Joseph Martin Kraus est un compositeur de la période classique et chef d'orchestre allemand né à Miltenberg am Main, petite ville bavaroise, le dimanche et mort à Stockholm, où il fait l'essentiel de sa courte carrière, le samedi . Kraus est éclipsé par son exact contemporain, l'illustre Wolfgang Amadeus Mozart.
Biographie Formation Après un bref passage à Osterburken, la famille déménage à Buchen, en 1761. Son père, Joseph Bernhard, y trouve un emploi de fonctionnaire (Stadtschreiber c'est-à-dire greffier municipal). Sa mère, Anna Dorothea Schmidt, met au monde treize enfants, dont six seulement survécurent. Le petit Joseph fait ses classes à Buchen et prend ses premières leçons de musique : piano et violon avec le recteur ecclésiastique Georg Pfister (1730-1807) et chante sous la direction du chef de chœur (le maître de chapelle) Bernhard Franz Wendler (1702-1782).
En 1768, à douze ans, il entre au Jesuiten-Gymnasium (collège des Jésuites) de Mannheim et est enfant de chœur (Sängerknabe) à l'église de la Cour palatine. Il a pour professeur de violon (1724-1804) et de chant (1748-1810), auteur du célèbre livret d'opéra, le premier en allemandRomain Feist, L’École de Mannheim, Éditions Papillon, Collection « Mélophiles ». Genève, 2002, 135 p. . À noter que dans sa correspondance de 1777/78, Mozart parle de cet opéra. Il en loue la musique, mais critique les paroles de Klein... , Günther von Schwarzburg du Viennois Ignaz Holzbauer. Son maître Anton Klein laisse un témoignage précieux :
C'est là qu'il est sensibilisé à la musique de son temps notamment de Cannabich et Fränzl.
À la demande de ses parents, en 1773, il entreprend des études de droit et de philosophie à l'université de Mayence, mais en est si peu satisfait qu'il écrit un pamphlet satirique dont le titre est : — c'est-à-dire : — et poursuit son cycle universitaire à Erfurt (1774). Parallèlement, il poursuit ses études musicales sous la conduite de Johann Christian Kittel (un élève de J.-S. Bach) et de Georg Peter Weimar (élève de Carl Philipp Emanuel Bach). Kraus rapporte lui-même : Ces voyages lui permettent de faire la connaissance d'autres compositeurs, tels Agricola, Graun, Neffe ou Rolle (qui tous exerçaient à Erfurt) et, lors d'un déplacement à Hambourg, Carl Philipp Emmanuel Bach. Le diplomate suédois Frederik Samuel Silverstolpe (1769-1851), premier biographe de Kraus, dans un ouvrage écrit en 1833, rapporte les propos de C.P.E. Bach :
En 1775, âgé de dix-neuf ans, Kraus compose son Requiem, une de ses premières œuvres, et deux oratorios, et
vignette|upright|Silhouette autoportrait de Joseph Martin Kraus lorsqu'il était étudiant à Göttingen, vers 1776-1777. Kraus a dit avoir fait environ 2000 de ces silhouettes. (Collection du Bezirksmuseum Buchen, Odenwald) De 1776 à 1778, il poursuit son droit à Göttingen, la plus importante faculté de droit d'Allemagne, et adhère au Göttinger Hainbund, une association littéraire d'étudiants, qui avait pour modèle et fondateur le poète Klopstock. Le jeune homme ne tarde pas à s'emballer pour les idées de ce mouvement.
C'est de cette époque qu'il laisse quelques écrits : un recueil de dix-neuf poèmes, aujourd'hui disparu, , une tragédie en 3 actes, Tolon publiée à Francfort en 1776, ainsi qu'un essai . Kraus y critique vigoureusement le conformisme et les doctrines étriquées de ses contemporains à l'opéra et évoque son admiration pour les musiciens tels Holzbauer (1711-1783), Grétry et plus particulièrement Gluck ; surtout il exprime son adhésion à l'esprit du mouvement Sturm und Drang, dont ce texte est l'une des rares références :
On sait grâce à sa correspondance que Kraus compose des quatuors et des symphonies par six, ainsi que quelques œuvres concertantes, toutes disparues. Sa période de Göttingen a été déterminante pour sa formation et de son propre aveu il a appris d'autres choses que ce pour lesquelles il y était venu...
Stockholm En , Kraus abandonne sa carrière juridique et gagne la Suède, accompagné par Carl Strinsberg un étudiant suédois en théologie et membre, comme lui, de la Göttinger Hainbund. Âgé de vingt-deux ans, sans but précis, avec la perspective de trouver un emploi de musicien dans le contexte favorable des réformes culturelles entreprises par le souverain, désireux de faire de Stockholm une capitale culturelle reconnue de toute l'Europe. Mais, outre la concurrence d'autres musiciens, il a du mal à se faire accepter par la société suédoise et passe deux années dans la misère, aidé par sa famille.
Son opéra Azire, sur un livret de son ami Carl Strinsberg est refusé par l’Académie Royale de Musique (il ne subsiste que des fragments du ballet final). Kraus confie à sa famille que «la musique est fort estimée mais le poète a des ennemis». Cependant, la nomination d'un nouveau directeur à l'opéra, Leijonhufvud, lui offre une chance nouvelle, ce dernier le prend sous sa protection et le fait élire à l’Académie en .
Gustave III de Suède, passionné des arts et particulièrement d'opéra, commande au jeune compositeur Proserpine, dont le souverain a écrit le livret et que met en vers le poète Johan Kellgren (1751–1795). L'œuvre, présentée à la cour en , fut si bien accueillie que Kraus est nommé adjoint Kapellmästere à la chapelle de la Cour royale ().
L'opéra n'aura pas d'autres représentation avant nos jours. Cependant, le souverain passe commande d'un Énée à Carthage à Kraus et Gustav Vasa à Johann Gottlieb NaumannL'œuvre du musicien dresdois, ne sera montée qu'en 1786.. Énée devait être monté pour l'inauguration du nouvel opéra de Stockholm, mais la fuite de l'actrice tenant le rôle de Didon empêcha le projet. Ce fut Cora et Alonzo de Naumann qui fut produit à la place ().
Kraus peaufina pendant dix ans son Énée, œuvre monumentale en cinq actes.
Voyage en Europe En , juste après l'inauguration du tout nouvel opéra de Stockholm, le Roi envoie Kraus à travers l'Europe, tous frais payés, « non pour étudier la musique, mais simplement pour observer la récente organisation du théâtre » (Gustav III). Il traverse l'Allemagne par Berlin, Dresde, Leipzig, Munich pour atteindre Vienne. À cette occasion il rencontre les figures emblématiques de l'époque, l'organiste Albrechtsberger, Gluck, qu'il admire et devant qui il joue par cœur ! de longs extraits de ses opéra, et Joseph Haydn (1732–1809) qu'il alla voir à Esterhazà – dédicataire et créateur de la magnifique Symphonie en ut mineur (VB 142) – fait un accueil favorable à Kraus et le considère comme un génie. Plus tard, Joseph Haydn confie à Silverstolpe, le :
Malgré son séjour à Vienne de plusieurs mois, on ne possède aucun document sur une hypothétique rencontre à Vienne avec Mozart Bertil van Boer précise cependant que l'Ouverture VB 154 qui utilise des thèmes de l’Idomeneo de Mozart, œuvre non publiée, suggère un contact personnel des deux musiciens (dans la période d'avril à juin 1783)..
vignette|upright|Portrait de Joseph Martin Kraus peint par Antonio Pomarolli en 1783, lors de son voyage en Italie (Musée de Buchen, Odenwald). En 1783, il poursuit son périple en direction de l'Italie : Venise, Florence, Rome, Naples puis Bologne, où il rencontre le Padre Martini, sans doute le plus célèbre maître et théoricien italien du temps – dont Mozart fut élève treize ans plus tôt.
De à 1786, il s'installe à Paris. Ses symphonies en ré mineur et mi mineur sont jouées au Concert Spirituel. La première est publiée en 1786 sous le nom de Haydn et l'autre, en 1787 après le départ de Kraus, sous le nom de Giuseppe Cambini (1746–1825), compositeur en vogue. Cette pratique était courante chez certains éditeurs peu scrupuleux, afin de mieux vendre les œuvres de compositeurs peu connus. Kraus passe aussi quelque temps à Londres pour les fêtes anniversaires de la naissance de Haendel (1785).
Ne recevant plus d'argent de Suède, il décide de rentrer.
Dernières années Vers Noël 1786, après quatre années de voyage, il est de retour en Suède. Kraus y découvre qu'il a été évincé de son poste par l'abbé Georg Joseph Vogler (1749-1814). Il faudra deux années pour regagner la confiance de son protecteur. Il est d'abord nommé directeur de l’Académie Royale de Musique, puis l'année suivante il cumule ce poste avec celui de Hovkapellmästere (Premier Maître de chapelle, c'est-à-dire chef de l'Orchestre Royal) succédant à l'italien Francesco Antonio Uttini (1723-1795).
Pendant cette période, il fait partie du cercle d'intellectuels regroupés autour de l'architecte Érik Palmstedt (1741-1803) où se débattent toutes les affaires culturelles, littéraires et musicales de Stockholm.
Jusqu'à sa mort, il y est très actif en tant que compositeur, chef d'orchestre, organiste et professeur à l’Académie :
Sa symphonie "Per la chiesa" (VB 138) est créé lors de la cérémonie d'ouverture de la session le du Riksdag (Reichstag, ou chambre des députés suédois) à St Nicolaï. La Sinfonia est précédée par une Marche de Mozart extraite d'Idoménée de MozartVoyez l'essai de Gary Smith au sujet de la marche d'Idomeneo, opéra qui à l'époque, n'était pas encore publié....
En , Kraus compose l'ouverture, une marche et des interludes pour l' Olympie de Voltaire, joué au Théâtre Royal dans une traduction de Kellgren.
En le Roi Gustave III de Suède meurt des suites d'un attentat au pistoletLe fait historique inspira plusieurs opéras : le Gustave III d'Auber (1833) d'abord, sur un livret de Scribe, puis La Clemenza di Valois (1841) de Vincenzo Gabussi, Il Regente de Mercadante (1843) et enfin le plus superbe et le plus extraordinaire de Verdi, un chef-d'œuvre bien sûr, Un bal masqué (Un ballo in maschera, 1859). Le thème avait aussi intéressé Bellini dès 1834, mais sa mort a fait échouer le projet. Ajoutons que la censure a obligé les librettistes à transformer radicalement le contexte et le rang du Roi de Suède.. Kraus, qui a vu la scène, en est profondément touché. Il compose et dirige une Symphonie funèbre (VB 148), ainsi qu'une Cantate funèbre, lors de la cérémonie d'inhumation du souverain. Des témoins rapportent que pris par l'émotion, le compositeur s'évanouit sur l'estrade.
Kraus, en pleine possession de ses moyens artistiques, est emporté, à l'âge de trente-six ans, par la tuberculose le - huit mois après la disparition de son protecteur. Il repose dans la presqu'île de Tivoli, près de Stockholm, à Bergshama, dans le parc Haga. Sur la pierre tombale on peut lire :
Son grand opéra, Aeneas i Cartago, commandée après Proserpine, toujours sur un livret de Kellgren et en chantier pendant dix ans, n'est donné qu'à titre posthume le par Hæffner, sous une forme mutilée.
Il est inhumé dans le Parc Tivoli à Solna.
Catalogue des œuvres Le catalogue a été dressé par le musicologue américain en 1998Voyez sa page biographique , grand spécialiste et éditeur de Kraus (chez ArtariaArtaria Le site contient pour chaque œuvres des fiches détaillées rédigées par van Boer.). Il en décompte 208, dont hélas, bon nombre d'œuvres perdues et une quinzaine de numéros supplémentaires, dit en allemand Anhang.
Un autre catalogue établit par Karl Schreiber, est précédé de la lettre A.