Le Quatuor à cordes en la mineur, op. 132, de Ludwig van Beethoven, est composé entre et p. 193 avec une dédicace au prince Nikolaï Borissovitch Galitsyne (1794-1866), commanditaire de l'œuvre. Il est chronologiquement le deuxième des cinq derniers quatuors de Beethoven.
Le Quinzième Quatuor comprend cinq mouvements, rompant radicalement avec la forme traditionnelle des quatuors à cordes. La structure générale de ce quatuor est en arche, avec le Dankgesang (Chant d'action de grâces en allemand) au centre, et les deux mouvements adjacents qui se répondent de manière symétrique, le Dankgesang — possédant lui-même cinq parties et des symétries internesp. 195.
Beethoven est gravement malade au printemps 1825 et intitule le troisième mouvement (Chant sacré d'action de grâce d'un convalescent à la Divinité dans le mode lydien). Reprenant une structure en cinq morceaux, mini quatuor dans le quatuor, ce mouvement est le plus long et imposant du Quatuor et considéré comme .
Le court quatrième mouvement contraste avec le précédent par son allégresse. Le thème du cinquième mouvement avait été envisagé par Beethoven pour un hypothétique final instrumental à la Neuvième Symphonie, avant que ne lui vînt l'idée de l'Hymne à la joie.
Histoire de l'œuvre
Le Quinzième Quatuor fait partie d'une commande de trois quatuors, datant de , du Prince Galitsyne, auquel l'œuvre est dédicacée. Galitsyne, passionné de musique et violoncelliste amateur est un admirateur inconditionnel de Beethoven :
Beethoven traverse alors de grandes difficultés financières. Il est donc soulagé par cette commande, mais prévient son commanditaire qu'il ne pourra honorer la commande entière immédiatement. En effet, le début de la composition du Quinzième quatuor n'a pas lieu avant la fin de 1824, juste après le Douzième, également pour le prince, mais avant le Treizième (dernier quatuor de la commande), un an après la création de la Neuvième Symphonie. En plus de cette symphonie, il compose entre-temps la monumentale Missa solemnis, parmi d'autres ouvrages.
Beethoven compose d'abord, dans l'ordre, les mouvements 1, 5 et 4, mais il tombe gravement malade au début 1825, interrompant la composition de ce quatuor. Il déménage à Baden (Autriche) et lorsqu'il est rétabli, en , il écrit le Dankgesang, , mouvement empreint d'une profonde spiritualité. Cela bouleverse peut-être le plan prévu pour ce quatuor, car Beethoven n'hésite pas à rompre radicalement avec la forme conventionnelle du quatuor à cordes pour y insérer ce mouvement, un des plus longs adagio des quatuors de Beethovenp. 200. Il en fait l'élément central de l'œuvre, et compose le deuxième mouvement, un scherzo qui contraste avec le , marche concrète, martiale et allante.
Le quatuor est créé le par le quatuor Schuppanzigh. Toujours à Baden, Beethoven se déplace spécialement à Vienne pour assister à la représentation de son quatuor, qui est donné en petit comité dans le cabaret L'homme sauvage. Le succès de cette prestation est tel qu'une nouvelle représentation, toujours en petit comité, est donnée deux jours plus tard.
Bien que déroutante et profonde, la pièce est généralement très bien accueillie. Romain Rolland décrit ces représentations :
Le quatuor est créé en public le par le Quatuor Schuppanzigh à Vienne. Le neveu Karl rapporte à son oncle à propos de cette première : « Le quatuor a été très applaudi, cela s'est aussi très bien passé dans l'ensemble et Linke a mieux joué que jamais »Ludwig van Beethoven, Konversationshefte, hrsg. von Karl-Heinz Köhler, Grita Herre, Dagmar Beck, u. a., 11 Bände, Leipzig 1968–2001, Band 7, S. 182.
Structure Le quatuor comporte cinq mouvements :
Assai sostenuto, à - Allegro, à , en la mineur (264 mesures) Allegro ma non tanto, à , en la majeur (238 mesures)sans les reprises Molto adagio, à , en ré majeur (211 mesures) Alla marcia, assai vivace, à , en la majeur (24 mesures) - Più allegro, , la mineur - Presto, à en la mineur (22 mesures) Allegro appassionato, à , en la mineur (404 mesures)
Sa durée d’exécution est d'environ Durée moyenne basée sur les enregistrements discographiques cités.
Premier mouvement
De forme sonate, ce mouvement combine les deux thèmes — un dramatique et un lyrique — constitutifs de cette forme, avec le thème des quatre notes introductives du mouvement (la dans l'analyse de Romain Rolland), qui conduit l'ensemble du développement du mouvementp. 196. Cette construction du mouvement, originale et tout en ruptures — à la fois dans sa construction et avec les formes connues du quatuor à cordes — est un des éléments qui amènent à considérer ce quatuor comme un des plus de Beethoven, ou comme le commentait Stravinsky.
Deuxième mouvement
Le deuxième mouvement est un développement contrapuntique d'un thème musical abstrait, réminiscent de la , en faisant une véritable géométrique et abstraitep. 199. Il contraste avec le mouvement précédent — assez dramatique — par une sorte d'impassibilité intellectuelle et émotionnelle.
Ce développement est subitement interrompu par une sorte de danse musette mais transfigurée poétiquement par un accompagnement de cordes scintillant et nuancé faisant la démonstration de l'aboutissement de l'écriture de Beethoven. Cette poésie et ambiance annonce le troisième mouvement.
Puis revient le développement géométrique qui conclut le mouvement.
Troisième mouvement : Dankgesang thumb|Autographe de la première page du Dankgesang. Le troisième mouvement, par sa position, son message et la profondeur de son développement est le cœur de l'œuvre. Ce mouvement est souvent considéré non seulement comme un des sommets de la musique de Beethoven, mais aussi de la musique tout entière. Il a suscité de très nombreux commentaires et eu de nombreuses influences littéraires.
Selon Roland de Candé : .
Beethoven ne fait pas mystère du caractère mystique et spirituel de ce mouvement par son intitulé : (Chant sacré d'action de grâce d'un convalescent à la Divinité dans le mode lydien). La désignation originelle de ce mouvement était même Hymne de remerciement d'un homme malade à Dieu pour son rétablissement - sensations d'un réveil et d'une force nouvelle dans les cahiers de conversation de BeethovenKarl-Heinz Köhler and others, eds., Ludwig van Beethovens Konversationshefte, (Leipzig, 1968– ) Vol vii, p. 291.
Le caractère mystique est confirmé par l'utilisation pour son cadre tonal d'un mode d'église ancien, le mode lydien. Beethoven était dans une époque de grand intérêt pour la musique ancienne et avait utilisé, peu de temps avant, un tel mode dans le Et incarnatus de la Missa solemnisBarry Cooper Beethoven 2008, Oxford University Press, p. 353.
Beethoven y oppose deux blocs musicaux : un chant de prière et de reconnaissance (R), adagio, d'écriture modale en rythme binaire et mesure à , avec un chant de rétablissement et de force (F), andante, d'écriture tonale et en rythme ternaire, mesure à , avec la structure globale RFRFR.
Quatrième mouvement
Succéder au troisième mouvement se terminant, après un état de transe métaphysique, dans un climat de profond apaisement, , n'avait rien d'évidentp. 205. Beethoven a choisi une rupture radicale, dans un style le plus éloigné possible : une marche de caractère quelque peu militaire et prosaïque. Le mouvement se termine par un récitatif, établissant un discours se terminant par un motif de quatre notes qui ne sont autres que la , permutée. Il s'agit également de "reposer" l'esprit et les émotions de l'auditeur et de le préparer à la poésie du cinquième mouvement.
Beethoven est resté longtemps indécis sur le mouvement qui devait suivre le Dankgesang. Un premier manuscrit daté de fait apparaître un Alla danza tedesca, plus développé, qui est finalement devenu le quatrième mouvement du treizième quatuor (composé juste après malgré son numéro). Ce n'est qu'en août qu'il compose ce mouvementp.284.
Cinquième mouvement
Ce mouvement possède, à l'instar du premier mouvement, une forme originale alliant la forme rondo à la forme sonate, et se conclut par une coda finale très développée, optimiste et libératricep. 206. Selon Fournier, l'inspiration de la mélodie du premier thème de ce mouvement est une des plus belles et poétiques de Beethoven.
Cette mélodie était à l'origine prévue pour un final instrumental de la neuvième symphonie, composée juste avant, qui se termine en définitive par un final vocal (chœur et solistes). Ce dernier mouvement est d'ailleurs introduit par un récitatif instrumental, comme le dernier mouvement de la neuvième.
Influence littéraire Ce quatuor aurait été une source d'inspiration à laquelle T. S. Eliot aurait puisé pour son recueil de poèmes Quatre Quatuors. Il en possédait un enregistrement pour gramophone, et il déclare dans une lettre à Stephen Spender : ( .
Aldous Huxley, dans le dernier chapitre de son roman Contrepoint, donne une longue description du troisième mouvement, ainsi qu'une analyse personnelle à l'occasion de la mort quasi-suicidaire du personnage Maurice Spandrell :
et la fin du mouvement
Repères discographiques
Annexes
Bibliographie
William Kinderman Beethoven's Last Quartets Threshold to a Fourth Creative Period ? in The String Quartets of Beethoven, University of Illinois Press, 2006 :
Romain Rolland Beethoven, les grandes époques créatrices édition définitive Albin Michel, 1966
Notes
Références
Références discographiques
Liens externes Project Gutenberg – Partitions et MIDI de cette pièce
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