Georges Pitoëff, né le à Tiflis (actuelle Tbilissi) et mort le à Genève (Bellevue), est un acteur et metteur en scène de théâtre français d'origine russe. Il est également traducteur et décorateur. Il est l'un des quatre fondateurs de l'association le Cartel des quatre, créée en 1927.

Biographie vignette|Plaque en hommage à Georges et Ludmilla Pitoëff sur la façade du théâtre des Mathurins (Paris).

Georges Pitoëff était issu d'une dynastie de marchands arméniens qui exploitaient un grand comptoir à Tiflis (Tbilissi). Son père, Ivan Pitoëff, dirigeait le théâtre de Tiflis, dans lequel il était aussi metteur en scène et décorateur. Les enfants Pitoëff eurent une nurse allemande et une nurse française.

Georges part à dix-huit ans à Moscou pour faire des études, mais le théâtre l'attire. Il travaille un moment avec Stanislavski qui prône un théâtre « vrai » ; Pitoëff, après de longues discussions avec le maître, préfère un « théâtre qui donne accès au royaume du rêve ». Il débute en 1912 à Saint-Pétersbourg puis part en tournée au cœur de la Russie traditionnelle, où il joue Ibsen, Shakespeare, Molière, Musset, etc.

Après la mort de sa mère fin 1913, il part à Paris avec son père.

Il y monte des spectacles de bienfaisance pour les exilés russes et il y fait la rencontre de Louis Delluc. Il s'installe à Genève dans une petite salle à Plainpalais où Louis Delluc continue de lui confier certaines de ses nouvelles œuvres à monter.

En octobre 1918, il fonde sa première compagnie qui, un an plus tard, prend le nom de Théâtre Pitoëff. Il la dissout en 1922 mais Evséef, Jean Hort, Héléna Manson, Alfred Penay, Eugène Ponti, Alice Reichen, Michel Simon, Nora Sylvère sont à nouveau engagés. L'année suivante, Antonin Artaud, Ève Casalis, Maxime Fabert, Jim Gerald, Marcel Herrand, Mademoiselle Grinewski, Paulette Pax, Léo Peltier, Georges de Vos, rejoignent sa nouvelle compagnie tandis que Michel Simon la quitte.

En 1919, 1920, la compagnie effectue des tournées à Paris au Théâtre des Arts, mais aussi en 1921 au Théâtre Moncey et au Théâtre du Vieux-Colombier.

Ils quittent définitivement la ville de Genève en janvier 1922 pour travailler à Paris avec Jacques Hébertot à la Comédie des Champs-Élysées.

D'octobre 1924 à juillet 1927, il rejoint le Théâtre des Arts sous la direction de Rodolphe Darzens. Après une tournée en Europe en 1926, il rejoint pour un an le Théâtre des Mathurins dirigé par René Saunier. Il retourne en octobre 1928 au Théâtre des Arts jusqu'en juillet 1931. Ensuite il s'installe au Théâtre Albert 1er, puis dirige le Théâtre de l'Avenue de février 1932 à mai 1933. Enfin, en octobre 1934, il rejoint et dirige le Théâtre des Mathurins. La compagnie Pitoëff est alors renforcée par les comédiens Émile Drain, Mady Berry, Michel François, Marcelle Géniat, François Simon (fils de Michel Simon) et France Ellys.

Vie privée

Il rencontre à Paris l'actrice Ludmila Smanova qu'il épouse le , avec laquelle il a sept enfants : Nadejda (Nadia), professeure de français à Honolulu, Svetlana, comédienne puis professeure d'histoire du théâtre à Pondichéry, Alexandre (Sacha), comédien et metteur en scène de théâtre, Ludmila, Varvara, Georges, journaliste à la télévision, et Anna (Aniouta), épouse du reporter Michel DesjardinsTélé 7 Jours n°393, semaine du 30 septembre au 6 octobre 1967, p. 96.

Georges Pitoëff meurt en dans la maison de la comédienne Nora Sylvère à Genève, ayant annoncé : « Je vais mourir aujourd'hui ».

Un homme passionné Il exerçait de nombreuses professions à la fois, étant acteur, metteur en scène, décorateur, traducteur, chef d'une entreprise de vingt-trois salariés (effectif de la troupe d'acteurs en 1922), et aussi père de sept enfants. Seules la musique et la gestion financière lui échappaient.

Rigoureux et passionné, son activité était incessante. À titre d'exemple voici ce que fut l'activité de la troupe début 1922 : : Le Mangeur de rêve de Henri-René Lenormand : Salomé d'Oscar Wilde : Celui qui reçoit les gifles d'Andreiev : Maggie de Chesterton et Mademoiselle Julie de Strindberg : Les Bas-fonds de Gorki : Oncle Vania de Tchekhov : La Mouette de Tchekhov : Mesure pour mesure de Shakespeare

Cette activité fébrile était facilitée par l'utilisation de décors sommaires (qui étaient presque une absence de décors) et d'éclairages rudimentaires. Avant tout, Georges Pitoëff voulait créer, quitte à interrompre un spectacle qui faisait recette – ce qui, joint à des dépenses non toujours contrôlées, expliquait des finances chroniquement problématiques.

Il sut monter des spectacles mémorables avec des moyens réduits. Deux exemples : pour Six personnages en quête d'auteur (), il imagina de faire apparaître les acteurs par le monte-charge du théâtre, sans aucun décor. Des spectateurs crurent que les décors avaient été oubliés ; pour Les Ratés de Henri-René Lenormand (), il conçut un décor constitué de deux rideaux, un gris devant, un violet derrière ; ces rideaux pouvaient être tirés à demi vers la gauche ou vers la droite, ou tirés entièrement. De plus un praticable derrière le rideau violet offrait deux niveaux d'action, eux-mêmes sécables en deux parties : gauche-droite. L'action pouvait ainsi se dérouler dans un des quatre espaces dans les praticables, ou encore dans un des deux espaces délimités par les rideaux gris et violet, tirés à demi.

Pour Hamlet il imagina un décor unique avec des panneaux qui permettaient de définir 27 lieux différents ; mais, toujours soucieux de perfection, lors d'une reprise de la pièce, il supprima les panneaux et revint à un décor unique.

Le répertoire était très ouvert aux auteurs étrangers : Tchekhov, Shaw, Ferenc Molnár, Tagore, Pirandello, Synge, Tolstoï, Shakespeare - mais aussi Anouilh (alors débutant), Duhamel, Claudel, ou encore Maeterlinck. Il créa 210 pièces entre 1915 et 1939.

Georges Pitoëff n'est apparu qu'à deux reprises au cinéma ; il tient notamment, aux côtés de Pierre Richard-Willm, l'un des rôles principaux du film Le Grand Jeu, de Jacques Feyder. Marcel Carné, assistant de Jacques Feyder sur ce film, a raconté dans ses souvenirs que le tournage fut très difficile pour Pitoëff, qui souffrait d'une forte myopie. S'il pouvait évoluer sans lunettes sur une scène de théâtre, dans des spectacles dont il maîtrisait les moindres détails de la mise en scène, il était par contre quasiment incapable de se repérer sur un plateau de cinémaMarcel Carné, La vie à belles dents : souvenirs, Belfond, 1989, pages 36-37.

Dans le domaine de la traduction, il exécuta notamment celle du Roméo et Juliette de William Shakespeare avec Pierre Jean Jouve, que ce dernier remania en 1955.

De toutes ces créations il ne reste aujourd'hui que peu de choses : des témoignages, des maquettes de décor, des indications de mise en scène, quelques photos. Mais aucun documentaire n'a permis de les voir. Par contre, deux films courts de Emil-Edwin Reinert et de Jacques Feyder restituent l'acteur.

Théâtre Mises en scène Comédie de Genève 1915 : Hedda Gabler d'Henrik Ibsen 1915 : Sans argent d'Ivan Tourgueniev (en russe) 1916 : Les Tréteaux d'Alexandre Blok 1916 : Le Festin pendant la peste d'Alexandre Pouchkine 1916 : La Demande d'Anton Tchekhov 1916 : Les Revenants d'Henrik Ibsen 1916 : Chanson d'amour de Nahapet Koutchak 1916 : Oncle Vania d'Anton Tchekhov (en russe) 1916 : Candida de George Bernard Shaw, Grand Théâtre de Genève 1916 : Les Violons d'automne de Sourgoutchev (en russe), Salle communale de Plainpalais 1917 : La Neige de Przybysewski, Casino de Saint-Pierre 1917 : Le Revizor de Nicolas Gogol, Grand Théâtre de Genève

Salle des Amis de l'Instruction 1917 : La Puissance des ténèbres de Léon Tolstoï 1917 : L’Échange de Paul Claudel, Genève 1917 : Au-dessus des forces humaines de Bjørnstjerne Bjørnson

Salle communale de Plainpalais 1918 : Sœur Béatrice de Maurice Maeterlinck 1918 : Celui qui reçoit les gifles de Leonide Andreiev 1918 : La Vénus du lac et Halte au village de Fernand Chavannes 1918 : L'Estomac de Brantmay 1918 : Amour et Géographie de Bjørnstjerne Bjørnson 1918 : L'Amour africain de Prosper Mérimée 1918 : Édifice sur le sable d'André Schlemmer 1918 : Dans l'ombre des statues de Georges Duhamel 1918 : Le Cadavre vivant de Léon Tolstoï 1918 : La Locandiera de Carlo Goldoni 1918 : Le Soldat de chocolat de George Bernard Shaw 1918 : La Ville morte de Gabriele D'Annunzio 1919 : Le temps est un songe d'Henri-René Lenormand 1919 : L'Habit vert d'Émile Augier et Alfred de Musset 1919 : Le Canard sauvage d'Henrik Ibsen 1919 : L'Orage d'Alexandre Ostrovski 1919 : Mademoiselle Julie d'August Strindberg 1919 : Le Baladin du monde occidental de John Millington Synge 1919 : Deburau de Sacha Guitry 1919 : Sacrifice de Rabindranath Tagore 1919 : Le Miracle de Saint-Antoine de Maurice Maeterlinck 1919 : Toutes les âmes d'Herman Heijermans 1919 : Le Disciple du Diable de George Bernard Shaw 1919 : Vocalises de Mathias Morhardt 1920 : Les Ratés d'Henri-René Lenormand 1920 : Rosmersholm d'Henrik Ibsen 1920 : Ma femme danseuse de Louis Delluc 1920 : Clarté de Charles Oulmont 1920 : Les Noces du rétameur de John Millington Synge 1920 : Toutes les qualités viennent d'elle de Léon Tolstoï 1920 : Le Père d'August Strindberg 1920 : Galatée d'Alfred Mortier 1920 : L'Oiseau bleu de Maurice Maeterlinck 1920 : Lapointe et Ropiteau de Georges Duhamel 1920 : Le Chant du cygne d'Anton Tchekhov 1920 : La Porte de prison de Lady Gregory 1920 : Mesure pour mesure de William Shakespeare 1920 : Karma de Comtesse Prozor 1920 : Bourg Saint-Maurice de Fernand Chavannes 1920 : La Maison du bon Dieu d'Edmond Fleg 1920 : Le Paquebot Tenacity de Charles Vildrac 1920 : La Mort de Tintagile de Maurice Maeterlinck 1920 : Hamlet de William Shakespeare 1920 : La Naissance de la paix de René Descartes 1920 : Dans les bas-fonds de Maxime Gorki 1921 : Oncle Vania d'Anton Tchekhov 1921 : La Vie d'une femme de Saint-Georges de BouhélierVoir St. Georges de Bouhélier, Georges Pitoëff metteur en scène dans Comœdia illustré du 20 avril 1921, page 346. 1921 : Quand vous voudrez de Georges Duhamel 1921 : Celui qui reçoit les gifles de Leonide Andreiev, Théâtre Moncey 1921 : La Mouette d'Anton Tchekhov 1921 : Macbeth de William Shakespeare 1921 : La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils 1921 : Salomé d'Oscar Wilde 1921 : Androclès et le lion de George Bernard Shaw 1922 : Magie de Gilbert Keith Chesterton 1922 : Le Mangeur de rêves d'Henri-René Lenormand 1922 : Tête à tête de Robert de Traz 1922 : Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde, adaptation Fernand Nozière, Comédie des Champs-Élysées 1923 : Mademoiselle Bourrat de Claude Anet, Comédie des Champs-Élysées 1923 : Six Personnages en quête d'auteur de Luigi Pirandello, Comédie des Champs-Élysées 1923 : Liliom de Ferenc Molnár, Comédie des Champs-Élysées 1923 : La Journée des aveux de Georges Duhamel, Comédie des Champs-Élysées 1923 : L'Indigent de Charles Vildrac, Comédie des Champs-Élysées 1923 : La Petite Baraque d'Alexandre Blok, Comédie des Champs-Élysées 1924 : Au seuil du royaume de Knut Hamsun, Comédie des Champs-Élysées 1924 : Celui qui reçoit les gifles de Leonide Andreiev, Comédie des Champs-Élysées 1924 : L'Histoire du soldat de Charles Ferdinand Ramuz et Igor Stravinsky, Théâtre des Champs-Élysées 1925 : Henri IV de Luigi Pirandello, Théâtre des Arts 1925 : Sainte Jeanne de George Bernard Shaw, Théâtre des Arts 1925 : Le Juif du pape d'Edmond Fleg, Théâtre des Arts 1925 : Le Lâche d'Henri-René Lenormand, Théâtre des Arts 1925 : L'Assoiffé d'A. Derera, Théâtre des Arts 1926 : L'Un d'eux d'Émile Mazaud, Théâtre des Arts 1926 : L'Âme en peine de Jean-Jacques Bernard, Théâtre des Arts 1926 : Comme ci (ou comme ça) de Luigi Pirandello, Théâtre des Arts 1926 : Orphée de Jean Cocteau, Théâtre des Arts 1926 : Le One-man-show de Fary, Théâtre des Arts