L'église paroissiale Sainte-Croix est l’église d’une ancienne abbaye bénédictine, dite « abbaye Sainte-Croix », située dans la ville de Quimperlé, dans le département français du Finistère en région Bretagne.
La tradition veut qu'elle ait été fondée en par saint Gurloës grâce à une donation du comte de Cornouaille Alain Canhiart ; en réalité, la fondation a probablement eu lieu dans les années -. Elle a été l'une des abbayes puissantes de Bretagne et possédait de nombreux prieurés et autres dépendances. Placée sous le régime de la commende en , l'abbaye décline quelque peu, jusqu'à sa reprise en main par la congrégation de Saint-Maur en .
L'abbaye est supprimée lors de la Révolution française. Elle possédait une vaste bibliothèque, riche en manuscrits anciens et précieux ; ce trésor littéraire fut alors pillé et dispersé. Seul le cartulaire de Sainte-Croix de Quimperlé fut sauvé de la destruction par Le Guillou, médecin à Quimperlé.. Les bâtiments sont ainsi conservés mais réaffectés à de nouvelles fonctions, puis plus tard protégés au titre des monuments historiques.
Cependant, le clocher construit au sommet de la rotonde par les Mauristes fragilise celle-ci, et les travaux de restauration ne peuvent empêcher son effondrement le à midi. Il détruit dans sa chute la plus grande partie de l'église, dont ne demeurent intacts que le chœur des moines et la crypte située en dessous. L'édifice est reconstruit à partir de sur des plans d'Émile Boeswillwald par l'architecte diocésain Joseph Bigot.
L'église abbatiale est construite à la fin du dans un style roman. De plan centré avec une rotonde, il s'agit du seul cas connu en Bretagne avec celui de la rotonde de Lanleff. De nos jours, de nombreux éléments d'origine ainsi qu'un riche mobilier sont remarquables au sein de l'édifice.
Situation géographique L'abbaye est située à Quimperlé dans le département du Finistère. Elle se trouve au confluent des rivières Isole et Ellé, qui, forment ensemble la Laïta, navigable jusqu'à la mer, à une dizaine de kilomètres. Grâce au creusement de douves qui rejoignent l'Ellé et l'Isole, son territoire est une île artificielle, protégée des terres environnantes. Pouvant servir de port grâce à la Laïta, et située sur l'axe de passage de Quimper à Nantes, l'établissement religieux est à l'origine du développement de la ville de Quimperlé.
alt=Photographie ancienne d'une église surmontée d'un gros clocher carré|vignette|200px|L'abbaye avant 1862, avec le clocher construit par les Mauristes.
Histoire La fondation Une légende voit dans l'abbaye de Quimperlé l'héritière d'un monastère préexistant, fondé au par Gonthiern, prince de Grande-Bretagne en exil, au lieu-dit Anaurot. Ce monastère aurait été détruit en par les Normands. Le comte de Cornouaille Alain Canhiart (-), accompagné par son frère l'évêque de Cornouaille Orscand, est le fondateur de l'abbaye actuelle. Le cartulaire de Quimperlé indique que l'abbaye a été fondée le , jour de la fête de l'Exaltation de la sainte Croix, après une maladie du comte ; cependant, il s'agit sans doute d'une falsification dans le cadre d'un conflit avec l'abbaye Saint-Sauveur de Redon, et la date réelle de la fondation est plus probablement située aux alentours de -.
En revanche, il est certain qu'en , l'église est restaurée, à l'occasion de l'élévation dans la crypte des reliques du premier abbé, Gurloes, ancien moine de Redon, mort en , dans une vaine tentative de promouvoir son culte : le pape Urbain II s'oppose à ce culte, pour défaut de miracles dûment constatés. Le commanditaire de ces travaux est sans doute Benoît, fils du fondateur Alain Canhiart, ancien moine de Landévennec devenu abbé de la fondation familiale. Son abbatiat est une période prospère pour l'abbaye, dont le temporel se développe : elle compte à la fin du quatorze dépendances entre Nantes et Concarneau, ainsi que des possessions à Belle-Île-en-Mer. Ces possessions font l'objet d'un procès avec l'abbaye de Redon dans la décennie . À cette époque, l'abbaye Sainte-Croix de Quimperlé est favorisée par l'évêque Robert.
Les bâtiments ne connaissent guère de transformations de la fin du jusqu'au , date à laquelle un retable est installé dans l'entrée ouest. La chapelle septentrionale est rebâtie en .
De la commende à la réforme des Mauristes
Placée sous le régime de la commende en , l'abbaye connaît un déclin relatif, qui se traduit par un moindre entretien des bâtiments, notamment de l'église. Le trésor disparaît. Quant à la crypte qui abrite les reliques de saint Gurloës, elle devient un lieu de rendez-vous.
À partir de , l'abbaye appartient aux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, qui y rétablissent la vie régulière suivant la règle de saint Benoît. Ils mènent de lourds travaux de réfection des bâtiments, notamment des bâtiments claustraux, et ajoutent à l'église une tour lanterne de de haut. Ils renforcent et stabilisent par la suite sa structure, et créent un nouveau porche rectangulaire.
Les bâtiments après la suppression de l'abbaye L'abbatiale devient une église paroissiale en et subit une première restauration en . Elle est classée dès , sur la première liste des monuments historiques.. En , la commission des monuments historiques s'alarme de l'état de l'édifice, et Prosper Mérimée y déclare que les habitants des maisons voisines avaient dégradé les supports et contreforts. Un projet de restauration est confié à Jean-Baptiste Lassus, inspecteur des bâtiments civils, qui recommande en la suppression de la tour afin de sauvegarder l'édifice. Il se voit opposer un refus par la municipalité qui en est propriétaire et par le clergé. alt=Photographie ancienne d'une église partiellement effondrée|gauche|vignette|190px|L'abbatiale après l'effondrement du clocher en 1862. À défaut, une consolidation des supports est entreprise en , mais la tour s'effondre vers le sud lors du décintrement des doubleaux, le à , tuant deux personnes et entraînant la destruction d'une majeure partie de l'abbatiale. Seuls la crypte, la partie basse du chevet et le portail nord subsistent intacts.
Après des hésitations quant à l'opportunité de rebâtir l'édifice, le chantier est confié à Émile Boeswillwald pour les plans et à Joseph Bigot pour l'exécution. L'église est reconstruite entre et . Il faut d'abord détruire à la dynamite ce qui reste des voûtes et le portail nord, trop fragilisés, avant de reprendre la construction depuis les fondations. S'il respecte le plan d'origine et les lignes générales de l'élévation, l'architecte prend de grandes libertés malgré l'existence de relevés et de photographies, notamment dans les archives des monuments historiques, en faisant « une restitution archéologique approximative ». Il surélève notamment le sol de la croisée pour donner directement accès à la crypte, masquant ainsi le chœur des moines depuis l'entrée et perturbant considérablement la perspective ascendante qui existait jusqu'alors.
Les bâtiments claustraux sont transformés à partir du : le pavillon à l'angle sud-est accueille le tribunal d'instance dans la première moitié du siècle, avant d'être détruit dans les années afin de construire un bâtiment pour la Poste. Le logis abbatial devient l'Hôtel du Lion d'or à la fin du , et un étage lui est ajouté. Le cloître est inscrit monument historique le ..
Un clocher-peigne est élevé en au-dessus du pignon de la façade ouest. Un clocher isolé, dessiné par le chanoine Jean-Marie Abgrall, est édifié à l'est du chevet en ..
Seconde Guerre mondiale Pendant la Guerre, la Gestapo utilise l'Abbaye pour torturer des résistants.
Vie de l'abbatiale aujourd'hui L'ancienne abbatiale Sainte-Croix est aujourd'hui affectée à la paroisse Saint-Colomban en Pays de Quimperlé. La messe y est célébrée tous les dimanches matin à ..
Liste abbés
Les abbés du monastère
Les possessions de l'abbaye alt=Photographie d'une façade d'église en ruine|vignette|Les ruines de l'église Saint-Colomban de Quimperlé, ancien prieuré de l'abbaye. Fondée par la famille des comtes de Cornouaille, devenue ensuite famille ducale, l'abbaye de Quimperlé bénéficie de la générosité de ses protecteurs et accumule dès le un domaine particulièrement riche. Parmi ses possessions, on compte de nombreux prieurés : celui de Lanchaillou de Nantes, peut-être aujourd'hui Saint-Félix, donné par l'évêque Quiriace en ; le prieuré de Saint-Cado de Belz ; le prieuré de Saint-Gérand du Palais, le prieuré de Sauzon ; le prieuré Saint-Ronan de Locronan, donné par le duc Pierre de Dreux ; le prieuré Saint-Laurent de Locamand en Fouesnant, qui devient au la propriété des Jésuites de Quimper ; le prieuré de Saint-Guthiern de Doëlan ; le prieuré de Landujen en Duault ; le prieuré de Notre-Dame de Locmaria ; le prieuré de Notre-Dame de Locmariaquer, qui passe ensuite aux mains de l'abbaye de Redon ; le prieuré de Saint-Michel des Montagnes, sur l'île Saint-Michel, à Ploemeur ; le prieuré de Saint-Gurthiern dans l'île de Groix ; les prieurés Saint-Colomban et Sainte-Catherine à Quimperlé ; le prieuré de Saint-Gilles de Pont-Briant en Guiscriff et le prieuré Sainte-Catherine du Grillaud à Chantenay.
L'abbatiale dispose aussi de plusieurs seigneuries, parmi lesquelles celle de Belle-Île-en-Mer qui fait l'objet d'un procès avec les moines de Redon dans les années . Cette possession est cédée dans les années - à la famille de Gondi, contre des seigneuries à Callac et à Houzillé, près de Vitré.
Description L'église alt=Photographie en noir et blanc d'une église en forme de rotonde|droite|vignette|L'église vue depuis le nord par Mieusement.L'église est construite sur un plan original : elle marie une rotonde de plan circulaire particulièrement ample à un plan cruciforme également important : autour de la rotonde, un collatéral annulaire donne accès au portail occidental et à trois chapelles au nord, au sud et à l'est. La chapelle orientale est la plus importante ; elle abrite le chœur des moines. L'axe nord sud atteint et l'axe est ouest . La coupole qui couvre la rotonde atteint de hauteur, et le collatéral annulaire qui en fait le tour . La crypte alt=Photographie d'une crypte-halle avec des gisants au centre|vignette|La crypte.La crypte du , située sous le chœur des moines, est demeurée intacte après l'effondrement de . Construite sur un plan de crypte-halle, elle comporte trois vaisseaux et quatre travées et s'achève en abside. Longue de et large de , elle est couverte de voûtes d'arêtes qui retombent, au centre, sur six colonnes cylindriques, à l'est, deux supports composés de quatre colonnettes engagées sur un cœur cylindrique, et le long des murs sur des colonnes engagées.
Comme la crypte n'a guère souffert de l'accident de , les dix-huit chapiteaux sont tous d'origine, de même que les bases des colonnes. Les chapiteaux des colonnes engagées sur les murs latéraux sont épannelés en tronc de cône, tandis que ceux des colonnes qui séparent les trois vaisseaux ont un épannelage cubique. Ils sont sculptés de motifs végétaux d'inspiration corinthienne, avec des bouquets de feuilles d'acanthe. Ils se répondent deux à deux : ceux de l'entrée, puis ceux des murs extérieurs ensemble et ceux des colonnes ensemble. La complexité de leur décor est proportionnelle à la proximité du tombeau de saint Guthiern.
Les bases des colonnes sont également sculptées. De forme tronconique, elles ont reçu un décor d'entrelacs végétaux, comme à Landévennec ou à la crypte de la cathédrale de Nantes.
Le chœur des moines