est le nom de la ville du Haut-Empire romain qui a précédé Tours (département français d'Indre-et-Loire), dans la plaine alluviale séparant la Loire du Cher. Fondation romaine probable du tournant de notre ère, connaît un important développement dès le et jusqu'à la fin du . Les témoignages archéologiques de cette époque, quoique rares, ne laissent aucun doute à cet égard : un temple et un amphithéâtre colossaux, un aqueduc alimenté par une noria puisant l'eau de la Loire, un second aqueduc d'une longueur d'environ , au moins deux établissements thermaux publics, une trame viaire (réseau formé par toutes les voies de circulation, bien qu'il ne soit connu que de façon très parcellaire), un pont de bois sur la Loire et des vestiges de plusieurs habitats sont mis au jour sur une aire d'une centaine d'hectares.
Dans la première moitié du , comme de nombreuses autres cités de la Gaule romaine, la ville se resserre dans et autour d'une enceinte fortifiée ; son nom évolue progressivement vers , du nom des Turons, son peuple d'origine, au moment où elle est élevée au rang de capitale de la à la faveur d'une réorganisation administrative de l'Empire romain vers 360 ou un peu plus tard.
Plus aucun vestige de la ville du Haut-Empire n'est visible à l'air libre dans Tours , excepté de rares assises de maçonnerie dans un jardin archéologique et, temporairement, selon les variations du niveau de la Loire, quelques pieux d'un pont en bois ; seules subsistent dans la vallée du Cher quelques ruines de l'aqueduc qui assurait l'approvisionnement de en eau ; d'autres vestiges (temple, amphithéâtre) perdurent dans des caves. De la ville fortifiée du Bas-Empire demeurent par contre d'importants vestiges de l'enceinte ainsi que, de temps à autre là encore, les restes d'un second pont en bois.
L’archéologie urbaine à Tours Survol historique rapide vignette|alt=dessin d'une porte dans une muraille, ornée d'un linteau décoré|Poterne du « tombeau de Turnus ».Dessin de Pierre Beaumesnil. L'historien Geoffroy de Monmouth serait l'auteur d'une légende sur la naissance de la ville de Tours : selon lui, Turnus, un « roi des Gaules » descendant d'Énée, l'aurait fondée et lui aurait donné son nom ; cette légende, qui aurait pris naissance en raison de la présence dans le rempart du Bas-Empire d'un bloc de frise abusivement pris pour le sarcophage de Turnus, est reprise en 1667 par Jean Maan. puis relayée en 1776 par Félix Le Royer de La Sauvagère.. À la suite de la campagne napoléonienne d'Égypte, un véritable engouement pour l'archéologie s'empare de toute la France avec la création de nombreuses sociétés savantes. La Société archéologique de Touraine, fondée en 1840 par quatre passionnés des monuments historiques., entreprend un inventaire de tous les vestiges d'Indre-et-Loire, et notamment de Tours. C'est ainsi qu'une commission est créée en 1853, et à sa tête le général de Courtigis, avec pour mission d'inventorier les antiquités gallo-romaines de Tours. En 1873 est publiée la première Histoire de Tours. La Première Guerre mondiale met un frein aux études archéologiques. Seules quelques figures, comme celles du baron Henry Auvray et de Robert Ranjard, auteur de La Touraine archéologique, ouvrage plusieurs fois complété et réédité, émergent. Après la seconde Guerre mondiale, les impératifs de reconstruction de Tours, sinistrée par des bombardements allemands en 1940 puis alliés en 1944, s'opposent souvent aux intérêts des défenseurs de l'archéologie même si, ponctuellement, quelques architectes sollicitent l'avis d'archéologues.. Ce n’est qu'en 1973 que la dimension archéologique est systématiquement intégrée à tous les projets d'aménagement urbain, avec la création du Laboratoire d'archéologie urbaine de Tours (LAUT).. Les missions de ce laboratoire sont reprises au début des années 1990 par le Laboratoire Archéologie et Territoires (LAT)., qui est en 2018 une des équipes de l'Unité Mixte de Recherche (Université de Tours / Centre national de la recherche scientifique - CNRS) Citeres.. Depuis le début des années 2000, l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) et le Service archéologique du département d'Indre-et-Loire (SADIL). sont les principaux opérateurs d'archéologie préventive à Tours. Ils réalisent les diagnostics. et la plupart des fouilles. sur prescription de l’État, service régional de l'Archéologie (SRA) de la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) du Centre-Val de Loire., (Ministère de la Culture). Le SRA joue également un rôle de coordination des projets, d'inventaire et de diffusion des résultats. En 2003, un arrêté préfectoral fixe les conditions dans lesquelles toute opération d’urbanisation doit au préalable faire l’objet d’un accord de la DRAC..
Quelques dates dans la découverte du passé antique de Tours vignette|alt=Dessin en noir sur brun du plan d'un monument antique.|Plan de l'amphithéâtre (1855). En 1855, la mission de Courtigis redécouvre les vestiges de l'amphithéâtre.. En 1951, les travaux de déblaiement du centre-ville, sinistré depuis 1940, permettent la mise au jour des vestiges du grand temple. En 1971, le club archéologique du lycée Descartes, sous la direction scientifique de Jacques Dubois, entreprend une étude exhaustive des vestiges de l’amphithéâtre, étude dont les résultats sont publiés en 1974 par la société archéologique de Touraine (SAT). À la même époque, des fouilles entreprises près du château de Tours attestent la présence d'habitations et de thermes antiques. Un autre établissement thermal est découvert lors de travaux d’agrandissement du lycée Descartes, entre 1999 et 2002. Les observations réalisées en 2003 aboutissent à l'invention du pont du Haut-Empire. À l'automne 2006, l'exposition Tours antique et médiéval, au château de Tours, présente les résultats de 40 années d'archéologie urbaine dans la ville ; un ouvrage de synthèse sur ces résultats paraît dans la foulée, en 2007. Les travaux liés à la construction de la première ligne du tramway de Tours, menés de 2010 à 2013, n'ont pas fondamentalement fait avancer les connaissances sur la ville antique dont les vestiges, trop profondément enfouis dans le sol, ne pouvaient généralement pas être atteints..
Contraintes et limites de l'archéologie urbaine Au il est encore très difficile de se figurer la physionomie de . Les fouilles archéologiques sont rares dans ce secteur de Tours. ; essentiellement préventives, elles résultent souvent d'opportunités, intéressent de très faibles surfaces, s'inscrivent mal dans un programme préétabli et surtout ne permettent que très rarement d’atteindre les strates archéologiques antiques : en bordure de Loire, les dépôts archéologiques atteignent une épaisseur de , qui va toutefois en diminuant à mesure que l’on s’éloigne du fleuve.. Les informations fournies par les études archéologiques sont donc très fragmentaires et d’interprétation parfois hasardeuse. Enfin, la lecture qui en est faite est susceptible d'évoluer en fonction de données archéologiques plus récentes. À titre d'exemples, les sources archéologiques disponibles à la fin des années 1950 conduisaient à situer dans le seul quartier de la cathédrale le noyau antique de . et ce n'est que depuis 2001 que l'antériorité d'un peuplement gaulois sur le site de Tours est attestée, mais dans un secteur géographique plus occidental..
Toponymie La première mention du nom antique de Tours se trouve dans les écrits de Ptolémée au début du , sous le nom de , transposé en latin sous la forme . Ce nom de lieu, d'origine gauloise, est le composé du nom de personne latin Cæsar, patronyme de plusieurs empereurs romains, et de l'appellatif d’origine celtique -dunum, signifiant « colline » ou « forteresse ». ; se présente donc comme « la colline dédiée à César » ou « la forteresse de César ». Dans le cas présent, la première hypothèse semble devoir être privilégiée, étant, au moment de sa fondation, une ville ouverte dépourvue d'enceinte mais implantée, au moins partiellement, sur une butte légèrement surélevée par rapport au terrain environnant. Compte tenu des différents éléments archéologiques à disposition, et considérant que la ville fut fondée au tournant de l'ère chrétienne, il semble logique d'attribuer le nom de « César » à Caius Julius Cæsar Octavianus « Augustus » (Auguste). Robert Bedon suggère que le principe de ces noms doubles aurait pu être « importé » en Gaule par des vétérans de l'armée romaine combattant contre Pompée ; Jules César avait fait appel à des nobles gaulois pour grossir les rangs de son armée ; ces derniers auraient rencontré, au cours de leur campagne, en Thrace notamment, plusieurs villes dont les noms étaient formés sur le même principe, la terminaison étant toutefois -polis ; revenus en Gaule, eux ou leurs descendants auraient pu reprendre le principe de ces noms doubles, adaptés à l'onomastique locale.. Ce type toponymique est peut-être l'une des premières manifestations d'un « métissage » entre les deux cultures..
D'une manière plus générale, on constate l'intégration progressive de plus en plus d'anthroponymes latins dans l'onomastique personnelle des Gaulois, ce qui correspond à la mode des prénoms germaniques au Moyen Âge ou à celle des prénoms américains dans la France contemporaine..
et la
vignette|upright=1.4|alt=Carte départementale moderne sur laquelle est reportée la limite d'un territoire administratif antique.|Limites supposées de la cité des Turons () comparées à celle du département d'Indre-et-Loire ().. est le chef-lieu de la cité des Turons, un territoire relativement restreint dont les limites sont proches de celles du département d'Indre-et-Loire. ; vingt-huit agglomérations secondaires sont attestées pour l'époque gallo-romaine par recoupement entre les preuves archéologiques et les sources écrites, principalement Grégoire de Tours.. Ce nombre est important pour un territoire de la taille de la . Les deux tiers sont localisées dans les vallées de la Loire et de ses principaux affluents, le Cher, l’Indre et la Vienne (à laquelle il faut rajouter la Creuse)..
L'oppidum des Châteliers, à (Amboise), joue très probablement le rôle de « capitale » du peuple turon avec des fonctions administrative, religieuse et commerciale, avant la fondation de et le transfert de ces pouvoirs dans la ville nouvelle..
Fondation de la ville
Site retenu vignette|gauche|redresse=1.2|alt=plan moderne sur lequel sont reportées les limites de deux villes antiques.|Emprises comparées des occupations gauloise et romaine sur le site de Tours. Il se situe en bordure de la Loire, au croisement de plusieurs voies antiques déjà existantes et rayonnant vers Angers, le Mans, Orléans, Bourges et Poitiers ; cette situation géographique semble avoir été l'élément déterminant dans le choix du site, plus encore que la proximité des voies navigables constituées par la Loire et le Cher. Un facteur politique doit également être pris en compte : l'implantation de à proximité de plusieurs oppida gaulois aujourd'hui attestés (les Châteliers à Amboise/., Champ-Chevrier à Rochecorbon et Montboyau à Fondettes). devait répondre à une nécessité de contrebalancer les pouvoirs locaux en place.. Un peuplement gaulois important, de type de plaine ou même véritable agglomération, a déjà occupé cet emplacement entre et la fin du . Le peuplement gaulois, à l'ouest, et la ville romaine, à l'est, semblent avoir coexisté pendant quelques années et même s'être largement superposés géographiquement.