Le Sérapéum de Saqqarah est une nécropole antique consacrée au taureau sacré Apis, située au nord du complexe funéraire de Djéser en Basse-Égypte. Le taureau, vénéré comme un Dieu, était momifié et enseveli à l'issue d'une vie toute consacrée à des cérémonies et des offrandes dans son temple de Memphis.
L'origine de cette nécropole remonte à la . Sa fondation serait l'œuvre d' et sa première extension magistrale au règne de . Elle ne cessera alors d'être agrandie sous les règnes suivants et jusqu'à la fin de l'époque pharaonique, à l'aube de l'époque chrétienne.
Découverte Le sérapéum fut découvert par le père de l’égyptologie, Auguste Mariette, le .. Le jeune chercheur, guidé et inspiré par le témoignage de l'auteur antique et géographe Strabon, dégagea dans un premier temps le dromos et, poursuivant cette allée bordée de sphinx, il découvre alors l'entrée des catacombes destinées à abriter les corps momifiés des taureaux sacrés Apis.
La découverte fit grand bruit notamment à cette époque où une véritable chasse au trésor était organisée et financée par les gouvernements sans cesse rivaux d'une Europe impériale et où l'égyptologie n'existait pas encore… Cette découverte sera l'un des éléments fondateurs pour Mariette dans sa volonté de stopper ce pillage systématique des richesses culturelles de l'Égypte. Il créa alors le tout premier Service des antiquités égyptiennes.
Deux pharaons célèbres du Nouvel Empire sont à l'origine de cette nécropole. Tous deux confièrent à l'un de leurs fils, prince héritier et grand prêtre de Ptah, la charge d'organiser le culte et de veiller à l'édification des édifices sacrés et au creusement des sépultures qui devaient abriter les dépouilles mortelles du dieu vénéré à Memphis sous la forme du taureau sacré.
C'est Thoutmôsis qui inaugure les lieux pour le compte du règne de son père, .
Puis, près d'un siècle plus tard, Khâemouaset sur les traces de son prédécesseur, développe pour le compte de son père le culte funéraire du dieu et supervise un immense chantier consacré au creusement de la sépulture divine : les premières catacombes.
Avant cette date, les taureaux Apis étaient inhumés dans des tombes individuelles surmontées d'une chapelle destinée à leur culte funéraire en tant qu'Osiris-Apis. Khâemouaset fait donc creuser la première tombe collective spécialement aménagée pour les dépouilles des taureaux sacrés.
Ces catacombes seront agrandies, puis doublées par une nouvelle grande galerie qui restera en service jusqu'à la fin de l'Antiquité et la disparition du culte des animaux sacrés lorsque l'Empire romain embrassera le christianisme comme seule religion d'État.
Description Le dromos vignette|gauche|redresse=1.2|Vue de l'hémicycle des philosophes du dromos du Sérapéum à Saqqarah
L'ensemble formait à l'époque ptolémaïque et romaine un vaste périmètre sacré relié à la vallée par le fameux dromos que Strabon décrivit. Plusieurs chapelles longeaient cette allée sacrée qui était empruntée par les processions lors des funérailles du dieu Apis.
Cette voie traversait donc la nécropole antique sur plus d'un kilomètre, partant de la colline du Bubastéïon, longeant le complexe funéraire de Téti, laissant sur sa gauche ceux d'Ouserkaf et de Djéser, elle s'enfonçait toujours plus à l'ouest dans le désert.
La voie sur le dernier quart était bordée de diverses chapelles et monuments commémoratifs édifiés par les dévots et personnalités puis, marquant un coude, aboutissait sur une sorte d'esplanade sur laquelle des chapelles et sanctuaires gréco-romains furent aménagés avec notamment la construction d'un hémicycle destiné aux principaux auteurs et philosophes grecs. Les statues découvertes dans cet hémicycle sont aujourd'hui conservées au Musée égyptien du Caire et sont pour certaines les seules représentations de ces personnalités que l'Antiquité nous a livrées. Étrange apparition de ces illustres penseurs, dans un désert entièrement consacré aux cultes égyptiens, qui traduit bien la volonté des deux cultures de s'associer.
Cet hémicycle jouxtait un édifice dont il devait dépendre. Il fermait l'esplanade et on l’a baptisé le Temple Est. Plus loin au nord de l'allée pavée, une chapelle dédiée à Apis a été mise au jour contenant encore une statue grandeur nature du dieu taureau portant un disque solaire enserré entre ses cornes et orné d'un uræus. Cette statue est aujourd'hui conservée au Musée du Louvre.
Le dromos se poursuivait alors vers l'enceinte du Sérapéum et s'achevait par un portail encadré par des lions couchés, monument édifié par . C'est d'ailleurs à ce pharaon que l'on doit la plupart des sphinx qui bordaient cette longue voie processionnelle et qui ornent aujourd'hui les collections de plusieurs grands musées d'Europe et des États-Unis.
Le temple vignette|Statue du taureau Apis provenant d'une chapelle ouvrant sur le dromosCalcaire, Musée du Louvre. vignette|Statue du dieu Bès trouvée dans la cour du temple dédié à ApisMusée du Louvre. Du temple consacré à Osiris-Apis il ne reste rien de visible aujourd'hui et il est bien difficile de se faire une idée de son ampleur même s'il est plus que probable qu'il comprenait les éléments classiques du temple égyptien, avec pylônes, cours à portiques, pronaos et naos. Seuls les relevés faits à l'époque de Mariette permettent d'évaluer les dimensions du téménos avec une enceinte de plus de de côtés s'ouvrant donc à l'est par ce portail placé dans l'axe du temple.
C'est juste à l'entrée du temple principal que se trouvaient les tombeaux individuels aménagés sous la et au début de la . Cinq hypogées individuels surmontés de leur chapelle de culte ont été dégagés et identifiés. Chaque tombeau était constitué d'une descenderie débouchant sur une chambre funéraire avec pour deux cas des chambres annexes. Il s'agissait donc de véritable tombe qui étaient creusées et édifiées en l'honneur du dieu.
Au vu des fondations dégagées lors des premières campagnes de fouilles, le temple devait mesurer plus de de longueur pour une largeur de près de et possédait un double mur d'enceinte ouvert sur deux axes. L'un principal d'est en ouest prolongeant l'axe du dromos, l'autre secondaire ouvrant au nord sur les nécropoles. Des reliefs de différentes époques ont été retrouvés notamment de l'époque de dont des éléments d'un temple ou d'une chapelle consacrée à Isis qui était associée à la mère du dieu ApisCelle-ci recevait également un culte à Memphis et disposait de catacombes spécialement destinées aux momies de cette vache sacrée située au nord-est du complexe du Sérapéum de Saqqarah.
vignette|redresse=1.5|Stèle de l'Apis enterré sous le règne de .
Les souterrains Les catacombes d'Apis se trouvaient sous le temple d'Apis. Aujourd'hui l'élément principal de ce sanctuaire est donc souterrain et consiste en deux galeries que les égyptologues pour les différencier qualifient de "petite" et "grande". Les « petits souterrains » ont été aménagés sous et utilisés jusqu'au début de la . Ils suivaient un développement nord-sud et contiennent dix-sept chambres creusés dans le roc. Les « grands souterrains » ont été inaugurés sous le règne de et seront utilisés jusqu'à la fin de l'Antiquité, selon un axe est-ouest plusieurs fois agrandi. Ils contiennent eux plus de trente chambres, certaines colossales, reliées entre elles par des couloirs et passages. Un grand nombre de ces vingt-quatre caveaux possèdent toujours d'énormes sarcophages de granite sombre.
Ainsi, et à dater de , chaque taureau Apis possédait un caveau qui lui était spécialement dédié dans cette grande tombe collective et dont l'accès était muré une fois la momie déposée dans son sarcophage. Sur ce mur, on apposait des stèles dédicatoires qui le plus souvent indiquaient le règne sous lequel le taureau était né, son année d'intronisation dans le temple de Ptah, sa durée de vie ainsi que la date de son enterrement, précisant le règne sous lequel cette cérémonie avait lieu. Ces stèles sont aujourd'hui des éléments précieux car elles permettent d'éclairer des règnes que les annales royales ne nous ont pas conservés ou pour lesquels nous n'avons que peu de précisions.
De plus dans la mesure où la plupart des documents antiques nous donnant des listes de pharaons remontent au Nouvel Empire et que ces catacombes partent précisément de cette période, ces stèles qui couvrent toute la fin de l'antiquité égyptienne sont parfois les seuls éléments probants dont l'égyptologue dispose pour connaître les durées de règnes, éléments bien plus fiables pour établir la chronologie de cette période de l'histoire de l'Égypte antique que la seule liste attribuée à Manéthon.
Ces stèles permettent également de nuancer quelque peu les histoires rapportées par les auteurs antiques sur la période perse qui précéda immédiatement l'époque ptolémaïque. En effet, non seulement on a retrouvé l'Apis enterré sous le règne de , mais également sous celui de , ce qui démontre que l'histoire rapportée par Hérodote fut quelque peu influencée par la propagande anti-perse qui avait cours à cette époque dans l'ensemble des satrapies de l'empire achéménide. Propagande savamment orchestrée par les Grecs notamment...
Chaque taureau était momifié et enterré avec faste dans un sarcophage massif. Pendant le Nouvel Empire ces sarcophages étaient en bois et n'ont pour la plupart pas survécu à leur découverte ; pour les périodes suivantes, ces sarcophages furent taillés dans du granite et pèsent plusieurs tonnes. Ils reposent toujours dans les caveaux de la grande galerie.
Les taureaux étaient enterrés avec un mobilier funéraire proche de celui que l'on retrouve dans les tombeaux égyptiens classiques. Bijoux, amulettes, ouchebtis, vases canopes, sont autant d'objets funéraires nécessaires à la momification et destinés à faciliter le passage du dieu dans l'occident, le monde des morts. Certaines momies d'Apis ont été retrouvées intactes et sont exposées aujourd'hui au Musée égyptien du Caire.
Le Sérapéum de Saqqarah a fait l'objet de travaux de restauration et de consolidation pendant plusieurs années et a rouvert au public en .
Liste des Apis découverts au Sérapéum de Saqqarah par Auguste Mariette à partir de 1851
! scope=col width="10%" | Dynastie ! scope=col width="10%" | Apis ! scope=col width="20%" | Règne ! scope=col width="50%" | Tombe
| Apis
| Tombeau individuel situé dans l'enceinte du Sérapéum Pillé Chapelle aux noms du roi et de son fils le grand prêtre de Ptah Thoutmôsis
| Apis | Toutânkhamon | Tombeau individuel situé dans l'enceinte du Sérapéum Partiellement pillé : Vases canopes Parois du sarcophage en bois Débris du viatique funéraire
| Apis | Horemheb | Tombeau individuel situé dans l'enceinte du Sérapéum Pillé Un seul couvercle de Vase canope découvert Peintures sur stuc sur les parois représentant Apis et des scènes d'offrande
| Apis | Horemheb | Chambre annexe du tombeau précédent Intact : Quatre vases canopes Sarcophage en calcaire Momie
| Apis | Toutânkhamon? Aÿ? | Tombeau individuel situé dans l'enceinte du Sérapéum Pillé Quatre vases canopes Stèles
| Apis
| Tombeau individuel situé dans l'enceinte du Sérapéum Pillé Chambre annexe intacte contenant quatorze grands vases en céramique Stèles
| Apis | , an 16 | Tombeau individuel situé dans l'enceinte du Sérapéum Intact : Fresques sur les parois représentant le roi et son fils Khâemouaset faisant des offrandes au dieu Apis Trois sarcophages en bois s'emboîtant et contenant un dernier sarcophage momiforme Momie Amulettes Bijoux en or cloisonné Quinze ouchebtis à tête de taureau Plus de trois cents ouchebtis aux noms de Khâemouaset, de , Paser et de membres de la cour du roi
| Apis | , an 26 | Même tombeau que le précédent, sarcophage introduit dans la même chambre Intact : Trois sarcophages gigognes, en bois contenant également un sarcophage momiforme Momie Naos en or contenant six ouchebtis à tête de taureau
| Apis | , an 30