La contre-attaque de Mortain, nom de code (en allemand Unternehmen Lüttich), est une offensive de l'armée allemande pendant la bataille de Normandie, sur le flanc droit des forces alliées. Elle s’est déroulée du 7 au dans la région de Mortain. Décidée par Hitler contre l'avis de son état-major qui préconisait un repli des troupes, elle fait suite à la percée d'Avranches () par les troupes américaines qui ont réussi à pénétrer en Bretagne. La contre-attaque allemande est un échec cuisant et permet aux Alliés d'encercler une partie de la Wehrmacht dans la poche de Falaise. Lüttich (Liège en allemand), fait référence à une offensive similaire que le général Ludendorff avait lancée sur cette ville belge, pendant la Première Guerre mondiale, exactement trente ans auparavant.
Elle laisse Mortain en ruine.
Contexte Après le débarquement de Normandie du 6 juin 1944, la bataille s'enlise pendant deux mois. Les Anglo-canadiens piétinent à l'est devant Caen et les Américains à l'ouest (ce que les historiens appelleront la « bataille des Haies » en référence au bocage normand où elle se déroule, un terrain très favorable à la défense allemande avec ses nombreuses haies). Les 25 et , le commandement allié lance l' qui, après le bombardement aérien massif d'une courte section du front à l'ouest, offre une brèche aux troupes américaines qui réussissent leur percée. Le , après six jours de combats et d'avancée, la américaine du général Patton obtient une importante victoire avec la prise d’Avranches, qui perce le front allemand au sud-ouest. Ce succès inattendu. lui permet d’exploiter immédiatement et puissamment l'ouverture du flanc gauche allemand vers la Bretagne, d’une part, et, au-delà, vers l’est en direction d’Orléans et de Paris, d’autre part.
Marqué par l’attentat du 20 juillet 1944 qui l’a épargné par miracle, Hitler, contre l'avis de ses généraux qui lui recommandent le repli, décide d'imposer une contre-attaque. Il n’a plus aucune confiance dans le haut commandement de la Wehrmacht. Son objectif est de couper, par une poussée vers l'ouest et la côte, l’intégralité des lignes de communication de l’armée de Patton.
La prise d'Avranches a permis de percer l’extrême flanc gauche allemand. Les troupes américaines, par divisions entières, se ruent alors hors de Normandie par un couloir étroit d’une dizaine de kilomètres entre la côte et le front. En seulement , Patton fait traverser Avranches à deux divisions blindées et deux divisions d'infanterie G. Patton, .. En six jours, ce sont douze divisions qui s'échappent de Normandie.
Totalement inconscient de l’état réel des unités allemandes, usées par deux mois de combats intensifs et continuels et sans appui aérien, et poursuivant ses idées fixes, Hitler ordonne une action énergique au commandant du groupe d’armées B, le Feldmarschal von Kluge, le remplaçant de Rommel. L'occasion est trop belle, pense-t-on à BerlinGénéral Paul Hausser, Activité de la Armée Allemande du au , MS-B#179..
Forces en présence droite|vignette|Patrouille américaine dans les ruines de Mortain. Le corps de bataille allemand est usé mais encore capable de jouer un rôle dans une contre-attaque opérationnelle. Les forces américaines, quant à elles, sont relativement fraîches et préparées à affronter le choc, appuyées par une importante artillerie et une couverture aérienne totale.
Unités alliées Les Américains sont prévenus plusieurs jours à l'avance de l'offensive allemande. Ce délai a été mis à profit pour renforcer les défenses et relever les unités fatiguées. Les (général Lawton Collins) et corps d'armée américains (général Charles H. Corlett) sont impliqués dans cette bataille.
La d'infanterie américaine est vétéran de la bataille de Normandie (puisqu'elle a débarqué à Utah Beach le ). Le général Raymond O. Barton, un chef expérimenté, a organisé sa division en vue de l'attaque. Comme le commandement a été prévenu, l'unité est acheminée au plus vite face aux couloirs prévus pour les et . C'est une unité en réserve qui agit efficacement le , notamment par son appui d'artillerie. Elle est pour le moment cantonnée en avant de Brecey.
La d'infanterie américaine est une puissante unité vétéran. Très bien commandée par le général Manton S. Eddy, froid et calculateur, elle fait face aux d'infanterie et blindée, sur un terrain favorable. L'unité est à pleinement opérationnelle avec, en soutien à proximité sur ses arrières, le de la d'infanterie américaine.
La d'infanterie américaine est une unité expérimentée par plus d'un mois de combat. Elle encaisse le gros du choc de l'offensive allemande. Elle remplace la d'infanterie américaine, fatiguée et en route vers d'autres objectifs plus au sud, qui a capturé Mortain deux jours plus tôt. L'unité est commandée par le général Hobbs, qui sous-estime, tout au moins dans les premières heures, la puissance de l'offensive allemande. Il est vite rappelé à l'ordre par Collins, son supérieur.
La d'infanterie américaine est une division peu expérimentée, déjà en route vers la Mayenne quand l'ordre de retour est arrivé au général Paul W. Baade, son commandant. Le , elle fait mouvement vers Mortain, après avoir repassé Pontaubault.
La blindée américaine est représentée par l'un de ses trois groupements tactiques (Combat Command B). C'est une division blindée très puissante car elle possède deux régiments de chars au lieu d'un habituellement. Ses chars stationnent dans le couloir d'approche de la SS Das Reich. Elle a efficacement participé à l', énergiquement commandée par le général Maurice Rose.
Unités allemandes
Les formations allemandes impliquées dans l’offensive comportent uniquement des divisions blindées (Panzerdivision). Elles sont placées sous le commandement du Panzer Corps du général Hans von Funck. La Wehrmacht aligne un nombre de blindés difficile à établir, entre et d'assautKen Ford, Falaise 44, Campaign 149, Osprey, 2005., et Général R-C Freiherr von Gersdorf, The german counterattack against Avranches, MS-B#725, NARA.. Quatre divisions de panzer et les restes d'une division de Panzergrenadiers très diminuée sont engagées dans la contre-offensive de Mortain.
La SS Leibstandarte-SS-Adolf Hitler a été retirée du secteur de Caen dans la nuit du 5 au . Très diminuée car seuls deux bataillons incomplets de chars, deux bataillons de grenadiers, un groupe de batteries d’artillerie auto-portée, une compagnie du génie et un bataillon de DCA sont engagés, soit environ un tiers de ses moyens de combat. Le , la division dispose de , mais ceux-ci ne semblent pas avoir été tous engagés, car une bonne partie est restée à Caen.
La blindée SS (2. SS Panzerdivision Das Reich) est sérieusement éprouvée par les combats de . Cette division est renforcée par un groupement tactique assez faible (Kampfgruppe) composé des restes de la de grenadiers blindés SS (17. SS Panzergrenadier Division).
La blindée allemande (2. Panzerdivision) du général Freiher von Lütwitz. Cette division a longtemps été stationnée dans le Pas-de-Calais en prévision d'un second débarquement, les Allemands pensant au départ que le débarquement de Normandie n'était pas le débarquement principal alliée. Ramenée dans le secteur de Caen à la mi-juillet, elle a été engagée modérément jusqu'ici. Ses moyens de combat sont donc complets au début de l'attaque, et elle joua le rôle central dans l'offensive.
La blindée (116. Panzerdivision) commandée par le général Gerhard von Schwerin et dont le chef d'état-major est Heinz Günther Guderian, le fils du général Heinz Guderian. La division avait été très peu engagée en Normandie, bien que présente tout au long des deux mois précédant la percée d’Avranches. Y eut-il absence de volonté de la part du commandement de la division ? En tout état de cause, son action est très controversée..
Le plan Hitler en personne conçoit cette contre-offensive limitée. Elle était destinée à gagner du temps (huit à dix semaines) afin de rétablir la situation de la Wehrmacht en déroute, en se repositionnant défensivement sur la Marne et la Somme.. À cet effet, dès le , l’OKW demande à la armée allemande de retirer les divisions mobiles du front (Panzerdivision) afin de pouvoir préparer l’offensive.
L’objectif de von Kluge est de pousser trois divisions blindées d’est en ouest, sur une distance de , avec pour effet escompté de couper les communications de la américaine, puis, dans un second temps, de tourner la armée américaine et la prendre à revers.
La blindée a pour objectif de suivre le cours nord de la Sée et de flanquer l'opération par une progression ferme vers Brécey, pour atteindre une position au nord d'Avranches. Au centre, la blindée allemande doit suivre une route au sud de la Sée par le Mesnil-Adelée et pousser directement sur Avranches. Au sud, la blindée SS a pour mission via Mortain, de percer par Saint-Hilaire-du-Harcouët et atteindre Ducey et Pontaubault. La blindée SS devait agir en exploitation au centre après la percée initiale.
Hitler promet des renforts supplémentaires sous la forme d'unités en provenance du sud de la France ( blindée et d'infanterie), mais ces unités n'ont pas le temps d'arriver. Elles sont interceptées au sud de Mortain par les éléments avancés de la américaine.
Mais le commandement américain est au courant de l’intention allemande. En effet, depuis près d’un an, l' avait permis le décryptage des messages chiffrés des états-majors allemands (machine Enigma) par les services britannique et américainO. Wieviorka, , .. Tous les messages que s’échangeaient les Allemands via ce système étaient connus immédiatement des Alliés. Les renseignements étaient confirmés par des reconnaissances aériennes Ken Ford, , ..
Aussi le général Bradley, nouveau commandant du d’armées depuis le , peut-il prendre des mesures préventives plus de vingt-quatre heures avant l’offensive allemande.. Moins qu'un danger, cette offensive allemande est perçue comme une occasion de détruire à coup sûr l'armée allemande de NormandieIbid.. Bradley, s'entretenant avec un officier lui dit : « C'est une occasion qui ne se présente à un commandant en chef qu'une fois par siècle. Nous sommes sur le point de détruire une armée allemande entière ».. C'est ce à quoi le commandement allié va s'employer. Cependant, les troupes au contact sur le terrain ne sont pas prévenues. Elles sont déjà en état d'alerte maximum. Aucun renfort n'est disponible dans l'immédiat. Le risque de fuites qui trahiraient Ultra est trop grand.
Déroulement de la bataille vignette|upright=1.4|Carte de la bataille de Mortain. La phase initiale ne prend pas les Américains par surprise et leur permet de tourner les Allemands lors de la phase suivante de la bataille : la poche de Falaise.
Phase initiale - 6 et 7 août vignette|La cote 312, au sud de la cote 314 en 2023. vignette|La cote 314 domine la plaine jusqu'au Mont-Saint-Michel (au centre dans la brume) et Avranches, l’objectif de l’opération. gauche|vignette|Vue depuis la cote 314, refuge du 2/ US encerclé par les Waffen SS de la 2.SS-Panzer Division.
La bataille débute le dans la nuit, sans préparation d'artillerie, l'effet de surprise étant recherché par les Allemands ; effet manqué, les Américains informés ayant eu le temps de se préparer. L'opération commence par ailleurs sous le signe de la confusion, les différents états majors allemands se contredisant mutuellement.
L'opération est ralentie par de multiples évènements et, en définitive, au matin du , les Allemands n'ont progressé significativement que dans le secteur de la blindée allemande, laquelle bouscule deux compagnies du d'infanterie américain.. L'unité allemande atteint son objectif, le Mesnil-Adelée, dans la journée. La blindée est stoppée net par le de la d'infanterie américaine, très bien retranché dans un terrain favorable et largement équipé en pièces antichar.