Jean Seberg. Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API... (en anglais : Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API..), née le à Marshalltown dans l'Iowa et morte le à , est une actrice américaine qui passa une partie importante de sa carrière en France.
À la fois américaine et française, elle tient un premier grand rôle , celui de Jeanne d'Arc, qu'elle incarne dans le film Sainte Jeanne d'Otto Preminger. Elle enchaîne immédiatement avec Bonjour tristesse, toujours de Preminger, adaptation du succès littéraire de Françoise Sagan.
Mais c'est surtout À bout de souffle de Godard, en 1960, où elle partage l'affiche avec Belmondo, qui marque un tournant dans sa carrière et lui permet de devenir célèbre grâce à sa fraîcheur, sa beauté et sa spontanéité. Elle joue ensuite dans plusieurs films d'auteurs liés à la Nouvelle Vague ou expérimentaux, réalisés notamment par Claude Chabrol, Romain Gary ou Philippe Garrel.
Sa vie privée tumultueuse et son mariage avec Romain Gary, rencontré fin 1959, ont fait d'elle, au-delà d'une vedette de l'écran, une figure de la vie culturelle des années 1960. Elle est parmi les premières actrices à s'engager politiquement pour faire entendre la voix des Noirs américains dans un contexte de ségrégation raciale, faisant d'elle l'une des cibles les plus connues du projet COINTELPRO du FBI, en représailles à son soutien au Black Panther Party, notamment avec un acte de diffamation directement ordonné par J. Edgar Hoover..
En , sa mort mal élucidée met un point final mystérieux à son existence. Jean Seberg est décédée à l'âge de à Paris, la police française estimant qu'il s'agissait probablement d'un suicide. Son second ex-mari, Romain Gary, donne une conférence de presse peu après la découverte du corps, conférence au cours de laquelle il accuse directement la campagne du FBI d'être à l'origine de l'effondrement mental de Jean Seberg. L'écrivain explique alors comment le FBI avait fait circuler dans les médias de fausses rumeurs selon lesquelles la grossesse de Jean Seberg (consécutive à sa liaison avec Carlos Navarra, en 1970) était en réalité liée à un membre des Black Panthers. Puis Romain Gary explique comment le traumatisme causé par ces rumeurs et les médisances avait entraîné une surdose de somnifères pendant la grossesse de Seberg, et la mort de l'enfant. Gary affirme ensuite que Seberg avait tenté de se suicider à plusieurs reprises à la date anniversaire de la mort de l'enfant, le . Jean Seberg était alors séparée de son troisième mari, Dennis Berry, dont elle n'a jamais divorcé.
Biographie Enfance Jean Dorothy Seberg est la fille de Dorothy Arline (née Benson), institutrice remplaçante, et d'Edward Waldemar Seberg, pharmacien.... Sa famille était de confession luthérienne et d'origine suédoise, britannique et allemande. Seberg avait une sœur, Mary-Ann, et deux frères, Kurt et David, dont le plus jeune s'est tué dans un accident de voiture à l'âge de , en 1968..
Son grand-père paternel, Edward Carlson, arrive aux États-Unis en 1882. Constatant qu'il y avait, selon lui, trop de Carlson dans le Nouveau Monde, il change son nom de famille en Seberg en souvenir de l'eau et des montagnes de Suède. À Marshalltown, Jean Seberg garde Mary Supinger, de huit ans sa cadette, qui deviendra l'actrice de théâtre et de cinéma Mary Beth Hurt. Après le lycée, Seberg poursuit son cursus à l'université de l'Iowa pour étudier l'art dramatique, son objectif avoué étant de devenir une vedette de BroadwaySeberg in Films and Filming, , juin 1974..
Carrière 1956-1958 : Otto Preminger Seberg fait ses débuts au cinéma dans le rôle-titre de Jeanne d'Arc dans Sainte Jeanne (1957), d'après la pièce homonyme de George Bernard Shaw, après avoir été choisie parmi Maurice Guichard, Jean Seberg : portrait français, Éd. Jacob-Duvernet, 2008, . par le réalisateur américain d'origine autrichienne Otto Preminger, dans le cadre d'une recherche de talents de . Son nom a été inscrit par un voisin.
Lorsqu'elle est choisie pour le rôle, le , l'expérience de Seberg en tant qu'actrice consiste en quelques représentations dans les théâtres régionaux américains'Saint Joan' Chosen, The Spokesman-Review, 22 octobre 1956, . Le film lui procure une grande publicité, mais l'actrice affirme qu'elle est « embarrassée par toute cette attention ». Malgré un grand battage médiatique, que la presse considère comme une « expérience Pygmalion », le film et l'actrice reçoivent de mauvaises critiques. Sur cet échec, elle déclarera plus tard à la presse : « Je suis le meilleur exemple d'un fait bien réel : toute la publicité du monde ne fera pas de vous une vedette de cinéma si vous n'êtes pas aussi une actrice ».
Preminger promet de lui donner une seconde chance et fait jouer Seberg dans son film suivant, Bonjour tristesse (1958), qui est tourné sur la côte d'Azur en France d'après le roman éponyme de Françoise Sagan. Ce remarquable coup de chance se présente comme une ouverture majestueuse pour une jeune fille que rien ne prédestinait au métier d'actrice. Elle fait à cette occasion la couverture du des Cahiers du cinéma.. Preminger déclare à la presse : « Il est tout à fait vrai que si j'avais choisi Audrey Hepburn au lieu de Jean Seberg, le risque aurait été moindre, mais je préfère prendre le risque. (...) J'ai confiance en elle. Certes, elle a encore des choses à apprendre sur le métier d'acteur, mais Kim Novak aussi quand elle a commencé ». Seberg a de nouveau reçu des critiques négatives et le film a failli mettre fin à sa carrière.
Mylène Demongeot a rappelé lors d'une interview filmée en 2015 à Paris :
François Truffaut, alors critique de cinéma, fait néanmoins l'éloge de la collaboration entre Preminger et Seberg : « Le cinéma est un art de la femme, c'est-à-dire de l'actrice. Le travail du metteur en scène consiste à faire faire de jolies choses à de jolies femmes, et pour moi, les grands moments du cinéma sont la coïncidence entre les dons d'un metteur en scène et ceux d'une comédienne dirigée par lui. Griffith et Lillian Gish […] Rossellini et Magnani […], Fellini et Masina [...]. Nous pouvons désormais ajouter Preminger et Jean Seberg »..
Seberg renégocie son contrat avec Preminger et signe un contrat à long terme avec Columbia Pictures, pour laquelle elle tournera à Chicago le film policier L'Étrange Destin de Nicky Romano (1960) du réalisateur britannique Philip Leacock. Preminger avait une possibilité de l'employer dans un autre film, mais ils n'ont plus jamais travaillé ensemble. Son premier film pour Columbia est la comédie à succès La Souris qui rugissait (1959) de Jack Arnold, avec Peter Sellers. Jack Arnold a déclaré : « Le seul problème que j'ai eu à l'époque, c'est que Columbia a insisté pour que j'utilise Jean Seberg… Jean venait de tourner Sainte Jeanne (1957) et Bonjour tristesse (1958), fraîchement endoctrinée par le réalisateur Otto Preminger pour jouer au cinéma. Preminger était un crieur et un hurleur. Il attendait qu'elle devienne hystérique pour allumer la caméra. Je ne crie pas et je ne hurle pas, et c'était une nouvelle expérience pour elle. Parfois, il fallait vingt [prises] pour y arriver, mais on y arrivait… Elle est devenue par la suite une très bonne actrice ».
1959-1963 : Jean-Luc Godard Pendant le tournage de Bonjour tristesse, Seberg rencontre François Moreuil, qui deviendra son premier mari, et elle s'installe alors en France, où elle connaît enfin le succès en tant qu'héroïne des films de la Nouvelle Vague. Elle décroche le rôle principal de Patricia Franchini, vendeuse de journaux (le New York Herald Tribune) sur les Champs-Élysées dans À bout de souffle (1960), le premier long métrage de Jean-Luc Godard, aux côtés de Jean-Paul Belmondo.
Le tournage commence mal, les deux comédiens ne comprennent initialement pas la démarche de Godard. Alors que Belmondo se dit que le film ne sortira sans doute jamais, Jean Seberg, encore plus dépaysée, songe même à tout arrêter après son premier jour de tournage le . Elle ne supporte pas le réalisateur, « cet homme incroyablement introverti et d'aspect négligé, qui ne regarde jamais dans les yeux quand il parle ». Selon Antoine de Baecque, ce qui déroute l'actrice américaine est précisément que Godard dirige son tournage à l'inverse des règles établies et des traditions hollywoodiennes. Le , Seberg déclare « Je suis plongée dans ce film français et c'est une expérience bien longue et absolument folle : pas de spots, pas de maquillage, pas de son ! Une seule chose vaut la peine : c'est tellement contraire aux manières de Hollywood que je deviens totalement naturelle ».
Godard fait quelques concessions à l'actrice : il lui permet de garder avec elle sa maquilleuse, il renonce à faire d'elle une voleuse et ne lui fait pas endosser la panoplie complète de la femme fatale qu'auront plus tard Anna Karina ou Brigitte Bardot. Le tournage s'achève le et Jean Seberg se dit alors « passionnée par le style de Godard » et « prête à récidiver ». Le montage dynamique que fera Godard du film révolutionne le cinéma et le film deviendra l'un des plus influents de ces années-là, en France comme aux États-Unis.. Le public sera aussi au rendez-vous avec , ce qui place le film au rang du box-office France 1960...
À la fin du film, le personnage joué par Belmondo meurt abattu dans le dos dans la rue Campagne-Première à Paris. Alors que Jean Seberg s'approche de son corps, Belmondo balbutie avant de mourir « C'est vraiment dégueulasse », ce à quoi Jean Seberg répond, en regard caméra, « Qu'est-ce que c'est, dégueulasse ? », soulignant le fait qu'elle ne parle pas très bien français. L'extrait où Seberg dit cette célèbre dernière phrase sera de nouveau utilisé par Godard dans son film De l'origine du (2000), où le réalisateur, à l'aide de nombreux extraits des conflits armés du , donne un nouveau sens au mot « dégueulasse »... vignette|Jean Seberg en 1963. En 1963, Jean-Luc Godard retrouve Jean Seberg pour le sketch Le Grand Escroc du film collectif Les Plus Belles Escroqueries du monde. Seberg y retrouve le personnage de Patricia dÀ bout de souffle (cette fois affublé du nom de famille Leacock, en référence à Richard Leacock, un pionnier du cinéma-vérité), devenue reporter internationale pour la chaîne de télévision WXYZ de San Francisco qui débusque un faux-monnayeur (interprété par Charles Denner) dans le souk de Marrakech. Alors qu'initialement, Godard pensait retrouver Anna Karina à Marrakech qui devait y tourner mi-janvier 1963 le film La Danse des sept voiles, ce film est annulé et Karina décide de ne pas venir. Godard est alors « d'humeur massacrante » selon Raoul Coutard et se désintéresse du tournage et de ses acteurs, ce que Jean Seberg prend très mal. Le tournage part définitivement à la dérive quand le régisseur général est victime d'un accident de voiture en allant chercher des pellicules à Rabat. Le film sort fin août 1964 malgré le fait que Godard, détestant son propre sketch, a tout fait pour qu'il ne sorte pas en même temps que les quatre autres.
1961-1967 : Internationalisation, Lilith et Claude Chabrol L'actrice continue ensuite les films français. Après avoir joué dans Les Grandes Personnes (1961) de Jean Valère, aux côtés de Micheline Presle et Maurice Ronet, Seberg tient le rôle principal dans le premier film de Moreuil, La Récréation, de nouveau une adaptation d'une œuvre de Françoise Sagan. À cette époque, Seberg s'est éloignée de Moreuil et elle se souvient que la production était « un pur enfer » et qu'il « lui criait dessus ».