La tauromachie, du grec ancien , « taureau », et , « combat », qui implique dans certains cas la mise à mort du taureau en public comme dans la corrida, a une histoire riche en documents et traités.

L'incertitude demeure sur ses origines. Si l'ancêtre du taureau espagnol est connu : l'aurochs, sans doute à l'origine de la race du taureau de combat, dont des traces sont visibles dans les fresques de la grotte d'Altamira, le berceau de la corrida est inconnu car ses origines restent opaques. Après avoir relié les pratiques ancestrales des jeux taurins aux rites collectifs ou initiatiques de l'antiquité, les historiens tentent désormais d'en établir les origines, sur lesquelles il n'existe aucun document avant le Moyen Âge, ces documents étant contestés par certains historiens contemporains.

Des historiens, des chercheurs, ou des écrivains, ont appliqué à la corrida la notion de cérémonie sacrificielle des rituels antiques, ce qui a longtemps donné lieu à de multiples confusions. Les chercheurs contemporains écartent désormais unanimement cette théorie et l'existence d'un quelconque dieu taureau dans la corrida. La notion de culte sacrificiel avait été lancée par Michel LeirisÀ partir de 1926 à la suite d'une corrida vue à Fréjus en compagnie de Pablo Picasso, Pierre Bérard dictionnaire de la tauromachie suivie en France et en Espagne par de nombreux historiens jusque dans les années 1950. Cette théorie a été abandonnée.,.

Des documents visuels : peintures anonymes dès le , et dans les siècles suivants, des suites où les peintres décrivent toutes les phrases de la lidia : (Corrida de toros), La tauromaquia, La Tauromachie de Gustave Doré, et les peintures tauromachiques d'Édouard Manet, de Marià Fortuny, de E.L.Velázquez, de Picasso, permettent de comprendre l'évolution de la corrida.

De nombreux traités ont été rédigés par des ecclésiastiques sur la tauromachie à cheval dès les et , suivis au du célèbre traité de « Pepe Hillo » (1796) et de celui de Paquiro en 1836. L'histoire de la corrida est jalonnée de querelles d'experts, aussi bien sur la question des origines, que plus tard, sur ses héros (Rodrigo Díaz de Vivar) et sur les diverses informations venues de traités réputés indiscutables comme ceux de Pepe Hillo ou de Paquiro, qui font également objet de querelles d'experts.

Des données politiques, sans rapport direct avec la corrida, brouillent également son histoire avec des polémiques sur l'appartenance politique ou sur les motivations des toreros, des gouvernants, des citoyens ou des historiens, en France comme en Espagne.

vignette|upright|Peintures de la grotte d'Altamira : aurochs, sangliers, cervidés, bisons. Magdalénien, Paléolithique supérieur. vignette|upright|Peintures de la grotte d'Altamira.

Origines de la corrida Les origines de la corrida et son déroulement restent opaques. . Les fresques d'Altamira et d'Albarracín sont également citées par Robert Bérard pour souligner la complexité des liens entre culte du taureau et tauromachie, et aussi entre dieu-taureau et taureau de combat.

D'autres historiens comme Véronique Flanet et Pierre Veilletet soulignent encore la difficulté à dater précisément l'apparition de la corrida dans l'histoire : .

Bien que les « jeux taurins » et le culte du taureau aient eu une grande importance dans l'antiquité dans tous les pays du bassin méditerranéen, il semble difficile de lier leur existence avec les pratiques de la corrida espagnole d'après les études de la plupart des historiens contemporains. .

L'origine romaine de la tauromachie est réfutée dès le par un des premiers chroniqueurs Nicolás Fernández de Moratín dans : Lettre historique sur l'origine et les progrès des fêtes tauromachiques en Espagne écrite à la demande du prince Pignatelli (1777)Jean Testas, La Tauromachie, PUF, Que sais-je, Paris, 1974, 11.. Après lui, d'autres historiens réfuteront l'hypothèse de l'origine antique La Corrida, tragédie et art plastique, préface de Joseph Peyré, Éditions Prisma, Paris, 1952 10, et surtout de l'origine romaine : .

Du vignette|upright|El Cid Campeador combattant un taureau à la lance, gravure de La tauromaquia de Goya. La corrida moderne doit ses fondements aux jeux taurins organisés pour divertir la noblesse espagnole au Moyen Âge. Les nobles organisaient entre eux des chasses aux taureaux et des joutes équestres pendant lesquelles ils attaquaient le taureau à l’aide d’une lance.

Selon une chronique de 1124, « Alors que Alphonse VII se trouvait à Saldaña avec la jeune Doña Berenguela, fille du comte de Barcelone, entre autres divertissements, il y eut des fêtes de taureaux ». D'autres chroniques rappellent également que Le Cid était friand de ces jeux dont il aurait été l'inventeur.

Il existe peu de chroniques fiables sur cette période mal connue de l'histoire de la corrida. La plupart des textes sont des poèmes (quintillas), comme la Fiesta de toros en Madrid ou les Lettres historiques sur l'origine et les progrès des fêtes tauromachiques en Espagne écrites au à la demande du prince Pignatelli par Nicolás Fernández de Moratín ou encore des récits épiques. Parmi ces documents le plus souvent cité par les historiens de la tauromachie est la Charte historique sur l'origine et les progrès de la tauromachie (ou lettre historiques), dont certains points sont présentés comme relevant de la pure légende poétique, bien qu'ils aient été repris quelques années plus tard par Paquiro dans sa Tauromaquia completa notamment l'épisode qui présente Rodrigo Díaz de Vivar comme un héros de tauromachie. D'autres historiens au contraire le citent comme document sur cette époque.

vignette|upright|Gravure de Goya : Mort de l’alcade de Torrejón, Madrid (1815). Gravure de La tauromaquia de Goya.

La bravoure du Cid Campeador face au taureau est célébrée non seulement par Paquiro dans la Tauromaquia completa et dans son « discours historico-apologétique des fêtes taurines », mais aussi par d'autres chroniqueurs de l'époque qui s'en font l'écho et dont Paquiro affirme : .

Mais à l'exception de Jean Testas, nombreux sont les historiens modernes qui, ne trouvant pas de preuve formelle des exploits du Cid campeador, mettent en doute les descriptions faites par Moratín, et par Paquiro. Bartolomé Bennassar affirme n'avoir trouvé aucun document chez l'historien Ramón Menéndez Pidal accréditant cette version. Refilon affirme que , Jean-Baptiste Maudet reprend l'analyse de Bennassar sur le sujet.

Toutefois Pierre Dupuy a relancé le débat en se demandant si tant de témoignages du , et l'illustration de Goya ne relevaient que de la pure invention. Il souligne qu'on ne peut rien affirmer de manière péremptoire en l'absence de documents contestant les faits.

Au , le succès d'une fête royale reposait essentiellement sur un personnage inconnu dans les provinces du sud de la péninsule : le mata-toros. Cet homme était généralement originaire des Pyrénées, de Navarre ou de Biscaye, il était choisi avec soin par les souverains, bien payé, et il tuait vraisemblablement l'animal d'un jet de javelot, ce qui impliquait une grande robustesse de sa part.

Plus tard, Charles Quint sera grand amateur de ce spectacle lorsqu'il se présente sous forme de joutes équestres, c'est-à-dire des « jeux de toros » avec une codification précise dont l'habileté des cavaliers sera consignée dans de nombreux traités dès le par des ecclésiastiques.

vignette|upright|Corrida-Capea de village par Eugenio Lucas Velázquez, 1860.

On suppose que les Maures furent les premiers à utiliser des capes pour détourner le taureau, durant les attaques à la lance. Les Espagnols leur attribuent d'ailleurs une grande partie des origines de la corrida et reconnaissent leur avoir beaucoup emprunté.

À côté des spectacles « nobles » des cavaliers, les divertissements populaires les plus courants en tauromachie étaient les « capeas », fort dangereuses, nées spontanément des deux côtés des Pyrénées. Elles étaient l'ancêtre du "toreo à pied". Elle se déroulaient sur les places de villages, où les arènes, délimitées par des barrières en bois, étaient censées protéger le public. Les taureaux de combat que de petits éleveurs y produisaient étaient sans caste et avaient parfois déjà été toréés, ce qui les rendait encore plus dangereux. On toréait parfois plusieurs bêtes en même temps. Il y avait de nombreux morts.

Ces spectacles se déroulaient sur des places publiques afin de célébrer une victoire, ou pour des fêtes patronales. Elles n’étaient pas sans danger pour les spectateurs : Goya a représenté un accident survenu au cours d’une de ces fêtes, ayant entraîné la mort de l’alcade de Torrejón, gravure de La Tauromaquia intitulée « Accidents survenus dans les gradins des arènes de Madrid et mort de l'alcade Torrejón ».

La première à s'alarmer du danger que couraient les hommes dans de pareils jeux, aussi bien à cheval qu'à pied, fut dès le , la reine Isabelle la Catholique qui interdit les capeas de village ainsi que tout autre forme de course dans le but de protéger les êtres humains souvent tués ou blessés. Puis la reine les autorisa à nouveau lorsque les cornes des taureaux furent emboulées. Mais la plupart des rois catholiques se révélèrent impuissants à interdire ces jeux. L'interdiction fut assez rapidement contournée pendant des siècles et jusqu'en 1908 où on promulgua en Espagne une nouvelle loi d'interdiction des capeas, interdiction non suivie d'effet qui fut renouvelée par une loi en 1931, puis par le règlement officiel espagnol en 1962. Il faut attendre les années 1970 pour que cette interdiction des capeas prenne effet.

Les cavaliers pratiquent un combat à l’aide de lances, (ancêtre de la corrida de rejón et de la corrida portugaise), et dès le début du , la tauromachie à cheval de la noblesse commence à se codifier. Les traités de tauromachie équestre abondent à partir du : Libro de la montería de Gonzalo Ángel de Molina (1582), Libro de la gineta de España de Pedro Fernández de Andrade (1599), Libro de ejercicios de la gineta de Bernardo de Vargas Machuca (1600). Au ces jeux réservés à la noblesse connaissent un grand essor, et les publications de traités continuent avec notamment (en 1643), la publication du Traité d’équitation et diverses règles pour toréer(Ejercicios de la Gineta) d'un ecclésiastique Don Gregorio de Tapia y Salcedo.

vignette|upright|Philippe II d'Espagne par Sofonisba Anguissola.

Dans le même temps la pratique du « toreo » à pied devient spectacle autonome selon les archives municipales de Séville. cité par Bartolomé Bennassar p. 34. C'est ainsi que naît la tauromachie à pied, ses techniques et ses figures. Au on « courait » déjà le taureau dans les abattoirs et le public pouvait assister à ces manifestations au grand dam des autorités qui tenaient à interdire ces jeux taurins quotidiens. Le un rapport est présenté aux édiles : cité par Bartolomé Bennassar p. 34. Les dommages causés aux bâtiments viennent des jeunes gens qui escaladent les murs, se juchent sur les toits pour suivre les combats des hommes et des taureaux. Ce n'est que le qu'on s'interroge sur les effets de ces courses aux abattoirs sur la santé des hommes et que les édiles sont informés du .

Il faut donc interdire cette pratique, mais aussi, celle d'égale dangerosité qu'est la corrida à cheval. Le Pape Pie V s'en était déjà chargé rédigeant une bulle en 1566, De salute gregisTexte complet en français.. Mais le pontife n'a pu la publier parce qu'elle aurait fait scandale, le roi d'Espagne Philippe II, ayant envoyé un ambassadeur au Vatican pour négocier. Le roi faisait valoir que menacer d'excommunication les fidèles qui se rendraient aux corridas revenait à excommunier presque toute la nation espagnole.. D'autres papes se chargeront de modifier le texte de Pie V. Grégoire XIII en supprime une partie, Sixte V rajoute des interdits, et Clément VIII modifie le texte en 1596, en sorte qu'il n'interdit plus grand chose.