L'autodrome de Linas-Montlhéry est un circuit ayant accueilli des courses automobiles, motocyclistes et cyclistes, situé dans l'Essonne sur les communes de Montlhéry et de Linas. Construit en 1924 par l'architecte Raymond Jamin, sous l'impulsion de l'industriel Alexandre Lamblin, il a reçu le label « Patrimoine du xx siècle »Monuments labellisés Patrimoine du siècle en Essonne sur le site du ministère français de la Culture (voir archive). Il appartient depuis 1973 à l'Utac, propriétaire aussi du circuit de Mortefontaine (Ceram) dans l'Oise.
Histoire Situation L'autodrome est initialement situé en Seine-et-Oise (à présent dans le département français de l'Essonne) et dans le canton de Montlhéry (aujourd'hui sur le canton de Longjumeau), centré sur la commune de LinasDes appellations trompeuses - Le Parisien, 3 octobre 2007Patrimoine - Site officiel de la ville de Linas, à cheval sur celles de Bruyères-le-Châtel et d'Ollainville, appelé familièrement « autodrome de Montlhéry », du nom du chef-lieu de canton.
Naissance d'un circuit automobile innovant vignette|gauche|Travaux de construction en 1924. vignette|Pierre de Vizcaya et sa Bugatti en juillet 1925, sur la rampe descendante de Linas-Montlhéry (à gauche, la rampe montante). L'autodrome ouvre en 1924, sous l'impulsion d'Alexandre Lamblin. Cet inventeurAlexandre Lamblin, un inventeur avant tout - Blog Autodrome et industriel, né en 1884, a fait fortune en fabriquant des radiateurs pour les avions, puis pour des automobiles ; passionné de sports, il possède un journal spécialisé : L'Aéro« Alexandre Lamblin, le "papa" du circuit », Le Parisien, 7 juin 2014.
En ce début des années 1920, l'industrie automobile est en effervescence, cherchant à battre des records, notamment de vitesse. Les défis alors inédits, tels que des courses entre une voiture et un avion, sont à la mode et intéressent le grand public.
La Grande-Bretagne possède depuis 1907 le circuit de Brooklands, les États-Unis disposent du circuit d'Indianapolis, construit en 1911, l'Italie utilise celui de Monza, ouvert en 1922.
En 1922, Alexandre Lamblin, avec l'équipe de l'Aéro, imagine de créer un lieu consacré à tous les sports ; il fait l'acquisition, en 1923, d'un terrain situé sur le plateau de Saint-Eutrope, à Linas, village traversé par la route nationale 20, situé entre Longjumeau et Arpajon. Les terrains sont peu coûteux et proches (à une trentaine de kilomètres) de Paris. Deux projets sont étudiés, le moins onéreux est retenu. Il consiste en un anneau de vitesse de deux kilomètres et demi, occupant le plateau de Saint-Eutrope. L'anneau sera étendu et complété par la suite d'un circuit routier construit sur deux des communes limitrophes de Linas.
Le plateau de Saint-Eutrope se rattache géographiquement au Hurepoix, dans l'ancienne forêt d'Yveline. Ancien emplacement de la seigneurieJean Lebeuf, Histoire du diocese de Paris, tome X, Prault, 1757 et du château de FayLa seigneurie du Fay à Linas () - Chronique du Vieux Marcoussy, site personnel, janvier 2009, il est alors vaste, boisé, peu habité et peu construit : une maison de maître (le château de Saint-Eutrope)Linas - France, le trésor des régions, proche de Linas, ainsi que la ferme du FayLa curieuse histoire de l'autodrome de Montlhéry 4/4 - André Major, L'Aéro, 29 novembre, 6, 13 et 20 décembre 1935, au nord-ouest.
Pour Alexandre Lamblin, l'anneau de vitesse est central, essentiel ; il y voit , La curieuse histoire de l'autodrome de Montlhéry 1/4 - André Major, L'Aéro, 29 novembre, 6, 13 et 20 décembre 1935.
Dessiné par l'architecte Raymond Jamin, l'anneau de vitesse de la piste prend donc une forme ovale, comportant deux lignes droites de cent quatre-vingts mètres de distance. Il présente la particularité, notable, de virages concaves ; leur forme parabolique cubique à axe vertical comporte un raccord tracé selon une spirale logarithmique. Le dessin vise à permettre à des véhicules d'une tonne d'atteindre une vitesse de au sommet des virages. Le circuit, mesuré sur son axe médian, développe exactement .
La construction de la piste de vitesse construite sur une charpente à la fois métallique et en béton débute le .
Mille tonnes d'acier et huit mille mètres cubes de béton sont nécessaires aux deux mille ouvriers pour réaliser l'ouvrage, les travaux durant six mois. L'usage d'éléments préfabriqués en font un chantier d'avant-garde. Le revêtement Cold Asphalt recouvre les pistes, à l'exception des virages relevés, en béton.
L'autodrome est inauguré le .
vignette|800px|centré|Plan du circuit routier de l'autodrome de Linas-Montlhéry ().
Le temps des records vignette|Robert Benoist en 1925 : il quitte ici la piste de l'autodrome pour s'engager sur la route du circuit. La piste se révèle très réussie. Deux mois après son ouverture, une centaine de records est enregistréeL'Autodrome de Montlhéry fête ses 90 ans - MotorLegend.com, Vincent Desmonts, 9 juin 2014. Le circuit bénéficie de l'éclairage électrique qui permet de rouler de nuit et de tenter des records d'endurance. L'autodrome, ne provoquant pas de nuisance de voisinage, n'est pas freiné dans son développement.
Entre 1925 et 1939, 86 % des records mondiaux sont battus à l'autodrome de LinasAutodrome de Linas-Montlhéry - Structurae.
En 1925, l'extension du circuit, avec la piste de prolongeant l'anneau de vitesse, permet d'accueillir le Grand Prix de l’Automobile Club de France (ACF). Le pilote Antonio Ascari trouve la mort durant le Grand Prix inaugural.
À partir de 1930, le circuit est en compétition avec celui de Pau..
D'autres Grands Prix se succèdent à Linas, en 1931, en 1933 et en 1937.
Les difficultés entraînent la vente au Domaine national L'ajout du circuit prolongeant l'anneau de vitesse entraîne des surcoûts. L'entretien se révèle trop lourd financièrement.
L'accès aux installations reste difficile, malgré la RN 20. Linas n'est pas correctement desservie par le train, même si l'Arpajonnais, inauguré en 1894, relie Arpajon, au sud de l'actuel département de l'Essonne, à Paris, en passant par Linas. Cette ligne connaît des difficultés à partir de 1922.
La fiscalité directe prélevée sur l'autodrome ne lui permet plus d’être rentable et le , par jugement, le circuit est déclaré en faillite.
En 1928, les entreprises d'Alexandre Lamblin connaissent également des difficultés financières, le poids financier du circuit n'ayant pas arrangé les choses. Le , l'usine est mise en faillite. vignette|Publicité des huiles et carburants Olazur. Depuis 1930, l'industriel est gravement malade ; il liquide son journal L'Aéro-sport. Il meurt en 1933, au Touquet, des suites de sa maladie, ruiné et tombé dans l'anonymat.
En 1933, Citroën y installe une station d'essais pour ses véhicules, à l'initiative du colonel Pierre Prevost.
En 1936, l'autodrome est fermé. Le projet de loi prévoyant son acquisition par l'État n'est pas voté. La ligne de chemin de fer passant par Linas, l'Arpajonnais, cesse également.
Devant les frais d'exploitation élevés et l'état du revêtement de béton se dégradant et ne permettant plus de faire tourner les monoplaces à vitesse élevée, les administrateurs de l'autodrome doivent se résigner à sa vente en 1939. Les sept cent cinquante hectares du domaine sont acquis par le Domaine national qui les met à la disposition du ministère de la Guerre. En , l’état-major de l’armée de Terre y installe un camp d’entraînement, le centre d’organisation de motocyclistes et d’automitrailleuses de Montlhéry (COMAM).L’aspirant Maurice Druon y est affecté. Voir .
La guerre De à , l'autodrome fait fonction de camp d'internement. pour des tziganes et des nomadesL’internement des Tsiganes en France 1940-1946, la mémoire et l’oubli - Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz, 2004, sous la direction notamment d'Edmond Bertaux ; les hébergements militaires servent aux prisonniers Raymond Gurême et Isabelle Ligner, Interdit aux nomades, Calmann-Lévy, 2011 .. Ce camp était « dans l'enceinte de l'autodrome »Hommage aux Tsiganes internés à Linas- Montlhéry - Une stèle commémorative doit être érigée sur ce lieu de mémoire - « Pour que la mémoire ne s’échappe pas et que l’Histoire ne se répète pas » - MRAP, 30 novembre 2010, vraisemblablement situé intégralement sur la commune d’Ollainville à l'endroit qui accueille aujourd’hui le du trainOllainville - France, le trésor des régions.
Raymond Gurême fait partie des internés, Il s'échappe, est repris et finit en camp. Il en revient et, très tard, écrira un livre témoignage grâce à une journaliste qui fera ouvrir les archives, révélant ceux qui ne sont pas revenus, dont des enfants et des bébés ..
La Seconde Guerre mondiale a eu des conséquences lourdes pour le circuit : il se trouve fortement endommagé par manque d'entretien.
Après-guerre : l'expérimentation automobile, avec l'UTAC Dès mi-1944, les Américains utilisent l'autodrome comme réserve de carburant et camp de transit . Après la courte période de sa gestion par l'armée américaine, l'autodrome est remis à l'armée française (en particulier, sous la direction du colonel Antoine Peix).
En , l'État passe un contrat de gérance avec le CETAC. En contrepartie du versement d'une redevance annuelle aux Domaines, l'Union technique de l'automobile, du motocycle et du cycle (UTAC) obtient un bail de longue durée pour gérer au civil les pistes ainsi que les installations de l'autodrome, sous condition de sa remise en état, de l'entretien et de l'organisation de compétitions.
L'anneau ouvre de nouveau en , le circuit complet, en .
Ces travaux vont permettre au circuit de diversifier ses activités, en particulier dans les domaines techniques et expérimentaux (entre autres, les bancs d'essai de l'Auto-Journal). L'UTAC exploite l'autodrome essentiellement pour des essais techniques.
Désormais, le circuit est surtout consacré aux tests de constructeurs, par l'UTAC.
Louis Wagner en est le directeur durant les années 1950. L'ensemble est ensuite dirigé de 1964 à 1976 par Philippe Maillard-Brune, employé par l'UTAC, qui a notamment la charge de la destruction du château de Saint-Eutrope au début des années 1970, à l'abandon depuis la guerre et transformé alors en squat.
Au fil des années, sa réhabilitation voit, notamment, l'élaboration d'une tour de chronométrage en 1954 (concours de BP), d'une tribune de mille places, la construction de trente-quatre stands de ravitaillement avec stations de carburant en 1956 (concours d'Azur et de Total), la construction de deux passerelles enjambant les pistes (concours de Dunlop) afin de permettre au public de se déplacer, d'une chicane au Nord de l'anneau de vitesse, d'une bretelle à l'Est et d'une chicane supplémentaire dans sa partie Sud (longtemps remplacée par des bottes de paille). La surface des pistes sera rénovée, en particulier le circuit routier (entreprise Colas).
En 1963, le futur champion Jean-Pierre Beltoise découvre le métier sur la piste de LinasJean-Pierre Beltoise nous a quitté... - Autonewsinfo.com, 5 janvier 2015Jean-Pierre Beltoise, mort d'un survivant des courses automobiles - Bruno Lesprit, Le Monde, 5 janvier 2015.
L'UTAC rachète le site en 1973, via la Chambre syndicale des constructeurs automobiles.
À la suite d'accidents aux 24 Heures du Mans, après d'autres accidents mortels sur les circuits de vitesse et à la montée en puissance des machines de compétition, l'évolution des consignes de sécurité confronte l'autodrome à des homologations de plus en plus difficiles. En avril 1997, la Commission nationale des circuits de vitesse délivre son homologation. Le également, pour une durée de quatre ans Journal officiel de la République française, du .