thumb|Allégorie de l'Amour et de la Sagesse, Isidoro Bianchi.
Le bondage est une pratique sexuelle sadomasochiste dans laquelle un des partenaires est attaché.
Outre les cordes permettant de ligoter son partenaire, le bondage fait appel à toutes sortes de moyens de contrainte, parmi lesquels les corsets, les sacs d'enfermement ou de suspension, les combinaisons de latex, les camisoles, le sac gonflable en latex, le vacuum bed, les minerves et autres carcans.
Le bondage a fait l'objet d'analyses psychologiques, philosophiques et psychanalytiques des processus de création artistique à l'œuvre dans la mise en scène de ces fantasmes.
Risques et mesures de sécurité Dans la communauté BDSM, des règles strictes de sécurité sont appliquées afin de limiter les risques, y compris en ce qui concerne le bondage. Bien que les accessoires de contrainte sont en vente libre, la pratique du bondage n'est pas sans risques.
Les mesures de sécurité relatives au bondage figurent dans des ouvrages relatifs au BDSM, dans des sites et des forums dédiés. La communauté BDSM participe activement à l'éducation de ses nouveaux membres, particulièrement en ce qui concerne ses normes relatives au consentement et à la sécurité. Outre les principes généraux de sécurité du BDSM (principes du safe, sane and consensual), les mesures suivantes sont généralement préconisées : ne jamais attacher sur le devant du cou ou entourer le cou ; ne jamais garroter un membre ; ne jamais laisser une personne attachée sans surveillance ; ne pas laisser une partie du corps devenir engourdie ; pas d'alcool ou de substance psycho active induisant une altération de l'état de conscience ; garder des ciseaux à proximité immédiate pour un dégagement rapide des sangles en cas d'urgence ; communication constante entre les deux partenaires, en particulier toute sensation de picotement ou de fourmillement dans un membre car ces sensations signalent la possible compression d'un nerf ou l'endommagement d'un vaisseau sanguin et doivent mener à l'interruption immédiate du jeu.
Ne pas consommer d'alcool ou d'autres substances susceptibles de modifier l'état de conscience, et donc la capacité à donner et à recevoir le consentement. Un état d'intoxication altère également la capacité à se concentrer sur ses sensations et à communiquer, ce qui s'avère particulièrement dangereux. La personne ligotée pourrait ne pas donner l'alerte à temps en cas de sensation de picotements, de fourmillements ou d'une perte de la sensibilité dans un membre.
Un couple non averti qui s'essaie à la pratique du bondage dans un cadre privé se met en danger s'il essaie de reproduire des images ou des vidéos qu'il aurait visionnées. En effet, des figures complexes sont réalisées par des professionnels du BDSM ayant une connaissance approfondie de l'anatomie humaine, de quel lien où nœud peut passer où sans danger majeur, quel accessoire utiliser pour quelle pratique, etc. : tenter de les reproduire en version DIY peut mener à la catastrophe.
De même, les pratiques d'auto-bondage sont considérées comme étant particulièrement dangereuses car elles impliquent d'enfreindre la règle selon laquelle il ne faut jamais laisser seule une personne attachée. Dans les cas de mort auto-érotique, on retrouve le corps entravé dans une pratique d'auto-bondage dans près de 40 % des cas.
Transcendance des images et lectures vers l’Eros Selon Freud Selon Freud, les images de supplices anciens ont pu déclencher chez l'humain des fantasmes de bondage, tout comme les lectures enfantines l'ont fait. Il évoque les premiers fantasmes de l’enfant qui se situeraient dès la cinquième ou sixième année, l’enfant ayant assisté à l’école à la fustigation d’autres enfants par le maître. Plus tard, selon lui, les enfants trouveraient de nouvelles stimulations dans la lecture de livres pour la jeunesse, comme ceux de la collection de la Bibliothèque rose, tels que La Case de l’oncle Tom ou des ouvrages analogues. Anne Larue, de son côté, donne pour exemple la série FantômetteGeorges Chaulet, né en 1931, publie la série des Fantômette dans la Bibliothèque rose de Hachette., publiée par Georges Chaulet à partir de 1961Anne Larue, Le Masochisme ou comment ne pas devenir un suicidé de la société, éditions Talus d'approche . Ces images peuvent aussi provenir de toute l'histoire de l'humanité et se référer à des supplices anciens, tels que les techniques de ligotage utilisées au Japon, appelées shibari (hojōjutsu), ou que les différentes formes de crucifiement jadis utilisées dans un cadre institutionnel.
L'image En choisissant de nommer L’Image un livre consacré au sujet, Catherine et Alain Robbe-Grillet ont souligné le fait qu'il s'agit d'images et de lectures qui représentent notre histoire et sont selon eux susceptibles de déclencher une sexualité parallèle. Ils permettent de comprendre que ces images, vectrices de sexualité, viennent de notre passé et sont produites par les écrivains, les peintres et plus récemment les photographes et les cinéastes. Il s'agit d'images, par exemple picturales ou cinématographiques, qui sont gravées dans la mémoire, constituent des lectures d'un vécu pouvant remonter à l'enfance et peuvent être à l'origine d'une sexualité parallèle.
Typologie
Au Japon : Agnès Giard, auteure française vivant à mi-temps au Japon, évoque aussi bien des pratiques ancestrales et répressives au Japon que la pratique érotique sadomasochiste d'aujourd'hui. Seiu Eto, qui fait ses premières photographies de femmes punies en 1919, est, selon Midori, le précurseur de la forme moderne du ligotage érotique japonais. En dehors du Shibari d'origine japonaise utilisant des cordes, le bondage fait appel à toutes sortes de moyens de contrainte, parmi lesquels les corsets, les sacs d'enfermement tels que ceux en latex, les sacs gonflables, le vacuum bed, les combinaisons de latex, les camisoles, les minerves et autres carcans, les cagoules, etc.
Histoire
Le bondage s'appuie sur des fantasmes qu'il met en scène, et qui peuvent se référer à des supplices anciens, tels que les techniques de ligotage utilisées au Japon (hojōjutsu), ou les différentes formes de crucifiement.
Le bondage compte des adeptes reconnus pour leur art, notamment en Europe, aux États-Unis et au Japon.
Les pratiquants de l’enfermement, de l’usage des camisoles et de toutes autres sortes d’accessoires de contrainte, ont nommé leurs pratiques , un terme qu'emploient également les fabricants internationaux spécialisés.
Aspects historiques des pratiques et des représentations Sacha Nacht fait remonter une des premières apparitions de pratique du bondage avant la lettre à Flavius Josèphe, selon lequel le frère d'Hérode, Phéroas, se faisait enchaîner par ses esclaves .
Selon Agnès Giard, .
Naissance du fantasme thumb|right|John Willie, Revue Bizzare.
Selon Roland Villeneuve, les procès en sorcellerie de l'Inquisition sont un ..
Selon Mo, .
Pour Roland Villeneuve, il y a dans ces supplices un érotisme morbide sous-jacent et un sadisme raffiné qui ont donné naissance à un fantasme. Dans Le Musée des supplices, il publie de nombreuses gravures anciennes, représentant des victimes immobilisées, attachées, crucifiées ou étirées, où les artistes ont transcendé les supplices en Œuvre d'artRoland Villeneuve, Le Musée des supplices, éditions Azur - Claude Offensttadt, collector tiré à 100 exemplaires 1968..
Le même auteur relève un trait paradoxal : dans les scènes d'exécution, , la douleur, le châtiment annoncé ou la peur transformant comme l'horreur en extase.
Michel Foucault cite ainsi le cas de François Billiard (1772), qui s'était poudré et frisé, portant une paire d'escarpins neufs pour son exécution. Il ajoute : .
Pour Theodor Reik, ..
Un exemple d'influence de ces scènes est celui de Virginie Despentes : ..
De même, plusieurs scènes aperçues ou vécues ont façonné la sexualité de Leopold von Sacher-Masoch : Sacher Masoch, Choses vécues, Revue bleue 1888, cité par Gilles Deleuze dans Présentation de Sacher-Masoch, le froid et le cruel, Éditions de Minuit, collection « arguments », 1967..
Les fabricants d'objets érotiques se sont adaptés à la demande des pratiquants du bondage et des sexualités plurielles : « ceintures de chasteté », « cage à forme humaine » (vierge de Nuremberg), « menottes de forçats, de galériens », « camisoles de force », ce que l'humanité a utilisé pour supplicier ou contraindre se trouvant ainsi copié de façon caricaturale, pour servir non plus à l'asservissement social de l'individu, mais à des jeux sexuels où les partenaires sont consentants.
Les artistes Eric Stanton et John Willie, ainsi que le photographe Charles-François JeandelBiographie et photos de Charles-François Jeandel., s'inspirant de l'Inquisition, représentent des suppliciés ludiques, attachés, emprisonnés par des accessoires copiés sur ceux de tortures anciennes. Gilles Deleuze note que . Ainsi, la Vénus au miroir du Titien serait l’une des premières images ayant marqué Leopold von Sacher-Masoch.
Dans le même sens, commentant l'exposition « Posséder et détruire : stratégies sexuelles dans l'art d'Occident » organisée par Régis Michel, Le Journal des Arts estime que « le sexe n’entre pas au musée, il y était déjà »Le Journal des Arts - - 28 avril 2000. À propos de L’enlèvement de Rebecca d'Eugène Delacroix, Régis Michel souligne dans le catalogue de cette exposition : Régis Michel - Posséder et détruire, Stratégies sexuelles dans l'art d'Occident - Chapitre "Le journal d’un masochiste" .
Les pratiques au Japon
vignette|Crucifiement au début de l'ère Meiji, Yokohama, Japon. À l'époque Edo (1603 - 1868), le ligotage est utilisé, sous le nom de zainin shibari (« le shibari des coupables »), comme technique de répression policière ; les techniques utilisées visent , citée par Agnès Giard.. La corde, qui symbolise la loi, apparaît alors comme le châtiment le plus terrible qui puisse frapper un être humainExtrait d'une interview de Denki Akechi..
Parmi les techniques utilisées, l'une des plus douloureuses consiste à attacher les avant-bras du prisonnier par derrière, en reliant ses chevilles et ses coudes. Une autre position - suruga doi - consiste à poser une énorme pierre sur le dos d'un prisonnier suspendu jusqu'à ce qu'il craque.
Ces techniques ont été reprises dans le kinbaku, un type de bondage sexuel japonais entrant dans le cadre de jeux sadomasochistes.
Midori relève à cet égard que remontent à une époque sombre où l'on torturait, capturait, entravait des prisonniers : le « hobaku-jutsu ». Le « hojo-jutsu » permettait d'utiliser la corde sur un adversaire déjà capturéMidori, ..
Dans l'imaginaire des pratiquants du bondage, une autre forme de supplice pratiquée autrefois au Japon tient une place de choix : il s'agit des crucifiements pratiqués pendant la période troublée par des guerres civiles de l'époque Sengoku, du milieu du au début du .
Selon Charles Alexander Moore, c'est au demeurant l’introduction du christianisme qui aurait influencé le Japon dans la pratique des crucifiements.
Selon Midori, Seiu Eto fait ses premières photographies de femmes punies en 1919. Il est, selon elle, le précurseur de la forme moderne du ligotage érotique japonais : .
Dans la mythologie