Le siège de Carthagène des Indes est une opération militaire amphibie ayant opposé les forces de la Grande-Bretagne sous les ordres du vice-amiral Edward Vernon et celles de l'Espagne dirigées par l'amiral Blas de Lezo. Il se déroule de mars à à Carthagène des Indes, dans l'actuelle Colombie. Bien que largement oublié, ce siège est le résultat de l'une des plus grandes campagnes navales de l'histoire britannique et la bataille la plus importante de la guerre de l'oreille de Jenkins (qui précède la guerre de Succession d'Autriche avant de se confondre avec elle). Le siège se solde par une défaite majeure et de lourdes pertes pour les Britanniques : 50 navires perdus, gravement endommagés ou abandonnés et des pertes humaines considérables, avec la mort de et marins, en partie due à la maladie, notamment la fièvre jaune.
Contexte La guerre de l'oreille de Jenkins, qui se déroule entre 1739 et 1748, est un conflit entre les flottes et troupes coloniales du royaume de Grande-Bretagne et de l'Espagne. Lors du traité de Séville de 1729, les Britanniques étaient convenus de ne pas commercer avec les colonies espagnoles, sauf sous certaines conditions, telles que l (le monopole de la traite des Noirs) et le , où un seul navire de commerce britannique pouvait venir décharger une fois par an. L'asiento a permis à la Grande-Bretagne d'avoir le monopole de la vente de par an aux colonies espagnoles. Le Navio de Permiso permettait à un navire de commerce, le navire annuel, de porter d'importations à la foire commerciale annuelle de Porto Bello. Ayant obtenu ces concessions de l'Espagne, le gouvernement britannique accorde un monopole sur les deux à la Compagnie des mers du Sud. Les marchands et les banques de Grande-Bretagne, qui étaient le moteur du commerce et des échanges internationaux du pays, demandent à avoir un accès plus important aux marchés espagnols lucratifs du . De leur côté, les colons espagnols souhaitaient avoir accès à des biens manufacturés britanniques, ce qui entraîne le développement d'un marché noir de biens de contrebande..
Selon les termes du traité, les Espagnols pouvaient arraisonner les navires britanniques dans les eaux espagnoles. Après qu'un tel arraisonnement eut lieu en 1731, Robert Jenkins, capitaine du navire anglais Rebecca, affirme que la garde côtière espagnole avait tranché son oreille. Jenkins exhibe son oreille marinée à la Chambre des communes, ce qui fait monter la « fièvre de la guerre » qui se développait contre l'Espagne et qui était également dictée par le désir britannique d'asseoir leur domination commerciale et militaire sur le bassin atlantique. Le premier ministre britannique de l'époque, Robert Walpole, déclare la guerre à contre-cœur le . La décision est accueillie avec enthousiasme. . ., mais Walpole aurait déclaré :
Caraïbe espagnole Le réseau commercial de la Caraïbe espagnole était composé de quatre ports principaux : Veracruz (Mexique), Carthagène des Indes (Colombie, port d'attache de la Flotte des Indes, port d'attache de l'ArmadilleJacques Savary. Le Parfait négociant, ou instruction générale pour ce qui regarde le commerce de toute sorte de marchandises. 1675. Consulter en ligne chargée de faire respecter le monopole de l'empire sur le commerce des Indes espagnoles sur la mer des Caraïbes et arsenal), Porto Bello (Panama, un port de transbordement fonctionnant avec la ville de Panama, côte Pacifique et par lequel transitait le trafic généré par le Galion de Manille) et La Havane (Cuba), qui était le port principal par lequel le trafic des trois autres passait. Le , les Anglais s'emparent de Porto Bello, qui est alors une ville de la vice-royauté de Nouvelle-Grenade. L'attaque britannique avait pour but d'endommager les finances de l'Espagne. Le port, mal défendu, est attaqué par une escadre de six vaisseaux de ligne, 3 vaisseaux de 70 canons, 2 de 60, 1 de 50. placée sous les ordres du vice-amiral Edward Vernon.. La relative facilité de cette capture, bien que la ville ait été rapidement reprise par les Espagnols après le départ de la flotte de Vernon, créé une grande joie en Grande-Bretagne.
Vernon se voit confier le commandement d'un important contingent naval, représentant le quart des bâtiments et des effectifs de la Royal Navy, pour mener une opération amphibie majeure (terrestre et maritime) sous le commandement général de Lord Cathcart : Les Britanniques « avaient plus de 120 navires dans leur flotte, alors que la France n'en avait que 50 et l'Espagne, 40. Dans son article « British Naval Supremacy : Some Factors Newly Considered » de 2002, Mitch Williamson indique que l'effectif de guerre de la Royal Navy à la « fin » de la guerre de Succession d'Autriche en 1748 était de , de sorte que le total de plus de de Vernon représente au moins 25 % de l'effectif de la Royal Navy.. Le but premier de l'expédition était de capturer La Havane, qui était le port espagnol le plus important, car il avait des installations où l'on pouvait remettre en état les navires. En 1740, La Havane était même devenue le plus grand chantier naval actif de l'Espagne. La Havane a construit près d'une fois et demie le nombre de navires de ligne construits dans tout autre chantier naval espagnol pendant le .. Lord Cathcart meurt en route, et il est difficile de savoir qui fut aux commandes par la suite. Le décès inopportun de Cathcart a entraîné la dissension dans le commandement britannique, ce qui a empêché la coordination nécessaire à cette opération complexe : « son [celle de Vernon] exploitation impitoyable de l'armée, son habileté sans scrupules à s'attribuer le mérite de chaque réussite et de blâmer les soldats pour chaque défaite a fini par détruite toute possibilité d'opérations combinées harmonieuses »..
L'envoi de la grande flotte et du gros contingent de troupes avait été réclamé par l'opinion publique : « Le gouvernement fut incapable de résister au public qui réclamait une grande expédition à la Caraïbe. » Aussi, ., menée surtout par les lobbies de la classe marchande. et la Compagnie des mers du Sud (South Sea Company) en particulier, qui refusaient d'accepter les accords de compromis signés entre les gouvernements de l'Espagne et de la Grande-Bretagne. Le duc de Newcastle-upon-Tyne, Thomas Pelham-Holles, se fit le champion des revendications du peuple au ParlementRichard Pares, War and Trade in the West Indies, Routledge, 1963, , .. Le vice-amiral Vernon, qui était un partisan actif et ardentPeter Le Fevre, Richard Harding (dir.), Precursors of Nelson : British admirals of the eighteenth century, Stackpole Books, 2000, . de la guerre contre l'Espagne, préconisa une action offensive tant au Parlement qu'à l'Amirauté : « Détruisez leurs établissements en Amérique, et l'Espagne tombe. Je suis d'avis d'envoyer une forte escadre aux Indes occidentales pour accabler l'ennemi dans ses parties vitales, détruire leurs mines, saisir leurs trésors, prendre leurs navires, ruiner leurs colonies. Attaquons-les au plus grand nombre d'endroits possible simultanément… Prenons Porto-Bello et Carthagène, et tout sera perdu pour eux. » (Vernon à la réunion de l'Amirauté.). La décision de monter une grande expédition aux Antilles fut prise en . Walpole, qui s'opposait catégoriquement à la guerre, et Vernon, qui favorisait les actions avec des petites escadres, étaient mécontents de la situation. Celui-ci, qui avait déjà vu échouer un de ses raids d'escadre sur Carthagène, n'était pas convaincu que l'attaque massive d'une ville fortifiée connaîtrait le même succès que son attaque moins énergique de Portobello. Il craignait notamment qu'un siège prolongé entraîne une forte attrition de l'effectif due à la maladie, situation typique en raison des limites des connaissances médicales de l'époque.
Objectifs
L'objectif de la Grande-Bretagne était de capturer et de conserver de façon permanente les quatre ports espagnols du bassin des Caraïbes. En s'emparant de ces ports, les Britanniques pourraient être maître des liens avec l'Amérique du Sud. Les Anglais auraient ainsi des bases à partir desquelles ils pourraient lancer des attaques vers l'intérieur des terres tandis que l'Espagne aurait un accès limité aux ports en eau profonde sur la côte orientale de leurs colonies américaines et serait donc incapable de ravitailler ses forces intérieures. La maîtrise de ces ports fournirait aux Anglais un point de contrôle essentiel du secteur et leur permettrait, en temps utile, d'acquérir la totalité de l'empire américain de l'Espagne.
Carthagène des Indes
Prélude En 1739, la guerre de l'oreille de Jenkins oppose le Royaume de Grande-Bretagne à l'Espagne.
Après la destruction de Porto Bello, l'amiral Edward Vernon est accueilli comme un héros par le roi George II et n'a aucun mal à obtenir tous les bateaux et les hommes qu'il souhaite. En 1741, il quitte l'Angleterre avec le général , et 186 navires En 1588, l'Invincible Armada ne comptait que 126 vaisseaux armés de quelque , pour attaquer Carthagène.
Carthagène des Indes Face à la puissante flotte britannique, le vice-roi Sebastian de Eslava, n'a que réguliers, 600 archers Indiens, et les équipages de ses six navires de ligne à lui opposer. Néanmoins il peut compter sur les massives fortifications de la cité et sur l'expérience des officiers , et surtout l'amiral Blas de Lezo, surnommé Patapalo (Patte de bois), qui a minutieusement préparé la défense.
Le siège L'expédition arrive au large de Carthagène le . Après plusieurs semaines de bombardement, une première attaque est menée par terre et par mer dans la passe de Boca Chica (Petite bouche), le . Cet étroit passage entre deux péninsules est défendue d'un côté par le fort Saint-Louis, le château de Boca Chica et quatre bastions comptant environ 80 canons, et de l'autre côté par une batterie de 15 canons défendus par des redoutes. Au sud de la péninsule, l'île de La Bomba est défendue par le Fort Saint-Joseph avec ses 21 canons. L'entrée du détroit est barrée par les 6 navires de ligne espagnols.
La flotte britannique attaque la flottille espagnole. La lutte est inégale et après une courte résistance Blas de Lezo incendie ses navires. Deux d'entre eux qui bloquent partiellement le passage sont capturés par les Britanniques avant de sombrer.
Les Britanniques tentent ensuite d'isoler Carthagène de la terre en attaquant le Fort Saint-Lazare, mais l'assaut échoue, faisant 600 morts dans les rangs britanniques.
Blas de Lezo sait parfaitement que l'adversaire a des forces nettement supérieures aux siennes, mais il conçoit les plus diverses stratégies à l'encontre des Anglais, au point, entre autres, d'infiltrer deux soldats espagnols parmi les rangs britanniques qui conduiront ceux-ci vers un piège mortel. L'inconfort et les maladies deviendront les ennemis mortels des Britanniques, au point de faire la moitié de leurs victimes de guerre.
Du côté britannique, depuis l'échec devant le Fort Saint-Lazare, les deux chefs ne s'entendent plus. Thomas Wentworth estime que les navires de Vernon l'ont mal soutenu. L'amiral estime pour sa part que l'assaut a été mal planifié et argue d'un manque de profondeur des eaux du port.
Au cours de l'année précédente, Lezo a réparé et a considérablement amélioré les fortifications de la cité. Les murailles tiennent bon et son plan commence à porter ses fruits. Son fin talent de stratège et les pluies viennent lui donner raison : À bord des navires britanniques, les maladies font plus de ravage que les combats. Le , Vernon envisage de lever le siège et de faire retraite à la Jamaïque. À la mi-mai, toutes les voiles ont disparu.
Dans cette défense qui a été sa plus grande victoire, Blas de Lezo a contracté la peste, dont il meurt un mois plus tard.
Conséquences 300px|vignette|Les murailles de Fort San Felipe de Barajas