La bataille de Mogadiscio, appelée bataille de la mer Noire () par les américains ou jour des Rangers () par les somaliens, est une bataille qui s'est déroulée les 3 et à Mogadiscio, en Somalie, entre un détachement interarmées américain appelé Task Force Ranger et les milices de différents clans somaliens, lors d'une tentative d'arrêter deux proches d'un chef de guerre somalien, le général Mohamed Farrah Aidid.

Elle est appelée aussi « Black Hawk Down » en référence à l'événement marquant où les Somaliens abattirent trois hélicoptères américains Black Hawk à l'aide de lance-roquettes RPG-7, dont deux qui s’écrasèrent en zone hostile, entraînant la capture d’un pilote. Cet événement ainsi que la diffusion d’images de rangers traînés dans les rues choqua profondément l’opinion publique américaine.

Elle deviendra célèbre avec la publication du livre Black Hawk Down : A Story of Modern War de Mark Bowden en 1999 et surtout son adaptation au cinéma par Ridley Scott en 2001, diffusé en France sous le titre La Chute du faucon noir.

Contexte La guerre civile somalienne

Le , le dictateur somalien Mohamed Siad Barre est destitué et contraint à l'exil. Ali Mahdi Muhammad lui succède, mais le général Aidid veut sa part du butin. La Somalie sombre dans la guerre civile. La famine fait son apparition du fait du manque de moyens et d'aides financières, d'une sécheresse prolongée, et de la volonté des chefs de guerre de priver de nourriture les clans rivaux.

Les opérations de l'ONU en Somalie

Le , les Nations unies (ONU) lancent l'opération Restore Hope, sous le contrôle des États-Unis. Cette opération a pour but la reconstruction d'infrastructures, l'apport de denrées alimentaires et la réconciliation politique. Pour cela, débarquent. Les combats diminuent en intensité et la reconstruction progresse. L'administration Clinton, arrivée au pouvoir en , pousse l'ONU à s'impliquer davantage pour permettre aux États-Unis de réduire la taille de leurs forces déployées en Somalie. Le , l'ONU passe la résolution 814 qui crée une nouvelle force, ONUSOM II, qui entre en effet le et a un rôle élargi à l'intervention militaire pour rétablir la paix. Les Marines quittent la Somalie et la participation américaine à ONUSOM II, appelée opération Continue Hope, se limite à environ américains : de soutien logistique à l'ONUSOM II, une force de réaction rapide (Quick reaction force ou QRF) fournie par la de montagne (infanterie légère) et un détachement de forces spéciales. Ces soldats sont placés sous une chaîne de commandement uniquement américaine, et ne passent sous les ordres de l'ONU que pour les ordres tactiques lors d'opérations de combat. Même dans ce cas, le commandant adjoint de l'ONUSOM II étant américain, les États-Unis sont assurés que leurs intérêts nationaux sont protégés. Parallèlement, l'amiral en retraite Jonathan Howe est nommé représentant spécial de l'ONU en Somalie. Le détachement des Special Forces était constitué d'un Special Operations Command and Control Element (SOCCE), armé par l'ODB 520, et des ODA 523 et 525 de la compagnie B, du SFG, placés sous le contrôle opérationnel de la QRF. () .

La montée des tensions entre l'ONU et Aidid Alors que la réorganisation des forces était en cours, la rivalité entre factions somaliennes s'exacerbe. Dans la nuit du 6 au , une bande attaque la ville de Kismaayo et se heurte à un bataillon parachutiste belge. L'enquête de l'ONU conclut que cette attaque fut menée par le Somali Patriotic Movement - Somali National Alliance (SPM/SNA) d'Omar Jess. Alors que l'ONUSOM II cherche à étendre ses opérations vers le centre de la Somalie, la radio de l'United Somali Congress/Somali National Alliance (USC/SNA) de Mohammed Farah Aidid critique ses actions. Aidid propose au cours du mois de mai de participer à une conférence pour déterminer l'avenir de la région centrale du pays, mais semble vouloir en contrôler la plupart des aspects. Lorsque cette conférence se tient à partir du , Aidid et l'ONUSOM II s'opposent régulièrement sur l'ordre du jour, le lieu, la sécurité et les participants à la conférence. La propagande anti-ONUSOM de sa radio augmente, et des rapports de renseignements signalent que des armes et des « technicals » ont disparu des sites de stockage d'armes d'Aidid autorisés par l'ONU. Or un déplacement de ces armes sans notification et approbation de l'ONU constitue une violation des accords passés. En conséquence, l'ONUSOM décide une opération d'inspection de ces sites, qui est notifiée à l'avance à Aidid le et qui est lancée le lendemain.

Le , les troupes pakistanaises de l'ONUSOM II inspectent simultanément les cinq sites autorisés d'Aidid. Les inspections se passent sans incident, à part une foule hostile qui force les troupes à se retirer précipitamment du site 5 (où se trouve également la radio d'Aidid). Les inspections montrent que les armes stockées sur place sont totalement différentes des inventaires déclarés à l'ONU. Les 25 technicals censés être stockés sur les sites ont disparu. Au cours de leur retour vers leurs bases, les unités pakistanaises tombent dans une série d'embuscades complexes impliquant l'utilisation de foules de femmes et d'enfants pour les bloquer, et d'armes collectives pour détruire leurs véhicules. Selon les sources, 23 à pakistanais sont tués et plus de de l'ONUSOM II sont blessés .

Les premières opérations contre Aidid Après cette embuscade, les hostilités sont ouvertes entre l'ONU et l'USC/SNA. Dès le lendemain de l'embuscade, le Conseil de sécurité des Nations unies passe la résolution 837 qui condamne les attaques préméditées du , réaffirme le but de désarmer les factions et de neutraliser les émissions radio encourageant l'opposition à l'ONUSOM II, et autorise le secrétaire général des Nations unies à prendre toutes les mesures nécessaires contre les responsables de ces attaquesResolution 837 adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 3229 réunion, 6 juin 1993. Le même jour, le représentant spécial du secrétaire général, Jonathan Howe, soumet une demande de moyens supplémentaires pour lutter contre Aidid, y compris une unité de forces spéciales, mais celle-ci fut refusée. En conséquence, les forces de l'ONUSOM II commencèrent leurs opérations contre la milice d'Aidid avec leurs propres moyensReview of the Circumstances Surrounding the Ranger Raid on October 3-4, 1993 in Mogadishu, Somalia, ; .

Le commandement des forces de l'ONUSOM II décida dans un premier temps de rétablir la sécurité à Mogadiscio, afin ensuite de sécuriser et contrôler les installations et les routes d'approvisionnement importantes, pour enfin permettre de neutraliser la milice de l'USC/SNA et radio Aidid. Le , une force de quatre Lockheed AC-130 et deux Boeing KC-135 Stratotanker fut déployée dans la zone d'opérations en vue de futures opérations contre Aidid. Du 7 au , les forces pakistanaises, marocaines et italiennes effectuèrent des missions d'ouverture de grands axes routiers de Mogadiscio. Le , la QRF américaine, appuyée par des AC-130, attaqua les sites d'armes déclarés d'Aidid dont celui abritant sa radio. Les 13 et , les AC-130 frappèrent le garage d'Osman Atto et le garage d'Aidid, soupçonnés d'être des caches d'armes illégales de l'USC/SNA. Les frappes furent suivies de nombreuses explosions secondaires, indiquant que les renseignements à leur sujet étaient corrects. Ces frappes étaient annoncées à l'avance pour permettre aux résidents à proximité de fuir et éviter ainsi de causer des pertes civiles. Le , l'ONUSOM monta une opération pour fouiller le QG d'Aidid, impliquant une force multinationale : des troupes pakistanaises du du régiment de la force frontalière, et du du régiment du Penjab ; des troupes marocaines ; des troupes italiennes ; des troupes françaises d'un sous-groupement blindé motorisé notamment équipé de VAB du RCP et d'ERC-90 Sagaie et VLRA du RIAOM ; des éléments de la QRF américaine, notamment des équipes SF, pour la coordination et le guidage d'appui aérien, auprès des autres nationalités, en véhicules DMV (Desert Mobility Vehicle, sur base de Humvee).

Les troupes pakistanaises purent entrer dans le complexe sans difficulté, mais les troupes marocaines furent soumises à des tirs intenses de miliciens dissimulés derrière des foules de femmes et d'enfants, ainsi que dans l'hôpital Digfer situé à proximité. Le chef de corps marocain fut tué et son adjoint blessé dès le début de l'engagement. Après environ , le groupe français fut envoyé dégager les Marocains. La fouille du complexe terminée, les Pakistanais se replièrent vers , les Français fouillèrent plusieurs bâtiments à la recherche de miliciens. Les hélicoptères de la QRF furent utilisés aussi bien pour de l'appui aérien direct au canon de ou au missile TOW, pour désigner des cibles aux forces terrestres et pour tenter de disperser les foules avec du gaz CS. Après environ sept heures de combat, les forces onusiennes se replièrent, ayant eu cinq morts et United States Forces, Somalia After Action Report, , ; ; Colonel Joseph D. Celeski, « A History of SF Operations in Somalia : 1992-1995 », .

Ce même jour, l'amiral Howe émit un mandat d'arrêt contre Aidid et offrit une récompense de pour sa capture. Guère intimidé, Aidid répliqua en promettant une somme d'un million de dollars pour la capture de l'amiral Howe. Sa radio continuait à diffuser sa propagande via des émetteurs clandestins. La chasse faite à Aidid - et son échec - grandissait la réputation de celui-ci.

Des raids des forces de l'ONUSOM II et des escarmouches avec des milices pro-Aïdid continuent. Le se tient une réunion des aînés du clan d'Aïdid dans la maison de Abdi Hassan Awale pour discuter d'une proposition de paix de Howe. Considérant le lieu comme un centre de commandement de la SNA, des hélicoptères AH-1 Cobra de la QRF américaine tirent seize missiles TOW sur la maison. Cette attaque tue, selon la milice d'Aïdid, , dont des femmes et des enfants. Quatre journalistes occidentaux arrivant sur les lieux sont battus à mort par une foule furieuse. Parmi les Somaliens tués se trouvaient nombre de leaders modérés opposés aux actions d'Aïdid. Après ce jour, les membres du clan s'estiment en guerre contre les États-Unis.

L'opération Gothic Serpent - Task Force Ranger vignette|La compagnie Bravo du du 75th Ranger Regiment en Somalie en 1993. Après le décès de quatre de ses soldats le à la suite de l'explosion d'une bombe sur l'un de leurs véhicules par la milice d'Aidid, et sous la pression du Secrétaire Général de l'ONU d'envoyer plus d'hommes dans le but d'aider à appliquer la Résolution 837 votée par le Conseil de sécurité, le président américain Bill Clinton autorise l'envoi d'une unité interarmées de 450 Rangers et autres soldats des opérations spéciales. L'opération, qui dépasse le cadre de l'opération Restore Hope par les Nations unies, est entièrement sous contrôle américain et confiée au Joint Special Operations Command (JSOC).

Le , le major-général William F. Garrison, commandant du JSOC, déploie la Task Force Ranger (abrégée « TF Ranger ») qui regroupe les éléments suivants : l'escadron C du Special Forces Operational Detachment-Delta ( SFOD-D, « Delta Force ») ; la compagnie B du Bataillon du 75th Ranger Regiment ; le du 160th Special Operations Aviation Regiment (Airborne) (160th SOAR, « Night Stalkers ») dont 16 hélicoptères ; des Pararescuemen et Combat Controllers du de l'US Air Force ; quatre SEAL du SEAL Team Six (DEVGRU) de l'US Navy.

Au cours de la fin août et du mois de septembre, la Task Force Ranger conduisit six raids visant à capturer Aidid ou ses proches lieutenants aux lieux suivants : Lig Legato house, ; Old Russian Compound, ; maison d'Ahmen Jilao, ; Radio Mogadiscio, ; garage d'Osman Atto, ; capture d'Osman Atto le .

Les combats des 3 et 4 octobre thumb|350px|Carte de Mogadiscio avec en rouge les zones de combats et les lieux de crash des hélicoptères.

La préparation