La famine est une situation dans laquelle la population d'une zone géographique donnée, ou seulement une partie de cette population, manque de nourriture. L'état de sous-alimentation est atteint à moins de par jour et par personne, la moyenne normale étant de à (adolescent). Cet état peut provoquer la mort.

Étymologies Le mot « famine » attesté en 1170 ou 1155, et vers 1130 sous la forme « famire », est un dérivé du mot « faim » (fames, famis en latin). Du , le mot famine a eu aussi le sens de faim qui se retrouve encore dans des expressions telles que « crier famine » (se plaindre d'avoir faim) ou « salaire de famine » (salaire de misère, qui ne permet pas de manger à sa faim).

L'étymologie du mot disette est incertaine ou inconnue. Il existe de nombreuses hypothèses, dont les deux principales sont un dérivé de l'ancien français à dire (vers 1050) dire au sens de manquant ( trouver à dire = regretter l'absence de) ; un emprunt, à l'époque des croisades, au byzantin disektos « bissextile » dans le sens d'« année mauvaise ».

Le terme disette est employé pour une situation de pénurie moins grave (manque ou cherté des vivres), et aussi pour désigner une personne souffrant d'anorexie qui s'impose une disette alors que les aliments sont disponibles. Les véritables famines sont ainsi plus rares que de simples pénuries..

Définitions et caractéristiques Le terme de famine comporte une charge émotionnelle qui en fait l'un des mots les plus puissants et les plus répandus dans l'histoire humaine. Il est associé à l'idée de désastre ou de catastrophe collective des plus terribles. Il est malaisé de définir ses limites, car il est pluridimensionnel selon le type d'approche (auteurs de disciplines, d'écoles ou de professions différentes : géographes, démographes, économistes, sociologues, humanitaires et militants des droits humains…).

En 1990, Sarah Millman compare l'étude des situations de famine à la fable indienne Les Aveugles et l'Éléphant. Elle propose de distinguer des situations de manque ou de rareté de nourriture selon le niveau d'organisation humaine : la pénurie alimentaire, lorsque l'ensemble des ressources alimentaires disponibles dans une région donnée devient insuffisant pour répondre aux besoins de sa population. la pauvreté alimentaire, lorsqu'une famille ne peut obtenir assez de nourriture pour répondre aux besoins de tous ses membres. la privation alimentaire, lorsqu'elle se traduit au niveau individuel.

La capacité d'éviter ces trois situations de crise alimentaire représente la sécurité alimentaire. La pénurie alimentaire est l'une des causes de pauvreté alimentaire, elle-même cause de privation alimentaire. Ce qui signifie aussi qu'il existe d'autres causes : il peut exister une pauvreté en l'absence de pénurie, et des privations en l'absence de pauvreté.

Lorsque, dans une région donnée, des crises alimentaires massives affectent un grand nombre de personnes en provoquant une surmortalité, voire un effondrement social, elle est appelée populairement famine. Au Soudan, les populations distinguent les famines selon leur gravité : les famines mineures qui causent la faim, les famines sévères qui causent la misère économique, et les famines catastrophiques qui entrainent la mort.

Une définition de la famine pourrait être .

Chaque famine peut être abordée selon quatre catégories de causes (Mallory, 1926) : naturelles (facteurs climatiques), économiques, politiques et socioculturelles.

Les définitions officielles ou académiques peuvent ne pas correspondre au vécu des populations en situation de famine. Par exemple, pour une population concernée, le début d'une famine peut être marquée par une sécheresse annonçant une mauvaise récolte, et non les premiers morts de faim ; de même, si la fin officielle d'une famine se marque par l'arrêt des mesures d'urgence prises, des survivants de la famine peuvent continuer d'en souffrir. La difficulté de définir une famine, ses limites ou ses niveaux de gravité tient au fait qu'il ne s'agit pas d'un phénomène simple, explicable par un modèle unique (pénurie de nourriture provoquant une surmortalité par dénutrition).

Fait social singulier ou total ? La famine peut être considérée comme un évènement singulier, limité dans l'espace et le temps, avec un début et une fin : les famines rythment l'histoire humaine et constituent des marqueurs de mémoire collective. Une deuxième approche est de la voir comme un fait social total, comme le sommet d'un iceberg, la conséquence d'un processus politique, culturel et socio-économique. Ces deux approches engendrent deux types de réponses à la famine : l'aborder de façon urgente par des réponses immédiates (la famine comme catastrophe humanitaire, avec une gestion de crise analogue à celle des catastrophes naturelles), la deuxième est d'envisager des mesures à plus long terme, comme le développement rural ou une agriculture plus résiliente.

La famine est à la fois un évènement et une structure (un évènement historique et un phénomène de structure socio-économique), c'est . À la fin du , avec la mondialisation, une famine n'est plus seulement un phénomène loco-régional : elle peut trouver ses origines dans des processus politiques ou économiques situés sur d'autres continents.

Famine et démographie La mortalité liée à une famine est difficile à mesurer avec précision. Il s'agit le plus souvent d'estimations grossières, surtout pour les famines historiques d'avant le . Selon Pitirim Sorokin (1889-1968), l'un des premiers auteurs à évaluer les conséquences d'une famine sur la mortalité, les famines modernes pourraient représenter selon les régions, de 200 à 800 décès annuels pour mille personnes, alors que la mortalité habituelle est de l'ordre de 10 à 30. Par exemple, la famine soviétique de 1921-1922 aurait atteint le taux de 600 pour mille.

Le concept de surmortalité a été jugé utile pour évaluer les conséquences démographiques d'une famine : c'est le nombre de décès en excès par rapport à la moyenne de la période précédant la famine, mais peu d'études ont utilisé ce concept. Par exemple, la famine du Bangladesh en 1974-1975 aurait fait un million et demi de victimes.

Les conséquences démographiques d'une famine se déroulent en plusieurs phases : une phase initiale où le taux de mortalité répond immédiatement à la crise alimentaire, une deuxième phase où ce taux dépasse au moins le double de la moyenne habituelle, une troisième phase où la mortalité diminue graduellement, et une phase finale où ce taux tombe en dessous de la normale (parce que la population la plus vulnérable a été décimée).

Les études indiquent qu'il existe une mortalité différentielle selon les sous-groupes de la population. Les catégories les plus vulnérables à une famine sont : les nourrissons et les enfants où la mortalité infantile peut aller jusqu'à 500 ou 600 décès pour mille naissances vivantes (Bangladesh 1974-1975, Ouganda 1980), les personnes âgées, les femmes enceintes et allaitantes, les travailleurs agricoles « sans terre » (non propriétaires).

Les famines ont des conséquences sur le taux de natalité qui commence à décliner rapidement, neuf mois après le début d'une famine, jusqu'à 75 ou 30 % du taux normal selon la sévérité de la famine. Le point le plus bas est atteint vers les neuf mois après la fin de la famine ; puis le taux normal est retrouvé rapidement avec un rebond (naissances en excès) sur trois années. Les raisons invoquées sont : la dénutrition et le stress psychologique qui diminuent la fécondité, la faim qui réduit la fréquence des rapports sexuels, la séparation des époux en période de famine, le renforcement du contrôle des naissances (abstinence, avortement, et historiquement infanticide).

Historiquement, les famines sont à l'origine de migrations. L'une des plus spectaculaires et des plus documentées est la grande famine irlandaise (1845-1852) qui entraine le départ immédiat d'un million de personnes vers les États Unis et l'Angleterre. De 1852 à 1916, près de cinq millions d'irlandais quittent leur pays, trois sur quatre pour les États-Unis.

Famine et épidémies Il existe un rapport, à la fois physiologique et social, entre famine et maladies. La dénutrition et ses multiples carences affaiblissent le système immunitaire, diminuent la résistance aux infections et la capacité de s'en remettre. La famine déplace des populations qui propagent des maladies contagieuses. En situation de famine, le comportement social habituel est rompu : les personnes affamées négligent leur hygiène personnelle, elles peuvent consommer une eau non potable ou contaminée, des « produits de famine » tels que des végétaux peu nutritifs ou non comestibles, ce qui peut entraîner vomissements et diarrhées.

Lors d'une famine, la mortalité par maladie peut être largement supérieure aux morts de faim. Par exemple, lors de la famine du Bengale de 1943 (près de trois millions de morts), la faim n'a représenté que 5 % des causes de mortalité, la grande majorité des autres cas étant liée au choléra, au paludisme et à la variole. Cependant, ces évaluations sont discutées car l'administration coloniale de l'Inde britannique était peu encline à reconnaitre la faim comme cause de mortalité. Cette situation se poursuit car depuis l'indépendance de l'Inde (1947), la mortalité par famine est restée un sujet politique (il est plus facile d'admettre des morts par maladie que des morts de faim).

Adaptations socio-culturelles traditionnelles Famine éventuelle Les sociétés traditionnelles mettent en œuvre de nombreuses stratégies pour prévenir les famines ou diminuer leur gravité. Les unes sont économiques : les cultures céréalières sont historiquement importantes, car leur production peut être stockée sur de longues périodes, d'autre part la diversification agricole et la pratique des jardins potagers sont aussi des mesures de précaution.

La menace de famine incite au développement de réseau sociaux d'entraide (familial, de voisinage, de groupes d'identité partagée…). Dans les sociétés confrontées au risque de famine, les familles ont un grand nombre d'enfants, ce qui représenterait un investissement d'avenir pour accroître le revenu familial (famille élargie), par exemple les stratégies familiales de mariage des enfants pour s'allier avec des familles mieux loties.

Plusieurs auteurs ont souligné que les sociétés traditionnelles ont développé des pratiques de « pauvreté partagée » et « d'assistance mutuelle » constituant une « économie morale » ou une « éthique de la subsistance » pour faire en sorte que les plus pauvres ou les plus faibles (parents démunis, voisins proches…) ne meurent pas de faim. Il y aurait des relations non économiques entre riches et pauvres, bienfaiteurs et nécessiteux. Cependant, pour les auteurs plus modernes, ces mécanismes sont de peu d'efficacité pour affronter le choc de famines majeures.

Famine avérée vignette|Détachement de l'écorce interne de pin sylvestre, un produit de famine consommé durant la guerre civile finlandaise de 1918. Quand une famine débute, les propriétaires terriens réduisent leur main-d'œuvre. Si elle s'aggrave, une société agraire a tendance à ne plus soutenir les travailleurs d'autres secteurs tels que les artisans. Selon la durée et la gravité d'une famine, plusieurs mécanismes se succèdent : cérémonies et rites religieux : l'intensification des rituels vise à conjurer la menace de famine, à mieux supporter la faim, mais c'est aussi un renforcement du fanatisme religieux ou au contraire une mise en doute des divinités établies ; identification de boucs émissaires ou « affameurs » ; réduction de la consommation alimentaire et espacement des repas ; remplacement des aliments habituels par des produits de mauvaise qualité, voire peu ou non comestibles (« produits de famine ») ; vente de ses biens (jusqu'à la totalité) pour l'achat de nourriture.