelligent en sont une résurgence, discréditée dans la communauté scientifique.
Cet argument avait déjà été critiqué par Hume dans les Dialogues sur la religion naturelle Antoine Grandjean, La patience des concepts, La vie des idées, 28 octobre 2009 . Il montre en effet, en s'appuyant essentiellement sur notre ignorance, qu'il peut y avoir une genèse de l'ordre sans intention démiurgique : Tout d'abord, nous passons inconsidérément de notre ignorance des causes réelles à la certitude d'un dessein divin ; cette dernière certitude reflète donc surtout le fait que nous n'avons pas d'autres hypothèses plausibles à disposition ; ensuite, nous ne connaissons pas assez bien la matière pour décider a priori qu'elle ne contient aucun principe d'ordre.
L'argument de la superfluité est une réponse à l'argument téléologique.
Argument moral
« Mais alors, que deviendra l’homme, sans Dieu et sans immortalité ? Tout est permis, par conséquent, tout est licite ? » Fiodor Dostoïevski Les frères Karamazov, Folio Classique, Paris, 1994, .
L'argument moral prend plusieurs formes, il peut correspondre au modus tollens suivant :
Si Dieu n’existe pas, alors les valeurs morales objectives n’existent pas. Or les valeurs morales objectives existent. Donc, Dieu existe.
L'objectivité des valeurs morales doit ici être comprise comme vraie en tout temps et en tout lieu, en dehors de ce que les êtres humains pensent d'elles. Ainsi, selon le philosophe et théologien William Lane Craig, William Lane Craig, Reasonable Faith, edition, Crossway, 2008,
Argument du consensus universel C'est un argument proposé par Cicéron (De natura deorum), suivant lequel la croyance universelle des peuples en quelque chose de divin est une preuve suffisante pour établir son existence. Dans ce cas, la minorité des non-croyants serait en leur défaveurCicéron, De natura deorum, Livre 1, partie XVII, Albert, Paul, Histoire de la littérature romaine. Tome premier, C. Delagrave, 1871 (chapitre 6, note 43).
Cet argument est un cas particulier d'argument d'autorité où la majorité est prise comme autorité compétente pour connaître Dieu.
Mais, même en régime démocratique, le fait qu'une écrasante majorité de personnes soutiennent une opinion ne suffit pas à prouver sa véracité. De nombreux exemples peuvent être pris à l'appui de cela telle la croyance universelle en une époque reculée au géocentrisme (le Soleil tournant autour de la Terre).