Émilie Gamelin, née Tavernier (19 février 1800 - 23 septembre 1851, à Montréal)Marguerite Jean, « TAVERNIER, ÉMILIE »,

Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, consulté le 8 avril 2014., est une laïque canadienne, fondatrice des Sœurs de la Providence de Montréal, la première congrégation religieuse canadienne-française du Canada-Uni, et reconnue bienheureuse par l'Église catholique.

Impliquée auprès des patriotes emprisonnés à la suite de la rébellion de 1837-1838, à qui elle rend visite pour les réconforter, elle s'implique aussi dès sa jeunesse auprès des pauvres, des malades, des infirmes et des autres indigents de Montréal, contribuant ainsi de façon importante au développement des œuvres caritatives du Canada-Uni. Avec ses consœurs, elle s'illustre plus particulièrement durant les épidémies qui frappent Montréal au milieu du XIXe siècle.

Biographie

Milieu familial et enfance Marie-Émilie-Eugène Tavernier, fille du voiturier Antoine Tavernier et de Marie-Josephte Maurice, naît à Montréal le 19 février 1800. Elle est la dernière d’une famille de quinze enfants, dont neuf sont déjà décédés au moment de sa naissance. Elle manifeste dès son enfance une grande sensibilité envers le sort des nécessiteux, grâce à sa mère, qui aide ceux qui viennent frapper à sa porte. Celle-ci meurt en 1804, alors qu'Émilie n'est âgée que de quatre ans. Puisqu'on considère alors qu'un homme seul n'est pas en mesure de s'occuper de jeunes enfants, Émilie est confiée, selon les volontés de sa mère, aux soins de sa tante Marie-Anne Tavernier et de son oncle Joseph Perrault, qui ont déjà quatre enfants. Joseph meurt l'année suivante, le 28 juillet 1805, mais laisse à sa veuve un héritage qui lui permet de vivre confortablement.

Éducation Durant les premières années, sa tante se charge de son éducation. Elle étudie ensuite au pensionnat des Sœurs de la Congrégation Notre-Dame de 1810 à 1815, où elle « reçoit une instruction au-dessus de la moyenne pour l'époque ». On entend y former de « bonnes chrétiennes et des ménagères accomplies ». Émilie y apprend les bases de l'écriture et de la lecture. Elle reçoit également une formation religieuse (catéchisme et histoire sainte) et est initiée à la couture et à la broderie. C'est dans cet établissement qu'elle prépare sa première communion, qui aura lieu le à l'église Notre-Dame. Le suivant, elle reçoit sa confirmation. C'est l'évêque de Québec, Mgr Joseph-Octave Plessis, qui préside la cérémonie.

Jeunesse et mariage gauche|vignette|Émilie Gamelin à l'âge de 22 ans. Émilie est âgée de 14 ans lorsque son père meurt, en 1814. Elle continue d'habiter chez sa tante mais c'est son frère François qui obtient sa tutelle. Le , sa belle-sœur Louise décède. À dix-huit ans, Émilie s'installe donc chez son frère, qui est aubergiste, pour l'aider. Elle accueille avec compassion les pauvres qui s’y présentent, dans une pièce aménagée en salle à manger et qu'elle désigne comme « la table du roi ». Lorsque son frère se remarie, en avril 1819, elle retourne habiter chez sa tante, mais la santé de celle-ci ne lui permettant plus de prendre soin d'Émilie, elle la confie à sa fille aînée, Agathe Perrault, veuve de Maurice Nowlan, un lieutenant dans l'armée britannique décédé durant la guerre anglo-américaine, en 1813. Les deux femmes deviennent très proches. À l’été 1819, Marie-Anne envoie Émilie à Québec pour aider bénévolement une autre cousine qui a plusieurs jeunes enfants. Elle revient à Montréal au printemps 1822 pour assister aux funérailles de sa tante Marie-Anne.

En 1823, Émilie épouse Jean-Baptiste Gamelin, de vingt-sept ans son aîné, un homme d'affaires montréalais qui partage la même foi et les mêmes valeurs qu'elle. Après le mariage, qui a lieu le , le couple s'installe dans la maison de Jean-Baptiste, située dans le faubourg Saint-Antoine. Un jeune homme déficient mental, Dodais, y habite aussi. Il a sauvé la vie à Jean-Baptiste plusieurs années auparavant. Émilie vit en harmonie avec son époux qui l'associe à ses affaires et à ses œuvres de charité. Un premier enfant naît du couple en . De son union, elle aura 3 enfants qui décèdent tous en bas âge, le dernier durant l’été 1828. Jean-Baptiste meurt quatre ans plus tard, laissant Émilie veuve. Après le décès de son époux, elle continue, à la demande de ce dernier, de prendre soin de Dodais.

Œuvres charitables Particulièrement éprouvée par la mort de son mari et de ses trois enfants, sa foi profonde l'aide à surmonter ces épreuves. Sur le conseil de Mgr Jean-Jacques Lartigue, évêque auxiliaire de Montréal depuis 1821, et de Jean-Baptiste Bréguier, son confesseur, elle s'intéresse de plus près aux œuvres caritatives, avec lesquelles elle est déjà familière. Son mari l'ayant pourvu à son décès d'un héritage considérable, elle peut venir en aide à son gré aux plus démunis, qu'elle réconforte lors de visites à domicile ou héberge chez elle. À partir de la fin des années 1820, Émilie s'active au sein de plusieurs organisations caritatives. Elle est membre d'un groupe de 50 femmes qui, le , fondent, à l’initiative d'Angélique Blondeau-Cotté, l'association des Dames de la Charité. Celle-ci a pour but . La même année, elle commence à participer aux activités de la Confrérie du bien public, qui aide les chômeurs à trouver du travail. En 1828, elle devient membre de la Confrérie de la Sainte-Famille.

Le sort des jeunes prostituées la préoccupe également. Avec les Dames de la Charité, elle participe en 1831 à la fondation d'un asile pour les « filles repenties ». Cette œuvre, soutenue par Mgr Lartigue, réussit à subsister financièrement grâce à l'influence d'Émilie, qui se dévoue afin de lever des fonds, même si cette institution devra éventuellement fermer ses portes en 1837. Elle est ainsi l'une des organisatrices, en , d'un premier bazar réunissant catholiques et protestants qui souhaite recueillir de l'argent pour les œuvres de charité de la ville.

Pour Émilie Gamelin, le soutien qu'on accorde aux femmes âgées, malades ou infirmes, demeure encore insuffisant. Elle en accueille quelques-unes chez elle, mais elle cherche bientôt une maison plus grande. Le nouveau curé de la paroisse Notre-Dame, Claude Fay, met à sa disposition une partie d’une maison du faubourg Saint-Laurent où elle peut inaugurer, le , un premier refuge qui peut accommoder une dizaine de personnes. Le refuge étant vite devenu trop petit pour ses besoins, elle loue un nouvel édifice l'année suivante. En 1841, il deviendra l'Asile de Montréal pour les femmes âgées et infirmes, dont elle assume la direction. Lors des épidémies de choléra de 1832 et 1834, elle n'hésite pas à aller visiter les malades et à réconforter les familles. En 1836, la maison du faubourg Saint-Laurent ne suffisant, encore une fois, plus pour ses besoins, Émilie Gamelin en obtient une autre de l'homme d'affaires Antoine-Olivier Berthelet située sur la rue Sainte-Catherine. Cette nouvelle « Maison de la Providence » sera appelée communément la « Maison jaune ».

Auprès des patriotes emprisonnés vignette|Des patriotes exécutés à Montréal en 1839, d'après un croquis d'Henri Julien. Le contexte politique des années 1830, particulièrement tendu, mène à la rébellion des patriotes de 1837-1838. Déjà sensible au sort des prisonniers et prisonnières de la ville, Émilie obtient l'autorisation de rendre visite aux patriotes incarcérés à la prison Au Pied du Courant, auxquels toute visite est normalement interdite. Elle les écoute, leur lit des textes à caractère spirituel et leur apporte « de la soupe et autres soulagemens ». Elle introduit clandestinement dans la prison le courrier adressé à ces prisonniers ainsi que diverses marchandises, et même des enfants des prisonniers en les faisant passer pour ses assistants. Elle prie aussi avec eux..

Denis-Benjamin Viger évoque, dans ses mémoires, le rôle joué par Émilie auprès des prisonniers : . En plus de soutenir les prisonniers politiques, elle fait, durant ces visites qui durent jusqu'en 1839, tout ce qu'elle peut pour consoler les veuves des condamnés à mort. Fatiguée par ses œuvres auprès des prisonniers, Émilie Gamelin contracte la fièvre typhoïde en 1838, mais retrouve la santé et parvient à poursuivre ses activités.

Fondation des Sœurs de la Providence En 1840, Mgr Ignace Bourget est nommé évêque de Montréal après la mort de Mgr Jean-Jacques Lartigue. Il désire dès lors faire venir de France des Filles de la Charité de Saint-Vincent de Paul pour diriger l'œuvre fondée par Émilie Gamelin. Il les rencontre à Paris alors qu'il est en route pour Rome, en 1841. À Montréal, durant l'absence de l'évêque, Émilie entreprend des démarches auprès du gouvernement pour doter sa fondation d'une charte civile. La Maison de la Providence reçoit sa charte en septembre 1841, et la corporation tient une première réunion le mois suivant. Le 27 octobre, lors de la première assemblée générale de la corporation, Émilie Gamelin est élue directrice. Durant cette réunion, la question de l'achat d'un terrain pour la construction d'une nouvelle maison est discutée. Peu après, en novembre 1841, l'œuvre est dotée d'une structure religieuse par l'évêque de Montréal et est intégrée aux institutions du diocèse.

Le nouvel Asile de la Providence sera construit en grande partie grâce à Bourget et à Émilie Gamelin, qui sollicitent des dons pour en défrayer les coûts. Malgré l'annonce de la venue prochaine des Sœurs de la Charité, Émilie n'entend pas délaisser son œuvre. Le 2 février 1842, elle fait le vœu de consacrer sa vie aux pauvres, offre à la corporation un terrain acheté quelques années plus tôt, et vend sa propriété située dans le faubourg Saint-Antoine pour financer la construction du nouvel asile, sa dernière propriété à Montréal. L'asile ouvre enfin ses portes à Montréal en mai 1843, aux angles des rues Sainte-Catherine et Saint-Hubert, sur le site de l'actuelle place Émilie-Gamelin. vignette|gauche|Maison-mère et chapelle des Sœurs de la Providence, vers 1890.|241x241px

Quand on apprend que les sœurs françaises ne viendront finalement pas s'établir à Montréal, Bourget décident de fonder une nouvelle congrégation religieuse, la première typiquement montréalaise. L'organisation du noviciat est confiée au chanoine Jean-Charles Prince, un proche collaborateur de l'évêque de Montréal. Le , six novices - parmi lesquelles on compte les deux assistantes d'Émilie Gamelin - entrent chez les Filles de la Charité Servantes des Pauvres, plus communément appelées Sœurs de la Providence. Elles s'installent dans la Maison jaune.

Dès la création de la congrégation, Mgr Bourget impose une distinction claire entre Émilie Gamelin, qui demeure laïque, et les religieuses, dont la direction est confiée à son ancienne assistante, sœur Vincent, qui est nommée adjointe du chanoine Prince. Il s'agit d'une décision mûrement réfléchie de la part de l'évêque, qui désirait éviter que la communauté échappe au contrôle de l'évêché en étant dirigée par une femme laïque. Durant son épiscopat, il en fit autant auprès d'une vingtaine de nouvelles congrégations religieuses, comme les Sœurs de la Miséricorde, qu'il a placé sous son autorité directe. Il se confia à ce sujet après la mort d'Émilie Gamelin en 1851:

Quelques mois plus tard, refusant d'abandonner son œuvre, Émilie Gamelin, qui n'avait jusqu'alors jamais songer à devenir religieuse, prit la décision d'entreprendre son noviciat. À la demande de Bourget, elle effectue une visite des maisons de la communauté des Filles de Saint-Vincent de Paul à New York et à Boston, fondée quelques décennies plus tôt par Elizabeth Ann Seton, afin de se familiariser avec la gestion d'une congrégation religieuse. De retour à Montréal, elle est admise au noviciat le . Avec les six autres novices, elle fait profession le 29 mars 1844. En octobre suivant, quelques mois seulement après sa profession, Émilie Gamelin est élue supérieure de la congrégation.