Eugène Dabit, né le à Mers-les-Bains (département de la Somme)., mort le à Sébastopol (U.R.S.S., actuelle Crimée), est un écrivain et un artiste peintre français.
Il a fait partie du groupe de la littérature prolétarienne et a eu un très grand succès pour son roman L'Hôtel du Nord (dont sera tiré le film portant le même titre), qui fut couronné du prix du roman populiste et porté à l'écran en 1938 par Marcel Carné, avec les acteurs Arletty et Louis Jouvet (dans des rôles inventés pour le film). Il a entretenu une longue correspondance avec Roger Martin du Gard.
Biographie vignette|gauche|350px|Sur la maison natale d'Eugène Dabit, rue Jules-Barni à Mers-les-Bains. Alphonse Eugène Dabit est issu d'une famille de commerçants parisiens.
Son père, Émile Eugène Dabit, né en 1873 à Paris ( arrondissement)., est bandagiste ; il épouse en 1897 Louise Hildenfinger, fabricante d'éventails..
Eugène Dabit naît à Mers-les-Bains (département de la Somme) rue Jules-Barni alors que ses parents s'y trouvent en congés.
En 1899, la famille déménage du passage Duhesme ( arrondissement) pour la rue du Mont-Cenis. En 1903, elle déménage rue de Suez. En 1904, enfin, elle déménage rue Calmels (1904)..
Eugène Dabit effectue ses études primaires à l'école communale de la rue Championnet où il obtient, en 1912, le certificat d’études primaires..
Au début de la Grande Guerre, tandis que son père est mobilisé au 5e régiment du génie, Eugène Dabit interrompt son apprentissage de serrurier-ferronnier et est embauché au métro Nord-Sud de Paris. En 1916, âgé de dix-huit ans, il s'engage volontairement par devancement d'appel pour la durée de la guerre au titre du 109e régiment d'artillerie lourde..
Après six mois d'instruction à PoitiersMaurice Rieuneau, Guerre et révolution dans le roman français de 1919 à 1939, Slatkine Reprints, Genève, 2000; voir le chapitre III consacré à Eugène Dabit : Persistance du témoignage personnel, pages 265-273., il connut un moment de dépression, simulant la folie puis, profitant d’une permission, s’échappa pour rejoindre Paris où il fit une tentative de suicide, se blessant une jambe sans gravité, dans le métro. Remis de ses blessures, il réintégra l'artillerie lourde et fut envoyé en opérations dans le tragique secteur du Chemin des Dames, à Oulches, puis à Reims et Épernay, sa blessure parisienne le faisant muter comme radio-télégraphiste de l'armée et l'appelant à réparer parfois les lignes sous les bombardements. Il a évoqué les images qui lui sont restées des années 1917-1918 dans un poème, J'ai été soldat à dix-huit ans Poème intégralement cité par André Gide dans Feuillets d'automne et quelques récents écrits, Mercure de France, 1949..
Après la fin de la guerre, il vécut avec les troupes d’occupation de la Ruhr en Allemagne puis revint à Paris travailler comme secrétaire-dessinateur au Service de Cartographie de l’Armée.
Enfin démobilisé en 1919, admirant Paul Cézanne, Vincent Van Gogh et Henri Matisse, il préféra étudier l’art de la peinture à l’Académie Biloul en 1920 et 1921, faisant alors la connaissance de nouveaux camarades : Christian Caillard (avec qui il s'installe dans un petit atelier trouvé rue des Mignottes par Émile Dabit) et Georges-André Klein .. Grâce à ces derniers, Eugène se plongea pour la première fois dans la lecture, avec Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Stendhal, André Gide.
En 1922, Eugène Dabit, aidé de ses parents, entreprit de se lancer dans l’industrie de la soie peinte avec son ami et associé Christian Caillard. Grâce à une amie de ce dernier, Irène Champigny, propriétaire et gérante d’une galerie d’art, le commerce tourna vite au succès, leur faisant ainsi gagner une petite fortune.
En 1923-1924, Eugène Dabit poursuivit ses études artistiques à l’Académie de la Grande Chaumière où il rencontra notamment Béatrice Appia, dont il devint le préféré, et Maurice Loutreuil. Avec ce dernier comme chef de file, Christian Caillard, Béatrice Appia, Georges-André-Klein et Pinchus Krémègne, Eugène Dabit fit partie du « Groupe du Pré-Saint-Gervais », école dans laquelle la peinture est pour eux un passionnant sujet de discussions et d’essais.
thumb|L'Hôtel du Nord, 102 quai de Jemmapes. En 1923, grâce en partie à l'argent gagné par la vente de soie peinte et à des prêts consentis par deux oncles d’Eugène Dabit, Émile et Auguste Hildenfinger, ses parents devinrent propriétaires de l’« Hôtel du Nord », sis au 102, quai de Jemmapes à Paris () au bord du canal Saint-Martin et s’y installèrent en tant que gérants ..
Eugène Dabit, logé chez eux, se fit parfois portier de nuit, observant la clientèle de passage qui inspira ses romans.
En 1924, Eugène Dabit se maria avec Béatrice Appia. Ils firent alors construire, au 7, rue Paul-de-Kock., Pierre-Edmond Robert, D'un "Hôtel du Nord l'autre : Eugène Dabit, 1898-1936, Bibliothèque de littérature française contemporaine de l'Université Paris VII, 1987..
Il prend part en 1927-1928 et 1929 au Salon des indépendants.. À partir de 1928, de retour d’un voyage au Maroc et lassé de constater un désintérêt pour sa peinture (s'il exposa avec Amedeo Modigliani, Chaïm Soutine et Maurice Utrillo., il aurait surtout aimé recevoir les encouragements de Maurice de Vlaminck , mais ceux-ci ne vinrent jamais)Voir cependant l'hommage posthume rendu par Maurice de Vlaminck à Eugène Dabit dans l'ouvrage collectif Hommage à Eugène Dabit, Gallimard, 1939., Eugène Dabit entreprit de devenir écrivain et se trouva une nouvelle muse : Véra Braun, d’origine hongroise, dessinatrice et artiste-peintre de Paris. Dabit, ainsi taxé d’infidélité conjugale, difficilement supportée par sa femme, frôla le divorce à deux reprises pour se résigner finalement à la séparation temporaire.
En 1929, il présente au Salon des Tuileries les toiles Paysage de neige et Mauresque. Son roman L'Hôtel du Nord a été publié en 1929 et obtint en 1931 le Prix du roman populiste, d’une valeur de cinq mille francs. À partir de cette année-là, il commença à militer pour la cause des pauvres gens et pour la littérature « révolutionnaire » en participant à des débats et en faisant des conférences.
En 1932, il bénéficia d’une bourse de la Fondation Blumenthal, fondation américaine pour la pensée et l’art français, d’un montant de vingt mille francs. La même année, l’Association des écrivains et des artistes révolutionnaires étant créée, il s’y inscrivit en tant que membre actif et y rencontra d’illustres personnalités du monde artistique et littéraire avec lesquels il fut souvent en relation amicale. En octobre, caressant le projet de porter Hôtel du Nord à l'écran, il entama des pourparlers avec Henri Jeanson, puis avec Jean Renoir. (c'est Marcel Carné qui réalisera le film en 1938)..
thumb|redresse|Tombe d'Eugène Dabit au cimetière du Père-Lachaise (division 44). En 1936, à l'invitation d’André Gide, Eugène Dabit effectua en U.R.S.S. un voyage à caractère littéraire en compagnie d'André Gide, Jef Last, Louis Guilloux, Jacques Schiffrin et Pierre Herbart, visitant successivement en juillet et août Moscou, Tbilissi, Batoumi, Sokhoumi, Sotchi où la fièvre et la dysenterie s'emparèrent de luiBernard Morlino, Parce que c'était lui - les amitiés littéraires de Montaigne et La Boétie à Boudard et Nucera, Éditions Écriture, 2015.. À sa mort (prétendument de la scarlatine, peut-être d'un typhus qu'on ne sut diagnostiquer : la nature de sa maladie demeura incertaine et apparut même suspecte à Louis AragonLouis Aragon, La mise à mort, Gallimard, 1965, pages 39-43., Maurice Lime parle lui directement de meurtre opéré par les équipes de StalineMaurice Lime, Les risques de la sincérité, La Pensée Universelle, 1975, pages 85-86.), survenue inopinément le à l'hôpital de Sébastopol (Crimée d’U.R.S.S.), il ne laissa aucune postérité. André Gide qui relatera ce voyage dans Retour de l'U.R.S.S.., lui dédicacera cet ouvrage :
Eugène Dabit repose aujourd’hui auprès de ses parents au cimetière du Père-Lachaise (division 44) à Paris.. Louis-Ferdinand Céline lui dédie en 1937 Bagatelles pour un massacre. C'est encore André Gide qui dira : Laffont et Bompiani, Le Nouveau Dictionnaire des auteurs de tous les temps et de tous les pays, Éditions Robert Laffont, 1994..
Œuvres du peintre s.d. - Portait d'Yvonne Chevalier au fauteuil, peintre et photographe, huile sur toile signé en haut à gauche, dim:Me Blanchet et Ass, 16 novembre 2011, Drouot, Paris, lot ,. Expositions du peintre Expositions collectives Salon des indépendants et Salon d'automne, à partir de 1926. Salon des Tuileries, à partir de 1929Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, tome 4, page 170.. Maurice Loutreuil et ses amis : Christian Caillard, Eugène Dabit, Béatrice Appia, André Masson, Pinchus Krémègne, Kazimierz Zieleniewski et Raymond Billette, Galerie de Nevers, 16 rue Dauphine, Paris, octobre-Gérald Schurr, « Les expositions », La Gazette de l'Hôtel Drouot, , 30 septembre 1977, page 17..
Expositions personnelles L'œuvre peinte d'Eugène Dabit, Galerie Bernheim-Jeune, Paris, octobre-Michel Florisoone, « Dans les galeries - L'œuvre peinte d'Eugène Dabit, Galerie Bernheim-Jeune », L'Amour de l'art, , novembre 1937, . George Besson, « Les expositions : Eugène Dabit », L'Humanité, , 27 novembre 1937.. Galerie Bernier, Paris, novembre-. Hommage à Eugène Dabit - Cinquante ans de son décès, Galerie de la Poste, 21 passage Véro-Dodat, Paris, mars-Gérald Schurr, « Les expositions Rive Droite : Eugène Dabit », La Gazette de l'Hôtel Drouot, , 25 avril 1986, page 49 (article citant Roger Martin du Gard)..
Œuvres de l'écrivain Livres thumb|400x400px|L'Hôtel du Nord en 2013. Petit-Louis (Gallimard, 1930 ; réédition, Gallimard, , 1988) L'Hôtel du Nord (Robert Denoël, 1929 ; réédition, Gallimard, , 1990 ; réédition, Denoël, 2000) Yvonne (1929 - inédit, Bernard Pascuito, 2008) Villa Oasis ou Les Faux Bourgeois (Gallimard, 1932 ; réédition, Gallimard, , 1998) Faubourgs de Paris (Gallimard, 1933 ; édition bibliophilique enrichie de vingt lithographies originales de Robert Savary imprimées par Mourlot Frères, cent vingt-cinq exemplaires numérotés, Société normande des amis du livre, 1970 ; réédition, Gallimard, , 1990)) Un mort tout neuf (Gallimard, 1934) L’Île, trois nouvelles : Les Compagnons de l'Andromède, Un matin de pêche, Les Deux Marie (Gallimard, 1934 ; réédition, Gallimard, , 2012). La Zone verte (Gallimard, 1935 ; réédition 2009) Train de vies (Gallimard, 1936) Au Pont Tournant (Union Bibliophile de France, 1936 ; réédition 1946) Les Maîtres de la peinture espagnole - Le Greco, Vélasquez (Gallimard, 1937). Ville lumière (Le Dilettante, 1937 ; réédition 1987) Le Mal de vivre et autres textes (avec Étrangères) (1937, Gallimard ; réédition, 1939, ; réédition, Gallimard, , 2005) Journal intime, 1926-1936 (Gallimard, 1939 ; réédition 1989) Correspondance avec Roger Martin du Gard, (Éditions du C.N.R.S., 1986). L'Aventure de Pierre Sermondade suivi de Une heure avec Eugène Dabit, (Finitude, 2009) . Contes de PARIS-SOIR (Les Trompettes Marines, 2019)
Articles Coutaud, galerie Vignon, (La Nouvelle Revue Française, ).
Réception critique et témoignages Le peintre - Roger Martin du Gard, 1928 - Michel Florisoone - Jean GionoJean Giono, , dans La Nouvelle Revue Française, , juin 1939. Texte repris dans , Les cahiers de la NRF série Giono, , , Éditions Gallimard, 9 octobre 1988. - Roger Bezombes Roger Bezombes, L'exotisme dans l'art et la pensée, Elsevier, 1953, . - Gérald SchurrGérald Schurr, Le Guidargus de la peinture, Les Éditions de l'Amateur, 1996, .
L'écrivain - Marcel Arland - Laffont et Bompiani vignette|280px|Eugène Dabit, Paysage, huile sur toile (coll. particulière). - Arthur GreenspanArthur Greenspan, dans Dictionnaire des littératures de langue française, Bordas, 1994. - Antoine Compagnon.
Prix et distinctions Prix de la littérature prolétarienne, 1929. Prix du roman populiste, 1931 (ce prix sera rebaptisé "Prix Eugène-Dabit" en 2012).