Dans la mythologie grecque, Éris (en grec ancien ) est une déesse personnifiant la Discorde.

Pour Hésiode, il s'agit d'une divinité primordiale qui donne naissance seule à de nombreuses autres allégories. Chez divers auteurs, Éris provoque la guerre de Troie en semant le trouble à l'aide d'une pomme en or entre Aphrodite, Athéna et Héra, départagées lors du jugement de Pâris. Elle joue un rôle actif pendant le conflit, notamment dans les poèmes d'Homère et de ses suiveurs, où elle exalte les combattants.

Éris est rarement représentée durant l'Antiquité. Elle bénéficie néanmoins d'une postérité à travers la figure de la Discorde romaine, puis dans les arts et la culture moderne et contemporaine.

Étymologie En grec ancien, Éris se nomme .. Il s'agit de la personnification de la notion d', désignant le combat et plus largement la discorde..

Pour Pierre Chantraine, ce mot n'a pas d'étymologie : il rejette notamment les rapprochements avec le verbe (« provoquer ») ou avec une obscure racine sanskrite (« ennemi »). Albert Carnoy propose un lien avec l'indo-européen , dont dériverait le verbe (« exciter »).. L'ensemble de ces hypothèses sont réfutées par ..

Mythe

Origine et descendance Éris personnifie la Discorde. Dans la Théogonie d'Hésiode, elle fait partie d'un ensemble de divinités primordiales, la plupart allégoriques, que Nyx (la Nuit) enfante seule. Elle est la sœur de Moros (le Destin), de la ou des Kères (la Destruction ou la Mort violente), de Thanatos (la Mort), d'Hypnos (le Sommeil), des Oneiroi (les Rêves), de Mômos (le Blâme), d'Oizys (la Souffrance), des Hespérides, des Moires (la Destinée), de Némésis (la Colère divine), d'Apaté (la Tromperie), de Philotès (l'Amour sexuel) et de Géras (la Vieillesse), auxquels s'ajoutent Éther (la Brillance) et Héméra (le Jour), nés de Nyx et d'Érèbe (l'Obscurité).

D'après le même poème, Éris donne à son tour naissance, sans père, à de nombreux enfants qui n'ont qu'un rôle allégorique : Ponos (le Labeur), Léthé (l'Oubli), Limos (la Faim), les Algea (les Souffrances), les Hysminai (les Combats), les Machai (les Batailles), les Phonoi (les Assassinats), les Androktasiai (les Massacres), les Neikea (les Querelles), les Pseudea (les Mensonges) et les Logoi (les Paroles) , les Amphillogiai (les Paroles ambiguës), Dysnomie (le Mauvais gouvernement), Até (l'Erreur) et Horkos (le Serment).

Au chant de lIliade, elle apparait comme la sœur et la compagne d'Arès, dieu de la Guerre. Cependant, pour Geoffrey Kirk, il ne s'agit pas d'une véritable généalogie, Éris n'étant pas personnifiée dans ce passage, mais d'une .. Quintus de Smyrne fait néanmoins d'Éris la tante de Phobos et de Déimos.

Homère, au chant de lIliade, la désigne comme une véritable déesse, tout comme Eschyle dans Les Sept contre Thèbes et Euripide dans Les Phéniciennes.

Rôle pendant la guerre de Troie

vignette|Les Noces de Thétis et Pélée, Hendrick de Clerck et Jan Brueghel l'Ancien, huile sur cuivre, entre 1600 et 1630, musée du Louvre.

Dans le résumé de Proclos des Chants cypriens, une épopée post-homérique, Zeus et Thémis complotent afin de provoquer la guerre de Troie. Par la suite, Éris se présente lors des noces de Pélée et Thétis et provoque la discorde entre Aphrodite, Athéna et Héra. Hermès, sur ordre de Zeus, les amène sur le mont Ida, où le prince troyen Pâris doit les départager au sujet de leur beauté : il choisit Aphrodite, qui lui promet la main d'Hélène, déclenchant le conflit entre Troyens et Achéens après son enlèvement. Cet événement est vaguement abordé dans lIliade, sans qu'Éris ne soit mentionnée.

L'épisode de la pomme d'or de la discorde, portant l'inscription « à la plus belle », apparait chez des auteurs d'époque romaine, comme Lucien de Samosate, Hygin ou le Pseudo-Apollodore, bien qu'il semble présent dans certaines représentations du . Les deux premiers auteurs précisent qu'Éris aurait agi ainsi car elle n'a pas été invitée aux noces.

Éris apparait plusieurs fois dans lIliade et exalte les combattants. Dans le chant , elle mène les troupes grecques, avec Athéna, Phobos et Déimos, tandis qu'Arès conduit les Troyens au combat. Elle provoque l'affrontement entre ce dernier et Apollon au chant suivant. Dans le chant , Zeus lui-même la dépêche auprès des Achéens pour les réveiller et les envoyer se battre ; elle reste également dans la mêlée. Enfin, elle accompagne Achille lorsque celui-ci retourne au combat dans le chant .

Dans la Suite d'Homère, Quintus de Smyrne évoque dix-huit fois Éris : elle apparait aussi bien dans la mêlée que lors de combats singuliers, entre Néoptolème et Eurypyle ou Achille et Memnon, et pendant la course entre Teucros et Ajax lors des jeux funéraires en l'honneur d'Achille. Elle donne également sa double-hache à l'Amazone Penthésilée, qui est comparée à Éris lors des combats.

Autres mythes Si Hésiode, dans sa Théogonie, adopte une vision négative d'Éris, celle-ci est contrastée dans Les Travaux et les Jours avec l'apparition d'une deuxième Éris, personnifiant l'émulation.

Éris figure sur plusieurs armes mythologiques : sur le dans lIliade et la Suite d'Homère, sur l'égide d'Athéna dans le premier texte, ainsi que sur le bouclier d'Héraclès dans le poème du même nom.

Le sujet d'une pièce de théâtre perdue de Sophocle, intitulée , est inconnu.

Dans les Métamorphoses d'Antoninus Liberalis, d'après l'auteur grec Boïos, Éris est envoyée par Héra pour semer la discorde entre Édon et , qui avaient fait preuve d'hubris en se comparant au couple formé par Zeus et Héra, et pousse Édon à tuer son fils Itys.

Éris apparait plusieurs fois dans les Dionysiaques de Nonnos de Panopolis : elle escorte Typhon, s'occupe du Géant Damasène durant son enfance, apparait en rêve à Dionysos sous les traits de Rhéa et lors d'affrontements entre le dieu et .

La Discorde romaine La Discorde ou Discordia (en latin ) est l'équivalent d'Éris dans la mythologie romaine, . Elle est l'opposée de la Concorde mais, contrairement à elle, Discordia est une simple personnification littéraire et non l'objet d'un culte..

Hygin fait de Discordia une fille de la Nuit et de l'Érèbe. Elle est plusieurs fois mentionnée par Virgile dans lÉnéide : elle garde l'entrée des Enfers, coiffée d'une chevelure de serpents, et figure sur le , dans la scène prémonitoire de la bataille d'Actium.

Représentations vignette|Éris représentée en buste lors du jugement de Pâris, hydrie attique à figures rouges, fin du , Badisches Landesmuseum.

Éris est difficilement identifiable dans les arts visuels antiques en l'absence d'inscription, où elle apparait soit sous les traits d'une femme sans attribut, soit comme une figure ailée : elle peut ainsi être confondue avec de nombreuses autres personnifications, comme Niké, ou avec d'autres femmes anonymes, dans des représentations du jugement de Pâris. Un cratère en calice à figures rouges daté vers et conservé au musée de l'Ermitage figure une discussion entre Éris et Thémis en pendant du jugement de Pâris, suggérant une reprise de la légende développée dans les Chants cypriens.

La manière de représenter Éris tranche avec les descriptions monstrueuses de certains textes anciens. Elle s'oppose également à l'Éris hideuse, assistant au combat entre Ajax et Hector, que Pausanias le Périégète raconte avoir observé à Olympie, sur le coffre de Cypsélos, datant du .

Une figure féminine nommée Éris apparait sur deux miroirs en bronze étrusques, dans des scènes non belliqueuses : il pourrait s'agir d'un nom choisi arbitrairement ou d'une erreur des artistes.

Postérité et réceptions

Arts

Époque moderne vignette|Joseph Mallord William Turner, La Déesse de la Discorde choisissant la Pomme de la Discorde dans le Jardin des Hespérides, huile sur toile, vers 1806, Tate Britain.

Éris figure dans un tableau de Joseph Mallord William Turner, présenté lors de l'exposition de la en 1806, en train de choisir la pomme de la discorde parmi les fruits du jardin des Hespérides.. Époque contemporaine Éris est une des antagonistes de l'univers des Chevaliers du Zodiaque, mélangeant les influences japonaises et grecques antiques. : , ainsi que dans le manga Saint Seiya: Saintia Shō, publié entre 2013 et 2021..

Éris est également l'antagoniste du film d'animation américain Sinbad : La Légende des sept mers, sorti en 2003, adaptant la légende persane dans un contexte méditerranéen..

Éris apparait dans la série d'animation Billy et Mandy, aventuriers de l'au-delà diffusée entre 2001 et 2008 aux États-Unis..

Dans le jeu vidéo , sorti en 2025, Éris est un des boss., et l'une des deux romances lesbiennes possibles avec la protagoniste Mélinoé..

Astronomie La planète naine , découverte le par Michael E. Brown, Chadwick Trujillo et David L. Rabinowitz à l'observatoire Palomar, est nommée en référence à Éris.. Ce nom fait écho aux débats scientifiques ayant porté sur sa définition ou non en tant que planète..

Philosophie L'éristique, une posture philosophique et rhétorique antique désignée comme l'art de la controverse, est étymologiquement dérivée de la notion d'..

Le discordianisme est une parodie de religion, fondée en 1957, centrée sur la figure d'Éris (ou Discordia) en tant que divinité du chaos..

Notes et références

Voir aussi

Sources antiques (). (, 2). . (v. 38). Ésope, Fables, . (v. 211 et 225-226), (v. 11, 90, 804), (v. 139). (, 440-443 ; , 333 ; , 518 ; , 590 ; , 740 ; , 3-14 ; , 73 ; , 535 ; , 48). (Préface ; ). lyrique grecque Alcman, Fragment 146. lyrique grecque Ibycos, Fragment 311. (, 358 ; , 475 ; , 40 ; , 35 et suiv. ; , 175). (, 654). . (, 19, 1). (, 158 ; , 180 ; , 305 ; , 25 ; , 274 ; , 186, , 324, , 145 ; , 324 ; , 51 ; , 7 ; , 562). (s.v. ). (, 65 ; , 64). . (v. 560). (, 200 ; , 468). (, 280 ; , 702).

Bibliographie . , « Éris », . . . . . . .

Liens externes

Eris Catégorie:Divinité du chaos Eris Catégorie:Progéniture d'Héra Catégorie:Progéniture de Zeus Catégorie:Personnage de l'Iliade Catégorie:Éponyme d'un objet céleste