La Hingrie est un hameau faisant partie de Rombach-le-Franc, située dans le département du Haut-Rhin et la région Alsace.

Géographie

La Hingrie est un petit hameau situé à et qui forme une étroite vallée dispersée autour de différents vallons et collines boisées. Il n'existe qu'un seul chemin vicinal qui relie Rombach-le-Franc au hameau de la Hingrie. La distance entre le village et les premières maisons est de et la distance la plus longue pour atteindre les fermes isolées est de . Au milieu du hameau coule le ruisseau du Rombach qui foisonne de truites et qui prend sa source au col de la Hingrie situé à près du lieu-dit « la Chenelle (Chenhel) ». L'étroite vallée de la Hingrie est aussi un refuge où se côtoient les mésanges, la buse et la bergeronnette des ruisseaux qui fait des cabrioles dans le Rombach. On peut aussi apercevoir de temps en temps le héron cendré, à l'affût sur les plans d'eau et cours d'eau ou au bord du Rombach, près de Bestegoutte. L'endroit est également un lieu de prédilection des chamois que l'on peut apercevoir perchés sur les rochers abrupts ou en train de brouter l'herbe dans les prés des vallons qui entourent la Hingrie en présence de vaches avec lesquelles ils cohabitent très bien.

En descendant du col de la Hingrie, le ruisseau du Rombach est grossi par les eaux provenant respectivement des sources du Barançon, du Foa, du Volbach, du Creux-Chêne, de Bestegoutte, et de la Besse des pentes. Un peu plus loin il est rejoint également par les eaux de la Chambrette, de Voulhimont et de Pierreusegoutte.

Écarts et lieux-dits le Grand Barançon (), le Petit Barançon, Bestegoutte (), la Besse des pentes, le chat pendu (), le Chaud Rain, la Chausotte, la Chenelle (ou Chenhel), le col de la Hingrie ), le Creux-Chêne (, en allemand : Hohleich Les termes allemands sont ceux donnés durant l'occupation allemande de 1871-1918 et 1940-1944 et que l'on retrouve dans les publications de l'époque ), Degelingoutte (), le Foa, Gelingoutte, Hautegarde (), Haute Fontaine (, en allemand : Hochbrunnen), le Lançoir, le Naltérin (), la roche du Renard, le Ronchamp, la Varrière (Verrière), la Vif Roche, Volbach

Toponymie Achinis Ragni, 774 Selon quelques historiens, il pourrait s'agir d'un autre lieu que la Hingrie Hingrey, (probablement le nom patois de Hingrie) Haignerie au Hingrie,

Origine du nom

La Hingrie est mentionnée dans une charte de Charlemagne datée de 774 sous le nom de Achinis Ragni. Le radical ragni signifie rain, petite hauteur, et se retrouve dans de nombreux toponymes de la région. Förstemann, Menke, Stoffel semblent accréditer cette hypothèse, de même que d'autres historiens, tels l'abbé Philippe André Grandidier, ou le père Louis Laguille qui ont consacré des notices sur l'histoire de la vallée. Le dictionnaire historique de Bacquot-Ristelhuber L'Alsace ancienne et moderne - Dictionnaire du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, Strasbourg, 1849 imprimé au va dans le même sens. Le dictionnaire des patois romans de la Moselle traduit le mot Hingrie par Hongrie, d'autres le font dériver de l'allemand hing (suspendu) L. Zeliqson: Dictionnaire des patois romans de la Moselle . Jules Degerman a une tout autre version puisqu'il affirme que la Hingrie serait dérivée de l'allemand Ackerman qui signifie « glands ». Il ajoute dans son article "la donation de Charlemagne" qu'Achini Ragni pourrait être le rain de Saint-Blaise au Hury, mais il est bien seul à partager cet avis Jules Degermann: La donation de Charlemagne en 774, Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace, II série, tome XV - Strasbourg, p.23, 1892 .

Histoire Ce hameau rappelle peut-être une période historique, en relation avec les invasions hongroises du . De 910 à 937 les Hongrois font plusieurs incursions en Lorraine. Les abbayes de Saint-Dié, de Moyenmoutier et d'Etival sont pillées et brûlées. Durant l'année 926 les Hongrois envahissent l'Alsace et mettent le feu à l'abbaye d'Eschau. Le comte Luitfried qui avait tenté en vain de contenir les troupes venues de Hongrie, eut son armée écrasée près de Huningue. En juillet de la même année les cavaliers Magyars saccagent et mettent le feu à l'abbaye de Murbach Appelé en latin Vivarius Peregrinorum = le vivier des Pérégrins qui était le nom d'une petite communauté de moines irlandais qui s'était installée à Bergholtz-Zell, près de Guebwiller. L'abbaye de Murbach fut fondée vers 728 par le comte Eberhard, frère du duc Luitfried qui possède des terres à Echéry au Petit Rombach et où sera érigé au un prieuré sous la conduite du moine Blidulphe de l'abbaye de Gorze en Moselle. Eberhard fit appel à l'évêque Pirmin venant de l'abbaye de Reichenau, près du lac de Constance, pour diriger Murbach dans la vallée de Guebwiller, près de Buhl. La communauté des moines a le temps de fuir. Conduite par le prince-abbé les moines se réfugient en Lorraine. Une partie des moines de Murbach fait halte au prieuré de Lièpvre qui a semble-t-il toujours été épargnée par les raids meurtriers des Hongrois ou Magyars qui sont des nomades apparentés aux Mongols et dont le chef était à l'époque Arpad. Murbach entretenait à l'époque des rapports très étroits avec l'abbaye de Saint-Denis, puisque l'un des moines, le savant Alcuin ami et conseiller de Charlemagne y avait séjourné pendant plusieurs jours. Il s'était dit impressionné par le haut niveau scientifique et religieux des moines de cette abbaye. Il était chef d'école du palais carolingien de Charlemagne.

Les Hongrois étaient avides de butin et pillaient et brûlaient particulièrement les couvents et abbayes. En 954 profitant d'une révolte en Bavière, les Hongrois lancèrent une nouvelle invasion qui leur sera fatale. Ils seront battus le par les troupes impériales d'Otton I dit le Grand (962-975) au Lechfeld près d'Augsbourg qui mettra fin aux raids meurtriers des Hongrois en Occident.Le roi Otton reçoit la couronne impériale du pape Jean X (955-964) qui fonde le " Saint-Empire romain germanique". Otton confirme les donations de ses prédécesseurs et restitue au Saint Siège les territoires occupés précédemment par Beranger II marquis d'Ivrée Une fresque représentant cet évènement se trouve au Vatican .

Le nom de la Hingrie est probablement dérivé du patois vosgien que les premiers habitants nommaient Hingrey d'où plus tard le nom de Hingrie qui est la forme définitive du nom en français. Les invasions répétées des hongrois sur le versant lorrain des Vosges où ils jetaient la dévastation et la ruine, amenèrent les serfs des puissantes abbayes vosgiennes qui avaient été détruites, à fuir et à chercher refuge dans les vallées du côté alsacien. Selon toute probabilité, la Hingrie fut donc un centre de repeuplement des réfugiés lorrains qui obtinrent la faveur de reconstruire leurs foyers détruits par les invasions du . En appelant leur nouvelle agglomération, la Hingrie, ils voulurent sans doute fixer le souvenir de leur tragique épopée que leur avait subir les hongrois.

C'est dans cette vallée sauvage et dans un décor grandiose, qu'avant la révolution des cultivateurs entretenaient soigneusement et avec ténacité leur lopin de terre accroché au flanc des collines abruptes qui leur procuraient les denrées dont ils avaient besoin. Au , une partie de la Hingrie, sur la rive droite du Rombach, dont Biagoutte et Bestegoutte, Schlingoutte et Noirceux, ces deux derniers lieux-dits rattachés depuis au val de Villé, faisaient partie de l'Empire. Ces terres avaient ensuite, en 1222, été distribuées à l'abbaye de Baumgarten par le duc de Lorraine Mathieu II (1220-1251). Elles étaient auparavant la propriété du noble chevalier Wirric surnommé Gorger et son fils Philippe qui avaient été invités par le duc à distribuer leurs propres terres à l'abbaye. En compensation, l'abbé Lichard supérieur de l'abbaye de Baumgarten dans le val de Villé, devait remettre 30 sous toulois, une vache blanche et 10 fromages Hugo Ch.Louis : sacrae antiquitatis monumenta Historica, Heller,Etival, 1725; Saint-Dié 1731, tome II p.5491 + manuscrit 235, folio 28 conservé au Musée lorrain, grand-rue à Nancy + catalogue des actes de Mathieu II par L. de Mercier de Morière paru à Nancy en 1893, n°25 de ce catalogue . Cette abbaye fondée en 1125 par Cunon de Michelbach fut entièrement détruite lors de la guerre des Rustauds en 1525. Située près d'Andlau, elle avait la cure de Burner, village aujourd'hui disparu aux environs de Sélestat. La cure avait été donnée à l'abbaye par l'empereur Henri VII.

Entre 1528 et 1550 on décèle des mines d'argent au fond du vallon de la Hingrie. Vers 1536, on assiste à une forte immigration venue de Saxe et de Misnie qui s'installe à la Hingrie et dans toute la vallée. Une importante mine, la mine Saint-George, qui produisait énormément de cuivre est exploitée et nécessite une main-d’œuvre assez importante.

Dépendant des ducs de Lorraine, la Hingrie (tout comme Rombach-le-Franc) a fait partie d'une enclave lorraine en Alsace jusqu'à la mort du duc Stanislas en 1766. Certains lieux rappellent cette annexion : le chemin de Lorraine qui relie la Hingrie au département des Vosges vers Lubine ou encore le pré de Lorraine, une ancienne possession lorraine enclavée dans la forêt communale au lieu-dit de Degelingoutte qui a une superficie de . Ce pré a été vendu à des particuliers de Rombach-le-Franc au cours de la Révolution. Depuis le il fait partie des biens de la commune.

Au la Hingrie est aussi mentionnée dans les archives sous le nom Haingerie. Entre 1650 et 1730 ce hameau reçoit des mennonites suisses (Anabaptistes) qui commencent à défricher les collines. Entre 1710 et 1743 une verrerie est installée et tourne à plein régime au fond du vallon de la Hingrie près des districts forestiers de Haute Fontaine et de la Chausotte où un nombre considérable de personnes viennent travailler, notamment des Allemands, des Lorrains, des Savoyards et des verriers venus de Ribeauvillé.Dès la première année une quarantaine de maisons sont installées entre Bestegoutte et Haute Fontaine où vivent de nombreux verriers. En 1860 dans le hameau de la Hingrie on dénombre 67 maisons Baquol: L'Alsace ancienne et moderne: dictionnaire topographique, historique et statistique du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, 1865 p. 14

Légendes Le Creux-Chêne

À l'entrée du hameau se dresse une ancienne ferme auberge qui portait le nom de "ferme auberge du Creux-Chêne". À quelques mètres de celle-ci se trouve un calvaire à la droite duquel un chemin mène au lieu-dit de BestegoutteCette ancienne ferme du Creux-Chêne a cessé ses activités depuis le janvier 2007. Seule subsiste encore la location de chambres.

L'origine du nom "Creux-Chêne" est probablement dû à une vieille légende médiévale selon laquelle il existait un vieux chêne tellement creux qu'il avait fini par donner son nom à l'ensemble des pâturages des alentours et de la forêt. C'est au pied de ce vénérable chêne que, selon la légende, des sorcières se réunissaient pour leur sabbat.

La Légende du Creux Chêne :

Deux gaillards du Val de Villé décidèrent de chercher fortune dans d'autres régions. Arrivés dans la vallée de la Hingrie, l'un d'eux pressa le pas. L'autre resta un bout de chemin derrière son camarade et à la nuit tombée, il s'endormit dans l'obscurité du chêne creux.

À peine était-il endormi qu'un bruit insolite se fit entendre. Quelle horreur ! Des femmes de tous âges s'approchaient de l'arbre en dansant avec des balais. C'était le sabbat des sorcières qui se tenait dans les branches du chêne, juste au-dessus de lui. "Écoutez mon œuvre magistrale !" disait l'une d'elles. "J'ai frappé d'une infirmité incurable la fille du Duc de Lorraine. Aucun médecin ne sera capable de la soulager. Et pourtant, quelle facilité de la guérir! Le cœur d'un poulain blanc jamais scellé, cuit dans un bouillon sans sel ni épice redonnera force, santé et gaieté à l'infortunée. Le pauvre père a promis de donner sa fille à celui qui la guérirait".