thumb|284px|right|Le groupe méridional des langues romanes de l’est
thumb|right|284px|Région de Mogléna
Le mégléno-roumain, dit aussi méglénite (μογλενίτικη γλώσσα en Grèce, мъгленитски en Macédoine du Nord), est un groupe de dialectes parlés par une population appelée « Mégléno-roumains » dans les milieux académiques. Son statut est controversé. Certains linguistes, par exemple le Roumain , le considèrent comme une langue à part faisant partie des langues romanes orientales, avec le roumain, l’aroumain et l’istro-roumain, mais la plupart des chercheurs y voient un dialecte du roumain. Parmi ceux-ci, il n’y a pas d’unité quant au statut du mégléno-roumain par rapport aux autres idiomes romans de l'EstSala 1989, ..
Le mégléno-roumain est encore parlé par une population estimée à environ personnes. Ils s’appellent eux-mêmes vlașCapidan 1925, . (au singulier vla, avec la variante vlau̯) et ils identifient leur idiome en disant qu’ils parlent vlășește (adverbe). L’ethnonyme vlaș « Valaques » est à l’origine un exonyme employé par les peuples voisins et adopté par les Mégléno-RoumainsL’ethnonyme « Valaques » est également adopté par une partie des Istro-roumains. Il peut créer des confusions, d’autant plus qu’il est utilisé par les Grecs, les Serbes et les Bulgares pour les Aroumains aussi, et par les Serbes et les Bulgares y compris pour les Roumains de la vallée du Timok.. Ils vivent dans la région grecque de Macédoine-Centrale, en Macédoine du Nord, en Roumanie et en Turquie.
Histoire externe et historique des recherches
Le mégléno-roumain est l’idiome roman oriental dont l’histoire est la moins connue, faute d’attestations anciennes. On suppose que ce fut le deuxième à se séparer du proto-roumain, après l’aroumain, aux s environ, lorsque ses locuteurs s’établirent dans la région de Mogléna, sur les rives du Vardar, en venant du nord.
La première mention sur le mégléno-roumain est faite par le diplomate et philologue autrichien Johann Georg von Hahn en 1867. En même temps, il le distingue de l’aroumain en parlant de deux dialectes différents, sans les nommerHahn 1867, , cité par Capidan 1925, .. Le linguiste allemand est le premier chercheur à étudier à proprement parler le mégléno-roumain. Pour le distinguer du daco-roumain, de l’aroumain et de l’istro-roumain, il l’appelle « Meglen » et c’est lui qui note et publie pour la première fois des textes dans cet idiomeNaroumov 2001, ..
Le linguiste roumain Ovid Densușianu considérait que les Mégléno-roumains étaient d’origine nord-danubienne et voyait leur idiome proche du daco-roumain. Parmi les chercheurs actuels, , linguiste macédonien d’origine mégléno-roumaine, adopte la même hypothèse. Il considère que le mégléno-roumain garde les vestiges d’un stade archaïque du daco-roumainNaroumov 2001, .. Au contraire, Sextil Pușcariu soutenait l’origine sud-danubienne des Mégléno-roumains, en classant leur idiome avec l’aroumain dans un sous-groupe oriental, et le daco-roumain ainsi que l’istro-roumain dans un sous-groupe occidental de dialectes du roumain. D’autres chercheurs roumains, tels et Gheorghe Ivănescu, pensaient que le mégléno-roumain forme avec l’aroumain un dialecte méridional du roumain. Les linguistes roumains , Alexandru Rosetti et Matilda Caragiu Marioțeanu voyaient eux aussi le mégléno-roumain plus proche de l’aroumain. Ion Coteanu le considérait comme une variété régionale de l’aroumain et celui-ci comme une langue autonome par rapport au roumain. Il existe aussi l’hypothèse d’une origine complexe, daco-roumaine et aroumaine, du mégléno-roumain.
Après les textes publiés par WeigandWeigand 1892., d’autres recueils de littérature folklorique sont parus, publiés par Românii din Meglenia. Texte și glosar [« Les Roumains de Mogléna. Textes et glossaire »], Bucarest, Tipo-Litografia Tiparul, 1900 ; Meglenoromânii. Studiu etnografico-filologic [« Les Mégléno-roumains. Étude ethnographico-philologique »], . et ., Bucarest, 1902. et Ion Aurel CandreaTexte meglenite [« Textes méglénites »], Grai și suflet, fasc. I-II, 1923, 1924.. Les plus récents sont les recueils de Dionisie PapatsafaPrikozmur din Meglenia [« Contes de Mogléna »], Skopje, Alfa Grafik, 1997, . et de Dumitru CiottiCiotti, Dumitru ; Papatsafa, Dionisie ; Faitär, I., Poizii și adetur din Meglenia [« Poèmes et coutumes de Mogléna »], Skopje, 1999..
Il existe un seul ouvrage écrit non folklorique, une brochure sur l’élevage des vers à soieCum si cată bubili [« Comment élever les vers à soie »], Salonique, 1907., avec une graphie adaptée de celle du roumain et des termes empruntés à celui-ci.
Entre 1862 et 1912, il a existé sporadiquement chez les Mégléno-Roumains des formes d’enseignement en roumain et/ou en aroumain, et l’emploi du roumain à côté du grec ou à la place de celui-ci en tant que langue du culte orthodoxe.
Nombre de locuteurs et répartition géographique
La première information sur le nombre de Mégléno-Roumains provient de Weigand qui l’a estimé à en 1892Weigand 1892, .. Parmi les diverses estimations ultérieures, la plus importante est de , datant de 1904Bațaria 1904, , cité par Coman 2012, .. Leur nombre a constamment diminué à la suite des événements historiques de la première moitié du , où la Mogléna a subi plusieurs guerres, à commencer par les Guerres balkaniques et jusqu’à la Guerre civile grecque. Celles-ci ont brisé la communauté relativement compacte des Mégléno-Roumains, en provoquant leur éparpillement par des échanges de populations et des émigrations dans plusieurs pays : dans l’ex-Yougoslavie (en Macédoine mais aussi en Voïvodine), en Turquie, en Roumanie. Dans la seconde moitié du , la modernisation des sociétés a accentué l’éparpillement des Mégléno-Roumains par l’établissement de beaucoup d’entre eux en ville ou même par l’émigration en Europe occidentale, à la recherche de travail. Ces phénomènes ont mené à l’assimilation culturelle de nombreux Mégléno-Roumains aux populations majoritaires, y compris par des mariages mixtesP. Atanasov 2014, ..
Concernant le nombre de locuteurs de mégléno-roumain, il y a une estimation concernant seulement ceux de Grèce et de Macédoine du Nord, à personnes. Ils vivent surtout dans la région grecque de Macédoine-Centrale, où se trouve la région historique de Mogléna, dans les districts régionaux de Kilkís et de Pella, dans les localités L’úmniță (Σκρα – Skra), Cúpă (Κούπα – Koupa), Țărnaréca (Κάρπη – Karpi), Oșíń (Αρχάγγελος – Archagghélos), Birislắv (Περίκλεια – Périkléia) Lundzíń (Λαγκάδια – Lagkadia) et Nắnti ou Nǫ́nti (Νότια – Notia). En Macédoine du Nord, il y a des locuteurs de mégléno-roumain presque uniquement dans la ville de Gevgelija, où est venue vivre la quasi-totalité des habitants du village Umă (Хума – Huma) majoritairement peuplé de Mégléno-RoumainsNaroumov 2001, (les noms des localités en mégléno-roumain avec la graphie de Capidan et en parenthèse dans la langue officielle du pays)..
Situation actuelle
Le mégléno-roumain s’était bien préservé jusqu’au début du , grâce au mode de vie traditionnel et à l’isolement des villages. Il manquait l’aspect écrit de l’idiome, mais aussi la scolarisation dans la langue officielle de l’État turc de l’époque. Cela faisait que, dans les familles et dans les villages, on ne parlait que le mégléno-roumain. Seuls les hommes qui allaient en ville étaient bi- ou trilingues et introduisaient des éléments étrangers dans leur idiomeP. Atanasov 2014, ..
Les événements historiques et les phénomènes sociaux ultérieurs ont déclenché le processus de perte de l’idiome, qui se poursuit, dans des conditions où les locuteurs sont scolarisés mais dans une autre langue que leut langue maternelle. À cela s’ajoute le manque de prestige de la langue maternelle aux yeux de ses propres locuteurs, surtout les jeunes, qui voient la possibilité de leur affirmation uniquement dans la langue de la majoritéP. Atanasov 2014, ..
À présent, il existe très peu de formes d’organisation culturelle ou d’une autre nature mégléno-roumaines qui œuvreraient à la sauvegarde de l’idiome, en comparaison avec celles qui existent pour l’aroumain et même pour l’istro-roumain. Il y a bien à Cerna (județ de Tulcea), le seul village à population majoritairement d’origine mégléno-roumaine de Roumanie, l’ensemble folklorique « Altona » et l’association « Altona » auxquels participent les élèves de l’école et du collège Panait-Cerna, ces trois entités, ainsi que les familles, s’occupant à cultiver l’héritage culturel mégléno-roumainCf. Școala Gimnazială „Panait Cerna” Cerna (École et collège Panait-Cerna de Cerna) (consulté le 25 septembre 2015).. Cependant, le mégléno-roumain est en voie de disparition, étant inscrit dans l’Atlas UNESCO des langues en danger dans le mondeMoseley et Nicolas 2010, ..
Variétés régionales
Chaque village mégléno-roumain a son parler, et ceux-ci sont groupés de plusieurs façons. Il existe une division en deux groupes : les parlers d’Umă et de Țărnareca d’un côté, et ceux de L’umniță, Cupă, Oșiń, Birislăv, Nǫnti et Lundziń de l’autre. Une autre division est faite en trois groupes, le parler de Lundziń étant considéré à part. Selon certains traits, on a établi d’autres oppositions aussi : le parler de Țărnareca par rapport à tous les autres, les parlers de L’umniță et Cupă par rapport aux autres, ceux d’les Umă et de Lundziń par rapport aux autres. Du point de vue des emprunts, on peut opposer les parlers de Grèce, de Macédoine du Nord et de Roumanie.
Phonétisme et transcription
Le phonétisme du mégléno-roumain n’est pas unitaire. Il y a des différences relativement importantes entre les parlers.
Voyelles
Les phonèmes vocaliques du mégléno-roumain sont :
Antérieures Centrale Postérieures Fermées 400px|class=skin-invert-imagei
u
e
o
ə
ɛ
ɔ
a Mi-fermées Moyenne Mi-ouvertes Ouverte
La transcription du mégléno-roumain n’est pas unitaire parmi les chercheurs. Dans cet article, on utilise celle de Theodor Capidan. Description et transcription des voyelles mégléno-roumaines :
+ Voyelle Description Transcription /a/ à peu près comme a dans « ami » a /e/ à peu près comme é français e /i/ comme i dans « image » i /o/ comme o dans « mot » o /u/ comme ou français u /ə/ comme a dans l’anglais about « au sujet de » ă /ɛ/ comme è français ę /ɔ/ comme o dans « poche » ǫ
Voyelles accentuées
En syllabe accentuée, dans plusieurs parlers, le correspondant de /ǝ/, ainsi que de /ɨ/ roumain, est /ɔ/ : lăsǫ́L’accent prosodique est marqué par un accent aigu. (roumain lăsắ) « il/elle laissa », lǫ́nă (roum. lấnă) « laine ».
Dans les parlers d’Umă et de Țărnareca, /ǝ/ s’est conservé, y compris en tant que correspondant de /ɨ/ roumain : lắnă « laine ».
Dans le parler de L’umniță, /ɔ/ se réalise comme [o], par conséquent, il correspond à /ɔ/ et à /ǝ/ des autres parlers, ainsi qu’à /ɨ/ du roumain : mónă vs mǫ́nă, mắnă, roum. mấnă « main ».
La voyelle /ɛ/ coexiste avec la diphtongue [e̯a] dans le parler de Lundziń (fę́tă / fe̯átă « fille ») et s’oppose à /e/ dans les parlers de Lundziń, de Cupă, de L’umniță, d’Oșiń et de Birislăv : vidém « nous voyons » vs vidę́m « nous voyions ».
Les voyelles /a/, /e/, /i/, /o/, /ɔ/ et /u/ accentuées sont longues, sauf dans les parlers d’Umă et de Țărnareca : āpu [aːpu] « eau », cămēș [kǝmeːʃ] « chemises », sīn [siːn] « sein », sōră [soːrǝ] « sœur », grǭn [grɔːn] « blé », sūflit [suːflit] « âme ».
Voyelles non accentuées
Au contraire du roumain, dans les mots hérités du latin, les voyelles en syllabe prétonique se sont fermées :
a > ă : ăbínă roum. albină « abeille » ; e > i : țitáti roum. cetate « cité » ; o > u : purcár roum. porcar « porcher ».
Dans le parler de L’umniță, /ǝ/ en début de mot, suivi de /m/ ou de /n/, se réalise comme [ạ]. C’est Capidan qui la transcrit ainsi, en la décrivant comme une voyelle entre /a/ et /ə/, plus proche de /a/Capidan 1925, . La limitation de [ạ] au parler de L’umniță est mentionné par Naroumov 2001, .. Exemples : ạmpirát « empereur », ạnțili̯ắg « je comprends ».