La chapelle du château de Versailles est une située dans le château de Versailles, près de l’angle que forment l’aile du Grand Appartement du Roi et l’aile nord.
Cinq sanctuaires se sont succédé, au gré des transformations architecturales du château. La chapelle actuelle est bénie en 1710, après un chantier ébauché dès 1687. C'est la partie du château la moins modifiée par l’Histoire.
Historique Quatre sanctuaires successifs, situés à divers emplacements, ont précédé la chapelle actuelle. Pour permettre au souverain d’assister au culte depuis la tribune du premier étage, tous s'élèvent sur deux niveaux.
Les débuts (1663-1682) Dès 1663, un sanctuaire exigu est logé au nord-est du château, à l’emplacement de l’actuel cabinet doré de Madame AdélaïdeMaral, Alexandre, « L'Émergence progressive d'un modèle », in L'Estampille-L'Objet d'Art, Hors-série , avril 2010, .. En 1670, l’agrandissement du château entraîne le déplacement de la chapelle vers le sud, à l’emplacement de l’actuelle Salle des Gardes de la Reine. Les musiciens prennent place au rez-de-chaussée.
Une nouvelle chapelle, bénie le , est installée à l’emplacement de l’actuelle salle dite du Sacre. D'une superficie de près de , elle est conçue selon un plan barlong. Pilastres et colonnes structurent le premier étage, où une balustrade prolonge la tribune royale sur les trois côtés. Les chantres et musiciens sont installés au même niveau que le souverain, à l’est de l’édifice. Un orgue de grande taille, à deux buffets, est commandé en 1679. Charles Le Brun conçoit le décor. Sur le mur sud, un retable monumental relie les deux niveaux et assure un lien avec la voûte. Pour cette dernière, un projet spectaculaire est prévu, comme en témoigne une maquette de 1675. D'un seul tenant, la composition représente Dieu le Père dans sa gloire du côté de l’autel et, à l’opposé mais sans solution de continuité, saint Michel terrassant les anges rebelles. Ce projet, d'un genre nouveau, rappelle les formules alors mises en œuvre à Rome sur la voûte du Gesù par Giovanni Battista Gaulli : on y trouve le même traitement des groupes de personnages, de la lumière et des nuées qui creusent l’espace.
Un sanctuaire provisoire (1682-1710) En 1682, la Cour s'installe à Versailles. Le projet de le Brun est abandonné. L'aile du Midi est construite et la chapelle occupe un emplacement provisoire au nord, contre la grotte de Téthys. Elle reprend la disposition du sanctuaire précédent. Plus sobre, son programme décoratif se concentre essentiellement sur le retable de Noël Jouvenet encadré par deux anges. La tribune a pour piliers deux termes angéliques supportant une architrave. Une grande croix coiffe la toiture. Les chantres et musiciens sont logés dans la tribune du premier étage.
Au rez-de-chaussée sont placés deux autels secondaires dédiés à Saint Louis et à sainte Thérèse, saints patrons du couple royal. Un troisième autel, orné d’un tableau de Pierre de Cortone, occupe la tribune.
La chapelle est richement pourvue en vases sacrés, ornements et livres liturgiques. Ces trésors ont presque entièrement disparu. Seuls subsistent un somptueux graduel et antiphonaire, enluminé en 1686 par l’atelier des InvalidesAtelier des Invalides, In festo Conceptionis Beatae Mariae Virginis, Graduale et Antiphonale ad usum S. Ludovici Domus Regiae Versaliensis pro solemnioribus totius anni festivitatibus A.D. MDCLXXXVI, recueil manuscrit enluminé, Paris, Bibliothèque nationale de France., et plusieurs grands livres de plain-chant, calligraphiés par le copiste Philidor entre 1701 et 1703.
Conçue comme provisoire, la chapelle de 1682 sera utilisée pendant 28 ans : c'est le sanctuaire que Louis XIV aura le plus connu. De grandes cérémonies s’y déroulent, comme les réceptions dans l’ordre du Saint-Esprit en 1688-1689 ou le mariage du duc de Bourgogne en 1697.
Le dernier grand chantier du Roi-Soleil (1687-1710) Tout au long du chantier, le projet architectural connaît une lente maturation, auquel Jules Hardouin-Mansart donne sa forme définitive. Influencé par l’architecture ultramontaine, il s’inscrit toutefois dans la tradition française des chapelles palatines mais apparaît comme un manifeste de modernité.
En 1682, la Cour et le gouvernement s’installent à Versailles. À cette occasion, une desserte permanente de la chapelle royale est instituée. Louis XIV la confie à une communauté de Pères de la Mission. Appelés aussi Lazaristes, ces fils de saint Vincent de Paul sont logés au château. « L’édifice définitif du nouveau Versailles, lieu de prière désormais perpétuelle, devait combiner les caractères d’une fondation royale à ceux d’une chapelle palatine » Maral, Alexandre, « Le dernier grand chantier de Louis XIV », L’Estampille-L’Objet d’Art, Hors série , avril 2010, ..
Un projet inabouti : le dôme inspiré des Invalides Le premier projet d’une chapelle de plan centré, au milieu de l’aile du Nord, est formulé en 1679 et mis en chantier à la fin de l’année 1684. Il rappelle celui de François Mansart pour la rotonde funéraire des Bourbons dans la basilique Saint-Denis mais plus encore le dôme des Invalides, autre fondation royale confiée aux Lazaristes.
Le plan de Mansart L’emplacement définitif de la chapelle est trouvé en 1687. Comme celui de 1672, l’édifice est de plan barlong. Il comporte un chevet initialement rectangulaire. Il s'élève sur deux niveaux. Au premier étage, une tribune réservée au roi, face à l'autel, borde l’ensemble du vaisseau. La chapelle est précédée de deux vestibules superposés, qui donnent accès à l’aile nord. vignette|Plan de la chapelle et de la sacristie. Le chantier est interrompu pendant dix ans par la guerre de la Ligue d’Augsbourg. Il reprend alors que Jules Hardouin-Mansart accède à la Surintendance des Bâtiments.
Après la mort de Hardouin-Mansart en , Louis XIV assume les fonctions de surintendant de ses propres bâtiments. Assisté de Robert de CotteGuy Walton, p. 86-93, il mène à son terme, en deux années, le chantier tant architectural que décoratif. « Le monument est complètement novateur dans sa plastique, particulièrement dans son agencement intérieur. L'emploi, notamment, de colonnes libres et d'architraves horizontales à l'antique ne réapparaîtra de nouveau qu'un siècle plus tard, dans l'église Saint Philippe du Roule, à Paris. Ce péristyle intérieur, dressé sur un étage d'arcades, contribue à l'élancement très particulier de la Chapelle royale Frédéric Didier, « Entre terre et ciel », les Carnets de Versailles, 12, p. 13»
Le , la chapelle est bénie par le Cardinal de Noailles, archevêque de Parislire en ligne.
L'architecture et le décor extérieur
La toiture vignette|Jacques Rigaud. Vue du chevet, vers 1730.
La chapelle est primitivement conçue pour ne pas excéder la hauteur des toits du palais. Mais dès Date à laquelle Hardouin-Mansart consulta ses confrères de l’Académie d’architecture pour obtenir leur avis sur les proportions du nouvel édifice (Alexandre Maral, « Le Dernier Grand Chantier de Louis XIV », L'Estampille-L'Objet d'art, hors série , avril 2010, ), elle est nettement plus élevée. Haute de , elle est surmontée d'une croix à son extrémité orientale.
Par son toit surélevé, la chapelle affirme son autonomie architecturale. « La substitution du corinthien au ionique à l’extérieur, ainsi que le remplacement des pots à feu par des statues juchées sur la balustrade extérieure constituèrent deux étapes importantes dans l’affranchissement de l’élévation externe de la chapelle au regard du modèle des façades donnant sur les jardins. Néanmoins, la silhouette élancée de la toiture de la chapelle allait dominer la masse du palais sans l’écraser » .
À partir de 1705, le chantier développe un langage essentiellement ornemental. Une grande couronne royale, posée sur un coussin et un tapis en plomb, devait coiffer le sommet. C'est un lanternon de près de de haut, surmonté d’une croix, qui surmontera l’édifice. Réalisé par Nicolas Berja, Jean Dedieu, Jean François, Jean de Lapierre, Pierre Lepautre, Offement, Claude Poirier, Jean Poultier, Jean Voiriot et Jean Hardy, il se compose d'une balustrade d'entrelacs à jour et de huit colonnes de bois gainé de plomb à chapiteaux composites, têtes de chérubins et festons de fleurs aux archivoltes, de huit consoles et fleurons surmontés de feuilles d'eau, d'un tore de feuilles d'acanthe et d'une croix posée sur un globe fleurdelysé.
La toiture s'orne de motifs, reliefs et rondes-bosses en plomb, jadis dorés. Représentant des fleurs de lys, des houppes, des fleurons et palmettes, un tore de baguettes, des branches de palmes tournantes, des consoles et doubles-consoles, des campanes et chérubins, des frises de postes, des couronnes royales, des cartouches et culots, ils sont exécutés par les artistes ayant œuvré au lanternon. Ce dernier, qui résiste mal aux intempéries et fragilise la toiture, est déposé en 1765lire en ligne. À la suite de cette destruction, le groupe d'anges situé à l'est est modifié vers 1766.
Pour le faîte de la toiture, Guillaume Coustou et Pierre Lepautre réalisent deux groupes identiques de trois anges en plomb doré mesurant . Le premier groupe porte des palmes, symbole de l'espérance en la Résurrection. Le second soutient la croix. Le mémoire des deux sculpteurs, daté de 1707, précise : « 1707. Exécution du modèle, de la fonte et de la ciselure par Guillaume Coustou et Pierre Lepautre selon leur mémoire : avoir fait et fini le modèle d'un groupe de trois enfants de six pieds et demi [2,10 m.], lesdits enfants sont ornés de draperies et de deux grandes ailes, lesquels enfants sont sur des nuées soutenant un palmier de huit pieds et demi de haut [2,76 m.] et une couronne de fleurs de vingt pouces de diamètre [0,54 m.], avoir fourni les plastres pour le soutien de la terre… Pour le second groupe d'enfants accompagnés de leurs ailes, nuées, draperies, couronne et palmier, avoir estampé de terre dans les modèles du premier, avoir assemblé les parties, les avoir retouchées, travaillées et finies… Plus avoir fait les moules pour les plombs desdits deux groupes, avoir fait les noyaux armés de fer ainsi que lesdits moules, avoir fait recuire le tout, avoir jeté, fondu le plomb… Pour avoir réparé, ciselé tous lesdits groupes, assemblé et soudé les parties, les ailes et draperies, les avoir posées et arrêts en place, soudés avec crampons et tirants… ; estimations de pour le modèle en terre, de 700 livres pour estampages du modèle et réalisation du creux, de pour la fonte et de pour la reparure et la ciselure ; acompte en 1707 (mentionnant la participation des sculpteurs Philippe Bertrand, René Frémin, Robert Le Lorrain et Jean (ou Jean-Melchior) Raon) et 1709, puis parfait paiement de en 1710 »Mémoire, Arch. nat. 01 1784 ; CBR V 124, CBR V 318, CBR V 412.. La dorure est réalisée par Guillaume Desauziers lire en ligne.
Les statues extérieures En 1705, vingt-huit statues d’Apôtres et Évangélistes, Pères de l’Église et allégories des Vertus catholiques sont disposées sur la balustrade extérieure. Évoquant les grandes réalisations de la Rome baroque, cet ensemble est animé d’un souffle puissant et novateur, comme en témoignent particulièrement les deux figures sculptées par Guillaume CoustouGuillaume Coustou, Saint Jérôme, Saint Augsutin, 1708, statues, pierre, H. , Chapelle royale, façade extérieure, côté sud, balustrade, château de Versailles.