Sacha Distel, né le dans le et mort le au Rayol-Canadel-sur-Mer (Var), est un chanteur, guitariste de jazz, compositeur et acteur français.
Biographie Origines, enfance et jeunesse De religion juive et russe par son père, Lionia ou Loyina (Léonide), né à OdessaArchives de l'état-civil de Paris (, acte de naissance (copie intégrale). (1894-1970), Sacha Distel est aussi le neveu de Ray Ventura par sa mère, Andrée Ventura (1902-1965), également juive, sépharade de Turquie par son père, pianiste et ancienne lauréate du Conservatoire.
Son père arrive en France en 1917, au moment de la Révolution russe, pour y rejoindre son frère qui y possède une usine de produits chimiques. Il fait des études d'ingénieur chimiste avec l'intention de travailler dans l'usine de son frère mais celui-ci, en raison de difficultés financières, part vivre au Mexique. Loyina Distel devient alors garagiste, puis commerçant en produits électroménagersLes Confidences de Sacha Distel, publiées dans le journal L'Écho républicain de la Beauce et du Perche du . possédant deux magasins, l'un à Paris 8e, rue de Surène et l'autre à Saint-Ouen-sur-SeineParis Match n°572, 26 mars 1960.
Ses parents travaillant tous les deux, le jeune Sacha est mis au jardin d'enfants à l'âge de et entre au cours préparatoire huit jours aprèsLes Confidences de Sacha Distel, publiées dans le journal L'Écho républicain de la Beauce et du Perche du : « Mes premiers souvenirs d'enfance datent de l'école lorsque j'avais trois ans. C'est l'âge où je fus admis au jardin d'enfants. Mes parents travaillaient, je ne pouvais pas rester à grandir en regardant les lustres qu'ils vendaient. Au bout de huit jours, j'ai été admis en onzième. » . Il vit alors dans le , 34, rue ErlangerParis Match n°572, 26 mars 1960 : "Les Distel habitent, au 34 de la rue Erlanger, quatre pièces lumineuses où luisent derrière des vitrines, de mystérieux bibelots chinois".
Il apprend le piano très jeune. Bien qu'il l'admire, il ne voit alors jamais son célèbre oncle Ray Ventura, souvent parti en tournée, sauf lorsque celui-ci installe son orchestre à Paris. Sacha Distel intègre, le temps d'un dimanche après-midi, son orchestre, y jouant du saxophone miniature. Adorant chanter et en particulier imiter Maurice Chevalier, en 1939, il participe à l'âge de à un radio-crochet qu'il remporteLes Confidences de Sacha Distel, publiées dans le journal L'Écho républicain de la Beauce et du Perche du : « À l'époque, je ne voyais jamais mon oncle Raymond Ventura. Parce qu'il était en pleine réussite. Il était une grande vedette et par conséquent toujours en tournée… J'adorais chanter. Mon grand succès était dans le cercle de la famille : Il pleurait, pleurait comme une Madeleine. C'était une chanson de Maurice Chevalier. J'avançais le menton comme il convient, je chipais le canotier de grand-père… Radio-crochet : Cela se passait en public, salle Washington, je crois. Cela m'amusait vraiment. J'ai fait le concours avec un sang-froid admirable pour mes six ans et j'ai gagné ! ».
Sous l'Occupation, la police française arrête sa mère le , non pas parce qu'elle est juive, mais pour des raisons politiquesLes Confidences de Sacha Distel, publiées dans le journal L'Écho républicain de la Beauce et du Perche du : « Un jour, il était sept heures du matin, on a sonné. je voyais depuis des mois mes parents tourmentés. Mon père a demandé : Qui est là ?. J'ai entendu : Ouvrez, police !. Et c'était en effet la police française du . Elle était venue arrêter ma mère pour raisons politiques. ». Elle est emprisonnée à la prison du Cherche-Midi, mais n'est pas déportée. Lors de l'arrestation de sa mère, alors qu'il a , il espère pouvoir empêcher la police de l'emmener et se met à jouer du piano et à chanterLes Confidences de Sacha Distel, publiées dans le journal L'Écho républicain de la Beauce et du Perche du : « Alors pensant que peut-être ils seraient contents d'entendre de la musique, que cela les ferait penser à autre chose et les empêcherait d'emmener maman, je me suis mis au piano et j'ai chanté, mais les policiers n'avaient pas d'oreille. Il n'y a rien eu à faire. Ils l'ont emmenée. Elle m'a embrassé en me demandant de ne pas pleurer. » . Sur l'initiative de son père, il est confié à Fernande Chaboche à La Baconnière en MayenneLes Confidences de Sacha Distel, publiées dans le journal L'Écho républicain de la Beauce et du Perche du : « Nous sommes restés pendant deux jours, papa et moi, dans l'appartement vide. Et puis il m'a fait comprendre que moi aussi je devais partir. En Provence. Chez des gens “sûrs” que je connaissais d'ailleurs : ils avaient travaillé au magasin pour mes parents. » . Il est caché comme treize autres enfants juifs par Constant Domaigné au collège de l'Immaculée-Conception, rue Crossardière à LavalLes Confidences de Sacha Distel, publiées dans le journal L'Écho républicain de la Beauce et du Perche du : « Je suis arrivé à Laval. Bien sûr les gens qui m'accueillirent, “les amis sûrs”, furent très gentils. Ils m'entourèrent. Mais je ne pouvais pas rester chez eux, la dame me conduisit au collège de L'Immaculée Conception. Elle habitait à seize kilomètres dans la campagne, et venait me voir régulièrement. » , où il est enregistré sous le nom d'Alexandre Ditel, afin d'éviter la curiosité des militaires allemands présents dans les locaux du collège. Il reste au collège jusqu'à la libération de Laval au début d' quand son père vient le chercherLes Confidences de Sacha Distel, publiées dans le journal L'Écho républicain de la Beauce et du Perche du : « Et puis ce fut le miracle. Deux longues, lentes, mortelles années s'étaient écoulées et ce fut comme le ciel bleu après l'orage, la Libération. Je vois mon père venant me retrouver, notre étreinte. » et retrouve sa mère lors de la libération de ParisLes Confidences de Sacha Distel, publiées dans le journal L'Écho républicain de la Beauce et du Perche du : « Tous deux serrés l'un contre l'autre [Sacha Distel et son père], guettant derrière la fenêtre l'arrivée de maman… Ce moment-là ! Du plus loin que nous l'avons aperçue… le choc que cela peut faire dans la poitrine !… Oui, c'était un miracle. Tout le monde s'en était sorti. Les deux ans de séparation furent oubliés, anéantis. » .
À Paris, il entre au lycée Janson-de-Sailly, puis au lycée Claude-Bernard, où il est un élève moyenLes Confidences de Sacha Distel, publiées dans le journal L'Écho républicain de la Beauce et du Perche du : « On me disait doué, mais – entre nous – je ne bûchais pas beaucoup et je devins le prototype de l'élève moyen sans plus, honnête, désireux de bien faire. ».
Grâce à son oncle Ray Ventura, Sacha Distel s'intéresse progressivement au jazz. Il assiste aux diverses répétitions et enregistrements de l'orchestre de celui-ci : Les Collégiens. En 1947, lors du tournage du film Mademoiselle s'amuse, dont son oncle est le producteur, il demande à Henri Salvador, guitariste de cet orchestre que l'on retrouve dans le film, de lui donner des leçons de son instrument, ayant deviné que c'était un puissant moyen de séduction auprès des femmesLes Confidences de Sacha Distel, publiées dans le journal L'Écho républicain de la Beauce et du Perche du : « Je dois d'avoir découvert la guitare à Henri Salvador. À la fin de l'été 1947, Ray Ventura tournait Mademoiselle s'amuse. J'étais encore en vacances et je traînais naturellement tous les jours sur le plateau. Mon oncle m'avait chargé d'une mission très importante : réveiller chaque matin Henri Salvador qui habitait précisément en face de chez nous, et l'emmener au studio… J'avais de l'argent de poche inemployé : il trouverait sa destination. Je m'achèterais une guitare ! Il me faut bien avouer que j'avais une arrière-pensée : Henri était un ravageur de cœurs. Ses succès féminins étaient nombreux…“Que veux-tu, petit, c'est ma guitare !” Je pensais que la guitare c'était un bon truc. Je demandai donc à Henri de me donner des leçons et nous en étions seulement à la quatrième lorsque le film se termina. Il ne me restait plus qu'à travailler seul. » . Henri Salvador l'envoie s'acheter une guitare à Montreuil chez le luthier Di MauroParis Match n°572, 26 mars 1960 : "- Et si tu m'apprenais à jouer de la guitare ? Un grand éclat de rire illumine le visage café au lait du bon Salvador : - Si ça peut te faire plaisir, mon pote, c'est d'accord. Puis il l'envoie à l'autre bout du monde, à Montreuil, chez un célèbre luthier au nom stendhalien de Di Mauro. C'est sur cette guitare, payée sept mille quatre cents francs, sa première guitare, que Sacha Distel, un jour, jouera à Saint-Tropez pour Brigitte Bardot, les mélodies de leur idylle." et Sacha devient son élève. À la rentrée scolaire 1947, il crée avec cinq camarades de son lycée Claude-Bernard les , un orchestre aux sonorités jazz Nouvelle-Orléans, dont il est le guitaristeParis Match n°572, 26 mars 1960 : "Cette année-là, à la rentrée, les élèves de seconde au lycée Claude-Bernard n'ont plus d'oreille que pour Sacha Distel. Avec une demi-douzaine de camarades, il forme un orchestre de jazz dont il devient sur le champ le guitariste.", répétant dans l'appartement familial de la rue ErlangerParis Match n°572, 26 mars 1960 : "Les répétitions ont lieu le jeudi chez les Distel.".
Ray Ventura, qui a eu vent de cela, lui propose de venir à une soirée à lAlhambra l'hiver de 1948. Dizzy Gillespie y joue avec son orchestre. Entouré par Bruno Coquatrix, Paul Misraki, et André Hornez, Sacha découvre le bebop. Dans la salle, c'est une bataille d'Hernani.
Débuts comme guitariste de jazz Dès le lendemain, Sacha Distel tente le tout pour le tout, en essayant de rallier les à sa nouvelle passion. Cette tentative scelle la fin de l'orchestre et donne naissance à deux groupes concurrents : les « Irréductibles » du style New Orleans de Guy Wormser et les « Aficionados » du cool jazz et du be-bop menés par Sacha Distel. En rencontrant Hubert Damisch, saxophoniste et fan de cool jazz (devenu depuis un historien de l'art), Sacha Distel monte le groupe qui lui permet d'entrer dans la cour des grands. Avec l'aide de Jean-Marie Ingrand (bassiste), Mimi Perrin (pianiste) et Jean-Louis Viale (batterie), ils décrochent à la Nuit du jazz du Coliséum le prix du meilleur petit orchestre moderne (Hubert Damisch et Sacha Distel récoltant, quant à eux, des prix en tant que saxophoniste ténor et guitariste). Le café-restaurant Sully d'Auteuil les engage pour jouer tous les samedis après-midi, Jean-Louis Durand lui propose de l'accompagner pour une tournée en Bretagne. Pour Sacha Distel, une fois obtenu le baccalauréat, c'est le début de la carrière de musicien, qui commence l'année d'après.
Il a lorsque Ray Ventura l'expédie à New York, où il achète une guitare électrique, pour y apprendre l'anglais et découvrir le métier d'éditeur musicalParis Match n°572, 26 mars 1960 : "Ventura l'envoie faire des stages à New York où il apprend l'anglais en ficelant les paquets de la Leeds Music Corporation". ". Il y découvre les musiques de Stan Getz et Jimmy Raney. Il revient des États-Unis ivre de jazz, tout pétri de la musique noire du Birdland et de Greenwich Village. Il en rapporte aussi sa guitare électrique.
À son retour, il commence par être guitariste de jazz dans les boîtes de Saint-Germain-des-Prés et du Quartier latin, notamment le Caveau de la Huchette. Il côtoie le saxophoniste britannique Don Rendel. En 1955, il enregistre avec Lionel Hampton l'album et avec John Lewis, le pianiste du Modern Jazz Quartet, Le morceau est une référence au Japon. C'est devenu un standard.