Khâefrê, plus connu sous la forme hellénisée de son nom Khéphren (grec : Χεφρήν), est un roi égyptien de la de l'Ancien Empire. Il règne deux à trois décennies pendant les ou avant notre ère, il aurait succédé à son demi-frère Djédefrê et précédé son fils Mykérinos. Il fait construire la deuxième grande pyramide du plateau de Gizeh et peut-être le grand Sphinx non loin du temple bas de son complexe funéraire.
Nom du roi
Le roi est parfois nommé Khâefrê ou Râkhâef selon les chercheurs. Les hiéroglyphes écrits dans le cartouche sont placés dans l'ordre dont la transcription est la suivante : Ḫˁj=f-Rˁw, soit Khâefrê. Cependant, le nom des dieux étant placés systématiquement en début de nom par « antéposition honorifique », un tel ordre n'exclut donc par la lecture Rˁw-ḫˁj=f. En utilisant les versions helléniques du nom du roi, Souphis (Σoυφις) selon Julius Africanus, (Σαωφις β) selon Ératosthène, Khéphren (Χεφρηνα) chez Hérodote et Képhren (Κεφρην) chez Diodore de Sicile, Roman Gundacker privilégie la transcription Ḫˁj=f-Rˁw.
Généalogie
Ascendance
Djédefrê était un fils du roi Khéops. Sa mère n'est pas connue ; en effet, aucune épouse de Khéops n'est connue avec le titre de « mère du roi » (mw.t nsw.t). Certains font de la reine sa mère en raison d'une inscription où il est indiqué que Khéphren veut honorer la mémoire de cette reine ; elle porte en effet le titre suivant : « Honorée auprès de Khâefrê, sa bien-aimée » (jmȝẖt ẖr Ḫˁ=f-Rˁ mr.t). Cependant, cette mention suggèrerait simplement que cette reine était morte pendant le règne de Khéphren. De plus, elle porte le titre de « Celle pour qui toute chose qu'elle ordonne est accomplie », titre qui a été par ailleurs porté uniquement par des mères royales au cours de l'Ancien Empire selon Roman Gundacker. Ainsi, selon lui, la reine devait porter le titre de « mère du roi » dans les lacunes de la stèle. Cependant, cette hypothèse est réfutée par Vivienne Gae Callender car, premièrement, ce titre de « Celle pour qui toute chose qu'elle ordonne est accomplie » a été porté par des femmes d'autres époques qui n'ont pas été mère de roi, notamment Hatchepsout de la , et deuxièmement, le titre de « mère du roi » est en général mis en avant dans les titulatures des reines, soit en le mettant en premier, soit en le mettant juste devant le nom de la reine, deux possibilités exclues pour la stèle de .
Épouses
Khéphren eut plusieurs épouses dont : , probable fille de Khéops, , fille de et d' et donc une nièce de Khéphren, Hékenouhedjet, peut-être Persenet d'après l'emplacement de sa tombe.
Descendance
Plusieurs princes et princesses sont attribués à Khéphren, bien que certaines filiations soient incertaines. La majorité d'entre eux ont été enterrés dans le cimetière central de Gizeh.
Les fils qui lui sont attribués sont les suivants : Mykérinos, fils de , Nebemakhet, Douarê, Niouserrê, Khenterka et peut-être Ânkhem..., fils de , Sekhemkarê, fils de Hékenouhedjet, Nykaourê, fils de Persenet, Ânkhmârê, Akhrê, Iounmin, Iounrê, Hor et peut-être Douaenrê et Nyânkhrê, fils dont le nom de la mère est inconnu.
Les filles sont : (future reine de Mykérinos), fille de , Shepsetkaou, fille de , Hémetrê, Rekhetrê (future reine de Mykérinos) et peut-être Nimaâthâpy, filles dont le nom de la mère est inconnu, peut-être la reine , parenté suggérée par la présence de plusieurs documents au nom du roi dans l'enceinte du complexe funéraire de la reine.
Règne
Durée
La durée exacte du règne de Khéphren est inconnue. La durée du règne de Khéphren sur le Canon royal de Turin, liste royale datant du Nouvel Empire, est perdue du fait de l'état très fragmentaire du papyrus. La liste royale dressée par Africanus, copie fautive de l'œuvre Ægyptiaca du prêtre égyptien Manéthon, qui vécut au avant l'ère commune, lui attribue 66 ans de règne et Hérodote lui attribue 56 ans de règne. Cette durée, issue des listes royales écrites des siècles, voire millénaires, après la , sont à prendre avec précaution.
Les années de règne de la à la étaient comptés en numérotant les recensements de bétail depuis le début de chaque règne ; ces recensements avaient lieu plus ou moins tous les deux ans, avec semble-t-il des exceptions, notamment les et du règne de Snéfrou qui ont été consécutifs selon le sixième registre des annales inscrites sur la pierre de Palerme.
L'attestation contemporaine donnant une durée de règne la plus élevée est celle mentionnant un « treizième recensement », trouvée sur une marque de construction dans le mastaba G 7650 d'Akhethétep et de la fille de Khéops Mérititès. En considérant une fréquence bisannuelle des recensements, le règne de Khéphren a dû durer au moins 26 ans. D'autres attestations de dates, retrouvées sur des ostraca d'Helwan ainsi que sur des marques de construction de mastabas de la nécropole de Gizeh, dont le mastaba G 7530-7540 de la reine (« septième recensement »), le mastaba G 7350 d'un prince anonyme, fils de Khéops (« dixième (ou plus ?) recensement »), une autre marque dans le mastaba G 7650 (« douzième recensement ») et la tombe G 8158 du prince Nykaourê.
Territoire
Il semble que le pouvoir égyptien contrôlait, à partir du règne de Khéphren au moins, le site de Bouhen, où se trouvait une forteresse. Ceci est peut-être la conséquence de la campagne militaire de Snéfrou dans cette région quelques décennies avant le règne de Khéphren. Toujours est-il que le contrôle de cette forteresse permettait au pouvoir égyptien de contrôler un vaste territoire riche en matières premières minérales.
L'oasis de Dakhla, dans le désert Libyque, était aussi sous contrôle égyptien pendant le règne de Khéphren.
Expéditions à l'étranger
Les expéditions à l'étranger étaient de plusieurs natures : il y avait premièrement les expéditions commerciales, puis les expéditions pour rapport des matières premières des carrières et des mines, et enfin les expéditions visant à capturer et ramener des étrangers et leurs bétails. Le règne de Khéphren s'est illustré dans au moins deux de ces trois domaines.
Commerce
Des relations commerciales avec la Syrie sont attestées, d'une part, par des fragments appartenant à trois bols ou lampes en diorite de forme quadrilobée et découverts à provenant d'Ebla, et, d'autre part, par un sceau-cylindre découvert à Byblos, tous deux portant la titulature de Khéphren.
Expéditions minières
Ain Soukhna et le Sinaï
Un élément atteste de l'organisation d'expéditions minières au Sinaï, où se trouvent des gisements de turquoise et de cuivre, sous le règne de Khéphren, dans la continuité des dynasties précédentes. Toutefois, il semble que le règne de Khéphren marque un changement majeur dans la manière d'organiser ces expéditions. En effet, les expéditions pendant les premières dynasties ont semble-t-il été menées en contournant le golfe de Suez pour redescendre vers le ouadi ‘Ameyra de la fin de la période prédynastique jusqu'au début de la puis, une fois le site semble-t-il épuisé, vers le ouadi Maghara pendant la . Dès le règne de Snéfrou, l'organisation des expéditions changea radicalement : s'il continua d'envoyer des missions vers le ouadi Maghara, c'est sous son règne que l'énorme port du Ouadi el-Jarf, côté continent, a été aménagé, permettant d'accéder au port-forteresse d'El-Markha, situé en face côté Sinaï.
En effet, il semble que pendant les premières dynasties, les expéditions contournaient le golfe de Suez pour redescendre vers le ouadi ‘Ameyra de la fin de la période prédynastique jusqu'au début de la puis, une fois le site semble-t-il épuisé, vers le ouadi Maghara pendant la . Si Snéfrou continue d'utiliser les ressources du ouadi Maghara, comme l'atteste l'inscription rupestre représentant Snéfrou tuant un Bédouin, son règne marque une rupture majeure dans la voie d'accès à ces ressources. En effet, au cours de son règne a lieu la création d'un énorme port au Ouadi el-Jarf, côté continent, permettant d'accéder au port-forteresse d'El-Markha, situé en face côté Sinaï. Il semble que la décision de construire un tel port a été prise car le golfe de Suez est accessible depuis le site de Meïdoum, lieu de construction de la première pyramide du roi Snéfrou, via le ouadi Arabah.
Si ce port du Ouadi el-Jarf continua à être utilisé sous le règne de Khéops, c'est au plus tard sous le règne de Khéphren qu'un autre port de remplacement, situé bien plus au nord, à Ain Soukhna. Ce site a été choisi car il est accessible depuis directement depuis Memphis, capitale administrative de la période et lieu de construction de l'ensemble des pyramides royales de l'Ancien Empire (à l'exception de la pyramide de Meïdoum susmentionnée). Ce site avait en plus la particularité d'avoir de l'eau potable à disposition car il s'agit d'une oasis naturelle, et qu'une rade sablonneuse et protégée du vent facilitait la navigation vers et depuis le port. Cette création de Khéphren a été un changement majeur pour l'organisation des expéditions, car diverses attestations montrent une utilisation de ce port pour les expéditions vers le Sinaï, mais aussi le pays de Pount, à partir du règne de Khéphren jusqu'à la fin de l'Ancien Empire, suivie d'une réutilisation au Moyen Empire (en parallèle du port de Mersa Gaouasis) et à la .
Autres expéditions
Un graffiti atteste également d'une expédition aux carrières de Bir Menih, dans le désert oriental.
Succession
Après la mort de Djédefrê, son successeur sur le trône est soit le roi Khéphren, son frère, soit le mystérieux roi Bikhéris, qui est peut-être son fils Baka, ou bien son fils Setka. L'ordre de succession entre ces deux rois fait débat : en effet, les listes royales du Nouvel Empire placent systématiquement Khéphren comme successeur de Djédefrê, mais certains chercheurs préfèrent placer Bikhéris avant Khéphren : ils évoquent des arguments d'ordre architectural, qui rapprochent la pyramide inachevée de Zaouiet el-Aryan à la pyramide de Djédefrê. Cependant, cette analyse est réfutée par d'autres, notamment Roman Gundacker qui indique que, si la pyramide de Djedefrê est plus proche de celle de Snéfrou à Meïdoum que de celle de Khéops, on peut également noter que celle de Khéphren est plus proche de celle de Khéops que de celle de Djedefrê, et qu'on ne peut donc en déduire la position chronologique exact de Bikhéris sur la base d'une telle analyse.
Dans le cas d'une succession directe entre Djédefrê et Khéphren, et sachant que le pouvoir se transmettait normalement de père en fils, celle-ci mena à de nombreuses spéculations de la part des chercheurs. Par exemple, George Andrew Reisner supposa que des conflits familiaux avaient éclaté après la mort de Khéops, deux branches de la famille se disputant la suprématie. Selon cette théorie, Djédefrê n'était même pas destiné à être l'héritier légitime du trône, et Khéphren s'empara du pouvoir après sa mort. Cependant, l'hypothèse de Reisner n'est étayée par aucune preuve archéologique. Aucune damnatio memoriae n'eut lieu après la mort de Djédefrê ; il fut vénéré et figure dans des listes royales postérieures. Une prise de pouvoir illégitime peut donc être exclue. La question de savoir pourquoi son frère Khéphren lui succéda et non l'un de ses fils demeure cependant sans réponse.
Monuments et statues
Statues