vignette|Des enfants se préparant à l'exil d'Espagne entre 1936 et 1939 levant le poing en signe d'attachement aux républicains. Les réfugiés et exilés de la guerre d'Espagne ( - ) et la ou après-guerre espagnole (jusqu'à la mort de Franco en 1975) sont des mouvements migratoires transfrontaliers et des expatriations vers des foyers extra-européens caractérisés par leur ampleur, leur précipitation et l'absence de projet précis pour les populations déplacées.
À partir de 1939, à la fin de la guerre civile espagnole et la défaite des républicains, de nombreuses personnes, républicaines pour la plupart, ont quitté l'Espagne franquiste dans une vague d'émigration qu'on a appelée (retraite en espagnol et catalan), exil ou exode républicain. Les destinations ont été variées, mais c'est la France qui a été la plus choisie, les trois autres grands pays d'exil ou de refuge étant le Royaume-Uni, le Mexique et l'URSS ; dans une moindre mesure certaines destinations comme le Chili, l'Argentine et Cuba.
Le départ d'Espagne de ces personnes n'a pas toujours été définitif. Certains réfugiés n'ont fait que passer par la France pour quitter le Pays basque, occupé par les franquistes, et rentrer par la Catalogne, encore tenue par les républicains. Toutefois, la plupart de ceux qui ont quitté le pays n'y sont pas revenus avant la fin de la guerre d'Espagne. Certains exilés sont retournés dans l'Espagne franquiste, en particulier quand le régime s'est (légèrement) adouci, d'autres ont attendu la transition démocratique. Pour de nombreux républicains espagnols, l'installation à l'étranger est devenue définitive, mais ces familles gardent le souvenir de la guerre civile. Depuis la , certains enfants et petits-enfants d'exilés ont récupéré la nationalité espagnole en mémoire de l'exode.
En 2019, les commémorations officielles du de la se succèdent, notamment en France.
Les exilés de la première heure (1936-1938) Les premiers mois de cette guerre, de l'été 1936 à décembre de la même année, voient le début d'un exode provisoire dont Bartolomé Bennassar a souligné qu'il incluait également un « exode droitier » en provenance de la Catalogne et de l'Aragon. Plus de Bartolomé Bennassar (2004), ., républicains ou neutres, quittent le pays pour la France qui cherche alors à les renvoyer Intervention de Denis Peschanski sur France Inter, . ; en Catalogne, ce sont plusieurs milliers de personnes neutres, méfiantes ou hostiles envers les républicains qui partent par bateau vers Marseille ou vers l'Algérie. Celles-ci fuient aussi par les Pyrénées avec l'aide de passeurs. L'ensemble de réfugiés qui atteignent la France et l'Italie depuis la Catalogne est estimé entre et .. Parmi ceux-ci, plus de catalans qui veulent échapper à l'appel sous les drapeaux sont accueillis en France entre et .. Au front du Nord, avec l'avancée des troupes franquistes, une dizaine de milliers de Basques quittent le sol espagnol en 1937, constituant la première grande vague d'émigration par voie terrestre, et par la mer à partir de SantanderBartolomé Bennassar (2004), .. Ils atteignent Bordeaux, La Rochelle et vont jusqu'à Lorient. Peu après, la contre-offensive de la républicaine alimente en 1938 une nouvelle vague d'exode ; les républicains se réfugient cette fois directement de l'autre côté de la frontièreBartolomé Bennassar (2004), « L'épisode aragonais, 1938 »..
Cette émigration est caractérisée par le fait qu'elle est provisoire, Franco ne fermant volontairement pas ses frontières et fichant les réfugiés qui retournent en Espagne. Les historiens estiment que seuls sont encore en France à la fin de 1938Bartolomé Bennassar (2004), .Denis Peschanski, Les camps français d'internement (1938-1946), 2001., et parmi eux une proportion importante d'enfants. Devant un tel afflux, les autorités françaises se sont trouvées débordées : elles placent les réfugiés sous le statut d' (notamment les femmes, enfants et personnes âgées hébergées par les familles ou dans des centres d'accueil) ou les regroupent dans des camps d'internement françaisCes camps ont reçu, entre 1938 et 1946, différents dénominations : centre de séjour surveillé, centre spécial de rassemblement, camp de concentration, selon les décrets-lois des et qui permettent l'internement administratif des . Le , un comité est créé pour étudier la question du transit et de l'admission des réfugiés ; or cette démarche est tardive. Trois mois auparavant, Manuel Azaña était déjà persuadé que la France ne pourrait pas interdire l'accès par les Pyrénées d'une nouvelle vague de réfugiés : (traduction libre : .
En France, une solidarité s'organise pour évacuer les enfants, principalement dans les mouvements communistes ou catholiques. Entre 1936 et 1939, près de 15 000 d'entre eux sont évacués d’Espagne, en provenance de la zone républicaine, et envoyés en France pour y être placés au sein de familles d’accueil ou dans des colonies. Le gouvernement républicain espagnol se montre réticent devant ces évacuations ; il affirme toujours que les enfants évacués appartiennent à leur pays, et se montre inquiet à l’idée qu’ils soient « dénationalisés ».
L'exode républicain de 1939 vers la France
La (janvier - février 1939)
vignette|Ángeles Flórez Peón, figure de l'exil et dernière milicienne survivante de la guerre d'Espagne. L'émigration vers la France connaît un mouvement d'accélération important au cours de la bataille de l'Èbre et dans les mois suivants, dans un mouvement appelé la (retraite).. L'exode des populations en provenance de Catalogne devient massif après la chute de Barcelone le . Le gouvernement Daladier doit ouvrir la frontière le , et les réfugiés affluent à travers les Pyrénées par Le Perthus, Cerbère et Bourg-Madame. En , le nombre de réfugiés espagnols en France est estimé à dans un rapport officielRapport Valière au gouvernement français, .. Les historiens ont estimé à dont le nombre de réfugiés après la chute de la Catalogne.
Accueil des réfugiés En France même, ce sont les départements du Sud-Ouest, à proximité de l'Espagne, qui ont accueilli le plus de réfugiés, avec une forte immigration espagnole dans les villes de Bordeaux et de Toulouse, où résidaient déjà des Espagnols. Les autres départements de la côte Atlantique (notamment la Loire-Inférieure avec les camps de Moisdon-la-Rivière et de Juigné-des-Moutiers) ont également été concernés, ainsi que le Massif central, les Bouches-du-Rhône et la région parisienne. L'accueil des arrivants est différent d'un endroit à l'autre : tantôt ils sont bien reçus et font même l'objet d'actions de solidarité (îlots de solidarité trouvant leur source dans l'engagement politique et syndical de gauche ; solidarité intra-espagnole, l'Espagne constituant la troisième source d'immigration française la plus importante avec en 1936), tantôt ils sont regardés avec méfiance voire hostilité dans une France en crise marquée par certaines formes de xénophobie. Selon Bartolomé Bennassar, les vagues d'exilés sont moins bien reçues après 1939Bartolomé Bennassar (2004)..
De nombreux journaux (L'Humanité, Ce soir, Le Populaire, Regards, Le Libertaire, La Flèche de Paris) multiplient les reportages dans les camps afin d'alerter sur les conditions de vie des réfugiés. Ces derniers sont exposés à la faim et au froid, provoquant chaque nuit des morts, aux maladies mais aussi à la violence de certains gardiens des camps (gardes mobiles et troupes coloniales). Des souscriptions sont menées, tandis que des volontaires distribuent des couvertures et de la nourriture. Dans sa chronique quotidienne pour Ce soir, Louis Aragon informe du « déluge de lettres » qu'il reçoit de Français proposant de loger les enfants..
La presse conservatrice manifeste une certaine inquiétude, voire une franche hostilité à l'égard des réfugiés. L'intransigeant alerte : Pour Le Petit journal, la oblige à protéger le territoire. L'hebdomadaire Gringoire titre : .
Les camps français vignette|Constructions de fortune dans le camp d'Argelès-sur-Mer établie sur la plage où les conditions de vie sont particulièrement difficiles. Ces camps connaissent une évolution dans le temps. Devant le « mascaret humain » de la , les autorités françaises, débordées, regroupent d'abord les réfugiés dans des centres de « contrôle » ou de « triage » à la frontière, puis dans des « camps de concentration » (terme officiel de l'époque) ou d’« internement » situés d'abord dans les Pyrénées-Orientales, à Saint-Cyprien, Argelès-sur-Mer, Le Barcarès, en bordure de mer. Des camps d'internement spécialisés qui regroupent notamment des Basques et des anciens des Brigades internationales (Gurs), des Catalans (Agde, Rivesaltes), des vieillards (Bram), et la division Durruti (Le Vernet) sont créés à l'intérieur des terres en Contribution de Lilian Pouységur, in. Monique-Lise Cohen (dir.) (1994), . dans les départements voisins du Roussillon, pour pallier l'engorgement des infrastructures du littoral et aux conditions sanitaires détérioréesContribution de Jean-Claude Fau, in. Monique-Lise Cohen (dir.) (1994)..
Dans l'intérieur du pays, d'autres camps sont institués, comme celui de Magnac-Laval., près de Limoges, où sont notamment internées la résistante Dolors Prat Coll et sa sœur Clara. Les deux femmes ont notamment protégé, dans le camp, le petit réfugié madrilène, Carlos Fernández Medrano, âgé de cinq ans.. Parmi les exilés espagnols, la bibliographie omet souvent ceux qui débarquent en Afrique du Nord. Ils sont tout de même dix mille. Anne Charaudeau explique la façon dont ces bannis sont traités dès leur arrivéeAnne Charaudeau (1991).. D'abord détenus dans des camps, pour cause de potentielle dangerosité, les asilés deviennent très vite une main d'œuvre indispensable en temps de guerre. En Algérie notamment, les exilés devenus captifs sont utilisés sur les chantiers du Transsaharien dès 1939. À cet égard, la mise au travail des réfugiés n'est pas une invention de la France de Vichy qui la généralise. Peter Gaida, doctorant en histoire à l'Université de Brême, expose les conditions de vie des forçats du Transsaharien après 1940 : .
Les clivages de la guerre d'Espagne se retrouvent dans les camps et sont exploités par les autorités françaises qui utilisent par exemple les tensions entre anarchistes et communistes pour contrôler ces derniers, comme c'est le cas au Vernet d'AriègeDenis Peschanski, La France des camps : l'internement, 1938-1946, Gallimard, 2002. qui deviendra un camp disciplinaire de prisonniers politiques sous Vichy.
Les réfugiés dans la Seconde Guerre mondiale (1940 - 1945) Internement et mise au travail sous Vichy Des historiens des camps du sud-ouest notent un durcissement de la politique d'internement sous Vichy et une « logique d'exclusion »Contribution de Lilian Pouységur, in. Monique-Lise Cohen (dir.) (1994), ..
Les républicains espagnols avaient été intégrés à l'effort de guerre par le biais des compagnies de travailleurs étrangers (CTE), sous la Troisième République. Vichy les convertit en groupements de travailleurs étrangers (GTE) en 1940Liste des CTE et GTE par département.. Entre 1942 et 1943, travailleurs des GTE ou autres sont envoyés dans le cadre du STO sur les chantiers de l'Organisation Todt sur la façade atlantiquePierre Milza (sld), Denis Peschanski (1994) ..
Pour Lilian Pouységur, l’épisode des camps a agi comme « un catalyseur de l'identité républicaine espagnole ». Il a eu un fort retentissement dans l'imaginaire républicain, laissant le souvenir d'un pays peu ouvert aux forces anti-fascistes.
Engagement dans l'armée française et Résistance