Les Temps nouveaux est une publication anarchiste française fondée en 1895 par Jean Grave et disparue en 1921. Il fait suite aux journaux Le Révolté et La Révolte.
Au moment de son interruption en août 1914, l'hebdomadaire totalise 982 numéros ainsi que deux numéros spéciauxRené Bianco, Répertoire des périodiques anarchistes de langue française : un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983, Aix-Marseille, 1987..
Les Temps nouveaux est également une maison d'édition : elle publie entre autres 72 brochures tirées chacune à exemplairesCatalogue général des éditions et collections anarchistes francophones : notice bibliographique.Alain Accardo, Albert Libertad, Gaetano Manfredonia, Le culte de la charogne, Marseille, Agone, coll. « Mémoires Sociales », 2006 .
La plupart des contributeurs du journal, jusqu'alors pacifistes, se rallièrent au parti des Alliés lors de la Première Guerre mondiale, notamment à travers le Manifeste des Seize et la parution en mai 1916 de bulletins favorables à l’Union sacrée.
Histoire vignette|290px|Jean Grave dans les bureaux de la rédaction des Temps Nouveaux, par Georges Willaume (dessin intitulé « Un repaire de malfaiteurs », 1897) Notice œuvre n°9, extrait catalogue numérisé du musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq.. vignette|290px|Les Temps nouveaux, une du .
Première époque (1895-1914) Dans le contexte de l'après « procès des Trente », le premier numéro de l'hebdomadaire Les Temps nouveaux parait le samedi avec un supplément littéraire. Le siège parisien est situé au 140 rue Mouffetard, local que Grave occupe depuis .
Il comprend d'abord 4 pages puis, à partir de , huit pages. Le bureau d'édition rencontrant des difficultés financières, la parution du support devient bimensuelle de à , avant de redevenir hebdomadaire jusqu'à son dernier numéro d'avant guerre, daté du Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Gallimard, coll. « Tel », 1992 ..
Le siège de la rédaction déménage en 1902 au 4 rue Broca.
Les Temps nouveaux fait suite aux journaux Le Révolté et La Révolte. Ses débuts sont modestes, avec un budget au lancement d'environ répartis ainsi : envoyés par un camarade de Buenos Aires, représentant les droits d'auteur de Jean Grave sur son livre La Société mourante et l'anarchie et quelques centaines de francs récoltés par les compagnons. Contrairement à l'usage dans la presse anarchiste de l'époque, les articles sont désormais signés afin Les Temps nouveaux, n° 48, 26 mars- avril 1904.
Le premier numéro est tiré à exemplaires. Ses débuts sont encourageants mais dès le numéro 29, son tirage tombe à puis à quelque temps après, avant de se stabiliser autour des exemplaires. La situation financière du journal devient alors préoccupante. Le journal ne put survivre, pendant vingt ans, que grâce à la ténacité de Jean Grave, d'un réseau de solidarité actif et de publications annexes (ouvrages, brochures, cartes postales, lithographies).
En vingt années, les contributeurs du journal furent nombreux, certain seulement passager. Aux côtés de Jean Grave, Élisée Reclus ou Pierre Kropotkine, collaborèrent William Barbotin, Édouard Couturier, Paul Delesalle (assistant de Grave jusqu'en 1906), René de Marmande, Warlaam Tcherkesoff, André Girard, les docteurs Marc Pierrot, Max Clair et Michel Petit, Charles Desplanques, Pierre Monatte ou encore Amédée Dunois (remplaçant de Delesalle à partir de 1907). La liste des collaborateurs donnée dans le premier numéro comporte également les noms suivants : Paul Adam, Jean Ajalbert, Charles-Albert, Victor Barrucand, René Chaughi, Lucien Descaves, Oswald Heidbrinck, Jean-Charles Fortuné Henry, Théodore Jean, Bernard Lazare, Octave Mirbeau, Félix Nadar, Adolphe Retté, Marc Stéphane, Henri RainaldyBéatrice Vernier-Larochette, Les anarchistes et Zola : haine ou simple mésentente ?, Acta Fabula, vol. 8, n°4, septembre 2007, lire en ligne..
Titres, rubriques et tirés à part étaient illustrés entre autres par Charles Angrand, Hermann-Paul, Félix Lochard, Maximilien Luce, Camille Pissarro, Ludovic-Rodo Pissarro, Auguste Roubille, Paul Signac, Théophile Alexandre Steinlen, Félix Vallotton et, à partir de , par Jules Grandjouan.
Bulletin des Temps nouveaux (1916-1919)
De 1916 à 1919, Jean Grave publie le Bulletin des Temps nouveaux qui prolonge le Manifeste des Seize qui rassemble des personnalités du mouvement libertaire, qui prennent parti pour le camp des Alliés et contre l’« agression allemande » lors de la Première Guerre mondialeJean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, de 1914 à nos jours, tome 2, Paris, Gallimard, 1992, page 15.. Parmi les auteurs : Christiaan Cornelissen, Pierre Kropotkine, Charles-Ange Laisant, Maximilien Luce, Charles Malato, Paul Reclus, Varlam Tcherkezichvili, Émile VerhaerenRené Bianco, 100 ans de presse anarchiste : Temps nouveaux - Bulletin..
Seconde époque (1919-1921) Après la Première Guerre mondiale, la revue reparait, se voulant la continuatrice des Temps Nouveaux d’avant-guerre. Son comité de rédaction était composé de Jean Grave, Warlaam Tcherkesoff, Jean Wintsch, Christiaan Cornelissen, Émilio Costa, Jules Moineau, Marie Isidine, Charles Malato, Paul Reclus, J. Zielinski, Auguste Bertrand, Cleuet, Le Levé, Marc Pierrot, Charles-Ange Laisant, Charles Desplanques, Paul Gille, P. Richard, A. Depré, Jacques Reclus et Jacques GuérinLa presse anarchiste : Les Temps nouveaux..
Tous les membres de cette rédaction avaient été signataires ou co-signataires du Manifeste des Seize, une partie assez importante de la revue étant consacré à justifier leur attitude pendant la guerre.
Jean Grave claque la porte le , et entreprend la rédaction d'un nouveau bulletin intitulé Publications de la Révolte et des Temps Nouveaux jusqu'en ().
Au bout de 24 numéros Les temps nouveaux disparaissent après une dernière livraison datée juin-, sans doute faute de fonds suffisant. La plupart des membres de la rédaction se retrouveront dans Plus Loin, animé par Marc Pierrot.
Brochures et tirés à part vignette| Georges Willaume : « Entre paysans » (1897), couverture de la brochure . vignette| La vérité sur l'affaire Ferrer, publication du bureau "Les Temps nouveaux" (, 1910), dessin de Maximilien Luce. Jean Grave était à la tête d'une structure éditoriale qui a peu à peu largement misé sur la diffusion de livres, brochures, affiches, almanachs, et cartes postales, vendus à très bas coût. Il en a appelé à un réseau étendu de sympathisants militants et a lancé le « Groupe de propagande par la brochure ». Le but était d'atteindre 500 souscripteurs s'engageant à verser 12 francs par an. De son côté, Grave s'engageait à récompenser chaque militant capable d'enrôler 10 souscripteurs sous la forme d'envois de brochures supplémentaires, d'estampes, de cartes« Groupe de propagande par la brochure », avis publié en page 2 de chaque brochure — sur Gallica..
L'ensemble de ces 72 brochures sont des tirés à part, publiés par les éditions , publications en général numérotées et vendues 10 centimes l'exemplaire. Certaines son assorties d'une illustration constituant une couverture dessinée, et quelques auteurs signent sous pseudonymes« Temps nouveaux, publications des (1896-1914) », base CGECAF..
Par ordre chronologique : Augustin Hamon, Patrie et internationalisme, , 1896 Elisée Reclus, L'Anarchie, , 1896 Tcherkesov, Pages d’histoire socialiste, I : doctrines et actes de la social-démocratie, , 1896 Paul Delesalle et Rémi L., Les Révolutionnaires au congrès de Londres. Conférences anarchistes, , 1896 Errico Malatesta, Entre paysans, , 1897 André Girard, Éducation et autorité paternelle, , 1897, . Georges Etiévant, Déclarations, , 1898 Elisée Reclus, À mon frère le paysan, , 1899 Ferdinand Domela Nieuwenhuis, L'Éducation libertaire : conférence, , 1900 Joseph Déjacque, L'Humanisphère, [Bruxelles], , Ferdinand Domela Nieuwenhuis, Le Militarisme et l'attitude des anarchistes et socialistes révolutionnaires devant la guerre, , 1901 Charles-Albert, Patrie, guerre et caserne, , 1902. Léonard, L'Élection du maire de la commune par le nouveau conseil municipal : farce électorale, , 1902 Léonard, Le Tréteau électoral : farce politique et sociale contre tous les candidats, , 1902 Pierre Kropotkine, Communisme et anarchie, , 1903 Auguste Bertrand [G. Pernet], La Vérité sur l'affaire Ferrer, , 1910. Michel Petit [Edmond Duchemin], Le Nourrisson, , 1911 André Girard, L'Enfer militaire, , 1911 Louis Blanc, Quelques vérités économiques, , 1911 Pierre-Joseph Proudhon, La Royauté du peuple souverain, , 1912 René Chaughi, Les trois complices, , 1912 Pierre Kropotkine, La Guerre, , 1912 Pierre Kropotkine, La Loi et l'Autorité, , 1913 Pierre Kropotkine, Le Principe anarchiste, , 1913
Album de lithographies Entre et , trente lithographies et une gravure sur bois originales, en noir, sont tirées par Les Temps nouveaux, imprimées chez Tailliardat, avec un tirage moyen de 150 exemplaires sur papier Hollande au prix de vente de 1,25 franc (3,25 francs sur papier Chine). Jean Grave souhaitait proposer à ses lecteurs des images artistiques de haute tenue, et avait consulté William Morris (mort en 1896), en vue d'une couverture à ce qu'il envisageait déjà comme un album. Le choix des artistes doit beaucoup à Félix Fénéon. Durant l'année 1896, cinq lithographies sont proposées à la vente via un encart dans le journal et connaissent le succès, au point que le tirage unitaire passe à 250. L'ensemble sera finalement réuni en album en seulement, et proposé à la vente, avec un frontispice lithographié d'Auguste Roubille. Sur ce, dix-huit images sont reproduites en carte postale en 1904, imprimées chez Berger. Par ailleurs, des lithographies en couleurs sont éditées comme suppléments à la revue réunie en volumes et intitulées Les Temps nouveaux, dont celle de Steinlen, Luce, C. Pissarro, Lebasque, et Georges WillaumeJanine Bailly-Herzberg, Dictionnaire de l'estampe en France 1830-1950, AMG/Flammarion, 1986, ..
Notes et références
Annexes Bibliographie et sources Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Gallimard, coll. « Tel », 1992, . René Bianco, Répertoire des périodiques anarchistes de langue française : un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983, Thèse de doctorat, Université d’Aix-Marseille, 1987, Les Temps nouveaux. René Bianco, Répertoire des périodiques anarchistes de langue française : un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983, Aix-Marseille, 1987 Publications des Temps nouveaux. Sylvie Gonzales, Bertrand Tillier, Des cheminées dans la plaine : Cent ans d'industrie à Saint-Denis, 1830-1930, Créaphis, 1998, texte intégral. Catalogue général des éditions et collections anarchistes francophones : notice bibliographique.
Radiophonie Jean Lebrun, Philippe Pelletier, Les anarchistes : le moment terroriste, et après ?, France Inter, , écouter en ligne.
Articles connexes Anarchisme Presse anarchiste - Les Hommes du jour Marie Goldsmith - Madeleine Vernet
Liens externes
Numéros numérisés des Temps nouveaux dans Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF. Numéros du supplément littéraire des Temps nouveaux dans Gallica. Les quatorze premiers numéros des Temps nouveaux lisibles en ligne.
Les Temps nouveaux * Catégorie:Presse anarchiste en France Catégorie:Revue illustrée par des gravures Catégorie:Titre de presse créé en 1895 Catégorie:Titre de presse disparu en 1921