Fritzlar (étym. Friedeslar, c'est-à-dire « endroit paisible ») est une ville allemande du Land de Hesse d'environ au riche passé. Elle se situe au bord de la rivière Eder.
Chef-lieu d'évêché et ville d'empire, elle joua un rôle important dans le Saint-Empire au haut Moyen Âge, aussi bien sur le plan religieux avec l'abattage du chêne de Thor par Boniface de Mayence en 723, qu'avec l'élection d’Henri lors de la diète de 919.
Géographie Fritzlar, située à à vol d'oiseau au sud-ouest de Cassel, appartient au pays montagneux du nord de la Hesse, dominée au nord par le massif du Habichtswald, et à l’ouest par le massif du . Non loin à l'ouest se trouve la confluence de l'Elbe avec l’Eder, sur la rive nord de cet affluent de la Fulda.
La ville est entourée de cultures fertiles et nombreux sommets basaltiques arrondis (en allemand Kuppe), souvent boisés, et dont plusieurs sont couronnés d'un château-fort ou de ruines médiévales : le Gudensberg, le Homberg, Felsberg, le Donjon d'Heiligenburg, le château d'Altenburg (lieu-dit de Felsberg), Jesberg et Naumburg.
Histoire Boniface et la fondation de Fritzlar La première mention écrite de Fritzlar remonte à 724 avec Boniface de Mayence (Winfrid), qui avait fait abattre l'année précédente le chêne sacré des Chattes au lieu-dit Geismar (auj. un quartier de Fritzlar). L'église romano-gothique Saint-Pierre aurait été, selon la tradition, construite entre le à l'emplacement d'une chapelle en bois que Boniface aurait fait construire en 724 avec les branches du « Chêne de Thor ». Cet acte symbolique du moine britannique est souvent regardé comme le point de départ de l'évangélisation de l'Allemagne centrale et septentrionale. Comme il est peu vraisemblable que Boniface ait fait transporter tout ce bois, et qu'à coup sûr il ne voulait pas laisser subsister de reliques de l'arbre abattu pour éviter une renaissance du culte païen, il est très plausible que le chêne sacré se dressait sur la colline où se trouve aujourd'hui l'église Saint-Pierre.
Pour accomplir son œuvre missionnaire dans la Hesse septentrionale au pays des Chattes, entre les royaumes Francs et Saxons, Boniface avait établi sa base dans la ville franque de Büraburg, sur une colline faisant face à Fritzlar, sur la rive sud de l’Eder. Pour promouvoir l'évangélisation, il éleva Büraburg en évêché, le premier à l'est du Limes. À la mort de Witta, le premier et unique évêque (qui repose dans l'Abbaye d'Hersfeld), l'évêché ne fut pas maintenu, mais groupé avec l'archevêché de Mayence par Lull, l'élève et successeur de Boniface en tant qu'archevêque de Mayence. Fritzlar devait jouer par la suite un rôle considérable dans l'archevêché : le doyen du chapitre canonial de Saint-Pierre avait également rang d’archidiacre, haute fonction au sein du diocèse.
Le monastère bénédictin fondé à Fritzlar en 724 par Boniface s'imposa sous l'abbé Wigbert comme un haut-lieu de l'érudition religieuse et profane. L'école fut dotée en 731 du premier règlement connu. Charlemagne, qui fit édifier le premier palais impérial à Fritzlar, accorda la protection royale au monastère et le dota de nombreuses terres ; avec l'élévation de la communauté au rang d'abbaye royale en 782, la ville prit rapidement forme. Une fois accomplie la mission évangélique que lui avait assignée Boniface, le monastère fut élevé au rang de collégiale en 1005. Les chanoines ne vivaient plus en communauté, mais dans des maisons individuelles, les « curies », dont on peut encore voir certaines qui remontent au . Le chapitre ne fut dissous qu'en 1803 dans le cadre de la Sécularisation générale. Son plus célèbre élève est le poète Herbort von Fritzlar, qui vivait vers 1200.
Politique impériale d'Henri Ier thumb|La « Tour Grise » (Grauer Turm). La position privilégiée de la ville, à la frontière des colonies franques et saxonnes, et à un carrefour de plusieurs routes anciennes, fait de Fritzlar un séjour privilégié des souverains ottoniens et saliques lorsqu’ils voyagent en Hesse, même si le palais impérial, vraisemblablement construit au temps de Charlemagne, a aujourd'hui disparu : jusqu'à la fin du , il s'y tient des conciles religieux, des bans et des cérémonies royales. C'est à Fritzlar qu'en 906, un duel oppose victorieusement Conrad le Jeune de la dynastie des Conradiens à ses rivaux de la lignée des Babenberg pour l'hégémonie en Franconie ; et comme son propre père, Conrad l'ancien, a trouvé la mort dans l'affrontement, il hérite par la même occasion du titre de duc de Franconie. Conrad est couronné cinq ans plus tard roi de Francie orientale à Forchheim, succédant à son oncle Louis l’Enfant : c'est ainsi que le château fort aux confins ouest de Fritzlar devient palais royal.
La Diète d'Empire de Fritzlar, en 919, consacre le duc de Saxe Henri l'Oiseleur roi des Romains sous le nom de Henri de Germanie. Le roi Conrad , qui est mort en sans descendance mâle, a chargé son frère, le margrave (devenu duc à la mort de Conrad) Eberhard de Franconie de remettre le sceptre à Henri, car de son point de vue, seul Henri était en position d'apaiser les dissensions entre les Francs, les Saxons, de rattacher la Bavière ducale et la Souabe méridionales, ainsi que l'Alsace à la Francie Orientale, et ainsi de préserver l'unité du royaume. Eberhard et à sa suite le duc Bouchard de Souabe appuient l'élection d’Henri, mais le duc Arnulf de Bavière s'y oppose dans un premier temps, parce qu’Henri a mené en 921 une armée en Bavière. Henri est ainsi le premier Saxon à succéder aux Carolingiens sur le trône de Francie orientale. Son élection met un terme à la longue et amère rivalité qui oppose Francs et Saxons, et marque la naissance du Saint Empire médiéval, qui ne sera dissous qu’en 1806 par Napoléon.
La ville est à plusieurs reprises le siège de bans royaux et électoraux : les empereurs, en particulier les ottoniens et saliques, y tiennent à au moins quinze reprises leur ban, leur cour et leur lit de justice. La diète de Fritzlar de , présidée par Otton , prononça de lourdes peines à l'encontre du fils de l'empereur, Ludolphe de Souabe et ses conjurés comme le duc de Lorraine Conrad le roux et l'archevêque de Mayence Frédéric. Au cours de l'affrontement opposant Henri IV et Rodolphe de Rheinfelden, Fritzlar est au moins à trois reprises le théâtre de tentatives de conciliation, jusqu'à ce qu'au printemps 1079 le prince Rodolphe réduise le palais impérial en cendres.
À Fritzlar se tiennent aussi trois synodes importants en 1118, 1244 et 1259. C'est lors du synode général de Fritzlar de 1118, présidé par le légat pontifical Cunon de Préneste, que fut prononcé l'anathème contre Henri IV, pour avoir persisté dans sa querelle des investitures. Le prince-évêque Othon de Bamberg, parce qu'en tant que chancelier d'empire il était resté fidèle au monarque allemand dans l'opposition au pape, fut déchu de son sacerdoce. Lors de cette assemblée, Norbert de Xanten, fondateur de l'ordre des Prémontrés et futur archevêque de Magdebourg, se défendit victorieusement en invoquant Jean le Baptiste de l'accusation d'hérésie, prononcée par le clergé régulier contre son apostolat charismatique itinérant et ses prêches de repentance. Le synode général du confirma le bref papal déposant l’empereur Frédéric II, l’excommunication d’Erfurt prononcée par l'archevêque de Mayence, et vota 14 règlements pour renforcer l'ordre et la discipline ecclésiastique. Le synode de 1259 décida même de plusieurs questions sur l'administration ecclésiastique et la discipline, dont la fondation des béguinages.
La politique impériale passe une dernière fois par Fritzlar en 1400. Le duc Frédéric de Brunswick-Lunebourg est élu Roi des Romains contre Venceslas de Luxembourg par une majorité de grands électeurs à la diète des princes de Francfort, mais l'archevêque Jean II de Nassau n'entérine pas ce vote, si bien que les deux partis quittent Francfort sur un désaccord. Le , l'anti-roi Frédéric est assassiné sur la route du retour près de Fritzlar à Kleinenglis, par le comte Henri V de Waldeck et ses sbires, Friedrich von Hertingshausen et Konrad von Falkenberg, hommes-lige et féaux de Mayence. Venceslas peut conserver sa couronne jusqu'à ce que le , il soit déposé et qu'on mette sur le trône à sa place le comte palatin Robert . Un monument du , la croix impériale de Kleinenglis, commémore à cet emplacement le meurtre de Frédéric.
Au Moyen Âge : une ville convoitée thumb|225px|Gravure tirée de la Topographia Hassiæ de Matthäus Merian (1655). Par sa position aux confins des possessions franques et saxonnes, puis plus tard en tant qu’enclave mayençaise au milieu du landgraviat de Thuringe et enfin du landgraviat de Hesse, Fritzlar a toujours été le prétexte, l'issue ou le théâtre d'affrontements armés (entre Francs et Saxons, entre seigneurs temporels et autorités spirituelles, ou entre princes catholiques et protestants). Elle a donc été souvent assiégée, plusieurs fois prise d'assaut et à chaque fois reconstruite.
La première destruction de la ville intervient dès 774, lors de la campagne de Saxe de Charlemagne : alors que le roi des Francs était en Italie, les Saxons font irruption depuis la Hesse septentrionale et assiègent le fort de Büraburg, où la population de Fritzlar a trouvé refuge. Ils ne parviennent pas à s'emparer du fort, pillent cependant la ville et la réduisent en cendres. Seule la basilique de Wigbert, en pierre, reste debout, ce qui donne naissance à la légende selon laquelle deux anges seraient apparus et auraient effrayé les pillards. La ville est aussitôt reconstruite, et dès 786, on y tient concile pour élire le troisième archevêque de Mayence. De cette année-là jusqu'en 1051, les abbés de Fritzlar seront investis du titre d'évêque à Mayence.
Entre 1066 et 1079, le diocèse, l'octroi, le château et la ville sortent un à un du domaine royal à la suite de donations de l'empereur Henri IV à l'archevêque de Mayence, et la ville, qui jusque-là était le cœur de la Basse-Hesse, perd ainsi son importance politique au sein de l'empire. La soumission à Mayence ne prend fin qu'avec le recès d'Empire de 1803. Cette inféodation pluri-séculaire est rappelée par le blason de la ville, la double roue de Mayence rouge sur fond d’argent.
La querelle opposant Henri IV à Rome et à l'anti-roi Rodolphe de Rheinfelden soutenu par le pape, devait toutefois entraîner pour la ville des conséquences encore plus funestes. En 1078-79, Henri, qui tient très souvent sa cour au château, a une fois de plus établi ses quartiers d'hiver à Fritzlar. Une armée saxonne, favorable à Rodolphe, attaque Henri IV à l'été suivant : ce dernier parvient à s'enfuir, mais la ville est prise et sérieusement dévastée. Selon l'archevêque de Mayence Vécilon, elle est encore pratiquement en ruine lorsqu'en 1085, on entreprend de la reconstruireCité par ..