Un Afrikaner est un Sud-africain blanc d’origine néerlandaise, française, allemande ou scandinave qui s’exprime dans une langue dérivée du néerlandais du : l’afrikaans.
Le concept d'Afrikaner a pris son sens actuel au en réservant exclusivement son application aux descendants de ces Blancs non anglophones, nés en Afrique du Sud depuis l'établissement au Cap, en 1652, d'une colonie par la Compagnie néerlandaise des Indes orientalesPaul Coquerel, "l'Afrique du Sud des Afrikaners", éditions complexes, 1992, . Il étend sa représentativité au-delà du terme Boer (paysan en néerlandais), vocable par lequel ces Blancs furent d'abord désignés, pour évoquer non seulement Jean Sévry, professeur à l'université de Montpellier III, L'Afrikaner vu par les historiens et les écrivains : portraits ou caricatures ? dans Écritures et Histoire de l'Afrique du Sud, Palabres Vol. V, , 2003, .
Les Afrikaners proprement dits sont un des peuples de langue afrikaans, bien qu’ils soient à l’origine de l’introduction de cette langue en Afrique du Sud. On écrit encore parfois Afrikaander ou plus rarement Afrikander. Ces termes utilisés dans cette langue et qui signifient littéralement « Africains » en afrikaans, désignent ainsi principalement les Africains blancs d’Afrique du Sud de langue maternelle afrikaans. On peut aussi les désigner par le terme « Hollandais du Cap » qui est plus précis que le terme « Afrikaner ». L'afrikaans est, avec l'allemand pennsylvanien (pennsilfaanisch) et l'allemand de Namibie, le néerlandais en Amérique et dans une mesure différente les diverses formes d'anglais, une des langues de racine germanique parlées hors du continent européen.
Étymologie Le terme « Afrikaner » apparaît au début du et a supplanté celui de Boer au . Le premier témoignage de son utilisation est attribué à Hendrik Bibault en 1707, arrêté pour scandale public et condamné au fouet. Il rétorqua au Landrost (bourgmestre) de Stellenbosch qui venait de le condamner et de lui infliger ce châtiment : « Ek been ein Afrikaaner ! » (« Je suis un Afrikaner ») et il ajouta : « Peu importe que le Landrost me condamne au fouet, je ne me tairai pas ».
Il s’agit là de la première marque de distinction entre les colons afrikaners et ceux nés en métropole néerlandaise. Les premiers sont irrémédiablement attachés à l’Afrique et ne se reconnaissent plus dans les lointains Pays-Bas. Revendiquant une identité nationale distincte, les Burghers (citoyens libres par opposition aux fonctionnaires de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales) puis les Trekboers (ceux s’éloignant du Cap), et enfin les Voortrekkers vont s’enraciner dans la terre africaine et s’identifier à une géographie précise au nom d'une identité nationale qui leur est propre. Cette identité ethnique va s’affirmer évidemment par rapport aux autres en les excluant, qu’ils soient de souche britannique ou de souche africaine et de peau noirePaul Coquerel, L’Afrique du Sud des Afrikaners, et S..
250px|thumb|left|Le Voortrekker Monument de Pretoria, monument symbolique du nationalisme afrikaner. Le développement d’un groupe homogène afrikaner s’est globalement appuyé sur la langue afrikaans et sur le calvinisme, dont la doctrine distinguait un peuple élu et les autres (voir calvinisme afrikaner). Ainsi, la première publication en afrikaans date de 1795. Il s’agissait d’un poème satirique concernant l’occupation britannique de la colonie du Cap. Au , l’identité des Boers-Afrikaners s’affirme à travers l’usage de cette langue. À côté de l’afrikaans, la désignation des Afrikaners comme peuple élu par les théologiens des Églises réformées a constitué le paradigme central de l’histoire sud-africaine des Afrikaners.
Cependant, ces facteurs culturels unificateurs qui les distinguaient des autres communautés du pays n'enlevaient pas les différences qu'il pouvait y avoir entre des fermiers du Transvaal et des hommes d'affaires afrikaners du CapWilliam Bellamy, Une identité nouvelle pour l’Afrique du Sud, publications de la Sorbonne, 1996, et s.. 250px|thumb|left|Relief en marbre du Voortrekker Monument retraçant l’histoire des Boers -Afrikaners durant le Grand Trek.
Le développement du nationalisme afrikaner a permis d'unifier l'ensemble du peuple, toutes classes sociales confondues, vers une même destinée, car au départ, le sens du mot Afrikaner diffère selon qu'on est au Cap ou au Transvaal. Si, au Cap, il désigne un individu blanc d'origine néerlando-germano-française qui ne parle que l'afrikaans, rejetant ainsi la catégorie des métis, sa définition peut se doubler d'une interprétation nationaliste plus large utilisée par l'AfrikanerBond pour désigner tout sud-africain affirmant une allégeance exclusive à l'Afrique du Sud. Au Transvaal par contre, le concept est restrictif puisqu'un Afrikaner ne peut être qu'un membre de l'Afrikanerdom, c'est-à-dire un participant du Grand Trek ou ses descendantsPaul Coquerel, , ibid.
L’histoire des Afrikaners s’est continuellement référée à une représentation quasi religieuse, utilisant les comparaisons bibliques entre l’oppression des juifs dans l’Ancien Testament et l’exode des Afrikaners du Cap en 1835Floris Van Jaarsveld, the afrikaner's interpretation of South African history, Simondium, Le Cap, 1964, . Le Grand Trek s'est finalement imposé comme la racine historique du peuple afrikaner, l’événement qui lui a donné son âme, le berceau de la nationdéclaration de Daniel François Malan en 1938 lors du centenaire du Grand Trek.
250px|thumb|Cartes des républiques boers du Transvaal et de l’État libre d'Orange.
Au début, il n’existe pas d’institution ou de structure capable de faire évoluer ce sentiment d’appartenance à une communauté spécifique vers une forme plus moderne de nationalisme. Ce sentiment se limite à la perception d’une destinée commune et c’est à partir de 1875, consécutivement à l’apparition des journaux en afrikaans puis du premier livre d’histoire des Afrikaners par Stephanus Jacobus du ToitL’Histoire de notre pays dans la langue de son peuple, 1877, Le Cap en langue afrikaans, que se forge le mouvement identitaire afrikaner, sous l’effet et en réaction à l’impérialisme britannique et à son idéologie libéralePaul Coquerel, ibid, .
Ainsi, les Afrikaners entrent dans l’histoire comme un peuple original et autonome de pionniers, simples et pieux, s’ouvrant une voie en Afrique du Sud avec leur fusil, leur bible, leur paire de bœufs, leur grand chariot de bois transportant femmes, enfants, matériel agricole rudimentaire et tous leurs biens terrestres. Un chariot qui sert également d’abri, de moyen de transport et de forteresse contre les attaques ennemiesL’Afrique du Sud, Collection Life, 1965, Sheila Patterson, Le Dernier Trek, 1957, nouvelle édition 1982.
Si cette image des Afrikaners est d’abord dépassée par celle de peuple résistant et martyr des camps de concentration britanniques de la seconde guerre des Boers puis, après la Seconde Guerre mondiale, par celle qu’implique leur rôle dans la promotion de l’apartheid, elle n’en reste pas moins la référence primaire qui a fondé le sentiment d’appartenance identitaire de tout le peuple afrikaner.
Les Afrikaners vont longtemps se considérer comme les authentiques sud-africains, architectes de l’Afrique du Sud moderne, attribuant aux Anglo-sud-africains les sobriquets ou , alors que les non-Blancs étaient relégués dans des rôles subalternes, justifiés selon les plus fondamentalistes des Afrikaners par la malédiction de Canaan (terme biblique concernant Ham, fils de Noé).
Démographie et géographie thumb|250px|Représentation géographique de l’Afrique du Sud selon la proportion de locuteurs de langue afrikaans. thumb|250px|Densité de locuteurs afrikaans sur la base du recensement de 2001. Plus de de personnes dans le monde s’identifient en tant qu’Afrikaners, soit 60 % des de Blancs d'Afrique du Sud.
L’Afrique du Sud est le pays d’origine des Afrikaners. Selon le recensement effectué en 2001, l’Afrique du Sud compte pouvant être assimilées à des Afrikaners (sur des critères combinant peau blanche et langue maternelle afrikaans). Ces Afrikaners représentent plus de 60 % de la communauté blanche toutes origines confondues résidant en Afrique du Sud. Le nombre de résidents blancs et afrikaners dans ce pays a diminué sensiblement depuis le recensement précédent de 1996Recensement 2001. Ainsi en 2006, l’Institut sud-africain des relations raciales (SAIRR) relevait que près d’un million de sud-africains blancs, représentant presque un quart du nombre total de Blancs dans le pays, avaient quitté l’Afrique du Sud depuis 1994Basé sur une analyse des Enquêtes Statistiques des Ménages d’Afrique du Sud, l’auteur du rapport, Frans Cronjé estime le nombre de Sud-Africains blancs dans le pays à , soit de moins que les de 1995.
Géographiquement et pour des raisons historiques, la population afrikaner se répartit différemment selon les provinces : ProvincePopulation afrikanerPourcentage du totalCap-OrientalÉtat libreGautengKwaZulu-NatalLimpopoMpumalangaNord-OuestCap-NordCap-Occidental
La Namibie est le second pays où la communauté afrikaner est la plus représentée. Selon un recensement effectué en 2001, la Namibie compterait de langue afrikaans soit 9,5 % du total de la populationInternational Institute for Applied Systems Analysis (2001). Cette statistique comprend les communautés métis et noires qui ont fait de l’afrikaans leur langue maternelle. Sur les 8 % de Blancs que compte le pays, plus de 60 % d’entre eux sont des Afrikaners contre 32 % de germanophones, 7 % d’anglophones et 1 % de lusophones. Les Afrikaners de Namibie résident essentiellement à Windhoek et dans le district de ǁKaras.
Depuis les années 1980 et encore plus depuis 1994, de larges communautés de Sud-Africains blancs anglophones et Afrikaners expatriés se sont établies au Canada, au Royaume-Uni, aux États-Unis, aux Pays-Bas, en Australie, en Nouvelle-Zélande. De petites communautés d’Afrikaners résident également au Mozambique, au Botswana, au Lesotho, au Eswatini et au Zimbabwe.
Selon le recensement national sud-africain de 2011, Sud-Africains blancs parlent l'afrikaans comme première langue, soit environ 5,23% de la population totale de l'Afrique du Sud. Le recensement montre également une augmentation de 5,21% de la population afrikaner par rapport au recensement précédent de 2001. (2011) sont en mesures de comprendre, ou parler le néerlandais.
La grande majorité de cette population est de religion chrétienne, protestante calviniste.
Une centaine de familles noires se déclarant afrikaners vivent dans la colonie d'Onverwacht, fondée en 1886 près de la ville minière de Cullinan. Les membres de la communauté descendent des esclaves affranchis qui avaient accompagné les Voortrekkers installés dans la région.
Généalogie et ascendance non européenne Selon une étude génétique publiée en , presque tous les Afrikaners ont reçu un apport génétique non européen. Cette ascendance non européenne est de 4,8 % en moyenne, dont 2,1 % d'ascendance africaine et 2,7 % d'ascendance asiatique/amérindienne. Parmi les 77 Afrikaners étudiés, 6,5 % avaient plus de 10 % d'ascendance non européenne, 27,3 % entre 5 et 10 %, 59,7 % entre 1 et 5 % et 6,5 % en dessous de 1 %. Cette ascendance non européenne semble provenir davantage de personnes emmenées au Cap en tant qu'esclaves (3,4 %) à l'époque coloniale que de la population locale de Khoe-San (1,3 %)Hollfelder et al. 2019, Patterns of African and Asian admixture in the Afrikaner population of South Africa.
Historique 225px|thumb|left|L’arrivée au Cap de Jan van Riebeeck en 1652. 225px|thumb|left|Un boer dans le veld sud-africain (1806). 225px|thumb|left|Une Hartebeesthut, maison de boue séchée, habitation des Trekboers dans le Karro. Les Afrikaners (d’abord appelés Boers) sont les descendants des colons d’origines hollandaise, allemande et française qui, à partir du , vont progressivement occuper la région du Cap de Bonne-Espérance.