Le Panthéon de Rome est un édifice religieux antique situé sur la piazza della Rotonda (Rome), bâti sur l'ordre d'Agrippa en À l’origine, le Panthéon est un temple consacré à toutes les divinités de la religion romaine. Endommagé par plusieurs incendies, il est entièrement reconstruit sous Hadrien (début du ) et restauré sous Septime Sévère (début du ). Il est converti en église au par le pape et devient la basilique de la Sainte Vierge aux Martyrs. C’est le plus grand monument de la Rome antique qui soit parvenu en l'état après presque deux millénaires, malgré le pillage de sa décoration de marbre et de bronze et les additions décoratives des architectes des qui ont fragilisé sa coupole. Les travaux de restauration réalisés à la fin du et au cours du ont dégagé le monument des constructions parasites, réparé et consolidé ses structures et permis l'étude archéologique des bâtiments antiques.

Le Panthéon supporte la plus grande coupole de toute l’Antiquité, avec , soit de diamètre intérieur, qui reste la plus grande du monde en béton non armé.

Le Panthéon d’Agrippa Construction Selon les textes antiques, Le Panthéon fut construit sous Auguste, puis reconstruit par Hadrien. gauche|vignette|200x200px|alt=buste masculin en pierre blanche|Marcus Agrippa, Louvre. Le Panthéon original fut construit au début du règne d’Auguste, en , par son ami AgrippaAgrippa ne devint le gendre d’Auguste que plus tard, en qui participait ainsi à la politique d’embellissement de la Ville, encouragée par l'empereurSuétone, Vie des douze Césars, Auguste, XXIX. Il édifia le Panthéon et les thermes d’Agrippa en marge de la partie urbanisée de Rome, près du Champ de Mars, plaine marécageuse de au nord-ouest de Rome et région propice aux grands aménagements urbains. La monumentalité du bâtiment, la valeur esthétique de son architecture extérieure et intérieure, et sa mise en scène au sein d'un grand complexe architectural devaient ainsi renforcer une certaine sacralisation du lieu et contribuer au double effet politique de légitimation du nouveau pouvoir impérial, d'exaltation de son idéologie.

La date de cette construction correspond au troisième mandat de consul d’Agrippa, dont le nom est gravé sur le portique d’entrée. Sur cette inscription, on peut lire :

M.AGRIPPA L.F.COS.TERTIVM FECIT

ce qui signifie (). Ce troisième consulat remonte à . Toutefois, une date légèrement différente est parfois avancée, , à laquelle Dion Cassius dresse la liste des ouvrages achevés par Agrippa sur le Champ de Mars.

Pline l'Ancien évoque sa riche décoration : .

Les travaux de dégagement du Panthéon en 1892-1893 montrent des briques estampillées dans la rotonde et la coupole. L'étude de ces marques par Georges Chedanne établit que, pour sa partie visible, le Panthéon n'est pas celui d'Agrippa, mais date d'Hadrien.. Des sondages archéologiques ponctuels sont effectués sur les côtés du pronaos d'Hadrien (l'entrée moderne) et dans la rotonde. Les relevés de ces sondages sont documentés par les dessins de l'architecte Pier Olinto Armanini et publiés par Luca Beltrami en 1898. Un bâtiment antérieur à celui d'Hadrien est repéré à au-dessous du niveau du pronaos, construit en de gros blocs de travertin, avec des placages latéraux en marbre. À l'intérieur de la rotonde, deux tranchées de et de longueur, disposées en croix à au-dessous du niveau actuel, ont révélé quelques fragments de dallage en marbre coloré. Plus bas, à au-dessous du niveau actuel, les fouilleurs ont atteint un soubassement massif en béton de tuf d'environ d'épaisseur, reposant sur le sol primitif, un banc d'argile alluvial. Ce massif est interprété comme un dispositif de stabilisation et d'isolation des infiltrations d'eau.

Interprétant les résultats des sondages, l'architecte Luca Beltrami propose le plan suivant du Panthéon d'Agrippa : un podium de de haut, construit en blocs de travertin, accessible par onze marches et revêtu de plaques de marbre, supportant un portique et une (partie intérieure et fermée du temple) transversale, rectangulaire de , soit une surface plus grande que le pronaos actuel. Luca Beltrami place le pronaos (entrée du temple) vers le sud, ouvert sur un espace découvert qui sera celui de la rotonde d'Hadrien. Rodolfo Lanciani complète ce plan en supposant l'existence d'un mur ceinturant la rotonde. Compte tenu de la faible épaisseur de ce mur (), insuffisante pour soutenir une structure lourde, cet espace devait être découvert, constituant un temple hypèthre.

Toutefois, l'orientation du temple d'Agrippa vers le sud pose question, car la reconstruction ultérieure d'Hadrien s'ouvre au nord. Ce retournement d'un axe sacré serait sans exemple dans la construction romaine. Pour Christopher Simpson, il est incompatible avec l'importance rituelle des orientations sacrées et le conservatisme religieux romain. Les conclusions de Luca Beltrami sont donc contestées par plusieurs archéologues, dont Giuseppe Lugli en 1971 et en 1990. Néanmoins, elles font autorité durant tout le , et l'orientation au sud du Panthéon d'Agrippa est reprise dans de nombreux ouvrages.

Les derniers sondages archéologiques effectués en 1996 et 1997 ont donné une vue frontale du pronaos d'Agrippa et du pronaos d'Hadrien qui le surmonte. Les colonnes du Panthéon d'Hadrien prennent appui sur les bases de colonnes du temple précédent, superpositions visibles sur les dessins de Pier Olinto Armanini, mais négligées par Luca Beltrami. Le relevé archéologique de 1996/1997 montre le podium d'Agrippa revêtu de marbre, de de hauteur, accessible par deux escaliers de onze marches. Plus large que le podium d'Hadrien, il supporte vraisemblablement dix colonnes frontales. Les preuves archéologiques de l'ouverture du Panthéon d'Agrippa vers le nord ont mis un terme aux polémiques. Gerd Heene propose en 2004 un dessin de reconstitution du Panthéon d'Agrippa selon cette orientation. vignette|center|alt=dessin d'un temple à dix colonnes devant une rotonde|Schéma du Panthéon d'Agrippa, d'après Gerd Heene (2004). L'incendie de Rome de l’année 80 a détruit plusieurs édifices du Champ de Mars, dont le Panthéon d’AgrippaDion Cassius, LXVI, 24.. L’empereur Domitien les restaure, et selon Suétone, y fait graver son nomSuétone, Vies des douze Césars, Domitien, V. Son intervention n'a pas laissé de traces archéologiques consistantes, hormis un possible placage de marbres colorés par-dessus le dallage de l'époque d'Auguste.

Symbolisme du monument d'Agrippa Temple de tous les dieux Le nom du est issu de l'adjectif grec / , qui signifie « de tous les dieux ». La plupart des auteurs latins le nomment sous la forme grécisante . La forme latinisée est attestée pour le temple d'Agrippa chez Pline l'Ancien. Plutôt qu’un culte impérial qui n’osait alors s’afficher comme tel, Auguste et Agrippa proposent un culte plus vaste et plus neutre, celui de tous les dieux.

Selon Dion Cassius, le temple abritait de nombreuses statues, dont celles d’Arès (Mars), père de Romulus, celle de Vénus, divinité ancestrale de la gens Iulia, ainsi que celle du divin Jules César. Toujours selon Dion Cassius, Auguste aurait repoussé la suggestion d’Agrippa d’ajouter sa propre statue aux trois précédentes, acceptant seulement de figurer dans le pronaosDion Cassius, LIII, 27,3.

L’entrée du lieu était donc gardée de part et d’autre par les statues d’Auguste et d’Agrippa, tous deux consuls en 27 av. J.-C., ce qui respectait en apparence la parité républicaine des pouvoirs et confirmait l’ascension d’Agrippa comme héritier potentiel d’Auguste. La statue d'Auguste, tenant une lance frappée par la foudre en 22 av. J.-C., est probablement du type « statue cuirassée », tenue militaire symbolique de l' conféré pour dix ans à Auguste par le Sénat l'année d'inauguration du Panthéon.

Un ensemble à la gloire d'Auguste

L'implantation du Panthéon sur le Champ de Mars est proche de l'ancien (), que la tradition associe à la disparition mystique de Romulus lors d'une revue de l'armée romaineTite-Live, Ab Urbe Condita, I, 16 ; Plutarque, Vie de Romulus, 29, 2. et qu'Agrippa aménage en bassin (). Cette proximité associe ainsi Romulus, fondateur de Rome, et Auguste, comme refondateur de Rome et second Romulus.

L'orientation du Panthéon d'Agrippa vers le nord, établie avec certitude à la fin du , revêt un caractère spécial : c'est au nord qu'apparaît la comète de César lors des jeux célébrés par Octave peu après la divinisation de César : . De plus, à environ au nord du Panthéon, se trouve le mausolée d'Auguste, construit à partir de 28 av. J.-C., donc en même temps que le Panthéon. Ultérieurement, deux autres monuments sont ajoutés par Auguste, à mi-distance du Panthéon et du mausolée, mais décalés à l'est de axe qui les relie : l'Horologium, immense cadran solaire et l'Ara Pacis, autel de la Paix. Les sondages archéologiques ont constaté l'homogénéité de niveau des trois monuments, podium du Panthéon d'Agrippa, Autel de la Paix et mausolée d'Auguste, et donc l'intégration de ce vaste ensemble architectural. Ce « parc julien », selon l'expression de Christopher Simpson, est donc une expression de propagande dynastique.

Les célébrations des frères Arvales de 58 et de 59Comptes-rendus épigraphiques et ., dédiées à Dea Dia et aux membres divinisés de la famille impériale, ont comporté des réunions dans le Panthéon, ce qui reflète bien le lien, au moins sous Néron, entre ce temple et les cultes honorant la famille julio-claudienne.

Le Panthéon d'Hadrien Reconstruction, entre continuité et innovation

Le Panthéon d’Agrippa est entièrement détruit par un nouvel incendie en 110, sous Trajan, 222e olympiade.. Aux dégâts s'ajoutent les crues désastreuses du Tibre, provoquant un remblaiement de ce secteur du Champ de Mars qui rehausse son niveau de un à trois mètres. Selon l’Histoire Auguste, l’empereur Hadrien reconstruit le Panthéon, la basilique de Neptune et les Saepta JuliaHistoire Auguste, Vie d'Hadrien, 19, 10, ensemble monumental cohérent dont l'interprétation comme un nouveau forum impérial fit débat parmi les historiens. La grande majorité des dates estampillées sur les briques repérées par les archéologues sur le Panthéon et à son voisinage confirment l’Histoire Auguste, par leurs dates comprises entre 114Estampille avec date consulaire 114 . et 127Estampille avec date consulaire 127 ., avec occasionnellement des briques plus anciennes datées de Trajan. On peut donc supposer qu'Hadrien a inauguré le Panthéon lors de son séjour prolongé à Rome entre 125 et 128.

Le plan du nouvel édifice, superposé et calqué sur celui du Panthéon d'Agrippa, est exceptionnel par la plus grande voûte jamais construite à l'époque, sans précédent dans l’architecture romaine. Selon l'archéologue allemand , la conception du nouvel édifice pourrait être l’œuvre de l'architecte Apollodore de Damas, contemporain d’Hadrien, déjà auteur des grandes réalisations de Trajan : forum, thermes et marchés de Trajan.. Malheureusement, aucun document ne vient conforter cette hypothèse, basée sur les similitudes stylistiques des chapiteaux et des corniches du marché de Trajan et du Panthéon. Au contraire, Dion Cassius rapporte une réplique cinglante d'Apollodore à une remarque d'Hadrien lors des travaux sous Trajan, puis ses critiques sur le projet d'Hadrien pour le temple de Vénus et de Rome, chantier parallèle à celui du Panthéon, réponses qui entraînent sa disgrâce et sa mortDion Cassius, Histoire romaine, LXIX, 4..