Jane Eyre (Prononciation en anglais britannique retranscrite selon la norme API.) est un roman de la femme de lettres anglaise Charlotte Brontë, publié le à Londres par Smith, Elder & Co., sous le pseudonyme de Currer Bell. Le récit, à la première personne, se présente comme l'autobiographie de l'héroïne.

Le roman paraît en France, pour la première fois en 1855, dans une traduction tronquée, sous le titre Jane Eyre ou Mémoires d’une gouvernanteNotice de la Bibliothèque nationale de France (catalogue général). Il a été adapté à de nombreuses reprises au cinéma.

Contexte historique Jane Eyre est le premier roman publié de Charlotte Brontë, dont le livre précédent, Le Professeur, avait été refusé par sept éditeurs. Charlotte Brontë amorce la rédaction de Jane Eyre en , et l'achève un an plus tard. Le livre est accepté par la maison d’édition Smith, Elder & Co. et publié en , sous le pseudonyme de Currer Bell. Le succès est immédiat au point de précipiter la parution déjà prévue des romans Les Hauts de Hurlevent et Agnès Grey des sœurs de Charlotte, Emily (alias Ellis Bell) et Anne (alias Acton Bell). En , Jane Eyre fait l'objet d'une seconde édition que Charlotte dédie au romancier William Makepeace Thackeray.

Histoire et personnages Première partie vignette|droite| Jane Eyre, disant son fait à sa tante Mrs. Reed, avant que celle-ci ne l'envoie dans le dur pensionnat de Lowood (seconde édition de Jane Eyre, en 1847).

Jane, orpheline, est d'abord recueillie par sa tante, Mrs Reed, tenue par une promesse faite à son mari avant sa mort. Jane Eyre est toutefois élevée en inférieure à ses cousins qui n'hésitent pas à la maltraiter, surtout son cousin John. À la suite d'une forte rébellion contre sa tante, précédée par une punition disproportionnée qui la fait tomber en syncope, Jane Eyre, dix ans, est envoyée en internat à Lowood le quinze janvier. Elle s’y fait une amie sincère, Helen Burns, qui meurt de la tuberculose due aux très mauvaises conditions de l’internat. Ce passage est fortement inspiré de l'expérience de l'autrice : les deux sœurs aînées de Charlotte Brontë, Maria et Elizabeth, sont en effet mortes en bas âge en raison des mauvaises conditions de vie prévalant dans leur école de Cowan Bridge.

Après une épidémie de typhus, les conditions de vie de l'internat changent et celui-ci devient un établissement de qualité. Après huit années passées à Lowood — six en tant qu'étudiante et deux en tant que professeur — Jane veut changer de vie et passe une annonce dans un journal pour trouver un poste de préceptrice. Fairfax lui répond afin qu'elle vienne faire l'éducation d'Adèle, enfant protégée de M. Rochester, , riche propriétaire du château de Thornfield-Hall.

Deuxième partie Au fil des mois, la jeune gouvernante apprend à connaître son « maître », et l'admiration qu'elle a pour lui se transforme bientôt en amour profond et sincère. Consciente de la différence d'âge et de fortune qui les sépare, elle ne peut réfréner ses sentiments, et cela, même lorsqu'elle pense qu'il va en épouser une autre : la belle et fière Miss Ingram. Cependant, il lui apprend un jour que, malgré son âge et sa situation, c'est à elle qu'il a toujours donné la préférence et qu'il veut l'épouser. Trop heureuse pour croire à son bonheur, Jane est d'abord sceptique, mais convaincue de sa sincérité, elle accepte et les noces se préparent. Le jour du mariage, cependant, Jane apprend devant l'autel le terrible secret de M. Rochester. Marié dans sa jeunesse sous l'influence de son père et de son frère à une femme qui s'avère folle, il ne peut en épouser une autre. Sa première épouse est, en effet, toujours vivante et vit cachée et enfermée dans les combles de Thornfield-Hall.

Troisième partie Anéantie, Jane part dans la nuit pour fuir la tentation de devenir la maîtresse de Rochester. Sans argent, elle erre durant trois jours dans une région inconnue avant de trouver refuge, presque mourante, dans la maison de la famille Rivers. Elle y reste un mois et se lie d’amitié avec les deux jeunes Mary et Diana, laissées sans fortune après la mort de leur père. Elle fait aussi la connaissance de leur frère, le pasteur St-John Rivers. À sa demande, il lui trouve un poste d’institutrice dans le village, ce qui lui permet de vivre de façon indépendante. Cependant, après quelques mois, il découvre sa véritable identité (elle se faisait appeler Jane Elliot) et lui apprend que son oncle paternel, installé sur l'île de Madère et qu’elle n’a jamais connu, est mort en lui laissant un riche héritage. Elle apprend également qu'elle a été une enfant très aimée par sa mère et son père, que les Rivers sont en fait ses cousins paternels et que leur oncle maternel (et l'oncle paternel de Jane), les a déshérités en sa faveur après une dispute avec leur père. Elle n’est que trop heureuse de trouver enfin une famille aimante et décide de partager son héritage avec ses cousins.

Vivant dans la maison familiale avec la domestique Hannah, et ses cousines Diana et Mary, elle se lie peu à peu avec son cousin qui exerce sur elle une forte influence. Il a la vocation de devenir missionnaire et lui propose de l’accompagner en Inde et de devenir sa femme. Ce n’est pas l’amour qui guide sa demande mais son sens du devoir religieux et l’estime qu’il a pour le courage et l’intelligence de Jane. Bien que n’éprouvant pour St-John que des sentiments fraternels, elle est sur le point d’accepter. Une nuit, elle entend une voix venant de nulle part qui l'appelle : elle décide soudainement de retourner à Thornfield pour s’enquérir de l'état de M. Rochester dont elle n’a aucune nouvelle malgré plusieurs lettres envoyées à Mrs. Fairfax, l'intendante du manoir.

Elle ne trouve qu'un amas de ruines et apprend par l'aubergiste que la maison a brûlé dans un incendie peu de temps après son départ. C’est la femme aliénée de M. Rochester qui y a mis le feu, comme elle avait déjà tenté de le faire plusieurs fois. Elle est morte en se jetant du toit. M. Rochester, en tentant de sauver sa femme et les autres habitants de la maison, s'est blessé, a perdu la vue et une de ses mains ; il vit maintenant seul avec ses domestiques, John et son épouse Mary, dans un manoir reculé à Ferndean. Jane va immédiatement le rejoindre et l’aime toujours autant malgré son aspect physique encore plus inquiétant. Comme plus rien ne s’oppose à leur union, ils se marient enfin.

Grâce à l’argent de l’héritage, Mary et Diana ont à leur tour trouvé un mari. Jane et M. Rochester vivent un mariage heureux et ce dernier retrouve même en partie la vue (un œil) après deux ans de patience. De cette union, naît un enfant qui a hérité des yeux de son père, grands, brillants et noirs.

Personnages principaux Jane Eyre : protagoniste et personnage principal du roman, auquel elle donne son titre. Orpheline dès son plus jeune âge, elle vit une enfance malheureuse et presque sans amour. À dix-huit ans, elle devient institutrice au château de Thornfield. Tombée amoureuse de son riche propriétaire, Edward Rochester, sa forte conscience morale l'empêche de devenir sa maîtresse et elle ne revient vers lui que lorsque son épouse aliénée meurt et après être entrée en possession d'un héritage.

Enfance de Jane Mr. Reed : oncle maternel de Jane qui a choisi de l'adopter à la mort de ses parents (la mère de Jane est la sœur cadette de Mr Reed). Avant de mourir lui-même, il fait promettre à sa femme de prendre soin de Jane. Ces événements se déroulent avant le début du roman et sont relatés par Jane lorsqu'elle est punie dans la Chambre Rouge. Mrs. Sarah Reed : tante par alliance de Jane et contrainte de l'élever après la promesse faite à son époux. Elle la maltraite et la néglige, et lui conserve son inimitié jusqu'à sa mort. Elle est très froide et n'a aucune affection pour Jane. John Reed : fils de Mr. et Mrs. Reed, il est le cousin de Jane. Jeune maître de la maison, il la bat et la maltraite sans arrêt, parfois même en présence de sa mère. Il se révèle cependant pas très doué pour les études. Devenu adulte, il se ruine et meurt, pense-t-on en se suicidant. Eliza Reed : sœur aînée de John, elle est un personnage décrit comme pincé, sévère et avide. Au cours du roman, elle se réconcilie avec Jane et se retire dans un couvent près de Lille après la mort de sa mère. Georgiana Reed : sœur de John et Eliza. Hautaine et insolente, elle est aussi belle et gâtée et forme un contraste important avec la petite Jane Eyre. Plus tard, sa sœur Eliza fait échouer son mariage avec un Lord fortuné, elle finit néanmoins par épouser un homme riche. Tout comme Eliza, elle se réconcilie avec Jane lors de la maladie de sa mère, avant le décès de cette dernière. Bessie Lee : nurse à Gateshead (lieu de résidence des Reed) au langage rude, qui parfois témoigne de la bonté à Jane en lui racontant des histoires et en lui chantant des chansons. Plus tard, elle épouse Robert Leaven. Mrs. Reed gravement malade, Bessie et Jane sont heureuses de se rencontrer à nouveau après des années d'éloignement. Robert Leaven : le cocher de Gateshead, qui apporte à Jane la nouvelle de la mort de John Reed, laquelle a causé une attaque à Mrs. Reed. Il est l'époux de Bessie. M. Lloyd : un apothicaire compatissant qui conseille d'envoyer Jane à l'école. Plus tard, il écrit à Miss Temple pour confirmer les déclarations de cette dernière concernant son enfance, ce qui la disculpe de l'accusation de mensonge proférée par Mrs. Reed.

Pensionnat de Lowood M. Brocklehurst : un clergyman directeur et trésorier de l'école de Lowood qui maltraite les élèves. Il est fréquemment comparé à une . Religieux traditionaliste, il prône pour ceux dont il a la charge une vie stoïque et ascétique, mais s'en dispense lui-même avec hypocrisie, en même temps que sa famille. Miss Maria Temple : la supérieure bienveillante de l'école de Lowood School, qui traite Jane et Helen (ainsi que tous les autres élèves de Lowood) avec respect et compassion. Elle aide Jane à se disculper de la fausse accusation de mensonge de M. Brocklehurst. Miss Scatcherd : professeur à Lowood. Helen Burns : condisciple et meilleure amie de Jane à l'école de Lowood. Elle refuse de haïr ceux qui la maltraitent, ayant confiance en Dieu et tendant l'autre joue. Elle meurt de la tuberculose dans les bras de Jane. Elizabeth Gaskell, dans sa biographie des sœurs Brontë, écrit qu'Helen Burns est une transcription exacte de Maria Brontë, morte de la typhoïde à onze ans..

Au manoir de Thornfield Edward Rochester : le propriétaire du manoir de Thornfield. Héros byronien, il a été piégé en faisant un premier mariage malheureux avant de faire la connaissance de Jane dont il tombe follement amoureux. Bertha Antoinetta Mason : l'épouse folle à lier d'Edward Rochester. Sa vie est aussi racontée dans le roman de Jean Rhys La Prisonnière des Sargasses (Wide Sargasso Sea), dans lequel il est dit que son prénom original était Antoinette. Adèle Varens : une petite fille française dont Jane devient la gouvernante à Thornfield. Elle est la pupille de M. Rochester depuis l'abandon de sa mère, une ancienne maîtresse de Rochester. Mrs. Alice Fairfax : une veuve d'un certain âge, parente éloignée d'Edward Fairfax Rochester, intendante du manoir de Thornfield. Elle témoigne du respect à Jane. Leah : une femme de chambre, jeune, jolie et aimable à Thornfield, qui montre parfois une certaine agitation. Blanche Ingram : une mondaine que M. Rochester fait semblant de courtiser pour rendre Jane jalouse. Elle est décrite comme étant d'une grande beauté mais fait preuve d'un comportement dur et d'une avarice sordide. Richard Mason : un Anglais des Antilles, dont la sœur devient la femme de Rochester. Son apparition au château de Thornfield annonce la révélation finale de Bertha Mason. C'est un personnage sans consistance et peu apprécié de M. Rochester.