Herschel Feibel Grynszpan (en allemand Hermann Grünspan ; en ), né le à Hanovre en Reich allemand et probablement mort abattu au début de 1945 dans un lieu inconnu, est un Juif d'origine polonaise par ses parents, connu pour avoir abattu à Paris, le , Ernst vom Rath, troisième secrétaire à l'ambassade d'Allemagne, alors située au 78 rue de Lille, aussitôt promu conseiller de première classe par Hitler pour accentuer la gravité du crime commis.

Cet attentat est instrumentalisé, et utilisé par Hitler comme prétexte pour lancer des opérations de grande envergure contre les Juifs d'Allemagne qui aboutiront à la nuit de Cristal, dans la soirée du 9 au et à ses actes antisémites d'une sauvagerie inédite : incendies et destructions de synagogues, pillages de magasins juifs, arrestations de plus de juifs allemands envoyés en camps de concentration, tueries de plusieurs centaines de Juifs à travers le pays.

Herschel Grynzspan est déclaré mort en 1960 par décision de justice à la demande de ses parents, émigrés en Israël en 1948 après avoir quitté l'Union Soviétique où ils s'étaient réfugiés après l'offensive allemande en Pologne en . Cependant, son sort réel après 1945 demeure inconnu. Livré par le gouvernement de Vichy à la Gestapo en , après la défaite de la France, il est emmené en Allemagne, où il vit soit en prison soit en camp de concentration avec un régime spécial. Il est généralement considéré comme n'ayant pas survécu à la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, une photographie représentant un homme lui ressemblant fortement fait son apparition en dans le but de prouver qu'il aurait survécu à la fin de la Seconde Guerre mondiale et qu'il vivait à Bamberg le , dans un camp de « personnes déplacées » géré par l'armée américaine.

Famille Herschel Grynszpan est le cadet d'une fratrie de huit enfants , dont trois seulement parviendront à l'âge adulte. Il est le fils de Sendel / Shmuel Grynszpan, tailleur, et de Rifka Silberberg, tous deux originaires des environs de RadomskoLa relation entre les Grynszpan et Radomsko (qui n'est pas mentionnée dans la plupart des Wikipédias, y compris polonaise) apparaît, par exemple, sur le site Yiddele Memory, à propos du Musée juif de Radomsko (voir, page 25, la notice sur Herschel Grynszpan)., près de Dmenin en Pologne, alors partie de l'Empire russeLa « Pologne russe » correspond au Royaume de Pologne créé en 1815 par le Congrès de Vienne et attribué au tsar, annexé unilatéralement par la Russie vers 1870. Il y avait aussi une Pologne prussienne (Poznan, Dantzig) et une Pologne autrichienne (Cracovie, Lvov).. L'essayiste Guy Sorman est son cousin. Marié en 1910, le couple quitte la Pologne en 1911 pour s'installer dans l'Empire allemand, à Hanovre, où naîtront tous les enfants. Malgré cela, ces derniers ne bénéficient pas de la nationalité allemande, le droit du sang étant le seul appliqué à l'époque dans le pays. Ils deviendront citoyens polonais après la Première Guerre mondiale. Les Grynszpan sont considérés comme des Ostjuden ("Juifs de l'Est") par les Allemands et par de nombreux Juifs d'Europe de l'Ouest. Les Ostjuden parlaient généralement yiddish, étaient plus pauvres et moins éduqués, et avaient tendance à avoir une pratique religieuse plus stricte que les Juifs allemands, qui se considéraient avant tout comme Allemands et ensuite seulement comme juifs.

Le naît un premier enfant, mort-né. Le naît Sophie-Hélèna, décédée de la scarlatine en 1928. Le naissent à Hanovre Berth-Beila, décédée en URSS vers 1941. Mordechai naît le , puis c'est le tour le de Salomon, décédé en 1931 dans un accident de la route. Le naît Herschel (Herman ou Henri), le dernier enfant..

La famille vit assez pauvrement. Jusqu'en 1933. Sendel, le père, travaille comme tailleur contremaître à l'usine de vêtements de son frère Wolf à Cassel mais celui-ci la ferme en 1933 pour fuir l'antisémitisme et émigre avec son épouse Lotte Buch en Belgique. Sendel Grynszpan est obligé d'abandonner son échoppe en 1934 et fait quelques brocantes pour survivre. Il sera aussi marchand de lait. C'est une autre branche de la famille, les Misanski-Grynszpan, qui leur viennent en aide mais les Misanski quittent à leur tour l'Allemagne pour Bruxelles en : le fils, Léopold, la mère, Rosa-Ruchla, et le père, Herman, libéré du camp de Dachau après la nuit de Cristal s'installent au 37 rue des Tanneurs chez Zaslavsky. On trouve aussi un cousinage entre la famille Grysnzpan et Samuel Schwarzbard né à Smolensk en 1888 : ce dernier, dans les années 1920, vécut quelque temps au n°92 de la rue des Tanneurs à Bruxelles80 ans de la nuit de cristal, Paris Match avec son épouse Yvonne Chapuis. Samuel Schwarzbard est le frère de Scholem Schwarzbard né en 1886 à Ismail, celui qui tue à Paris rue Racine Petliura, le Président en exil de l'Ukraine libre, ayant laissé faire les pogroms en Ukraine à compter de 1919, lors de la constitution de l'Ukraine indépendante et n'ayant pas lutté contre les innombrables Pogroms dans la Russie du Tsar, avant 1918.

Après le rétablissement de la Pologne en et le traité de Versailles en , les Grynszpan, jusque-là sujets russes, deviennent polonais. Mais, le , la Pologne décide de retirer dès le leur nationalité à ses ressortissants installés à l'étranger depuis plus de cinq ans et ayant perdu tout lien avec la PologneSelon le livre à charge de Grynszpan, cf. bibliographie) de « Pierre Dumoulin » (pseudonyme de Friedrich Grimm, avocat nazi), , les personnes concernées auraient eu jusqu'au pour revenir en Pologne ; l'expulsion des intéressés est ensuite présentée comme un acte auquel les nazis ont été « contraints » du fait de cette clause..

Dans la nuit du 28 au , les nazis expulsent d'Allemagne Juifs polonais, qui risquent de devenir apatrides : c'est la . À Hanovre, 484 personnes sont dans ce cas, parmi lesquelles les Grynszpan. Herschel se trouve depuis le en France, en situation d'immigré illégal.

Le parcours d'Herschel avant l'assassinat Formation Né dans un milieu très religieux et isolé linguistiquement, Herschel grandit avec une conscience très forte de sa judéité. Après avoir été renvoyé de l'école maternelle, il entre en 1926 à l'école communale de Hanovre, où il reste jusqu'en 1935 sans avoir atteint la terminale ; adolescent intelligent et sensible mais paresseux et susceptible, c'est un bagarreur au mauvais caractère, prompt à répondre aux insultes antisémites, fréquentes, par les coups. Il se plaindra plus tard d'avoir été considéré comme un rebut et par conséquent mis à l'écart à la fois par ses condisciples et par ses maîtres. Il est toutefois un membre actif du club de sport juif Bar-Kochba Hanover.

Il quitte l'école en 1935 et avec le soutien financier de la communauté juive de Hanovre, il part le pour la yeshiva Salomon Breuer à Francfort, où il compte apprendre l'hébreu pour émigrer en Palestine. Il en ressort le et retourne vivre chez ses parents mais le Bureau local d'émigration vers la Palestine le trouve trop jeune et lui demande d'attendre un an. Ses parents comptent l'envoyer à Paris chez son oncle Abraham Grünspann et sa tante Chawa Berenbaum, mais au lieu de cela, Herschel, qui est parvenu à obtenir un passeport polonais et un permis de séjour allemand, est autorisé à quitter le pays en direction de la Belgique, où son oncle Wolf est installé depuis 1933 avec sa femme, Lotte Buch.

L'émigration en Belgique Herschel est un ressortissant polonais né en Allemagne et qui dispose d'un passeport polonais établi pour deux ans, mais il doit demander à la police allemande un visa pour la Belgique. Ayant toujours le désir d'émigrer en Palestine, il fait à la synagogue une rencontre qui va changer sa vie : « Un garçon comme toi ne doit pas rester en Allemagne où un Juif n'est pas un homme, mais traité comme un chien. ». Il lui est conseillé d'aller en France.

Le 21 , il quitte Hanovre pour Essen, où il loge quatre jours : deux jours chez son oncle et sa tante, Isaac Grynszpan et Hawa Rychter, et leurs fils Rudy et Siegfried, et deux jours chez sa tante Esthera Grynszpan-Strassberg et sa fille Doris.

Le 25 , il arrive à Bruxelles en soirée, où il est accueilli par son oncle Wolf Grünspann et sa tante Lotte Buch, qui logent au 60 rue de Suède à St Gilles. Wolf exploite un magasin de confection pour hommes (costumes) et garçonnets, au 140 rue des Tanneurs à Bruxelles. Malheureux et se sentant seul chez deux personnes âgées, il se fait héberger ensuite chez un cousin germain, Zaslawsky Itskhok (beau fils de Ruchla Grynszpan, veuve d'Abraham Frysz du des Tanneurs), dans une famille avec , au des Tanneurs. Pendant ce séjour à Bruxelles, Herschel travaille comme magasinier aux des Tanneurs, dans la quincaillerie familiale de fournitures en gros pour maroquiniers. Il aide également à la fabrique de galoches, pantoufles et chaussures au des Tanneurs, dans le quartier ouvrier des « Marolles » de Bruxellescf. Document aux Archives de la Ville de Bruxelles du 6-8-1936, dossier n° 146598.. C'est là qu'Herschel noue une idylle amoureuse avec une cousine, Tatiana Igolinsky, fille de Zaslavskova Khay-Sura, installé au 35 rue des Tanneurs, sœur de Zaslavsky Itskhok. Mais il est très mal vu dans l'entourage familial et l'épouse d'Itskhok Zaslavsky, Esther Frysz, et sa sœur Rayzla Rosenthal-Frysz, acceptent de l'emmener à Paris le . Elles prennent avec Herschel le premier train du matin Gare du Midi à Bruxelles pour Valenciennes le . Herschel traverse la frontière le matin avec les ouvriers frontaliers polonais des mines à Quiévrain et entre en France illégalement. Il rejoint les deux tantes à Valenciennes et ensemble, ils gagnent Paris, où Herschel va s'installer chez l'oncle Abraham, au n° 23 Bd Richard-Lenoir.

Le séjour à Paris À Paris, il vit dans une petite enclave de Juifs polonais orthodoxes s'exprimant en yiddish et ne rencontre pas grand monde en dehors de cette communauté, n'apprenant que quelques mots de français en deux ans. Dans les premiers temps, il vit une vie insouciante de poète des rues, bohémien passant ses journées à errer sans but en se récitant des poèmes yiddish. Les deux grands centres d'intérêt de Herschel, outre l'exploration de Paris, sont la vie dans les cafés et le cinéma. D' à , il tente d'obtenir des papiers pour régulariser sa situation et travailler ou étudier légalement. Déclaration du Commissaire Valentini : Le jeune Grynszpan est entré en France environ un an et demi avant le (attentat à l'Ambassade d'Allemagne) suivant les documents de la Préfecture de Police de Paris. Herschel Grynszpan était à Bruxelles au n° 37 rue des Tanneurs du au (sources familiale)Dimanche 3-9-2017 a été inauguré à Bruxelles aux coins des rues des Tanneurs, Miroir et Brigittines, le « Square Herschel Grynszpan » par l'A.M.S. (Association pour la Mémoire de la Shoah) ainsi qu'un « Pavé de Mémoire » au des Tanneurs correspondant à ..

Son oncle Abraham inscrit Herschel le à la préfecture de police et signe un certificat d'hébergement par lequel il s'engage à assurer la subsistance de son neveu et à lui apprendre un métier. Chaque semaine, Herschel reçoit pour l'aide qu'il donne à l'atelier de confection que dirige Abraham. Il participe souvent à des sorties organisées par des groupements sportifs ou par des journaux juifs et sort avec son ami Nathan Kaufman qui habite dans le même quartier que lui.

Mais les mois passent. Son permis de retour allemand expire en , son passeport polonais en . Il se retrouve donc sans papiers et interdit de séjour dans quatre pays à la fois : France, Belgique, Pologne et Allemagne. Il reçoit son ordre d'éloignement en , mais reste en France, se sachant sans avenir en Allemagne. En , la Pologne fait par ailleurs passer une loi privant de la nationalité polonaise toute personne ayant résidé hors de Pologne pendant plus de cinq ans. Herschel Grynszpan devient donc apatride.