vignette|Le cycliste américain Lance Armstrong en 2002.
Le dopage en sport est la pratique consistant à absorber des substances chimiques, à utiliser des actes médicaux définis par des organismes ou à modifier des outils en lien avec une pratique sportive afin d'augmenter ses performances.
Phénomène ancien, le dopage s'est développé au cours du du fait de la course aux records permanente, et sous la pression d'enjeux financiers de plus en plus importants dans le sport professionnel. Sur la même période, les avancées scientifiques, particulièrement en matière de médecine sportive, ont complexifié cette pratique.
À partir des années 1950 et surtout avec le travail de l'Agence mondiale antidopage fondée en 1999, la pratique du dopage devient largement assimilée à une forme de tricherie et les risques pour la santé des athlètes sont mis en avant.
Face au nombre de fraudes, la France interdit le dopage dans les compétitions dès 1965Loi n°65-412 du , dans le Journal Officiel de la République Française., puis, en 1999, l'Agence mondiale antidopage est créée afin de coordonner la lutte contre le dopage au niveau mondial. Le dopage est défini plus clairement dans le Code mondial antidopage adopté en 2003.
Histoire Dans l'Antiquité Le dopage est une pratique ancienne, qui semble être née en même temps que les premières compétitions sportives. Dans les Jeux olympiques antiquesBref historique de l'antidopage, site de l'Agence Mondiale Antidopage., l'alcool est prohibéJeux Panhelléniques, site de l'Ambassade de Grèce en France.. Un juge placé à l'entrée des stades renifle l'haleine des compétiteursAudition de M. Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport, spécialiste des questions relatives au dopage, site officiel du Sénat..
Cependant, les sportifs grecs et romains utilisent des compléments alimentaires, des stimulants, des hallucinogènes et parfois des extraits de testicules d'animaux pour gagner un avantage compétitif. Les plantes médicinales sont utilisées rapidement pour améliorer la performance, par exemple l'éphédra et les feuilles de coca. alt=Affiche publicitaire en anglais pour le vin Mariani, qui le présente comme un vin tonique français populaire fortifiant et rafraîchaissant le corps et l'esprit.|vignette|Le vin Mariani, infusé aux feuilles de coca, présente son caractère dopant comme un argument publicitaire.
Acceptation générale du dopage jusqu'à la guerre froide Le premier cas moderne avéré remonte à 1865 : des nageurs à Amsterdam. À la même époque, le vin Mariani est conseillé aux sportifs. Il est « aromatisé » avec des feuilles de coca. Le premier mort à cause du dopage serait Arthur Linton, en 1896.
À cette époque, certains médecins réfléchissent aux conséquences négatives de certains produits dopants. Leur réflexion ne touche pas la limitation des pratiques dopantes, mais le choix des produits à utiliser afin d'optimiser les performances en limitant les effets nocifs des produits ; la volonté de baisser le nombre d'athlètes recourant au dopage apparaît plusieurs décennies plus tard.
Au début du , les médecins prescrivent .. Certains de ces stimulants, comme la strychnine et l'arsenic, comportent un fort risque d'intoxication et causent un grand nombre d'incidents. Les ultracyclistes et prennent des stimulants et ne s'en cachent pas : ce sont les recettes qui sont gardées secrètes plutôt que la pratique elle-même. Dans le cyclisme, il est commun entre 1850 et 1950 de prendre des produits stimulants ou anti-douleurs pour augmenter les performances.
Quelques personnes s'élèvent dès les années 1930 contre le dopage, alors encore appelé doping en français : le médecin allemand Henz Heitan et le membre anglais du comité international olympique David Burghley organise une introduction aux pratiques dopantes le à Varsovie. En 1939, la Société des Nations produit un rapport affirmant : « Il faut proscrire l’usage de tout produit pouvant entraîner une excitation artificielle et comporter un risque d’intoxication ou d’incitation à fournir de gros efforts. ».
Ces produits n'augmentent pas les capacités physiques des athlètes, leur permettant seulement d'atteindre leurs limites ; après les années 1960, la recherche commence à s'intéresser à comment augmenter leurs limites physiques. Il s'agit dès lors, non plus de soutenir un organisme fatigué, mais de le plier aux contraintes de la pratique sportive.
Professionnalisation du dopage Les Jeux olympiques d'été de 1952 catalysent le dopage en haltérophilie en particulier, après sept médailles soviétiques. L'entraîneur américain Bob Hoffman dit à l'Associated Press savoir que les soviétiques utilisent des hormones pour gagner en force, et aux championnats du monde de 1954, le médecin de l'équipe et lui confirment que les soviétiques prennent de la testostérone. À son retour aux États-Unis, Ziegler commence à travailler au développement de la méthandrosténolone avec le soutien de l'entreprise pharmaceutique Ciba. Les stéroïdes anabolisants permettent aux Américains de rattraper les Soviétiques et la pratique devient très répandue au niveau mondial dans la discipline. Il s'agit de la première substance synthétique créée et distribuée spécifiquement pour la performance sportive.
La prévention du dopage dans le sport commence dans cette décennie. Elle s'appuie sur les arguments de la santé des sportifs et de l’éthique du sport. En 1963, un appel solennel contre le dopage est porté par le Comité d’éducation extra-scolaire du Conseil de l’Europe à Madrid, et ce pour conserver notamment la santé des jeunes sportifs. Un an plus tard, les participants au Séminaire international sur le dopage, organisé par l’UNESCO et se déroulant en Belgique, reprennent cet appel, toujours sous l'angle de la protection des mineurs.
Dans les années 60, des actions de prévention sont introduites dans divers pays mais elles ne répondent à aucun objectif concret si ce n’est de diminuer de 15% en une année, la proportion de sportifs ayant recours à ce type de substances. Dès le milieu des années 1960, des premières listes de substances dopantes interdites sont mises en place.
Les médecins s’intéressent à la fois à l'amélioration des performances et à la protection des athlètes face aux blessures. Quand les Jeux olympiques d'été de 1968 sont attribués à Mexico, la recherche pharmaceutique se demande comment éviter les blessures chez les athlètes n'ayant pas l'habitude de pratiquer la compétition en altitude. L'autotransfusion est une solution possible, menant à des progrès énormes sur les épreuves en altitude jusqu'à son interdiction par le CIO en 1984. La recherche est publique et ne fait pas l'objet d'une couverture médiatique ou scientifique négative : jusqu'au début des années 1970, il est tout à fait acceptable de parler de produits dopants pour la compétition, voire de conseiller publiquement d'en prendre ou de discuter leurs mérites respectifs ouvertement.
Sur l'épreuve d'athlétisme du , dans les années 1960, les performances connaissent un bond avant de se stabiliser dans les années 1970-1980. Mais les performances redécollent à partir des années 1980, soit au moment où l'EPO et de nouvelles hormones, anabolisants et produits masquant indétectables sont mis sur le marché.
Le dopage comme problème à combattre Le décès de Knud Enemark Jensen aux Jeux olympiques d'été de 1960 est attribué à une overdose de mélangé à des amphétamines, poussant le CIO à considérer le dopage comme une trahison de l'esprit olympique et à réaffirmer les limites sur le sport professionnel. Avery Brundage met en place le premier comité médical du CIO sur les questions de dopage. En 1967, Tommy Simpson meurt sur le Tour de France dans des circonstances similaires. Cela commence à marquer un tournant, allant de la crainte de la professionnalisation au combat contre le dopage comme question première du sport de haut niveau. : la pureté morale du sport devient un enjeu majeur.
À la suite du décès de Jensen, la fédération internationale de cyclisme effectue des contrôles officieux sur les cyclistes sélectionnés aux Jeux de Tokyo en 1964 ; cette décision vient de deux colloques à Uriage-les-Bains et Madrid en 1963. À Mexico, lors des Jeux olympiques d'été de 1968, le CIO officialise les contrôles antidopage et oblige les femmes à se soumettre à des tests de féminité. Pour éviter les contrôles positifs aux JO de Montréal, les Soviétiques installent sur le Saint-Laurent un bateau laboratoire, dont l'objectif était de vérifier les échantillons d'urine des sportifs soviétiques avant de les engager dans les compétitions. Il faudra attendre 1989 pour que le CIO mette en place les contrôles inopinés.
Après la chute du mur de Berlin et l'ouverture des archives de la Stasi un vaste programme de dopage des sportifs de la RDA a été mis en évidence. Les injections de testostérone et d'anabolisants étaient pratique courante, voire systématique, y compris chez des enfants. Une rend également compte du dopage en Allemagne de l'Ouest dans les années 1970 afin de battre sa voisine de l'Est, constat pourtant rejeté par les responsables politiques et sportifs de l'époque encore vivants, déclarant pour leur part qu'il s'agissait seulement de David Philippot, « La RFA, elle aussi, dopait ses athlètes », in Le Figaro, mardi , 5..
Stéroïdes anabolisants Les premières inquiétudes sur le dopage par les stéroïdes anabolisants ne viennent pas du sport mais de l'armée : la rumeur veut, pendant la Seconde guerre mondiale, que les militaires de la Schutzstaffel prennent ces produits pour devenir des super-soldats. Après la guerre, l'Europe et l'Amérique du Nord accusent le bloc communiste d'envoyer des hommes et femmes bourrés de testostérone aux Jeux olympiques, à juste titre. La prise de testostérone est qualifiée par les commentateurs américains de dangereuse parce qu'elle remet en question la famille traditionnelle.
Les femmes sportives de haut niveau représentant le bloc de l'Est et notamment l'URSS sont accusées de prendre de la testostérone pour augmenter leurs capacités voire d'être des hommes déguisés, notamment après avoir écrasé la concurrence aux Jeux olympiques d'été de 1952 : c'est par exemple le cas dans la polémique des sœurs Press. Ces rumeurs sont alimentées par la guerre froide et il est possible qu'elles viennent surtout, dans un premier temps, de la propagande anti-soviétique de l'époque dans un climat géopolitique tendu, alors que les produits dopants et les stéroïdes ne sont pas encore interdits en 1952.
Tom Waddell affirme qu'environ un tiers des athlètes présents à un camp d'entraînement pré-olympique au lac Tahoe en 1968 utilisent des stéroïdes, alors impossibles à déceler.
En 1977, le médecin des sports Manfred Höppner écrit dans un rapport pour la Stasi des prédictions d'améliorations des performances sportives en Allemagne de l'Est à l'aide des stéroïdes anabolisant, dont il dit qu'ils sont utilisés dans tous les sports olympiques sauf la voile et la gymnastique féminine, et par toutes les équipes nationales. Dans les deux années qui suivent, les gymnastes femmes, pour la plupart encore mineures, sont également traitée sous mestanolone.
Affaire Ben Johnson vignette|Ben Johnson aux Jeux olympiques d'été de 1988 avant l'éclatement de l'affaire Johnson. L'affaire de dopage de Ben Johnson aux Jeux olympiques d'été de 1988 marque les esprits et semble crisalliser des problèmes au cœur du sport de haut niveau. La réponse officielle au scandale est l'ordre du gouvernement canadien le de lancer une enquête sur le dopage chez les athlètes canadiens : en 1990, la commission Dubin rend son rapport.. En parallèle, l'opinion publique, des chercheurs et des journalistes s'emparent du sujet, ce qui fait monter le dopage dans le débat public du monde occidental. Le scandale se démarque par un jugement unanime et très rapide et des sanctions très lourdes.