thumb|La grève des postiers - Photographie d'une salle de la Recette principale de la Poste de Paris, lors d'une grève des facteurs au début du . Les grèves des PTT sont des mouvements sociaux qui depuis le début du marquent particulièrement l'opinion publique. En effet, l'expression « passer comme une lettre à la poste » est née de la régularité de l'acheminement et de la distribution du courrier. Elle est globalement validée depuis la naissance de la Poste comme service public. Une grève qui survient au sein des PTT, maintenant La Poste, rompt ce pacte tacite entre l'expéditeur et le destinataire, par la défaillance du maillon intermédiaire essentiel aux relations sociales et à l'économie. La croissance d'autres moyens de communications ne semble pas encore avoir minoré drastiquement les effets d'un arrêt de travail prolongé dans ce secteur des échanges.

L'État, garant du service public et fort de la fonction régalienne de celui-ci, a longtemps dénié aux fonctionnaires des Postes et des télégraphes le droit de pouvoir se mettre en grève. À l'argument de la préservation de l'intérêt général se superposait un second grief envers une grève des postiers et des télégraphistes. Ceux-ci étant payé par lui, ne saurait se mettre en grève sans rompre le lien particulier qui aurait lié l'agent assermenté à son employeur, l'État patron. L'argument ne valait pas que pour les agents des PTT. Mais dans cette branche de la Fonction publique, il fut contesté de la façon la plus radicale par les salariés eux-mêmes: en faisant grève.

C'est une approche des principaux jalons des grèves postales qui est livrée ici.

1899 - 1914 La grève est interdite pour tous les fonctionnaires. Quand de personnel y recourt, il s'expose à des sanctions qui vont jusqu'à la révocation. De plus le droit syndical ne s'applique pas aux agents de l'ÉtatJeanne Siwek-Pouydesseau, Le syndicalisme des fonctionnaires, jusqu'à la guerre froide, 1848-1948, Presses universitaires du Septentrion, 1989, Villeneuve d'Ascq.Légifrance, Conseil d'État, 37317, publié au recueil Lebon.

Grèves partielles et parisiennes de facteurs thumb|Les dirigeants de la grève des facteurs parisiens d'avril 1906 : première grève de facteurs des postes à Paris RP (Recette principale, rue du Louvre). Grève partielle, pour une augmentation des salaires. Le sous-secrétaire d'État aux Postes et Télégraphes Léon Mougeot, fait appel à l'armée pour distribuer le courrier. 27 révocations et nombreuses autres sanctions. 11 - : Alors que toute la presse concentre ses articles sur la grève générale proclamée par la CGT pour le , des facteurs parisiens se mettent en grèveChristian Henrisey, Postiers en grèves 1906-1909, Comité d'entraide Sud-Est-PTT, Paris, 1995, 268 p.. L'année précédente, un syndicat s'est constitué parmi eux. Les grévistes veulent que l'administration reconnaisse leurs porte-paroles. Au contraire, le ministre des Travaux publics et des PTT, Louis Barthou refuse tout dialogue et laisse "pourrir" un mouvement qui touche surtout les moins âgés des facteurs. Pour finir, près de 300 révocations frappent les grévistes. Tous sont réintégrés les mois suivants, jusqu'au . Parmi les figures du syndicalisme postier, quelques-uns des facteurs sanctionnés: Jean PangraniNotice , in Le Maitron., Henri GrangierNotice , in Le Maitron., Louis SimonnetNotice , in Le Maitron.. Cette grève est restée très localisée et n'a impliqué qu'une catégorie du personnel postal.

Droit syndical dénié aux fonctionnaires Le , le gouvernement, présidé par Georges Clemenceau a proposé, quelques jours plus tôt, une loi portant sur les droits d'association des fonctionnaires. C'est en fait un texte restrictif et jugé tel par les "syndicalistes". 7 d'entre eux adressent une lettre ouverte à Clemenceau au nom d'un Cartel pour la défense du droit syndical. Tous les sept, l'instituteur Marius Nègre, l'employé de l'éclairage Émile Janvion et…cinq postiers sont révoqués sur le champ. Pour les postiers, sont ainsi sanctionnés le secrétaire de l'Association générale des agents des PTT, ClavierNotice , in Le Maitron., les facteurs Simonnet et Grangier, qui en sont à leur deuxième révocation, et deux commis des services ambulants, Paul Amalric et Paul QuiliciNotice , in Le Maitron..

Les grèves de l'année 1909

thumb|Le tri des lettres dans un wagon-poste par les postiers "ambulants". vignette|gauche|Grève des PTT de mars 1909, sacs et corbeilles de courrier en attente de la fin du conflit. thumb|Altercation entre une dame télégraphiste et Simyan, le sous-secrétaire d'État aux Postes et Télégraphes. Le préfet Lépine s'interpose. thumb|Clemenceau reçoit une délégation des grévistes le 22 mars 1909. Parmi eux, quatre femmes se sont imposées. thumb|Carte postale : la grève des postiers de mai 1909, vue par l'illustrateur humoriste Metteix Du au a lieu la première grève généralisée à tous les PTTChristian Henrisey, Postiers en grèves 1906-1909, op. cit.Danielle Tartakowsky, La Grève des postiers, DES, Université Paris-1, 1969. Voir aussi de la même autrice, l'article , , in l'Almanach de L'Humanité 1976.. Elle met en mouvement les télégraphistes, les agents des bureaux de poste, les postiers des services ambulants (les agents travaillant dans les wagons-poste), les dames employées du télégraphe et du téléphone, les ouvriers des lignes. Malgré une fermeté proclamée, malgré le soutien à cette politique obtenu à la Chambre des députés par Louis Barthou et Clemenceau, malgré des sanctions prises, la grève perdure. Née à Paris, elle s'étend aux principales villes de France, avec des points forts à Lyon, Marseille, Rouen, Lille. Cependant, elle semble plus suivie dans la catégorie des agents, que chez les facteurs, dans les grandes concentrations "tertiaires" comme les centraux télégraphiques, les bureaux de tri des gares, les services ambulants, essentiels dans l'acheminement du courrier ou les dépêches télégraphiques, que dans les centres de moindre importance. Le gouvernement se trouve dans l'obligation de négocier avec les grévistes. Les revendications de ceux-ci portent à l'origine sur des problèmes internes d'avancement. Mais au fil d'événements à rebondissementsLa grève des Postes en 1909, c'est la démission du sous-secrétaire d'État aux PTT, Julien Simyan qui devient l'objectif que les grévistes croient pouvoir atteindre. À Paris se tiennent des meetings quotidiens : ceux-ci semblent selon la presse rassembler des foules importantes, peu habituées à ce genre de réunion, mais qui au fil des jours s'affermissent dans la grève. Fermeté ? Clemenceau en a fait preuve contre la CGT les années précédentes… Cependant des circonstances le contraignent à reculer. Il y a le soutien du public à une grève qui met en avant des agents en "cols blancs" que la propagande du Tigre peine à présenter comme des révolutionnaires. Il en est de même pour les dames téléphonistes dont la participation à cette grève est une première. Il y a aussi une forte pression des milieux d'affaires, désarçonnés par cette grève imprévue. Des négociations officieuses entre le ministre Louis Barthou et le syndicat des ouvriers des PTT s'ouvrent. Insuffisantes, car ni les "agents", ni les facteurs ne sont représentés.

Le , alors que plusieurs milliers de grévistes sont rassemblés en un meeting encore plus massif que les précédents, une délégation de 12 postiers (dont quatre femmes, fait extraordinaire pour longtempsMadeleine Vignes, Le Journal des Dames, féminisme, syndicalisme dans les PTT, Paris, 1992. Témoin en la matière, Madeleine Vignes est une des dirigeantes de la fédération CGT des PTT lors des grèves de 1974. Elle consacre un long chapitre introductif à la présence des femmes dans les grèves de 1909.), représentants des grands services en grève est reçue, Place Beauvau, par Clemenceau en personne. Elle obtient des promesses verbales, qu'elle transmet aux grévistes. Comme lors de chaque décision, la reprise du travail est soumise au vote, à mains levées. Majoritairement les postiers se rallient à la fin de la grève, alors qu'elle semblait devoir durer… Face à des syndicalistes encore peu expérimentés, Clemenceau fait preuve d'un art politique évident : de 1906 à 1909, son gouvernement ne tient-il pas près de 3 années dans une Troisième République marquée par l'instabilité ministérielle. Quant aux postiers, auxquels ont été "promis" la levée des sanctions et la réforme de leur avancement, ils peuvent, à l'instar de l'Humanité de Jean Jaurès, crier : Victoire !! vignette|gauche|redresse|Frédéric Subra, dirigeant de brigade chez les « ambulants » et un des leadeurs des grévistes.

En , dans l'euphorie de cette victoire, certains postiers se laissent entrainer à sous-estimer le politicien manœuvrier qu'ils ont face à eux. Si le Syndicat des ouvriers des PTT a contribué, avec discipline et pragmatisme, au succès de la grève, si les postiers ont suivi massivement les dirigeants de l'A.G. des agents, qui est un syndicat sans en avoir le nom, l'ensemble du "prolétariat postal" est loin du Syndicalisme-révolutionnaire de certains dirigeants de la CGT. Cependant quelques leadeurs de l'A.G. y voient l'avenir. Ils interviennent dans plusieurs meetings syndicaux, dont l'un à Paris, le , rassemble des milliers de participants. Certains orateurs voient la Révolution poindre : le gratin du Syndicalisme-révolutionnaire est à la tribune, Georges Yvetot, Raymond Péricat, Émile Pataud, Émile Janvion. Le postier Louis Simonnet y réclame le droit syndical pour les fonctionnaires. Le secrétaire de la CGT, Louis Niel est plus circonspect. Du côté socialiste SFIO, c'est le temps du Congrès national annuel, à Saint-Étienne. Le commis des postes Jean-Louis Chastanet y intervient en prophétisant la lutte finale. Pendant ce temps, Clemenceau et son ministre Louis Barthou, préparent des conseils de discipline, tandis que les Chambres de commerce prévoient des acheminements supplétifs. Début mai, les dirigeants « syndicaux » des PTT sont traduits devant les instances administratives pour "propagande révolutionnaire" contrevenant à leur obligation de réserve. Tous sont révoqués : Chastanet, PerussieNotice , in Le Maitron en ligne, LamarqueNotice in Le Maitron., Charles Le GléoNotice , in Le Maitron., en particulier, ceux-là que Clemenceau avait reçu en délégation. Par fournées, tous les dirigeants du syndicalisme naissant sont promis à sanction : les responsables de l'A.G. des agents, Frédéric Subra, Raoul MontbrandNotice , in Le Maitron., Charles Vallet, Paul Amalric, la téléphoniste PechNotice , in Le Maitron., tout comme les jeunes, souvent âgés de moins de trente ans, dont la grève révèle le talent militant : André Février (24 ans), à Lyon, Clovis Constant (21 ans), au Havre, René Plard (21 ans) à Nevers, Louis Thomas, connu sous le nom de Maurice Harmel, (25 ans), ou André Maratrat (21 ans)Notice , in Le Maitron., au central télégraphique de Paris.