, précédemment Valle de los Caídos., est un monument espagnol de l’époque franquiste, situé dans la vallée de Cuelgamuros (Sierra de Guadarrama), sur la commune de San Lorenzo de El Escorial dans la communauté de Madrid, à moins de au nord-ouest de la capitale espagnole.

La construction du monument, qui regroupe une basilique catholique, une abbaye et une croix haute de 150 mètres., est ordonnée par le dictateur espagnol Francisco Franco en 1940 pour célébrer la victoire militaire de la guerre civile (1936-1939) provoquée par son coup d’État et offrir une sépulture aux morts du camp nationaliste. L'édification, menée entre 1940 et 1959, est l'œuvre de quelque républicains condamnés aux travaux forcés...

Les restes de sont disséminés dans le monument., jusque dans les fondations... La dépouille de Francisco Franco, enterrée dans la basilique depuis 1975, est exhumée le 24 octobre 2019 et transférée au cimetière de Mingorrubio d'El Pardo. Celle de José Antonio Primo de Rivera, fondateur de la Phalange espagnole inhumé dans la basilique en 1959, est exhumée le et transférée dans le caveau familial du cimetière madrilène Saint-Isidore..

Construction Dirigée par les architectes Pedro Muguruza et Diego Méndez, la construction de la basilique, au cœur de la Castille, au nord-ouest de Madrid, à quelques kilomètres de l'Escurial dans la vallée de Cuelgamuros, commence en 1942. L'inauguration a lieu, en présence du général Franco, le .

Cet hommage fait aux morts de la guerre civile est édifié officiellement pour réconcilier républicains et franquistes, en permettant à toutes les régions d'Espagne d'envoyer les dépouilles qui allaient se retrouver privées de sépulture, dix années après leur inhumation. En effet, en raison d'un décret encore en vigueur, la sépulture d'origine ne pouvait être utilisée indéfiniment sans donner lieu au transfert des restes soit vers une fosse commune, soit vers un caveau pour les plus aisés. C'est pourquoi, par ordre ministériel daté du , la basilique offre leur dernière demeure à des Espagnols morts, ayant été baptisés et dont les proches en ont fait la demande. Selon le décret-loi du , peuvent y reposer sans distinction sociale ni politique, en dépit de l'opposition du jésuite P. Guerrero. Celui-ci réclame en , dans un article de la Razón y Fe, que le repos éternel soit accordé aux seuls morts de son camp.

, les retards dans sa construction donnent lieu à des réévaluations du budget, obligeant les autorités publiques à solliciter d'autres types de financement comme les bénéfices de la loterie annuelle du et diverses manifestations de charité. Contrairement à certains projets moins solennels, les contribuables espagnols, eux, ne participent pas.

Parmi eux, se trouvent l'écrivain Manuel Lamana et Nicolas Sánchez Albornoz, deux étudiants, condamnés aux travaux forcés pour avoir tracé des graffiti sur les murs de l'université en 1948. Ils réussissent à s'enfuir et leur fuite est racontée dans le film Les Années volées de Fernando Colomo en 1998.

Le nombre de personnes mortes n'est pas tout à fait clair. Plusieurs circonstances suggèrent que le bilan pourrait être beaucoup plus élevé. D'une part, de nombreux ouvriers gravement blessés sont morts à Madrid. D'autre part, les travailleurs atteints de silicose après avoir inhalé la poussière de granit et morts des années plus tard n'ont pas été comptabilisés comme victimes directes de la construction. 25% des personnes ayant travaillé dans la crypte sont mortes de cette affection pulmonaire, d'après , archéologue du CSIC en charge des fouilles sur place, ce qui porte le nombre de morts à plusieurs centaines...

Le monument, créé sous le patronage d'une fondation du chef de l'État, est placé sous la surveillance du patrimoine national par un décret du . Depuis 1982, il dépend administrativement du nouvel organisme chargé de la gestion des biens culturels.

Architecture 160px|left|thumb|Tombe du général Franco jusqu'au 24 octobre 2019. Un escalier monumental mène à l'entrée du complexe, qui comprend également un monastère bénédictin depuis le . Les quinze mystères du rosaire sont représentés sur la massive porte d'entrée en bronze de de hauteur, et juste en dessous, les douze apôtres. L'ensemble a été réalisé en 1956 par le sculpteur Fernando Cruz Solis.

Dès l'entrée de la basilique, un panneau en marbre indique que « Francisco Franco, Caudillo de España », a inauguré le monument le et que le pape Jean XXIII l’a érigé en basilique le .

La principale particularité architecturale de la basilique est d'avoir été creusée sous une colline de la Sierra de Guadarrama. La longueur totale de la crypte est de sous terre. Le long tunnel (axe d'entrée) qui mène à la croisée et au transept se divise en plusieurs parties. La première partie comprend l'accès avec vestibule (long de ), le second vestibule et un espace intermédiaire, alors que la deuxième partie est la nef haute et large de avec de chaque côté trois chapelles. Un dernier tronçon mène à la croisée et au transept (long de ). Quatre grands personnages disposés de chaque côté de ce dernier tronçon et vêtus comme les pleureurs du Moyen Âge rappellent le caractère de mausolée du transept. Ces allégories représentent respectivement l'armée de terre, de l'air, la marine et les milices. De chaque côté de la croisée sont situées la chapelle du Saint Sacrement et celle de la Sainte Mise au Tombeau. La Sacristie jouxte ces deux chapelles alors que les sépultures de Primo de Rivera et du général Franco étaient situées de part et d'autre de la croisée, l'une tournée vers l'axe d'entrée et l'autre vers le chœur des moines.

Croix vignette|redresse|gauche|La croix et ses statues. Une croix de pierre de de haut, la plus grande du monde, surmonte la montagne.. Construite entre 1950 et 1956, elle est située au-dessus-même de la croisée. .

Un monument symbolique 180px|thumb|« Tombés pour Dieu et l'Espagne ». . . Mais comme Javier Martín Artajo se le demandait dans Ya daté du , .

Tous les , une Sainte Messe au Caudillo y est célébrée dans le cadre des célébrations au général Franco. Y sont célébrées l'œuvre de Franco lorsqu'il dirigeait l'Espagne et les valeurs franquistes (l'ordre, le catholicisme, la tradition et la patrie).

Le chercheur Francisco Ferrándiz du CSIC décrit le monument comme « une tranchée franquiste protégée par l'extrême-droite. ».

Polémiques

Une recommandation du Conseil de l'Europe de , condamnant « avec fermeté les multiples et graves violations des droits de l'homme commises en Espagne par le régime franquiste de 1939 à 1975 », demande que soit mise en place une exposition permanente et pédagogique sur le franquisme, rappelant les souffrances des prisonniers républicains sous le régime et, en particulier, « expliquant comment elle [la Basilique] a été construite par des prisonniers républicains ». La polémique existe en effet, puisque chacun d'eux obtenait un jour de réduction de peine pour deux jours travaillés..

En , le gouvernement a demandé et obtenu de la Fondation Francisco Franco que la cérémonie religieuse traditionnelle en l'honneur des morts de la guerre civile ne mentionne plus explicitement le Caudillo ni le fondateur de la phalange, Primo de Rivera, et que tous les insignes politiques et drapeaux de l'époque franquiste restent en dehors de la basilique.. Cette démarche eut lieu dans le cadre du projet de loi mémorielle déposé par le gouvernement Zapatero visant à retirer les symboles du régime franquiste des frontons des établissements publics appartenant à l’État espagnol.

Le , le Congrès des députés adopte une résolution fondée sur la loi sur la mémoire historique demandant au gouvernement que les dépouilles de Francisco Franco et de José Antonio Primo de Rivera soient exhumées de la basilique et déplacées vers un endroit du site moins en vue. Le gouvernement n'avait toutefois pas l'obligation de faire suite à cette demande.. En , le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez annonce vouloir transférer la dépouille de Francisco Franco vers un autre endroit., conformément à sa décision antérieure de faire du mausolée un monument dédié à « la reconnaissance et à la mémoire de tous les Espagnols. ». Le , le gouvernement espagnol adopte un décret qui établit que la dépouille de Franco devra être exhumée avant la fin de 2018.. Le , la Cour Suprême espagnole autorise l'exhumation du corps de Franco, afin que celui-ci soit inhumé dans le cimetière du Pardo., ce qui a été fait le .

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie José Luis Sancho, Santa Cruz del Valle de los Caidos, Reales Sitios de Espana, Patrimonio Nacional, 2004 José Maria Gironella, Les Cyprès croient en Dieu (2 tomes), éditions Plon, 1961. José Maria Gironella, Un million de morts (2 tomes), éditions Plon, 1963.

Articles connexes Congrégation de Solesmes Nicolás Sánchez-Albornoz

Liens externes

L'abbaye sur le site du Patrimoine national espagnol

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